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Red Coat

Il est minuit, ça caille pas mal et je trace pour rentrer chez moi.
Pour une fois, je suis à pied et pas à vélo (parce que je me suis laissé conduire en voiture à ce dîner) le bonnet de saint bien enfoncé sur le crâne, le manteau rouge remonté jusqu’au col.
Le dîner était génial, la conversion faite de cette écoute réciproque qui pousse à l’intelligence, à la légèreté et rebondit, entre bières et bon vin, de la dernière actu aux films qui nous marquent en profondeur.
il est minuit, ça pleuviote gentiment, et je presse le pas.

Au coin de la rue, à mi chemin, 20 mètres devant moi, au passage d’une (unique) voiture, un mouvement désarticulé s’affaisse suffisamment pour effleurer mon attention. Je croyais la rue vide mais au pied d’un panneau, quelqu’un vient de tituber. C’est une femme, visiblement très ivre, qui vient de s’effondrer en douceur, et qui essaie péniblement de rassembler ses esprits à défaut de ses effets. Comme les 20 mètres qui nous séparent ne semblent pas vraiment résoudre la situation, je m’avance, je lui propose de l’aider à se relever, elle prend ma main, et debout, recommence visiblement à bien tanguer.

- ça va aller ?
- ouais, j'ai un peu bu.
- vous allez où?
- je rentre chez moi
- c’est loin?
- nan dans la rue juste là.
- je peux vous accompagner ?
- ouais.

Et nous voilà, compagnons de picole, prenant un peu de gîte entre les voitures, une main calée dans le dos pour amortir les changements de cap. Et la conversation prend le pas hésitant de nos déambulations.

- vous êtes le Père Noël, hein?
- non, je suis le père David. ;)
- vous, vous êtes le Père Noël
(merci, manteau rouge)
- non, non, je suis le père David, je suis prêtre, vous voyez?
(elle voyait apparemment peu)
- vous êtes le Messie, alors?
(effet Bonnet)
- mmmh, non, pas vraiment non :)
- ouais mais Dieu, il existe pas
- ben si,
- ouais mais j’ai lu Nietzsche, et Dieu il existe pas,
- ben sauf si on l’a rencontré, non?

et il  eut un air de franche assurance réciproque dans les zygomatiques qu’on ne retrouvait guère dans la démarche.
il y eut encore des mots, aléatoires, des sourires, assumés, des pas, perdus
et on s’était suffisamment rapprochés de chez elle pour qu’on puisse se quitter. 
Je lui ai demandé son prénom, si ça allait aller et je suis reparti.

Le temps que je fasse le chemin dans l’autre sens, un coup d’oeil en arrière me la fit encore apercevoir pas arrivée à sa porte, mais un peu plus près quand même.

Ce n’était pas mon projet, j’avais rien demandé, j’aurais jamais dû être là, d’habitude je file à vélo, d’habitude je saute d’un rendez vous dans l’autre sans espace entre les deux, et dans la nuit, un peu ivre, On est revenu me dire que la rencontre se joue parfois à un glissement près.

Commentaires

1. Le dimanche 18 janvier 2015, 18:41 par Nathalie

Juste magnifique. Sans doute cette cuvée, dégustée chez vos amis, annonçait-elle la suite de cette mémorable soirée : http://cdn.beeradvocate.com/im/beer...

:)

2. Le dimanche 18 janvier 2015, 21:14 par fanfan

- et le lapsus du paragraphe initial ("conversion" pour "conversation" non? ) est assez délicieux !

3. Le dimanche 18 janvier 2015, 22:17 par David

AAAAAAAAAAAAAAAARGL. oui :D

4. Le dimanche 18 janvier 2015, 23:13 par Nitt

J'aime j'aime j'aime.
Ces petits instants où le Seigneur vient nous rappeler tout doucement que c'est pas dans nos moments installés qu'Il nous attend le plus...

5. Le lundi 19 janvier 2015, 15:24 par Albatros

Votre histoire et la référence à Nietzsche me rappelle un slogan écrit sur les murs en 68 :
"Dieu est mort", signé Nietzsche

En dessous quelqu'un avait ajouté :
"Nietzsche est mort", signé Dieu

" la rencontre se joue parfois à un glissement près."
C'est très vrai, notre vie se joue sur des rencontres que l'on fait, ou que l'on ne fait pas (mais dans ce cas on ne le saura jamais) et puis des gestes que l'on fait, ou que l'on ne fait pas ou des mots que l'on dit, ou que l'on ne dit pas.

6. Le mardi 20 janvier 2015, 22:01 par Zabou

:)

7. Le mercredi 21 janvier 2015, 07:55 par Vieil Imbécile

Je crus que ce fut volontaire... #conversion :)

8. Le mercredi 21 janvier 2015, 09:04 par David

même pas, mais c'est assez joli pour que je ne le corrige pas :)

9. Le mercredi 21 janvier 2015, 13:27 par Isabelle

;-)
merci

10. Le lundi 9 février 2015, 16:59 par Fred

heureusement que tu en revenais à pied et pas en bagnole, à tes noces de Cana. Sans ça, tu l'aurais écrabouillée au bout de ton pare choc l'ivre dame, ivre toi-même. Et ça aurait fait un beau titre dans la presse locale le surlendemain... (genre : "Le curé emboutit une femme alcoolisée : l'ivresse des profondeurs").

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