jeudi 14 mars 2013

en suspens

en suspens entre deux temps, entre deux mondes, dans un avion. Larantuka-Cherbourg. Le transit à Heathrow est une course presque effrénée. Il faut quasiment une heure pour aller d’un appareil à l’autre, par bus, métro, escalators, ascenseurs et presque course à pied dans les longs couloirs. Pour une raison que j’ignore, mon téléphone est totalement déchargé ; par un timing que je ne maîtrise pas, je dois déjà monter dans l’avion pour la France sans avoir le temps de me poser, de lire, de flâner, et en passant dans le sas vers mon 4e vol de la journée, je chope un quotidien britannique.

Hier, j’étais au fond de l’Indonésie, une Indonésie plus pauvre que celle que je connais, différemment destructurée, avec des jeunes qui parlent fort et bombent à la peinture leur nom sur les murs, avec des adultes qui n’ont rien en poche comme études pour s’en sortir un peu plus, avec des frères français osant, presque à contre courant de la pratique indonésienne, une politique de responsabilisation inédite, une Indonésie sans tourisme particulier, sauf de loin en loin, une Indonésie qui avait attiré en son temps Dana Rappoport (par une coïncidence qui m’échappe; Dana m’avait fait corriger des documents d’ethnologie sur l’Eglise indonésienne il y a quelques années)

Hier, j’étais même dans un hôtel un peu puant, aux autocollants douteux, et à l’escroquerie patente. Dans une partie de l’Indonésie où la misère se fait plus évidente, les prix de certains services (taxi, hôtel, restaurant) explosent littéralement. On est poli mais il faut vraiment raquer. L’aller retour en voiture jusqu’à Larantuka constitue quasiment un tiers de mon budget trois semaines en Indonésie, avion mis à part, l’équivalent d’un mois de location de moto . C’est totalement insensé. Juste un monopole hyper assumé et absolument contrôlé, une entente pour l’extorsion.

Hier, j’ai commencé à mettre mon téléphone en mode avion, et mes intérêts aussi… visionnage d’Argo, bouquinage, vague tentative de commencer le rapport sur ce séjour coopération en Indonésie… L’ambiance est un peu surprenante, on court après le temps, on le rattrape, et il se déroule, bleu.

au loin, il parait qu’il neige, au loin, une jeune fille a été inhumée, au loin, je ne pourrai peut être pas accéder à ma maison/mission si les transports ne sont pas rétablis, au loin, les sujets d’actu doivent encore faire bruire les réseaux…

ce soir, je dois préparer une célébration à la mémoire d’une jeune pour demain

en m’asseyant, je regarde la une du tabloïd… et blam. Habemus papam. (enfin “habemus”… “habent” plutôt, parce que j’ai rien vu venir). Le pape a été élu. Et il n’est pas dans les papabile dont tout le monde parlait, Et il s’appelle … Francis. Merde, Francis quoi. Et tout le monde qui trouve ça formidable… Il me faudra quelques mails, arrivé en France, pour réaliser qu’il s’appelle François Sourire, je comprends mieux… mais ne réalise toujours pas. Un pape c’est si important, un pape est si loin en même temps. En fait, il est nom d’Eglise une dans toute son immensité et sa diversité. Présent à sa manière, en nous reliant au Christ…

que cet événement ait pu échapper à mon flux d’actualité pour s’imposer à moi dans toute sa constance à venir, sans les soubresauts du vote et de l’attente, voilà qui situera bien l’Eglise à sa juste place, entre deux mondes, entre deux temps…

samedi 23 février 2013

Pemulung di Tanjung Uma

Poussant le sens de la découverte et de la passion pour un pays à l’extrême, j’ai eu la joie de goûter à l’asphalte indonésienne ces derniers jours, en application rugueuse et manuelle, via une petite glissade à moto organisée par mon chauffeur du soir. Conclusion petit bobo dans la main pour moi, belles éraflures pour lui, et une heure à faire des blagues à l’hosto avec les religieuses qui, comme cadeau d’anniversaire, m’ont piqué contre le tétanos. Bref, je peux désormais attester de l’efficacité des urgences indonésiennes. Je les avais déjà goûtées il y a bien longtemps avec les jeunes du séminaire, ça peut être efficace (surtout quand on a le bon réseau, en fait, ou les sous)

Il y a néanmoins des endroits dans le monde que quasiment personne ne connaît vraiment, comme Batam où je suis pour l’instant. Ce n’est pas une île super charmante mais la première île indonésienne depuis Singapour. Intérêt touristique restreint, il y a quelques grosses entreprises dans la zone franche, pas mal de monde ici pour le business, et les pauvres qui vont avec. Comme l’île rassemble des Indonésiens de toutes les parties du pays, il n’y a pas vraiment de relations sociales traditionnelles mais des mall où on peut dépenser son fric. Un coopérant y enseigne l’anglais, dans un lycée catho du coin, permettant aux élèves de se dépasser au delà des habitudes et des formatages habituels. Il les pousse vers un peu d’excellence, qui les mettra sans doute au service des autres plus tard.

Simplement, qui dit business, fric, entreprises dit bas peuple tout planqué dans des bas quartiers que l’on peut très bien ne pas regarder. Pour déblayer le boulot d’un prochain coopérant, j’ai été accompagné hier dans un de ces bidonvilles (pour simplifier). Ce sont des gens sans qualification, de Flores pour la plupart, qui vivent du ramassage et du tri des ordures de la ville. Ils récupèrent ce qui est vendable (plastique, carton, métal) et balancent le reste, via un système de trieurs/acheteurs/refourgueurs. Les familles ont bâti de bric et de broc, de parpaings et de tôle ondulée parfois, des baraques sur un terrain pourri appartenant à une entreprise quelconque qui peut les virer du jour au lendemain, leur remboursant à peine le prix des clous. Des familles nombreuses s’entassent là, l’eau arrive une fois de temps en temps, les évacuations se font par les rigoles, le chemin est parfois vaguement cimenté, bordé de pneus usagés, et à chaque pluie, tout doit se transformer en bourbier. Ils ont bricolé des brouettes ou des remorques pour ramasser les ordures, bricolé leur maison, organisé comme ils ont pu. Mais ils ont bâti une chapelle, ils fabriquent une salle pour que les enfants puissent être accueillis, s’efforcent de venir à la paroisse pour la messe, même si le peu de transport en commun rend la démarche soit impossible, soit trop onéreuse. Assis sur des tabourets en plastique, un verre d’eau posé sur une table qu’on a fait apparaître rapidos, on parle de tout ça. Je suis avec leur curé. Là, clairement pas d’hôpital pour les malades, et de l’école pour les petits mais sans grande conviction. Difficile d’y croire dans de telles conditions.

Certes, il y aurait besoin d’argent, de manière évidente. Pour la santé, la salubrité, la construction, les vêtements, la nourriture, l’eau, l’éducation… mais je me dis que ces enfants ont aussi besoin de croire en des projets, de voir qu’on croit en eux… Et du coup, j’aime bien le boulot de la DCC.

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dimanche 16 décembre 2012

Twitter, le pape y est virtuel

L'un des Le buzz de la semaine, ce fut l'arrivée de Benoît XVI sur twitter, le site de micro-blogging. Pseudo "vérifié", avatars par langues, l'évêque de Rome a emboîté le pas de Mgr Giraud, l'évêque twitto aux twithomélies si célèbres. Toutefois, si les "followers" se sont abonnés peu à peu à l'évêque de Soissons, par ouï-dire de la qualité de ses méditations, la célébrité du pape l'avait bel et bien précédé et les affaires ont été plus rapides. Plus de 650 000 followers avant la première parole, le double après ce fameux premier twitt. Le pape a donc tweeté, confirmant son désir de faire résonner la parole de Dieu par toutes les voies, à la manière de ses prédécesseurs ouvrant les voies télévisées. L'Urbi s'étend à l'orbi, et tout le monde s'extasie.

A vrai dire, tout le monde ne s'extasie pas et les faux comptes se sont multipliés, ainsi que les centaines de parodies. Etre à une blague potache du pape qui constitue LA figure du christianisme (si possible poussiéreux) est une aubaine à la portée du moindre rigolo en mal de pochetronade, et du premier militant PS. Je me souviens avoir mis, il y a deux ans, mon numéro de portable sur une affiche destinée à des étudiants. Des rigolos, déjà, avaient anonymisé leur téléphone pour me faire une blague. Qu'est ce qu'on rigole.

Bon. Le pape a twitté, et il a un peu grugé. 140 caractères, ce n'est pas vraiment assez pour un esprit habitué à la finesse du propos, et à la justesse de l'adresse. 7 twitts, donc, nombre symbolique. 12/12... tout aussi symbolique. Bien ouèj, Ben'.

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Chers amis, c’est avec joie que je m’unis à vous par twitter. Merci pour votre réponse généreuse. Je vous bénis tous de grand cœur. Comment pouvons-nous mieux vivre l’Année de la Foi dans notre quotidien ? Dialogue avec Jésus dans la prière, écoute Jésus qui te parle dans l’Évangile, rencontre Jésus présent en celui qui est dans le besoin. Comment vivre la foi en Jésus Christ dans un monde sans espérance ? Avec la certitude que le croyant n’est jamais seul. Dieu est le rocher ferme sur lequel construire sa vie, et son amour est toujours fidèle. Suggestions pour être plus assidus à la prière quand nous sommes très pris par les exigences du travail, de la famille et du monde ? Offre ce que tu fais au Seigneur, demande son aide en toute circonstance de ta vie, et souviens-toi qu’il est toujours proche de toi.

Le pape m'a tutoyé, et j'ai écouté.

Alors les médias ont repris l'info, les radios ont appelé au téléphone tout ce qu'elles avaient comme prêtres déjà twittos (j'avais vraiment autre chose à faire mercredi) et on a loué l'Eglise qui se met enfin aux médias sociaux. Le pape qui parle directement au vulgum pecus et se met à distance d'un @... tellement moderne, et inattendu d'une église supposée sénescente.

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Mais à bien y réfléchir, ce n'est pas Benoit XVI qui a rejoint twitter mercredi, mais bien un autre pape qui l'a, globalement, inventé:

une phrase courte, un motif, enraciné dans un corpus plus long, adressé en tutoiement à des centaines de milliers de personnes instantanément, amenant un bruissement de réactions qui n'entraveront pas la suite des publications, réactions qui ne recevront pas de réponse personnelle de l'auteur mais un mouvement d'ensemble, le premier twitt du pape n'est pas l'œuvre de Benoit le seizième, mais du deuxième Jean Paul.

Jean Paul II a inventé les JMJ, invitant des centaines de milliers, des millions même de jeunes à le suivre pour écouter les messages courts, puisés dans l'Evangile, qu'il adressait. Suscitant la réaction de chacun puisque la parole atteignait chacun sans intermédiaire, suscitant la parole entre nous, puisqu'il était encore un peu loin pour nous répondre. Le premier twitto, c'est Jean-Paulo.

Certains chrétiens répondront en son nom aux #askpontifex, le buzz fera parler tout un chacun... Bon, ce n'est pas nouveau. C'est exactement le mouvement des JMJ, le premier réseau pontifical où les chrétiens répondaient aux questions suscitées par le pape.

Néanmoins, et plus profondément, cela met en lumière un grand glissement qu'a initié le pontifex d'avant : mettre la parole du Saint Père en accès direct, en écoute directe sans intermédiaire ni relais, pour chacun. Cela a donné une force prédominante à la parole romaine, et une voix à l'Eglise, shuntant probablement beaucoup de paroles intermédiaires. Avant, on entendait parler du pape par son curé qui le tenait de son évêque, maintenant, on le sait par l'AFP, ou par twitter d'ailleurs. La voix de l'Eglise, c'est le petit accent allemand chantant du pape, et ses phrases hautement ciselées, adressées...

Mais cette compression de l'épaisseur de la structure de l'Eglise à la seule parole personnelle du pape n'est pas sans poser de questions. D'abord, le pape ne s'adresse que rarement "à tout le monde", et cette divulgation au monde entier de propos adressés aux Africains/évêques/prêtres/jeunes italiens/ou/ou/ou amène des ambigüités que tous ne savent interpréter. Le pape parle précis, et il ne joue que très peu du mode de la petite phrase médiatique. Et sans vecteur de lecture, ça va pas être simple.

Ensuite, il y a cette histoire de proximité absolue. L'idée même, par exemple que Cécile Duflot puisse lire un tweet que je lui adresse, et me répondre personnellement est à la fois intéressant, grisant mais en même temps embêtant. En effet, les médiations plus proches, humaines, ont elles aussi leur pertinence. une figure lointaine et impersonnelle est plus facile à puncher qu'un visage au plus près. Mais ça nourrit aussi l'idée commune que les prêtres sont des portes voix papaux. J'en veux pour preuve une question qui m'a été adressée par un journaliste d'Europe 1: "quels sont vos rapports au quotidien avec le Vatican?" – euh...

Alors je ne sais si je dois me réjouir que le pape vienne sur twitter.

Pour ma part, je me suis toujours situé sur internet un peu en franc tireur, comme David, prêtre à Cherbourg, et qui parle en ce nom. Ni comme le curé que je ne suis pas, ni comme parole officielle de l'Eglise que je n'ai pas, mais essayant d'accueillir le mystère dans l'embrouillamini de ma vie et de mes engagements. Là, ce sera un compte twitter officiel. Reste à voir ce qui en sortira.

Mais bon, après tout, s'il n'y en a qu'un à suivre, vraiment, c'est pas le pape, c'est son patron. @, DM, twitts, il fait ça mieux que tous. Sans perte de qualité.

samedi 8 décembre 2012

les experts

C’est un luxe qui ne devrait pas vous coûter trop cher. Vous pouvez vous organiser comme vous voulez (acheter un zoom H2n, ou emprunter un Nagra à la RCF voisine, ou vous rechargez votre Smartphone) et vous vous bloquez une bonne matinée. Peut-être deux. Ou plus mais uniquement si affinités. Et le sourire au lèvres, vous allez frapper à la porte d’André Lefèvre. Enfin, vous allez frapper à la porte d’André Lefèvre si vous êtes de Sottevast. Sinon, ça va être un tout petit peu plus compliqué. André Lefèvre est une célébrité à Sottevast comme quelques villages en possèdent encore. André a été curé de Sottevast pendant 39 ans, puis il s’est retiré sur place, dix ans de plus, jusqu’à ce que sa santé exige un logement plus adapté et accompagné.

Je suis entré hier dans les deux pièces d’André, au troisième étage du centre d’accueil diocésain, avec deux autres confrères. Au perroquet, trois casquettes, dans la chambre à côté, un lit médicalisé, et devant nous un bureau et quelques chaises préparées pour nous accueillir. C’était la journée annuelle fraternelle des prêtres de notre diocèse, nous étions une bonne centaine présents, et pour la première fois, le petit temps d’échange se passait dans les appartements des plus âgés. On devait parler de la joie de croire, et les questions que nous portions. Et André m’a passionné.

Resté 49 ans dans son village, croisant sans cesse les vies des uns et des autres, les accompagnant de moments insignifiants et tournants essentiels, il a vu son village doubler, la population évoluer, les grosses entreprises laitières et nucléaires modifier le mode de vie… Il a accompagné, créé, soutenu, regardé, écouté, rebâti une Eglise dans un si petit coin de Normandie, mais il a vu grandir quelque chose de l’humanité après la guerre. Il avait été vicaire 3 ans, en 1945, puis curé ailleurs une petite quinzaine d’années… Et je suis persuadé qu’il y avait devant moi un expert d’humanité, à force de la côtoyer et de la voir grandir, à force de se passionner pour elle… Parce que toute la vie d’un curé est tournée vers le peuple qu’il fait vibrer vers le Dieu qu’il aime.

Il est probable que vous ne connaissiez pas André Lefèvre, ni même Auguste Lefort, qui est arrivé dans sa paroisse en 1949… votre curé lui même a probablement reçu des missions un chouilla plus courtes, ces dernières années… mais si vous avez du temps à gagner, vous pourriez attraper votre enregistreur et parler longuement avec ce vieux prêtre à deux pas de chez vous, pour l’écouter raconter l’homme qu’il a vu grandir et s’affermir, la France qu’il n’a pas fait que côtoyer, mais qu’il a aimée. Vous avez ce devoir de mémoire.

Nous étions une bonne centaine, hier, pendant ce temps fraternel. Beaucoup moins que les autres années, certains sont morts, d’autres sont fatigués, ou n’ont pu prendre le temps d’être là. Une bonne centaine sur 190 prêtres du diocèse. Sérieux, drôles, dissipés et concentrés, attentifs et différents. Unis, simplement dans cette diversité:

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dimanche 4 novembre 2012

smilin' bearded man

Dans la série, le monde tel qu’on nous le vend en permanence se divise en deux catégories, les Barbus et les autres… je vous propose un petit test cliché :

voici une photo d’actualité, à quoi vous fait-elle penser ?

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eh oui, vous avez bien deviné, Anba Tawadros (Théodore) est le 118e pape copte. Né en 1952, pharmacien de formation.
Voilà. Naturellement,vous n’avez pas pensé à autre chose, hein, non, hein? "Je ne sais pas"

mardi 23 octobre 2012

in extremis visse

Je ne sais pas si vous vous souvenez de l’église de Vrasville
qui avait la plus MEDEF des plaques de dévotion…
je l'ai déjà publiée en 2008

je ne regrette pas d’y être retourné il y a peu.
En effet, les paroissiens y ont développé deux autres initiatives salutaires:

La première pour lutter contre les tentations de leur curé à épiscopâlir,
pour ne pas dire délayer ses homélies au delà du nécessaire.

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La deuxième est plus vitale encore. En cas d’urgence
visser ce marbre au mur. Vite.

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Save Our Souls!

#edit: grâce à Isabelle, il paraît de plus en plus évident que l'Eglise est depuis fort longtemps 2.0, avec ses wall sur lesquels déposer des posts (que tout le monde peut voir), des veilleuses pour promouvoir, des "amis" pour relayer l'info... Il faudrait que Mark Zuckerberg paie des droits d'auteur à l'Eglise (Note, ici au moins, on peut promouvoir son post gratuitement)

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mardi 1 mai 2012

Jn 19,34

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Ce n’est pas encore l’averse, mais pas loin. Pas au point en tout cas de réduire des 10 km/h réglementaires la vitesse de ma voiture. Les kilomètres défilent en ligne droite départementale rurale. A peine une heure de route encore et je serai rentré avant 23h. Tout à coup, surgit l’éclat fugitif d’une main inattendue dans le faisceau des phares. Je les dépasse à pleine vitesse, ces deux jeunes, de noir vêtus, qui marchent sur le bas côté herbeux à 3-4 kilomètres du dernier village. La main aperçue, c’était un pouce tendu. Dans le noir, sous la pluie, à 22h, après une butte dans une ligne droite sans dégagement pour s’arrêter. Je ne suis pas si pressé de rentrer, finalement, et fais demi-tour un peu plus loin. Personne n’aura le temps de s’arrêter pour les prendre. Au mieux ils marcheront encore une bonne heure et demie. Au pire, ils vont finir sous un pare-chocs. Deuxième demi-tour juste derrière eux, je les embarque, mal rangé, en feux de détresse, sous la pluie. Ils n’ont pas 16 ans. Ni lui, ni elle.

Ils ne voulaient pas rester avec sa mère à un loto quelconque, ils avaient décidé de rentrer, et le pote qui devait les emmener était déjà sorti alors ils sont partis à pied, et plutôt qu’attendre au rond point, ils ont commencé à avancer. Depuis une heure, en blousons et pantalons sombres. Et avec aucune idée de ce qu’ils risquaient, mis à part un “ils foncent les gens sur cette route”. Oui. Exactement. Le plus mauvais plan “stop” que j’aie jamais vu. Je les pose plus loin.

L’averse redouble maintenant, et dans la radio, une voix pleine de sourires illumine l’habitacle. Sur inter, on interviewe Mory Kante, un griot célèbre à la voix fleurie. C’est fou comme certaines voix semblent habitées, rieuses, imaginaires, une voix à s’asseoir par terre pour écouter la suite des aventures passionnantes dont on ignorait tout juste avant. Son récit est pétillant, roulant comme des galets dans le lit d’un ruisseau, chantant. Le griot, c’est l’apogée du “participe-présent”, dans le plein sens de ces deux mots. Il raconte le Mali, l’empire Mandingue, la place de chacun, le rôle des griots qui sont comme… le sang. Le sang connaît mieux que personne tous les organes. Il est du corps et le sait au mieux, et sans ce sang, pas de vie, pas de corps vivant. Le griot, c’était le sang de l’Afrique, le liant connaissant et chantant qui reliait tout le monde.

L’image me semble si parlante en ces périodes anniversaire de concile. Il nous faut étendre la métaphore paulinienne. Si le monde, si la création toute entière doivent être en Christ, alors les chrétiens ne sont pas nécessairement tant des “membres”, mais pour le monde “le sang”… Le sang qui connait chacun des organes et des membres, le sang qui passe au cœur pour être envoyé, qui puise dans les poumons de la grâce de quoi alimenter tout le corps, qui reçoit non pour lui mais pour les autres, qui lui apporte les protéines de la Parole, qui se charge d’emporter peu à peu les scories du monde pour qu’il en soit purifié… Il a le devoir d’aller partout, de relier. Certes, l’Esprit a bien d’autres manières de vivifier le corps tout entier… Mais notre vocation, c’est de recevoir la grâce pour la laisser rayonner dans chacun des endroits que nous traversons. Ne vous leurrez pas, le sang n’est rien seul, mais, il est porteur d’un trésor dont tout le corps a besoin.

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jeudi 29 mars 2012

Et Dieu sait que je ne voulais pas y aller

Ce week-end, j’étais à Lourdes avec 2600 catholiques pour le lancement des festivités autour du cinquantenaire du concile Vatican II. De manière tout à fait surprenante, je n’y connaissais pas tant de monde, puisque les évêques avaient osé convier des chrétiens de partout, hors des réseaux nationaux habituels : Chrétiens engagés localement, plongés dans un grand événement.

Ici, on pourra retrouver les vidéos et les textes des interventions, les témoignages de participants du concile, et de chrétiens pour la réception, discours des invités œcuméniques. Les topos étaient de bonne tenue, stimulants même, ils s’équilibraient… Mais l’audace aura été de ne pas faire de discours sur la liturgie, mais de célébrer ensemble le Christ, à l’image de ce que firent les pères conciliaires. les célébrations étaient d’ailleurs, dans l’ensemble, bien belles.

Lourdes oblige, le soir, ce fut une procession mariale qui nous rassembla. Pour chacune des dizaines de chapelet, des textes du concile venaient étayer notre prière.

Je sais qu’ils sont sombres, mais que voulez vous, la nuit… quelques clichés.

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J’ai tout de même croisé le grand @mgrgiraud et vibré quand le cardinal Ricard a prononcé ces mots: “on se rappelle que c'est le Christ lui-même qui nous a appris à regarder” Eh oui. J’acquiesce !

mercredi 14 mars 2012

No-Entry

Les aménagements urbains me font parfois sourire, surtout aux abords des églises.

Devant la Basilique de la Trinité et son parvis venté, et histoire, sûrement, d’en préserver le caractère piétonnier, on trouve un simple et unique panneau de …. sens interdit ! Beaucoup pourraient y voir toute une symbolique. C’est assez symptomatique.

Deux exceptions y sont néanmoins accordées… les ambulances, en accès urgence, et les corbillards, pour les célébrations.  Mis à part naissance et mariage, ce sont les raisons qui poussent tout un chacun à la spiritualité, ce sont les « exceptions » acceptables par la société, celles que, dans la modernité, l’on concède à la foi en Dieu : un peu de lumière dans les obscurités de la vie… quand il est moins question de compréhension et d’explication que continuer à vivre : un peu de sens là où il disparaît.

Que la foi soit lumière dans les ténèbres du Mal, de la souffrance, ou du deuil reste une expérience fondamentale : c’est la réponse de Dieu qu’on est prêts à entendre… Mais ce temps du carême vient nous rappeler que cette lumière est appelée à s’immiscer jusque dans le riant et le lumineux de nos journées. Le sens qui surgit dans cette absence vient rejaillir partout.

Parce que se laisser élever, c’est une dynamique de chaque instant et pas une exception,
parce que le Christ lumière nous éloigne, définitivement et en tous temps, des sens interdits. 

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dimanche 11 mars 2012

Une Eglise des ors et du chatoiement

Même paroisse, autre église, permettez-moi de vous emmener quelques pas.
Comme quand un touriste me le demande, je dois concéder que je n’ai aucune idée de la valeur historique de ces peintures, sombres, qui ornent les piliers de la Basilique de la Trinité… mais elles attirent le regard… vers le haut, immaculé.

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ou vers le chœur… voire les autels.

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quelques albâtres anglais plus anciens pour une histoire inscrite dans la pierre…
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des dorures, des sculptures…

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et sur les autels, fiers, colorés, s’élancent vers le ciel, des cierges majestueux, irisés, fascinants. Blogdavidlerouge-10-2Blogdavidlerouge-2-3

on pourrait être tenté de croire que tout était mieux alors, plus beau, plus flamboyant, l’Eglise d’alors brillait de mille feux, scintillants et chatoyants, mais à mieux y regarder, parfois, on découvre qu’il n’était pas certain que ces candélabres brûlent d’un feu si ardent.

méfions nous des reflets chatoyants, ils peuvent n’être que les atours d’une simple et froide rigidité de fer.

“je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé.”

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