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le poète

Il y a des événements importants dont les journaux ne se feront jamais écho, de par leur caractère anecdotique supposé… et une journée fraternelle des prêtres du diocèse crotté de Coutances en est probablement un paradigme. On y échange, on s’y écoute, on y informe, on prie, mais ne sont conviés que les quelques uns plus ou moins grisonnants qui ont donné leur vie dans le sacerdoce dans la communion avec un évêque et ses successeurs... des prêtres diocésains, donc. 

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Rien de nouveau (ou alors un seul, ordonné cette année), des absents forcément (qui n'ont pu venir, ou nous ont quitté), et donc évidemment beaucoup moins nombreux qu’avant. Au programme: un petit temps de partage, réparti dans des groupes aléatoires (on ne se connaît pas tous bien) et installés dans les appartements des prêtres très âgés de la maison d’accueil diocésaine qui nous reçoit, un apéro et un repas, des échanges et des échos de ce qui se vit, de ce qui se choisit, d’un sens et d'une orientation.

Et c’est là que se situe toute l’originalité de ce moment, dans le linéament entre un programme et une parole, dans l’espace où se dit beaucoup de la foi chrétienne, dans cette poésie de la liturgie, de la foi dont Mgr Le Boulc’h s’est fait résonnance dans l’homélie. un pas de côté, vers le coeur.

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Dans le livre d’Isaïe, le langage de la prophétie devient poésie. Isaïe est le prophète de l’Avent parce qu’il a reçu le don de transmettre l’espérance à un peuple désorienté. L’espérance est poésie. Elle ne peut se limiter à des planifications, des stratégies ou des programmes. Nous le constatons, aujourd’hui comme hier, cela ne suffit pas à propulser les hommes dans l’avenir. Pour trouver l’espérance, les hommes ont besoin d’images, de poésies et de rêves qui réveillent en eux le désir de se mettre en chemin. Ils ont besoin du prophète poète.

Isaïe annonce à son peuple les temps nouveaux. Ce jour-là, les collines et les montagnes seront abaissées et feront place à des plaines fertiles. Les sources jailliront dans les déserts et ses fleuves abreuveront la terre. De beaux arbres de toutes espèces seront plantés, ils grandiront et « tous les regarderont et les reconnaîtront ». Cette belle espérance du prophète est donnée à Israël. Elle est donnée aussi à l’Eglise, nouvel Israël, qui la reçoit dans le Christ Jésus. Comme Israël, l’Eglise se voit appelée à travailler pour que le monde trouve sa fécondité, et réponde à l’espérance que Dieu a mise en lui.

Frères prêtres, les communautés d’Eglise dont nous partageons ensemble la charge sont appelées ainsi à travailler à la fécondité du monde. Selon la parole du livre d’Isaïe, cette fécondité passe par l’aplanissement des montagnes et des collines. Elle passe aussi par le creusement jusqu’à la source qui irrigue. Elle passe encore par l’action de grâce devant les arbres qui s’élèvent.

Il est demandé à notre Eglise de réduire les collines, tous les obstacles qui empêchent notre monde de tendre à son espérance. « Briser les montagnes, abaisser les collines », c’est là une tâche exigeante pour nous, en cette période délicate de notre histoire contemporaine où des signes de plus en plus nombreux nous laissent l’impression douloureuse que notre société désorientée ne cesse de s’éloigner de l’humanisme chrétien qui lui a donné pour une part son inspiration. Je pense en particulier aujourd’hui aux débats difficiles qui s’annoncent concernant l’euthanasie. Le 25 novembre dernier, devant les élus européens, le pape François, dans des paroles libres et percutantes, exprimait son inquiétude face aux dérives qui conduisent nos sociétés occidentales à réduire et à relativiser leur vision de l’homme. Il appelait alors au réveil de la conscience européenne pour le respect de la dignité de toute la personne et de toutes les personnes. Il y a donc ces obstacles liés à l’esprit du temps auxquels nous sommes confrontés, mais, c’est aussi notre Eglise elle-même qui doit réduire en son sein les obstacles qui l’empêchent de devenir féconde en notre monde. Obstacles de la division, des tentations de la mondanité, du sectarisme et de l’intégrisme.

La prophétie d’Isaïe appelle à briser les montagnes et à réduire les collines. Elle appelle aussi Israël à retrouver la source vive. « Sur les hauteurs dénudées, je ferai jaillir des fleuves, et des sources au creux des vallées » dit le Seigneur.
Notre Eglise sera source de fécondité dans notre monde si elle sait creuser toujours plus en elle le désir du Christ Jésus. Notre Eglise irriguera le monde, à la condition qu’elle s’abreuve elle-même à l’eau vive de l’Esprit Saint. Frères prêtres, nous avons la responsabilité de conduire notre Eglise à sa source, dans la méditation de la Parole de Dieu, dans la célébration et l’accueil de la présence sacramentelle du Ressuscité, dans le témoignage auprès de tous de l’Evangile de Jésus qui éclaire la vie des hommes.

Le poète Isaïe exhorte son peuple à aplanir montagnes et collines, à creuser en lui jusqu’à la source d’eau vive. Il l’appelle encore à contempler les arbres qui s’élèvent sur les terres pourtant incultes. Que tous sachent regarder et reconnaître la beauté des arbres qui s’élèvent parfois dans des conditions bien peu favorables. C’est là un appel pour nos communautés d’Eglise à ce qu’elles sachent se réjouir et s’émerveiller devant les hommes quand ils font preuve d’élévation. Frères, il faut nous réjouir devant tous ceux et celles qui, quels que soient leurs lieux, leurs religions, leurs philosophies, témoignent de la beauté de l’humanité qu’ils reçoivent de Dieu. Nous émerveiller et rendre grâce à Dieu quand, dans nos communautés d’Eglise, malgré nos terres incultes, grandissent des hommes et des femmes selon l’Evangile du Christ Jésus.

(Homélie prononcée par Monseigneur Laurent Le Boulc’h lors de la journée du presbyterium – jeudi 11 décembre 2014)

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Commentaires

1. Le jeudi 11 décembre 2014, 18:14 par Firenze

"Nous émerveiller et rendre grâce à Dieu quand, dans nos communautés d’Eglise, malgré nos terres incultes, grandissent des hommes et des femmes selon l’Evangile du Christ Jésus....

Le Christ Jésus souligne ici le renversement de la foi qui n’est plus d’abord affaire d’obéissance à une loi et d’efforts orgueilleux à mettre en œuvre, mais l’humble et confiante disponibilité à vivre dans la liberté de l’Esprit, grâce au don de l’Evangile reçu de nos frères et de Dieu. C’est ainsi que l’on grandit vraiment aux yeux de Dieu."

Vraiment belle cette homélie, merci de l'avoir partagée.

2. Le jeudi 11 décembre 2014, 18:16 par Vieil Imbécile

J'aime bien l’incongruité d'Isaïe dans cette lecture... il nous faut à la fois aplanir les montagnes (afin de "briser les obstacles qui mènent à l'espérance" suivant la belle phrase de Mgr Le Boulc'h) et nous jucher sur la plus haute (afin d'annoncer la bonne nouvelle jusques aux confins de la terre, afin aussi de nous approcher de Dieu).
Aplanir... et pourtant grimper, tel est v(n)otre lot.

3. Le samedi 13 décembre 2014, 22:31 par Anne So

Merci pour ce beau et fraternel partage

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