en suspens entre deux temps, entre deux mondes, dans un avion. Larantuka-Cherbourg. Le transit à Heathrow est une course presque effrénée. Il faut quasiment une heure pour aller d’un appareil à l’autre, par bus, métro, escalators, ascenseurs et presque course à pied dans les longs couloirs. Pour une raison que j’ignore, mon téléphone est totalement déchargé ; par un timing que je ne maîtrise pas, je dois déjà monter dans l’avion pour la France sans avoir le temps de me poser, de lire, de flâner, et en passant dans le sas vers mon 4e vol de la journée, je chope un quotidien britannique.
Hier, j’étais au fond de l’Indonésie, une Indonésie plus pauvre que celle que je connais, différemment destructurée, avec des jeunes qui parlent fort et bombent à la peinture leur nom sur les murs, avec des adultes qui n’ont rien en poche comme études pour s’en sortir un peu plus, avec des frères français osant, presque à contre courant de la pratique indonésienne, une politique de responsabilisation inédite, une Indonésie sans tourisme particulier, sauf de loin en loin, une Indonésie qui avait attiré en son temps Dana Rappoport (par une coïncidence qui m’échappe; Dana m’avait fait corriger des documents d’ethnologie sur l’Eglise indonésienne il y a quelques années)
Hier, j’étais même dans un hôtel un peu puant, aux autocollants douteux, et à l’escroquerie patente. Dans une partie de l’Indonésie où la misère se fait plus évidente, les prix de certains services (taxi, hôtel, restaurant) explosent littéralement. On est poli mais il faut vraiment raquer. L’aller retour en voiture jusqu’à Larantuka constitue quasiment un tiers de mon budget trois semaines en Indonésie, avion mis à part, l’équivalent d’un mois de location de moto . C’est totalement insensé. Juste un monopole hyper assumé et absolument contrôlé, une entente pour l’extorsion.
Hier, j’ai commencé à mettre mon téléphone en mode avion, et mes intérêts aussi… visionnage d’Argo, bouquinage, vague tentative de commencer le rapport sur ce séjour coopération en Indonésie… L’ambiance est un peu surprenante, on court après le temps, on le rattrape, et il se déroule, bleu.
au loin, il parait qu’il neige, au loin, une jeune fille a été inhumée, au loin, je ne pourrai peut être pas accéder à ma maison/mission si les transports ne sont pas rétablis, au loin, les sujets d’actu doivent encore faire bruire les réseaux…
ce soir, je dois préparer une célébration à la mémoire d’une jeune pour demain
en m’asseyant, je regarde la une du tabloïd… et blam. Habemus papam. (enfin “habemus”… “habent” plutôt, parce que j’ai rien vu venir). Le pape a été élu. Et il n’est pas dans les papabile dont tout le monde parlait, Et il s’appelle … Francis. Merde, Francis quoi. Et tout le monde qui trouve ça formidable… Il me faudra quelques mails, arrivé en France, pour réaliser qu’il s’appelle François
, je comprends mieux… mais ne réalise toujours pas. Un pape c’est si important, un pape est si loin en même temps. En fait, il est nom d’Eglise une dans toute son immensité et sa diversité. Présent à sa manière, en nous reliant au Christ…
que cet événement ait pu échapper à mon flux d’actualité pour s’imposer à moi dans toute sa constance à venir, sans les soubresauts du vote et de l’attente, voilà qui situera bien l’Eglise à sa juste place, entre deux mondes, entre deux temps…





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