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lundi 31 mars 2014 21:06

hpku hilang

S’il y a des choses à Bali qui changent peu, comme la distante sainteté du grand prêtre, pedanda,

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je trouve que les Balinais eux mêmes connaissent mieux les mantras et les disent beaucoup plus qu’avant (mais peut être ne faisais je pas assez attention, ou alors c’est un effet des cours de religion au collège et lycée). Mais le vrai changement, en Indonésie, qui n’est pas sans conséquences profondes sur l’équilibre social de cette île, c’est ça:

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et c’est pas rien.

dimanche 17 mars 2013 10:27

Tu nous guideras aux sentiers de vie

La place et le rôle méconnus de Jésus dans la Trinité? 
au cœur de la circulation intra trinitaire de l'Amour Divin, il aide aux processions de l'Esprit Saint...

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Yeux roulantspardon... Clignement d'œil, mais il faut dire que cette statue d'un Jésus à la truelle faite maison trônait au milieu d'un rond point devant un couvent de religieuses de Larantuka... Or en Indonésie, pour ne pas laisser un planton la tâche de surveiller la circulation, il n'est pas rare qu'on installe à sa place une petite statue qui ralentira le conducteur un peu scrupuleux...

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vendredi 15 mars 2013 09:30

32 000 km plus tard

Paris Londres 1h, Londres Singapour 14h, Singapour Batam 1h30 de bateau, Batam Jogyakarta 2h, Jogya Bali 50 minutes, Bali Maumere 2h (avion à hélices), Maumere Larantuka 3h30 de voiture, et retour jusqu’à Bali, Singapour, Londres, Paris, Caen, Saint Lo, Cherbourg… et transits passablement rallongés par les intempéries

et toutes ces heures m’ont ouvert des univers encore inconnus… chez les javanais du pied du Merapi, à l’Islam en dialogue avec la culture du volcan…

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ou plus connus comme le petit temps passé avec l’Arja de Keramas… blogdavidlerouge-115blogdavidlerouge-116blogdavidlerouge-113blogdavidlerouge-114

les villages qui descendent sur la plage pour Melis…

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et il faut encore que je digère l’expérience inédite à Florès, en terre chrétienne, en terre loin de Java. C’est décidément une belle mission. (encore quelques photos à venir Sourire)

vendredi 8 mars 2013 03:24

photo de profil

ce moment avant que tout ne commence…
ce moment où la danseuse commence à disparaître derrière son personnage
ce moment …

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lundi 4 mars 2013 16:48

de l'improbable

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partager sa chambre pendant cinq jours au pied d’un volcan avec un acteur du TNP qui excelle au pencat silat.

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rencontrer des jeunes brillants, qui se donnent totalement dans l’engagement, du ménage quand la pluie submerge la scène, à l’accompagnement des plus jeunes, de la confection des costumes à la préparation de la semaine sainte, du jeu rigolard des “rustres” à la perfection du wayang orang le soir qui suit, de l’accompagnement de chaque instant dans la simplicité et le sourire aux heures passées à l’hôpital

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se retrouver à un wayang kulit de luxe au pied de Borobudur, organisé par la mohammadya en présence d’Amien Rais, chef d’un parti musulman assez raide,  vivre cinq jours en pleine zone extraordinaire en matière de tourisme, ne visiter aucun des lieux superconnus

concélébrer une messe mi javanaise, mi indonésienne.

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imiter le chien, le chat et la grenouille avec des enfants, s’apprivoiser par les percussions corporelles

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déplacer vingt fois un gamelan

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parler avec une vieille javanaise, moi en indonésien, elle en javanais

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faire des exercices de théâtre avec un groupe de jeunes chrétiens qui veulent s’essayer au théâtre naturaliste pour la semaine sainte, découvrir qu’ils dansent les “esprits” avec une classe inouïe

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voir un homme en transe égorger un poulet avec les dents

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débarquer à Bali, assister à une répétition géniale d’Arja…

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avec Nicolas, on utilisait souvent le mot… “improbable”

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le songe d'une nuit d'été

La force de ceux qui ont de la culture, mais je veux dire vraiment  de la culture, c’est qu’ils peuvent voir des ponts, des échos, des miroirs là où le péquin moyen ne voit que la surface des choses. Genre, dans le théâtre balinais ou javanais. J’aime beaucoup la musique, je goûte la délicatesse des gestes ou leur force, et leur justesse, j’entrave un peu l’histoire, je vibre de concert, et toute cette beauté me fait encore plus aimer l’homme, et Dieu. Bon. Mais Shakespeare là-dedans ?

De Shakespeare, je ne connais rien. Je crois avoir lu sur le frigo d’Elodie des magnets reprenant les insultes les plus savoureuses issues de ses pièces, mais ça doit s’arrêter là. Pire, je n’ai jamais vu une seule représentation de lui. Nada, quedchi. La honte. Alors de là à voir des liens… c’est définitivement foutu pour briller en société.

J’ai débarqué à Yogyakarta pour la première fois de ma vie lundi dernier. Je ne savais que ça, et la présence de Kati quelque part dans le coin. A l’aéroport, un gars m’attendait. La voiture a filé vers… je ne sais pas où. Je n’ai quasiment aucune idée de l’endroit où j’ai passé la semaine, sur une carte, tout du moins. Sinon, j’étais au pied d’un volcan, le Merapi,  que je n’ai aperçu que quelques minutes/heures par jour, par effraction au milieu des nuages. A 6 kilomètres du centre du cratère qui a encore explosé il y a à peine trois ans… et comme les éruptions ont lieu tous les quatre ans, j’ai un an de marge, à une vingtaine de kilomètres de Borobudur, dans la montagne. C’est tout. En revanche, à 800 mètres d’un espace consacré à la danse, et au théâtre javanais. C’est là que Kati et Nicolas m’attendaient.

Kati ose créer ici, au bout de la route qui mène au volcan, le songe d’une nuit d’été, une pièce de Shakespeare, en mêlant danses javanaise et théâtre à l’européenne, musiques, costumes, personnages issus de la tradition artistique javanaise et même plus particulièrement liée à l’espace du volcan. C’est audacieux, extraordinairement difficile à monter, car les ponts à tendre sont légion. Les soubresauts amoureux et les enjeux divins de Shakespeare à la sauce indonésienne… relevé et sucré !

Mais le pari le plus fou, sans avoir beaucoup de sous, c’est d’avoir demandé à des lycéens, totalement débutants artistiquement, de tenir tous les rôles. Seuls quelques musiciens et danseurs locaux les accompagnent, mais il faut leur faire découvrir la danse, leur faire apprendre les chants en français, les initier au théâtre et au jeu d’acteur, traduire le texte en indonésien et javanais, le répartir, le convertir pour qu’il puisse être reçu, jouer sur les conventions. C’est un travail titanesque qui doit se faire dans une urgence absolue, puisque la représentation sera le 11 mars, à Sumber (si vous voulez y aller, laissez un message Clignement d'œil) et d’ici là, ils ont une semaine d’exams. Forcément, rien ne peut se passer comme prévu, le chorégraphe, notre hôte a chopé le typhus, les jeunes ont une semaine d’examens juste avant le spectacle, etc, etc.

Un ami de Kati, Nicolas, acteur au TNP, a pris quinze jours de vacances ici pour faire découvrir aux jeunes l’art du théâtre. Ils n’en ont jamais eu/vu, il n’y ont jamais eu accès alors tous les après-midis, je traduis ses indications, ses recherches avec eux pour qu’ils puissent se dépasser, jouer au plus juste. L’aventure est passionnante, tellement passionnante que je n’ai même pas eu l’occasion d’aller visiter les grands lieux touristiques des environs. Tant pis, ça sera pour une autre fois.

Au milieu de tout cela, loin du monde et de ses soubresauts, petites rencontres avec les chrétiens du coin (il y a une chouette paroisse dont le curé précédent a ouvert des ponts de rencontre extraordinaires avec la culture autour du volcan, c’est assez décapant) notamment pendant la messe matinale. Je sais qu’il se passe de grandes choses, au-delà des mers… elles sont comme des vibrations en deçà de cette expérience humaine et chrétienne.

Ah, et forcément, qui dit répétitions et truc extraordinaire dit public, et qui dit public dit enfants, et qui dit enfants dit … photos.

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vendredi 1 mars 2013 06:50

les doigts dans le nez

acheter un billet d’avion au pied du Merapi en 20 leçons

  1. laisser le portable et le téléphone charger toute la nuit puis de bon matin,
  2. allumer les deux, brancher la connexion sur la 2G indonésienne
  3. trouver le site de voyages low costs
  4. laisser l’ordinateur mouliner, la connexion est digne d’un fax
  5. trouver le vol, cliquer, attendre
  6. remplir les champs du formulaire, réaliser qu’il faut un numéro de téléphone local, courir fouiller dans son sac pour retrouver le numéro noté sur un bout de carton
  7. relancer le téléphone parce que la connexion s’est essoufflée
  8. sortir son portefeuille, inscrire le numéro de sa carte bancaire, valider, prier pour que ça ne plante pas
  9. ça plante, reprendre au 4. ça passe, réaliser que le secure code de ta banque va t’envoyer un sms avec un numéro à noter. Réaliser que depuis trois jours, ton téléphone français ne capte pas. Tout est à l’eau, éteindre l’ordi, choper le téléphone, descendre à la paroisse, 200 mètre plus bas, pour trouver une solution. En route, ton téléphone français se met à capter, alors pour lui forcer la main, appeler le fixe de la maison pour faire repérer le téléphone et retrouver le sms, qui arrive.
  10. Joyeux, demander à la paroisse de piquer leur connexion internet pour enfin réussir ton coup.
  11. Depuis trois jours, l’internet est planté. Demander l’autorisation de bosser avec les deux cartes SIM actives  depuis la paroisse
  12. tout reprendre depuis le bédut. Réaliser que la SIM française fait planter la 2G indonésienne de manière totalement aléatoire. Le processus 4 plante trois fois de suite, la connexion française disparait de loin en loin.
  13. Quitter la paroisse, et, en remontant, recevoir un sms de France en relançant son téléphone.
  14. demander s’il y a ici un café internet, on me répond “oui” et c’est une petite fille de trois ans et demi qui me guide à petits pas dans le village jusqu’au café en question, mais fermé.
  15. rentrer à la maison. Choisir le "sport"
  16. déconnecter la sim française, se connecter via la 2G, choper le site, tout remplir, valider, éteindre la 2G, rallumer la sim française courir dans le village, forcer le téléphone, recevoir le sms, courir vers le PC, éteindre la sim française, rallumer la 2G, reconnecter le PC, entrer le numéro, valider…
  17. la connexion plante.
  18. réessayer
  19. c’est passé.
  20. cool.

jeudi 28 février 2013 20:22

Outch

21h51, la température tombe rapidement, et la bougie vient d’être soufflée par la tempête. L’électricité a sauté il y a une vingtaine de minutes dans un tremblement de tonnerre sympathique. Les éclairs griffent la nuit de loin en loin et la pluie horizontale s’abat, torrentielle, sur le Balé. Nous devrions être à un spectacle de théâtre de marionnettes d’ombre mais le temps est trop violent pour nous éloigner de notre petit havre relatif.

A vrai dire, c’est la 3e fois de la journée que le temps se déchaîne. La première a eu lieu dans un cimetière. Il était un peu plus de midi. Trois gars étaient passés nous chercher, nous étions franchement à la bourre, pour une grosse course de quelques kilomètres par des chemins cahin-cahotants et pierreux de montagne. Une anthropologue spécialiste de Bali, un acteur du TNP, un prêtre diocésain à l’arrière de motos… d’un geste ils indiquent la montagne ravagée par les carrières à ciel ouvert où des camions pillent les pierres et le sable, et flinguent la nature pour nos jolies statues de pierre de lave, et les dérivés en tous genres de ce massacre de la nature.

A peine le pied posé à terre, la procession s’engage sur la route en direction du volcan qui dessine son triangle immense juste devant nos yeux. Nous sommes encore à quelques kilomètres du Merapi mais déjà sur ses pentes… C’est loin d’être tout le village qui s’avance: à peine une quinzaine d’hommes en direction du cimetière, il fait chaud et l’un des participants, le catholique qui est venu nous chercher, jette des fleurs de loin en loin sur la route, et à chaque intersection, quelques offrandes sont abandonnées. Humour du moment, un camion qui vient charger son comptant de pierres est obligé de nous suivre au pas lent des hommes.

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Arrivés au cimetière, nous longeons les tombes chrétiennes et musulmanes, mélangées, pour nous approcher d’un petit bâtiment à la porte tellement basse. Depuis quelques dizaines de mètres, un homme portant un masque blanc s’est joint à la procession. Juste après le célébrant, il entre dans ce qui semble être un mausolée. A l’intérieur, deux cônes et sur l’un deux, un kriss, et au milieu, cette petite concrétion noire intrigante. Le mausolée est si petit que moins de dix personnes trouvent leur place à l’intérieur, nous en sommes tous les trois. De l’encens, du feu, des prières, et là encore un lien très fort avec le volcan… A mes côtés un homme, juste à côté, l’homme de la photo d’hier, en attente.

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Celui qui menait la prière se décale doucement de 45°, un peu plus vers moi, allume un bâton d’encens, dit quelques prières puis saisit la main de mon voisin qui, je ne l’avais pas remarqué, a les yeux fermés et se met à entrer de manière affirmée et sans conscience apparente dans tout un dialogue avec “le gardien des clés”. Notre “invitant”, catholique, se glisse vers moi et m’explique qu’un esprit du volcan a pris possession de l’homme et adresse ainsi aux hommes un message. C’est même un tigre blanc. L’histoire commence à virer au surprenant. Il est question, me dit-on, de saccage de la nature, des hommes qui ne tiennent pas leur responsabilité, et sacrifices à venir. il faut faire quelque chose.

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Tout à coup, on apporte un poulet, un vrai, un gros, et l’homme le saisit, toujours les yeux fermés et le porte à sa bouche, toutes dents découvertes. Il sert peu à peu, en quelques instant le cou de la poule et commence à sucer. L’a-t-il égorgée et boit-il le sang comme me le dira mon voisin après ? L’étrangle-t-il de sa mâchoire, rien n’est clair dans cette scène à 30 cm de mes genoux, mais qui dure deux bonnes minutes (les EXIF des photos faisant foi). Il relâche alors le poulet sans vie, sans sang, et tombe à la renverse. La cérémonie est terminée mais depuis le début de la prière, la tempête s’est abattue sur la maison, une pluie battante qui a littéralement inondé le cimetière et dévalé de la montagne. Il paraît que tout est lié. Je ne sais que penser. A peine le temps d’un passage dans la maison de notre hôte où les offrandes des villageois affluent pour la suite de la prière et nous revoilà sur les motos, à fond de train, pour enchaîner avec la suite. Il ne pleut plus.

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Cela fait trois jours que je suis arrivé à Java où m’attendait Kati et Nicolas. Kati est en train de monter un spectacle audacieux au confluent des cultures. Mélangeant catholiques et musulmans, danseurs et lycéens, Shakespeare et la culture javanaise, c’est le songe d’une nuit d’été qui est monté, faseyant entre les deux cultures, mélangeant les personnages et les modes d’expression, entre danse et théâtre occidental, le tout porté par de jeunes lycéens totalement débutant en toute forme d’art. C’est un projet fou, et comme un poil de traduction ne peut faire de mal à personne, je plonge tout habillé dans cette aventure. S’il n’y avait que ça, tout irait bien mais un des personnages principaux a chopé le typhus et le projet prend des couleurs un peu dramatiques.

Quand nous arrivons, pile à l’heure, sur la scène pour le travail, les jeunes nous rejoignent peu à peu. Tout bien compté, entre les musiciens, les danseurs, les enfants qui jouent un rôle, les acteurs pour la partie occidentale, et les adultes qui accompagnent/jouent un autre rôle, nous devons être pas loin de 80 à prendre part. La répétition va commencer quand tout à coup, les nuages se compressent sur nos têtes, le vent fait gonfler dans tous les sens l’immense rideau de la scène et toute la pression accumulée du ciel, pression que l’on ressent de façon carrément physique, se libère en torrents de pluie tout aussi horizontale, inondant la moitié de l’espace au moins. Le temps de s’organiser et la répétition peut commencer.

Plus de trois heures de travail et la représentation commence un peu plus à prendre forme. Le travail est titanesque, le temps désespérément court, mais les jeunes sont assez incroyables, les javanais qui les encadrent plus encore.

Je ne sais pas si être prêtre change quelque chose à tout cela, je me dis juste que le monde est un chouilla plus grand, plus profond, plus complexe et pas que géographiquement, que ce que je sentais…

Alors que je dors déjà, Kati part finalement, la tempête apaisée, vers minuit, voir le théâtre d’ombres.

l'instant d'avant

l’instant d’avant le surgissement du tigre blanc
l’instant d’avant les trombes d’eau s’abattant sur le cimetière
l’instant d’avant la prière rituelle au pied du volcan
l’instant d’avant le monde qui se compresse avant d’exploser.

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samedi 23 février 2013 16:47

Pemulung di Tanjung Uma

Poussant le sens de la découverte et de la passion pour un pays à l’extrême, j’ai eu la joie de goûter à l’asphalte indonésienne ces derniers jours, en application rugueuse et manuelle, via une petite glissade à moto organisée par mon chauffeur du soir. Conclusion petit bobo dans la main pour moi, belles éraflures pour lui, et une heure à faire des blagues à l’hosto avec les religieuses qui, comme cadeau d’anniversaire, m’ont piqué contre le tétanos. Bref, je peux désormais attester de l’efficacité des urgences indonésiennes. Je les avais déjà goûtées il y a bien longtemps avec les jeunes du séminaire, ça peut être efficace (surtout quand on a le bon réseau, en fait, ou les sous)

Il y a néanmoins des endroits dans le monde que quasiment personne ne connaît vraiment, comme Batam où je suis pour l’instant. Ce n’est pas une île super charmante mais la première île indonésienne depuis Singapour. Intérêt touristique restreint, il y a quelques grosses entreprises dans la zone franche, pas mal de monde ici pour le business, et les pauvres qui vont avec. Comme l’île rassemble des Indonésiens de toutes les parties du pays, il n’y a pas vraiment de relations sociales traditionnelles mais des mall où on peut dépenser son fric. Un coopérant y enseigne l’anglais, dans un lycée catho du coin, permettant aux élèves de se dépasser au delà des habitudes et des formatages habituels. Il les pousse vers un peu d’excellence, qui les mettra sans doute au service des autres plus tard.

Simplement, qui dit business, fric, entreprises dit bas peuple tout planqué dans des bas quartiers que l’on peut très bien ne pas regarder. Pour déblayer le boulot d’un prochain coopérant, j’ai été accompagné hier dans un de ces bidonvilles (pour simplifier). Ce sont des gens sans qualification, de Flores pour la plupart, qui vivent du ramassage et du tri des ordures de la ville. Ils récupèrent ce qui est vendable (plastique, carton, métal) et balancent le reste, via un système de trieurs/acheteurs/refourgueurs. Les familles ont bâti de bric et de broc, de parpaings et de tôle ondulée parfois, des baraques sur un terrain pourri appartenant à une entreprise quelconque qui peut les virer du jour au lendemain, leur remboursant à peine le prix des clous. Des familles nombreuses s’entassent là, l’eau arrive une fois de temps en temps, les évacuations se font par les rigoles, le chemin est parfois vaguement cimenté, bordé de pneus usagés, et à chaque pluie, tout doit se transformer en bourbier. Ils ont bricolé des brouettes ou des remorques pour ramasser les ordures, bricolé leur maison, organisé comme ils ont pu. Mais ils ont bâti une chapelle, ils fabriquent une salle pour que les enfants puissent être accueillis, s’efforcent de venir à la paroisse pour la messe, même si le peu de transport en commun rend la démarche soit impossible, soit trop onéreuse. Assis sur des tabourets en plastique, un verre d’eau posé sur une table qu’on a fait apparaître rapidos, on parle de tout ça. Je suis avec leur curé. Là, clairement pas d’hôpital pour les malades, et de l’école pour les petits mais sans grande conviction. Difficile d’y croire dans de telles conditions.

Certes, il y aurait besoin d’argent, de manière évidente. Pour la santé, la salubrité, la construction, les vêtements, la nourriture, l’eau, l’éducation… mais je me dis que ces enfants ont aussi besoin de croire en des projets, de voir qu’on croit en eux… Et du coup, j’aime bien le boulot de la DCC.

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