Depuis le mois de Septembre, je suis curé dans une paroisse plutôt formidable. On pourrait parler de la mer, des couchers de soleil, de la douceur du climat, des marées, et des parisiens à bottes propres, des paroissiens hyper engagés, des relations hyper positives et constructives avec les mairies, de la dame des fleurs, du bedeau, certes, du chauffage du presbytère, du confort du siège de présidence, des églises fort jolies ou de l’association propriétaire. Aussi.

Non, un des aspects formidables, c’est que les gens ici n’aiment pas trop les réunions le soir, ça gave tout le monde, alors on s’organise, on regarde le planning des marées, on se bouge autrement mais le soir, ça peut être cool. Genre hier soir, après les voeux de la paroisse, c’était soirée cool.

A la saison, le soleil est couché un peu tôt et le temps a fraîchi, si si ma bonne dame, enfin mieux vaut un petit froid bien mordant pendant l’hiver, c’est bon pour la terre voyez vous, parce que déjà les mimosas ont … (pardon je m’égare, ça et les considérations sur la santé, c’est surtout ça qui compte parce que quand on a la santé voyez vous, même avec un petit froid sec, ben, … je m’égare à nouveau). Bref, au presbytère, il y a une cheminée, un stock de bois, et quand la soirée peut être paisible, je bricole dans l’âtre, je bouine au foyer, j’égaye les chenets.

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Hier soir, donc, je venais de faire mon laïus tout mignon sur les briquets, j’en avais trois dans les poches (un dans chacune pour ne pas être pris au dépourvu) et je me suis posé après une journée chargée auprès du feu. Je l’ai allumé. Et j’ai regardé, et j’ai écouté.

Au début, papier, petit bois, ça illumine de partout, ça photonne à tout va, le bois prend vite, fort, c’est joli et enthousiasmant, ça ne dure pas, mais c’est un joli décollage, et les flammèches lèchent l’écorce des bûches.

Ensuite le bois plus conséquent, pour affermir tout cela, la chaleur s’installe, le feu se fait foyer et s’attise de lui même, attaquant la bûche de plus en plus profondément, mais toujours de l’extérieur

Et le feu prend son rythme de croisière, il tient, il chauffe dur, il rougeoie et se paie même le luxe de quelques flammes, moins enthousiastes, mais plus chaudes. Qu’on regarde mieux, qu’on retourne la bûche et la chaleur éclate à la face. C’est le moment efficace.

Et tout à coup, la bûche se met à chanter (et uniquement à ce moment là), de petits craquements semblent l’attaquer au cœur qui se fissure et se laisse consumer, elle semble se détruire, elle ne fait qu’embraser jusqu’au linéaments les plus profonds que rien n’avait atteint jusque là. Certaines braises semblent grises quand elles tombent, ce n’est que pour mieux cacher le feu qui les dévore sans la ramener. La moindre brindille qui s’approche explose en étincelles sous la chaleur, le feu ne se voit plus, mais il a tout touché, tout transformé, rien ignoré, jusque dans le coeur invisible à chacun.

et plus tard encore, quand le carbone sera envolé (oups), il restera de quoi enrichir la terre.

C’est une putain métaphore de la vie de foi, TIENS!

Commentaires

1. Le vendredi 15 janvier 2016, 16:45 par David

balancé en homélie/méditation en maison de retraite ce matin, comme un éloge à la vie de foi de ceux qui n'ont plus l'étincelle mais dont l'ardeur à se laisser consumer de l'intérieur enflammera leurs plus jeunes. Les vannes sur la crémation ne sont pas autorisées.

2. Le vendredi 15 janvier 2016, 17:22 par Vieil Imbécile

Je me permets de faire passer à la postérité un de vos touits éphémères afférent à votre p*** de métaphore.
"En fait, on est bois, mais le feu ne touche nos coeurs que dans le craquement de nos forces".

3. Le vendredi 15 janvier 2016, 23:01 par Zabou

Lire tes deux billets l'un à la suite de l'autre et trouver cela juste et beau... Merci ! :)

4. Le samedi 16 janvier 2016, 03:59 par Eliette

Putain, elle est vachement bien cette métaphore, et vachement bien déployée.
Thanks :)

5. Le samedi 16 janvier 2016, 18:12 par Dominique

Il ya comme un goût de St Jean de la Croix dans cette métaphore là!

6. Le mercredi 27 janvier 2016, 15:02 par Albatros

David, la description de ce feu qui nait et se développe est très belle, elle est la sœur jumelle des magnifiques photos de paysage que vous faites.
Il faudrait restituer cette naissance du feu dans un poème mais je ne le saurais le faire malgré que je soies un amoureux de la poésie.

7. Le vendredi 11 mars 2016, 23:12 par Talochette

Le genre de truc qu'on aimerait avoir écrit... Merci ! :)

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