L'un des Le buzz de la semaine, ce fut l'arrivée de Benoît XVI sur twitter, le site de micro-blogging. Pseudo "vérifié", avatars par langues, l'évêque de Rome a emboîté le pas de Mgr Giraud, l'évêque twitto aux twithomélies si célèbres. Toutefois, si les "followers" se sont abonnés peu à peu à l'évêque de Soissons, par ouï-dire de la qualité de ses méditations, la célébrité du pape l'avait bel et bien précédé et les affaires ont été plus rapides. Plus de 650 000 followers avant la première parole, le double après ce fameux premier twitt. Le pape a donc tweeté, confirmant son désir de faire résonner la parole de Dieu par toutes les voies, à la manière de ses prédécesseurs ouvrant les voies télévisées. L'Urbi s'étend à l'orbi, et tout le monde s'extasie.
A vrai dire, tout le monde ne s'extasie pas et les faux comptes se sont multipliés, ainsi que les centaines de parodies. Etre à une blague potache du pape qui constitue LA figure du christianisme (si possible poussiéreux) est une aubaine à la portée du moindre rigolo en mal de pochetronade, et du premier militant PS. Je me souviens avoir mis, il y a deux ans, mon numéro de portable sur une affiche destinée à des étudiants. Des rigolos, déjà, avaient anonymisé leur téléphone pour me faire une blague. Qu'est ce qu'on rigole.
Bon. Le pape a twitté, et il a un peu grugé. 140 caractères, ce n'est pas vraiment assez pour un esprit habitué à la finesse du propos, et à la justesse de l'adresse. 7 twitts, donc, nombre symbolique. 12/12... tout aussi symbolique. Bien ouèj, Ben'.
Benoît XVI @Pontifex_fr
Chers amis, c’est avec joie que je m’unis à vous par twitter. Merci pour votre réponse généreuse. Je vous bénis tous de grand cœur. Comment pouvons-nous mieux vivre l’Année de la Foi dans notre quotidien ? Dialogue avec Jésus dans la prière, écoute Jésus qui te parle dans l’Évangile, rencontre Jésus présent en celui qui est dans le besoin. Comment vivre la foi en Jésus Christ dans un monde sans espérance ? Avec la certitude que le croyant n’est jamais seul. Dieu est le rocher ferme sur lequel construire sa vie, et son amour est toujours fidèle. Suggestions pour être plus assidus à la prière quand nous sommes très pris par les exigences du travail, de la famille et du monde ? Offre ce que tu fais au Seigneur, demande son aide en toute circonstance de ta vie, et souviens-toi qu’il est toujours proche de toi.
Le pape m'a tutoyé, et j'ai écouté.
Alors les médias ont repris l'info, les radios ont appelé au téléphone tout ce qu'elles avaient comme prêtres déjà twittos (j'avais vraiment autre chose à faire mercredi) et on a loué l'Eglise qui se met enfin aux médias sociaux. Le pape qui parle directement au vulgum pecus et se met à distance d'un @... tellement moderne, et inattendu d'une église supposée sénescente.
Mais à bien y réfléchir, ce n'est pas Benoit XVI qui a rejoint twitter mercredi, mais bien un autre pape qui l'a, globalement, inventé:
une phrase courte, un motif, enraciné dans un corpus plus long, adressé en tutoiement à des centaines de milliers de personnes instantanément, amenant un bruissement de réactions qui n'entraveront pas la suite des publications, réactions qui ne recevront pas de réponse personnelle de l'auteur mais un mouvement d'ensemble, le premier twitt du pape n'est pas l'œuvre de Benoit le seizième, mais du deuxième Jean Paul.
Jean Paul II a inventé les JMJ, invitant des centaines de milliers, des millions même de jeunes à le suivre pour écouter les messages courts, puisés dans l'Evangile, qu'il adressait. Suscitant la réaction de chacun puisque la parole atteignait chacun sans intermédiaire, suscitant la parole entre nous, puisqu'il était encore un peu loin pour nous répondre. Le premier twitto, c'est Jean-Paulo.
Certains chrétiens répondront en son nom aux #askpontifex, le buzz fera parler tout un chacun... Bon, ce n'est pas nouveau. C'est exactement le mouvement des JMJ, le premier réseau pontifical où les chrétiens répondaient aux questions suscitées par le pape.
Néanmoins, et plus profondément, cela met en lumière un grand glissement qu'a initié le pontifex d'avant : mettre la parole du Saint Père en accès direct, en écoute directe sans intermédiaire ni relais, pour chacun. Cela a donné une force prédominante à la parole romaine, et une voix à l'Eglise, shuntant probablement beaucoup de paroles intermédiaires. Avant, on entendait parler du pape par son curé qui le tenait de son évêque, maintenant, on le sait par l'AFP, ou par twitter d'ailleurs. La voix de l'Eglise, c'est le petit accent allemand chantant du pape, et ses phrases hautement ciselées, adressées...
Mais cette compression de l'épaisseur de la structure de l'Eglise à la seule parole personnelle du pape n'est pas sans poser de questions. D'abord, le pape ne s'adresse que rarement "à tout le monde", et cette divulgation au monde entier de propos adressés aux Africains/évêques/prêtres/jeunes italiens/ou/ou/ou amène des ambigüités que tous ne savent interpréter. Le pape parle précis, et il ne joue que très peu du mode de la petite phrase médiatique. Et sans vecteur de lecture, ça va pas être simple.
Ensuite, il y a cette histoire de proximité absolue. L'idée même, par exemple que Cécile Duflot puisse lire un tweet que je lui adresse, et me répondre personnellement est à la fois intéressant, grisant mais en même temps embêtant. En effet, les médiations plus proches, humaines, ont elles aussi leur pertinence. une figure lointaine et impersonnelle est plus facile à puncher qu'un visage au plus près. Mais ça nourrit aussi l'idée commune que les prêtres sont des portes voix papaux. J'en veux pour preuve une question qui m'a été adressée par un journaliste d'Europe 1: "quels sont vos rapports au quotidien avec le Vatican?" – euh...
Alors je ne sais si je dois me réjouir que le pape vienne sur twitter.
Pour ma part, je me suis toujours situé sur internet un peu en franc tireur, comme David, prêtre à Cherbourg, et qui parle en ce nom. Ni comme le curé que je ne suis pas, ni comme parole officielle de l'Eglise que je n'ai pas, mais essayant d'accueillir le mystère dans l'embrouillamini de ma vie et de mes engagements. Là, ce sera un compte twitter officiel. Reste à voir ce qui en sortira.
Mais bon, après tout, s'il n'y en a qu'un à suivre, vraiment, c'est pas le pape, c'est son patron. @, DM, twitts, il fait ça mieux que tous. Sans perte de qualité.
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