Hier soir, j’ai pensé à toi.
toi qui te balades tout le temps avec un machin dans les oreilles et une pokerface dans les transports en commun. Je ne sais pas trop si c’est un iPod, un mptruc, un téléphone, ou rien au bout du fil qui sort de ta poche, histoire de murer ton regard derrière une écoute attentive, bref, toi qui te cloîtres dans ta gangue sonore chaque fois que tu sors de ton antre. Je me suis souvent demandé ce que tu écoutes, et si tu réussis à sourire à l’intérieur tout en bougonnant à l’extérieur. (mais ça marche aussi pour toi qui écoutes des trucs et des machins à la maison)
En fait, hier soir, on m’a posé un lapin, un lapin tout mignon et tout jeune, avec des yeux attendrissant et tout, un lapin de 6 ans. Et l’agenda en dilettante, j’ai rien fait (sauf penser à toi, mais pas trop quand même, c’était pas le moment). L’orage grognait, des monceaux de glace tombaient du ciel (ça tiendra jamais jusqu’au 21 décembre 2012, avec ce temps), le froid s’infiltrait par tous les interstices de ma masure, et j’ai décidé, foutu pour foutu de prendre un bain. Voilà. un bain chaud (le monde est condamné, on est déjà le jour d’après, alors j’ai abandonné la douche écologiquement responsable pour ce soir là, j’avais trop froid). Optant pour un ramollissement du bulbe, j’ai fui la radio, et envisagé un podcast en décor sonore. A la coule.
Pendant les premières secondes, j’ai cru que je m’étais trompé, que j’avais encore opté pour un truc abscons de France Culture, avec un anglosaxon qui se fait un devoir de parler français avec un accent overseas pour aborder des questions ultraspécialisées. Et puis j’ai reconnu la voix de François Busnel, le ton de France Inter, et j’ai écouté Alexandre Jollien. Francophone (quoique suisse), handicapé, souriant jusque dans la voix. Ecrivain? maître zen? spirituel? ça collait bien pour France Inter. Et peu à peu, Alexandre Jollien, la voix envoûtante, le clin d’œil aux lèvres, la liberté intérieure plein la gorge a fait déraper France Inter. Il parlait d’abandon, d’autres logiques, de Dieu, de foi, de silence, de méditation… et à chaque tentative de renvoyer Dieu dans les limbes du “enfin, vous êtes sympa, mais Dieu, dans tout ça, c’est pas très nécessaire, non?”, Alexandre Jollien remettait tout au centre et flinguait le cynisme bien-pendant franceinterien.
Alors voilà, dans mon bain, j’ai pensé à toi. La flotte était froide, certes, mais une voix, saturée de joie, avait su faire résonner la figure du Christ entre mes oreilles, via le paganisme bien pensant de France Inter. ça tient du miracle. C’est pourquoi si tu n’as pas peur de télécharger une soixantaine de Mo, si tu n’as pas peur de prendre une petite heure à te laisser mener par le bout des tympans, si tu n’es pas définitivement allergique aux interviews de France Inter, tu devrais peut être écouter. C’est con, tu pourrais même en sourire. (j’y crois peu dans le métro, mais on sait jamais). Pour ce qui est du bain, ce n’est pas nécessaire.
Comme je suis sympa, je te mets les liens là:
sur le site de France Inter, avec le podcast
le site d’Alexandre Jollien
et si tu détestes iTunes, j’ai téléchargé le MP3 pour toi et je l’ai mis en téléchargement là
fais gaffe, un tel témoignage joyeux, ça pourrait râper ta gangue de l’intérieur.
sur ce, j’te claque une bise. (parce que la bise est carrément venue, ces jours-ci)

messe, une sœur, d’une communauté où les ordinateurs ne sont pas légion, vient me saluer :
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