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Le bisou est-il l'avenir du christianisme?

On l’a vu en Turquie ce week-end, le souci de l’unité entre Eglises est à la fois affaire de petits gestes, de grandes humilités, et de petits pas de souri(re)s l’un vers l’autre. Le pape François a donc demandé la bénédiction du patriarche, lequel l’a embrassé chaleureusement et fraternellement. Il ne pouvait pas le bénir, maintient Isabelle de Gaulmyn, le geste aurait été trop impliquant, et clivant… Le geste de fraternité, sans doute beaucoup plus télévisuel qu’une bénédiction, n’aura pas encore pu aller jusqu’au bout. D’ailleurs, au vu de l’histoire si mouvementée entre les églises, on est en droit de se demander vers quel genre d’unité nous pouvons essayer de tendre. Quoiqu’il en soit, au nom du Christ, nous devons la construire et l’espérer.

Néanmoins, si vous êtes un peu paumés dans l’oecuménisme officiel, voici, pour les patriarches et papes qui seraient un peu perdus, un petit récapitulatif.

DPO

Une petite histoire de cet été à Taizé, comme en écho, même si je pense qu’elle était une simple opportunité plus qu’un modèle à exporter. Le premier soir dans l’église, je me suis retrouvé, parce que seul francophone, à confesser les jeunes en anglais et en français (avec quelques mots de ci, de là en d’autres langues pour rigoler). Le plus surprenant, c’est que beaucoup des personnes qui sont venues me voir n’étaient pas catholiques. Je leur précisais que je n’étais pas frère, que j’étais prêtre catholique, mais que je ne leur donnerai pas le sacrement du pardon, ils voulaient venir, parler, déposer leurs péchés. J’écoutais, on parlait, et ensemble, à la fin, on remettait tout cela entre les mains du Père par la prière. Sans absolution, donc.

Assez tard, s’asseoit à côté de moi une femme, pasteur protestante, qui vient elle aussi échanger longuement, déposer de lourds poids et mettre les questions dans son ministère entre les mains de Dieu. C’étaient de justes questions de pécheur, de justes questions de pasteur… et naturellement, le secours des sacrements ne pouvait venir poser un terme à notre échange et à notre prière… Or bien souvent, c’est je crois la seule parole vraiment utile que je peux dire dans ces cas là. Mais pas ici. Alors, je lui ai dit que j’aimerais, pour conclure cette prière, la bénir. Comme je bénis les enfants, comme je bénis les chrétiens, et tant d’autres personnes bien souvent. Je lui ai dit que je voulais la bénir, mais lui demandais, en retour, de me bénir à son tour. J’ai tracé sur son front la croix, priant en français. Elle m’a béni en allemand.

Deux jours plus tard, elle m’interpelait dans la grande cour. Le geste avait touché, il nous fallait encore un peu plus parler. A l’époque, les bisous de patriarches ne se pratiquaient pas encore. ça n’aurait pas sans doute eu le même effet.

Commentaires

1. Le lundi 1 décembre 2014, 17:19 par David

il existe probablement des lieux de parole, des gestes de pardon, et des espaces de "prière au coeur du péché vers le pardon" dans des églises protestantes. Je n'en sais rien. Cette soirée m'avait fait mesurer la force incroyable de ce sacrement, et la puissance du pardon, donnée sacramentellement forcément, mais aussi vécue dans les églises et les coeurs;

2. Le lundi 1 décembre 2014, 23:33 par MBFeildel

Excellent le tableau de DPE!
Par contre le titre est un peu trompeur ;) ... On se dit qu'on va tomber chez Bisounours en mode sortie de messe, mais en fait pas du tout... Je crains que ce soit à cause du mot "bisou" qui me semble pencher un peu dans le sirupeux... On pourrait aussi épiloguer sur le sens du baiser selon les cultures...
La petite croix sur le front c'est ce qu'il y a de mieux! Mes parents me la faisaient le soir avant de s'endormir.. Je ne me souviens pas du bisou mais de la petite croix, oui!
Ce geste peut en effet prendre une valeur profonde quand il est donné réciproquement..
Merci et bon Avent!

3. Le mardi 2 décembre 2014, 14:44 par Fred

et que dire du bisou de Judas alors ?

4. Le mardi 2 décembre 2014, 15:21 par David

une forme de "D-->G", baisse illico de la note par l'arrivée de copains?

5. Le mercredi 3 décembre 2014, 07:38 par Matthieu

Et pourquoi durable un prêtre dûment catholique ne pourrait-il pas prononcer les paroles de l'absolution pour un "autre que catholique" qui le lui demanderait ? Le foi du prêtre sait, sans le moindre doute, que Dieu pardonne.

6. Le mercredi 3 décembre 2014, 09:21 par David

Dieu pardonne bien au delà de l'appartenance simple à l'Eglise catholique, mais les sacrements sont donnés à ceux qui ont reçu le baptême et professent la foi catholique. C'est ainsi. Je ne peux donner l'absolution qu'à des catholiques, qui font contrition.

7. Le mardi 9 décembre 2014, 15:14 par Rose Virgule

Excellent, vraiment excellent le tableau de DPE! Par contre, pour moi aussi, le titre est un peu trompeur ;) ... J'aurai plutôt opté pour "accolade" ou "baiser". Et pendant ce temps-là, la fraternité St Pie X prie pour que cesse l'attitude scandaleuse de notre Pape qui demande à se faire bénir par un hérétique... D'où l'importance de ces petits pas et de ne faire que notre petit pas quotidien. Et ne pas faire du gloubi-boulga des sacrements de chaque église : j'ai participé à un (re)baptême d'une personne catholique dans une église protestante, ça n'a pas de sens chrétien. Merci. En Avent !

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