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Dix-sept ans

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Il est 17h00, premier  novembre et le soleil se paie le luxe de fondre vers la mer dans un ciel sans nuage de température douillette. Personne n'a de pull, des chiens de marque gambadent sur la plage, des petites filles de deux-quatre ans en robe au genou jouent poliment sur le sable, un groupe de jeunes soupire des 2h30 qu'il faut encore depuis l'aéroport de Marrakech pour atteindre je ne sais quoi, d'autres s'interrogent si la totalité de leur iPad se voit bien sur l'écran de la télé. Je suis assis sur un bout de digue, les pieds dans le sable, trait noir d'un curé sans urgence sur le feu d'une plage aisée.

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Un peu avant moi, un type avait des chaussures à semelle rigolote. Je réalise plus tard que ce sont mes propres empreintes. L'air est doux et la compagnie choisie.

Le livre aussi. Dix-sept ans, de Colombe Schneck, proposé par @LB2S. Les dix-sept d'une jeune fille de famille aisée et libérée, parisienne et sans souci, qui verra son monde déstabilisé quand elle se découvre enceinte à la veille de son bac.

Elle avorte. Sans tourment.

Et pose des décennies plus tard les résonances de ce non-événement dans la femme libre qu'elle est devenue.

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Pas de morale dans ce récit, pas de conclusion édifiante ni de militance, mais une enfance adolescente ébréchée par le prix d'une liberté qu'on croyait absolue alors qu'elle est d'insondable profondeur...

Vibrant.Juste. Délicat.

Commentaires

1. Le dimanche 1 novembre 2015, 18:09 par Isabelle

"Un peu avant moi, un type avait des chaussures à semelle rigolote. Je réalise plus tard que ce sont mes propres empreintes."
Excellent!
;-)

2. Le lundi 2 novembre 2015, 15:20 par Vieil imbécile

Wow... du coup je viens de le lire.
"Le garder, ce serait renoncer. Je veux faire Sciences-Po, être journaliste au Monde, présenter le Journal de 20 heures, donner mon avis à la radio, lire des livres interdits, me marier et avoir des enfants le plus tard possible".
"Mais cela revient. Sans m'avertir, tu frappes à ma porte. Je ne veux pas entendre. Je ne me sens pas coupable, juste un peu triste".
Et la phrase de conclusion qui chante si faux.
En creux, un hymne à l'attrition, à la miséricorde et au pardon.
Bouleversant.

3. Le lundi 2 novembre 2015, 15:26 par David

je ne suis pas d'accord avec vous, il faut lire jusqu'à la dernière phrase, vraie pour celle qui l'écrit, à ce moment de sa vie. oser écouter nous oblige à entendre jusqu'à cette phrase là. Demain, on verra. L'événement n'a justement pas écrit l'avenir.

4. Le lundi 2 novembre 2015, 17:12 par Vieil imbécile

:) mais moi je suis d'accord avec vous. Je n'ai jamais imaginé que la phrase en question ne soit pas "vraie pour celle qui l'écrit". Juste qu'il y a une dissonance avec le corps du texte, dont la tonalité majeure est "Qu'est-ce que je pourrais bien lui raconter ? Que c'est difficile, que je suis seule, que chaque jour est un combat ? Je ne veux pas lui dire que la vie sans lui est un échec. Que, peut-être, sa présence ne m'aurait pas autant empêchée de vivre".
Oser écouter n'implique pas forcément de faire taire la perception de la dissonance.
Mais, c'est vrai, la nuance entre dissonance et fausseté est subjective et contextuelle. Septième majeure, seconde mineure...

5. Le lundi 2 novembre 2015, 17:22 par David

et moi j'ai lu: j'ai toujours choisi de vivre. Aujourd'hui, je sais de plus en plus que la vie, c'est l'inscription de la part de l'absent. J'ai nié sa vie, et son importance, et il me donne, effacé, ma vie et mon importance. En retrait encore.

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