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Retour au Kosovo de Gonzales Jakupi

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pas plus que je ne connaissais la Patagonie, je ne m’y retrouve dans les ex pays yougoslaves, et ne saurais plus faire la différence ni la chronologie entre Montenegro, Serbie, Bosnie et Kosovo (j’ai le même problème avec les pays baltes, avec le nord de l’Amérique Latine, ou les pays côtiers du golfe du Sénégal). J’ai juste retenu que la guerre fut longue, à soubresauts avec de l’ONU, ou de l’OTAN, ou de la CEE dedans et que les Serbes furent les méchants. C’est flou, c’est loin, c’est déjà un peu vieux, et il me semble que ce fut horrible.

Cette ignorance historicogéographique généralisée ne m’a pas empêché de plonger dans Retour au Kosovo  de Gonzalès-Jakupi… dessins du même auteur que le Brillant Patagonie, et histoire de Jakupi, à fleur de journal et d’événements vécus au plus près.

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Quand le soir je contemple un coucher de soleil, je ne sais plus bien nommer les éléments, leur histoire, leur agencement, leur couleur… mais je suis touché par un ensemble de moments-sensations, d’éclats sur des flous travaillés. C’est exactement ce que j’ai ressenti en lisant cette bande dessinée. La chronologie, (mise à part les ponctuations temporelles des grandes parties), la géographie, les participants sont assez flous, au point que parfois, j’ai craint que mon livre avait été relié en désordre… mais il se dégage de ce journal en images une juste tension, pression, impression d’une guerre qui défigure un univers qui fut familier.

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C’est avec Jakupi que tout se passe : un kosovar exilé en Espagne et en France, qui voit, après la succession des horreurs des guerres alentours, le conflit et les haines gagner la région où il a grandi. Envoyé en “reportage” là-bas à deux trois reprises, il parle de ses amis, il parle de sa famille, et l’on voit la brutalité de la haine toucher non pas des chiffres par milliers mais des lieux, des prénoms, une identité. Si le dessin est distant, le récit est concret, et l’on voit l’ami disparaître, ou devenir un ennemi, le pays se défigurer, puis plus tard l’espoir renaître. En ce sens, j’avais l’impression d’une vraie parenté avec l’ouvrage sur Tchernobyl, entre horreurs et reconstruction.

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La guerre, comme telle, ne se finit jamais, et quand ses soubresauts cessent de martyriser le pays, la reconstruction déchire les cicatrices comme les amitiés… il y a quelque chose de brisé, au plus près comme au plus loin des charniers. De temps à autres, l’horreur resurgit, brutale, impossible à digérer, à d’autres moments c’est une forme de vie, de normalité…

Les deuxièmes et troisièmes voyages témoignent d’une reconstruction, d’un peu d’espérance, mais en même temps d’une haine qui a violé corps et consciences… Une apogée du Mal à deux pas, une horreur dont, comme celle du mec en bas de chez moi, à la rue, j’ai soigneusement pris soin, par ignorance et indifférence, de me protéger.

J’ai aimé le dessin, décapant, riche, symbolique, beau et captivant
le manque de narrativité mais l’impression de journal, de sensations, de sentiments
la chronologie présente mais effacée par le moment,
les incapacités à bien faire, à mieux faire, à rester humain, ou distancié
et les quelques pages entre texte et photos, à la fin,
pour mettre de la “réalité” dans tout ce récit
à fleur de mal, à fleur de sensibilité.

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Commentaires

1. Le samedi 25 octobre 2014, 14:03 par David

et forcément, l'essentieml:
Gonzàles/Jakupi "Retour au Kosovo", Aire Libre Dupuis 2014, 857g, 20,50€

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