J’avais pourtant pris des mesures drastiques.
J’ai changé d’ordinateur avec un écran moins haut. J’ai changé changé mon bureau de place (les yeux perdus sur la canopée rougissante au-dessus de la webcam). J’ai ajouté un plug-in dans Firefox pour apaiser la tentation de laisser certaines fenêtres virtuelles longtemps ouvertes (on prend vite des courbatures de cerveau)… Et pourtant, je suis encore victime du syndrome de l’écran total. Mode protection maximum.
Rudoyer seul son clavier en s’adressant à un ‘tout’ planétaire, écrire en pensant à des commentateurs, des lecteurs, qui ne sont pas là, s’imaginer que ce sera lu, sans savoir ni quand, ni comment, ni par qui, ni pourquoi. C’était déjà vrai en petit blog isolé, c’est encore plus vrai depuis que je traîne dans la sacristie.
on tisse, plume à plume, de jolis petits liens
entre le quotidien et l’écriture,
entre ce qu’on était (et que les fidèles ont vu naître) et ce qu’on est devenu,
entre ce qui nous empêtre, et là où nous nous sentons appelés,
entre l’aventure spirituelle, et la délicatesse pour le raconter,
entre ce que l’on lit, et ce qui nous fait bouger.
j’ai changé d’ordinateur, avec un écran plus bas, et je reste encore surpris quand à la fin d’une messe, un paroissien s’avance pour me dire: “ah mais pour l’homélie, là, vous avez réutilisé la fin de votre billet de blog, non? parce qu’on vous lit!” Gloups. un lecteur, un vrai, qui commente en direct, signe que le planétaire commence à ma porte, que les propos lâchés dans le vague où l’on surfe tombent dans des histoires particulières avec lesquelles d’autres liens, moins virtuels, se sont tissés.
Eh non, je n’ai pas réutilisé le billet sur la petite sœur. C’est la petite sœur qui m’a tellement marqué qu’elle prend ses marques dans le blog, et dans ma vie spirituelle, et forcément dans ce que je peux en partager en tentant de redire l’Evangile pour aujourd’hui.
L’écran total, c’est de croire que les mondes sont séparés, qu’on peut y vilipender, louer, réfugier, ou y raconter ce que l’on veut. Le témoignage n’aura de profondeur qu’ancré dans l’expérience humaine et spirituelle dont il émane. S’il se gausse d’idées, c’est qu’il a pris trop de hauteur, ou qu’il s’est réfugié derrière l’écran protecteur.
Savoir, à temps et à contre temps, oser fermer ou laisser ouverte une fenêtre, sauf quand le courant d’air guette, celle des yeux, celle du cœur, celle sur la cour (avec les odeurs de poubelle), celle où l’on surfe… Qui sait, on pourrait s’y laisser évangéliser. En tout, de la mesure, une bonne dose, loin de l’over-.

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