mercredi 16 janvier 2013

lux in the sky

Dieu que les temps sont troublés, Dieu que les gens sont troublés
Du plus juste de leurs convictions, du plus profond de leurs paix vécues
même manifestées dans la joie, ou apeurées dans l'effroi
l'altérité se fait altercation,
le dépit dégoût,
l'envie de débat une débâcle,
la paix épée,
l'affirmation sereine vitupération malsaine
chacun est dépouillé de sa foi et de ses convictions, par des réductions et des insinuations.

Certains ont réfléchi, pesé, mûri, et voudraient le partager,
d'autres l'ont moins fait, d'autres encore ont l'épiderme brûlé d'un jugement, une infamie,
certains rusent et trichent, d'autres blessent, acérés, sans le désirer
on excommunie et/ou vomit le frère qui n'aurait pas la même idée,
on le somme de s'expliquer, pour autant qu'il se range de son côté

le pouvoir ne se fait plus serviteur, mais arrogant,
pouvoir du nombre, pouvoir en place, illusions abimées de force
et les petits trinquent.

mon ciel en est troublé,

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alors je continue ma quête de lumière.

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lundi 17 décembre 2012

bien en chaire

Même si par principe et par chanson, le jeune™  est con, je dois avouer que je suis plutôt verni de ce côté là. Les jeunes que je côtoie ont plutôt tendance à ne pas l'être, voire à briller plus que par intermittence, dans leur joie de vivre, leurs engagements, leur sens du service, et leurs idées. Bon, à vrai dire, il faudrait un peu relativiser, mais je le jeune™, globalement, il assure. J'en veux pour preuve la soirée d'aumônerie que nous avons organisée sur le thème du mariage gay bien avant les vacances de la Toussaint. Petit sondage à la louche, au tout début, et ça votait 50-50 pour contre. OK. Il faut dire qu'à l'aumônerie, y a des cathos de familles cathos, y a des cathos de familles pas cathos, y a des enfants pas trop catho de familles cathos, y a les potes, et dans tout cela, un éventail idéologique assez large, du militant mjs  au militant ump (voire...) (mais ils se reconnaîtront).

Grand objectif de la soirée, les aider à se parler. Et pour cela, la technique fut simple. temps A:
1. prendre une dizaine de phrases de l'Evangile et leur demander lesquelles pourraient avoir une réelle pertinence pour la société d'aujourd'hui, et lesquelles seraient mal reçues aussi
2. découper en 10 le petit raisonnement ecclésial qui lui fait dire (à la fin) qu'elle n'est pas pour cette extension du mariage
3. faire causer entre eux, mais uniquement avec des arguments

ils ont tellement bien causé qu'on n'a pas eu le temps de poser le temps B qui voulait être un temps de questions réponses où on pourrait expliciter un peu mieux les tenants et aboutissants, et leur livrer un petit papelard pour faire réfléchir.

Comme on n'avait pas fini, j'ai cédé aux sirènes de la facilité et reprogrammé une deuxième soirée sur le sujet, pour mettre les choses plus au clair. Entre temps, Bernheim avait écrit, l'actu s'était un peu affolée, on avait du grain à moudre. Cette deuxième soirée fut un bide pour la simple et bonne raison qu'ils avaient simplement continué (sans se faire mal, hein, ce sont des lycéens) à cogiter de leur côté. Pas besoin de mâcher des réponses, les questions avaient ouvert leur réflexion. A mort le prêchi prêcha.

Supers, ces jeunes, je vous dis.

Bon, vu que ça s'affole médiatiquement, et que les manifs jouent à celle qui aura la plus grosse, ils montent aussi un peu dans les tours et dans les cars, et se promettent bien d'aller défiler, les uns en décembre, les autres en janvier. Ils sont sans doute assez grands pour savoir ce qu'ils font, et la force de leurs convictions ne laissent que peu de place à une moue ou à une mollesse de quiconque. ça va manifester, point.

Faut dire qu'il va falloir se lever de bonne heure pour les empêcher de participer à leur #premièremanif (conséquente). Ils croient en leurs convictions, et tout le monde est content de leur motivation, ça promet d'être joyeux et #theplacetobe. Bon.

N'empêche que comme aumônier, et prêtre, je suis un peu plus réservé. Ce n'est pas mon habitude, il faut dire, de pousser les gens à aller manifester dans la rue. Je déteste les mouvements de foule, et être associé à des slogans idiots que des imbéciles ne manquent jamais de scander. Rarement ça vient de l'organisation, mais des imbéciles, dans un groupe, y en a toujours suffisamment, et avec des voix puissantes ou des marqueurs (in)dé(lé)biles.

Si bien que des questions me viennent pour ces jeunes. Comment les aider à prendre place dans un mouvement de foule qui ne sera pas un lieu de dialogue mais de scansion, et éventuellement d'opposition? Comment les aider à gérer la violence éventuelle qui leur sera adressée personnellement par des militants opposés et rendus agressifs par un rapport de force perdu? Comment les aider à discerner pour ne pas se laisser emporter par leur propre enthousiasme, et finir par crier des slogans auxquels ils ne croient pas, posant des gestes qu'ils n'assumeront pas? Bref, il y a un devoir des parents et des adultes pour accompagner ces jeunes. On ne peut pas les laisser aller ainsi. On ne peut pas les laisser aller seuls. Ou alors on ne les laisse pas aller. C'est trop important.

La-manif-pour-tous-rassemble-une-foule-festive-et-familiale_article_main photo la Croix abh

Et on le voit, les glissements sont à portée de twitpic. C'est la poussette gazée par les femen et qu'on a mise en valeur d'un rond rouge pour dire qu'elles étaient pas gentilles, les femen. (Il faut dire, que foutait cette poussette dans un rassemblement militant potentiellement mouvementé?) C'est le jeune garçon qui brandit une affiche, avec enthousiasme dimanche dernier, et sa photo multidiffusée et multihuée pour l'irresponsabilité des parents. Ce sont les deux minettes qui se roulent une galoche affriolante devant alliance Vita à Marseille. Dites les filles, j'espère que votre premier employeur aura la mémoire courte ou n'était pas trop connecté. L'image des enfants, dans des lieux aussi médiatisés, c'est pas sans poser de questions.

Je sais bien que l'enjeu de ces réformes touche les familles et que les familles peuvent vouloir manifester leur mécontentement. Je sais bien que les têtes jeunes, ça fait moins réac de droite, je sais bien que la manif est bon enfant, et qu'elle est bien encadrée... N'empêche que ça mérite un poil de discernement. Décidez, et accompagnez, (et pour les jeunes, laissez-vous accompagner). Sinon, vous êtes les irresponsables que vous dénoncez à force de twitpics.

En version plus courte, c'est ce que j'ai dit, dimanche, à la messe, pendant les annonces. Parce que justice et justesse sont bien faites pour aller ensemble. Parce que même si la chaire est faible, j'ai pas envie qu'on les livre.

dimanche 16 décembre 2012

Twitter, le pape y est virtuel

L'un des Le buzz de la semaine, ce fut l'arrivée de Benoît XVI sur twitter, le site de micro-blogging. Pseudo "vérifié", avatars par langues, l'évêque de Rome a emboîté le pas de Mgr Giraud, l'évêque twitto aux twithomélies si célèbres. Toutefois, si les "followers" se sont abonnés peu à peu à l'évêque de Soissons, par ouï-dire de la qualité de ses méditations, la célébrité du pape l'avait bel et bien précédé et les affaires ont été plus rapides. Plus de 650 000 followers avant la première parole, le double après ce fameux premier twitt. Le pape a donc tweeté, confirmant son désir de faire résonner la parole de Dieu par toutes les voies, à la manière de ses prédécesseurs ouvrant les voies télévisées. L'Urbi s'étend à l'orbi, et tout le monde s'extasie.

A vrai dire, tout le monde ne s'extasie pas et les faux comptes se sont multipliés, ainsi que les centaines de parodies. Etre à une blague potache du pape qui constitue LA figure du christianisme (si possible poussiéreux) est une aubaine à la portée du moindre rigolo en mal de pochetronade, et du premier militant PS. Je me souviens avoir mis, il y a deux ans, mon numéro de portable sur une affiche destinée à des étudiants. Des rigolos, déjà, avaient anonymisé leur téléphone pour me faire une blague. Qu'est ce qu'on rigole.

Bon. Le pape a twitté, et il a un peu grugé. 140 caractères, ce n'est pas vraiment assez pour un esprit habitué à la finesse du propos, et à la justesse de l'adresse. 7 twitts, donc, nombre symbolique. 12/12... tout aussi symbolique. Bien ouèj, Ben'.

Benoît XVIBenoît XVI@Pontifex_fr

Chers amis, c’est avec joie que je m’unis à vous par twitter. Merci pour votre réponse généreuse. Je vous bénis tous de grand cœur. Comment pouvons-nous mieux vivre l’Année de la Foi dans notre quotidien ? Dialogue avec Jésus dans la prière, écoute Jésus qui te parle dans l’Évangile, rencontre Jésus présent en celui qui est dans le besoin. Comment vivre la foi en Jésus Christ dans un monde sans espérance ? Avec la certitude que le croyant n’est jamais seul. Dieu est le rocher ferme sur lequel construire sa vie, et son amour est toujours fidèle. Suggestions pour être plus assidus à la prière quand nous sommes très pris par les exigences du travail, de la famille et du monde ? Offre ce que tu fais au Seigneur, demande son aide en toute circonstance de ta vie, et souviens-toi qu’il est toujours proche de toi.

Le pape m'a tutoyé, et j'ai écouté.

Alors les médias ont repris l'info, les radios ont appelé au téléphone tout ce qu'elles avaient comme prêtres déjà twittos (j'avais vraiment autre chose à faire mercredi) et on a loué l'Eglise qui se met enfin aux médias sociaux. Le pape qui parle directement au vulgum pecus et se met à distance d'un @... tellement moderne, et inattendu d'une église supposée sénescente.

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Mais à bien y réfléchir, ce n'est pas Benoit XVI qui a rejoint twitter mercredi, mais bien un autre pape qui l'a, globalement, inventé:

une phrase courte, un motif, enraciné dans un corpus plus long, adressé en tutoiement à des centaines de milliers de personnes instantanément, amenant un bruissement de réactions qui n'entraveront pas la suite des publications, réactions qui ne recevront pas de réponse personnelle de l'auteur mais un mouvement d'ensemble, le premier twitt du pape n'est pas l'œuvre de Benoit le seizième, mais du deuxième Jean Paul.

Jean Paul II a inventé les JMJ, invitant des centaines de milliers, des millions même de jeunes à le suivre pour écouter les messages courts, puisés dans l'Evangile, qu'il adressait. Suscitant la réaction de chacun puisque la parole atteignait chacun sans intermédiaire, suscitant la parole entre nous, puisqu'il était encore un peu loin pour nous répondre. Le premier twitto, c'est Jean-Paulo.

Certains chrétiens répondront en son nom aux #askpontifex, le buzz fera parler tout un chacun... Bon, ce n'est pas nouveau. C'est exactement le mouvement des JMJ, le premier réseau pontifical où les chrétiens répondaient aux questions suscitées par le pape.

Néanmoins, et plus profondément, cela met en lumière un grand glissement qu'a initié le pontifex d'avant : mettre la parole du Saint Père en accès direct, en écoute directe sans intermédiaire ni relais, pour chacun. Cela a donné une force prédominante à la parole romaine, et une voix à l'Eglise, shuntant probablement beaucoup de paroles intermédiaires. Avant, on entendait parler du pape par son curé qui le tenait de son évêque, maintenant, on le sait par l'AFP, ou par twitter d'ailleurs. La voix de l'Eglise, c'est le petit accent allemand chantant du pape, et ses phrases hautement ciselées, adressées...

Mais cette compression de l'épaisseur de la structure de l'Eglise à la seule parole personnelle du pape n'est pas sans poser de questions. D'abord, le pape ne s'adresse que rarement "à tout le monde", et cette divulgation au monde entier de propos adressés aux Africains/évêques/prêtres/jeunes italiens/ou/ou/ou amène des ambigüités que tous ne savent interpréter. Le pape parle précis, et il ne joue que très peu du mode de la petite phrase médiatique. Et sans vecteur de lecture, ça va pas être simple.

Ensuite, il y a cette histoire de proximité absolue. L'idée même, par exemple que Cécile Duflot puisse lire un tweet que je lui adresse, et me répondre personnellement est à la fois intéressant, grisant mais en même temps embêtant. En effet, les médiations plus proches, humaines, ont elles aussi leur pertinence. une figure lointaine et impersonnelle est plus facile à puncher qu'un visage au plus près. Mais ça nourrit aussi l'idée commune que les prêtres sont des portes voix papaux. J'en veux pour preuve une question qui m'a été adressée par un journaliste d'Europe 1: "quels sont vos rapports au quotidien avec le Vatican?" – euh...

Alors je ne sais si je dois me réjouir que le pape vienne sur twitter.

Pour ma part, je me suis toujours situé sur internet un peu en franc tireur, comme David, prêtre à Cherbourg, et qui parle en ce nom. Ni comme le curé que je ne suis pas, ni comme parole officielle de l'Eglise que je n'ai pas, mais essayant d'accueillir le mystère dans l'embrouillamini de ma vie et de mes engagements. Là, ce sera un compte twitter officiel. Reste à voir ce qui en sortira.

Mais bon, après tout, s'il n'y en a qu'un à suivre, vraiment, c'est pas le pape, c'est son patron. @, DM, twitts, il fait ça mieux que tous. Sans perte de qualité.

dimanche 4 novembre 2012

smilin' bearded man

Dans la série, le monde tel qu’on nous le vend en permanence se divise en deux catégories, les Barbus et les autres… je vous propose un petit test cliché :

voici une photo d’actualité, à quoi vous fait-elle penser ?

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eh oui, vous avez bien deviné, Anba Tawadros (Théodore) est le 118e pape copte. Né en 1952, pharmacien de formation.
Voilà. Naturellement,vous n’avez pas pensé à autre chose, hein, non, hein? "Je ne sais pas"

mercredi 17 octobre 2012

Aime et fais ce que tu désires

Je me demande si tout le monde ne se targue pas d'être philosophe aujourd'hui, au prix, certes, de petits glissements. 

Kant1

Ainsi il semblerait que l’impératif catégorique de Kant : 

Agis toujours de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigée en une loi universelle…

ait glissé peu à peu vers une version actualisée : “agis toujours de telle manière que le moteur de ton action puisse être érigé sur le piédestal passionnel”. Si tu es passionné et que tu en as envie, c’est toujours bien.

Encore un petit effort on pourra avoir le droit à la vraie nouvelle version réréactualisée : l’Impératif catastrophique. 

“Lobbyise toujours de telle manière que la maxime de ton désir soit justifiée par une nouvelle loi universelle”, 

ainsi tu ne seras stigmatisé en rien.

ouf. désormais, mon désir est la norme structurante… faut juste pas qu’il s’essouffle et c'est pas gagné !  Pensif

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addendum: il est donc temps de réécrire quelques citations pour qu'elle restent vraies. 

«L’homme n’est qu’en réseau, plus faible dans la voiture;
mais c’est un réseau dépensant. »
Blaise Pascal (1623-1662), Pansées

« Je dépense, donc je suis. »
René Descartes (1596-1650), Discours de l’iPod

« L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luxe, de classe. »
Karl Marx, 'Manifeste du parti consumériste'

« La connaissance de l'homme ne saurait s'étendre au-delà de ma propre expérience. »
John Locke, 'Extrait philosophique concernant l'entendement humain' (préface)

« On trouve des sociétés qui n'ont ni science, ni art, ni philosophie. Mais il n'y a jamais eu de sociétés sans consommation. »
Henri Bergson, 'Les deux sources du moral et du pognon’

« C'est le désir qui crée le droit et non le droit qui crée le devoir. »
François René de Chateaubriand, 'Discours dans la Chambre des Parents2'

« L'injustice ne se trouve jamais dans les droits inégaux, elle se trouve dans la prétention à des droits égaux. »
Friedrich Nietzche

« Ceux que l'on ne conçoit pas s'adoptent facilement”
Nicolas Boileau, 'L'Art pas éthique'

« Le plaisir est l'objet, le devoir est le but. De tous les êtres raisonnables. »
Voltaire, 'inStances'

mercredi 9 novembre 2011

hymne pascal

Un homme est mort qui n’avait pour sauveur
Que deux bras ouverts une fois pour la vie
Un homme est mort qui n’avait d’autre route
Que Celui qui l’avait appelé
Un homme est mort quand continue la lutte
contre la mort qui l’a dépassé, séduit, happé

Car tout ce qu’il voulait
nous le voulions aussi
Nous le voulons aujourd’hui
que le bonheur soit la lumière
au fond des yeux, au fond du cœur
Et la justice sur la terre
mais plus en lui, ici.

Il y a des mots qui font vivre
mais qu’on n’accueille plus pour soi
et ce sont des mots si brûlants
le mot Sauveur, le mot confiance
Charité, justice et le mot liberté
le mot Fils, et le mot délicatesse
mots que l’on professe, plus grands que nous
Le mot courage, et le mot consentir
et le mot frère, et le mot camarade
des mots auxquels on croit, qui parfois renvoient
sur ce qu’on ne vit que pusillanime
Et ces mots s’enroulent en spirale suffocante
dans la solitude, suscitant l’irréparable.

Ajoutons-y Pascal
Pascal est mort, vie reprise qu’il ne pouvait plus donner,
en marge de ce qui nous fait vivre
tutoyons-le, il était frère d’arme,
soldat de charité, enfermé dans le combat, désarmé.

Tutoyons-Le, il nous rappelle que le salut
est affaire fragile de fragilité saisie,
qu’Un seul est grand, qu’il y a des gouffre où l’on peut tomber

Tutoyons-nous il nous dessine en sombre l’espérance.

pascalJe crois avoir croisé quelque fois Pascal à la catho, dans nos premières années, j’avais oublié son nom, mais pas son visage. Il avait mené ses appels et ses missions dans des lieux dont j’ignore tout, dans des cercles autres, mais l’annonce de sa mort, inattendue, violente, choquante réanime ma colère contre novembre, sombre et poisseux, qui englue tant d’amis dans des solitudes inespérantes. Le combat, il l’a arrêté, je n’ai de cesse d’espérer que son Dieu saura d’autant plus le saisir, le recueillir, comme une mère son fils blessé au cœur. La foi ne connaît pas beaucoup de héros la nuit, je regrette simplement qu’il n’ait plus pu sentir la tiédeur de nos amitiés, le rose de nos optimismes, le soyeux de nos attentes bienveillantes.

un petit de Dieu est tombé. Et je ne vaux guère mieux.
Pardon et merci à Eluard de m’avoir laissé emprunter ses mots
et merci douloureux à ce billet: http://lawebattitude.blogspot.com/2011/11/205-amis-et-seul.html

mardi 17 mai 2011

Jésus est un facho, les cathos aussi

C’est triste de voir combien de comptes Facebook peuvent se faire hacker. non pas du grand hacking par des génies de l’informatique, ou par des liens cliqués qui polluent tous les murs d’amis ces jours-ci, non, le piratage local qui pend au nez de tout internaute qui se connecte chez des amis, et oublie de fermer sa session en partant. L’ami, ou le futur ex ami, se sent alors un devoir de vous faire une blague consistant à publier dans votre session des statuts, des messages et des liens ridicules, à base de fautes d’orthographe, d’homophobie pathétique, et d’amour immodéré pour les ph*llus. Je n’ose qualifier tant d’indigence par le terme d’humour, par respect pour ce dernier. Autrefois, ça donnait des conversations improbables sur MSN, dorénavant, de la misère intellectuelle déployée à pleines pages.

Si j’étais doté d’un inépuisable optimisme béat, j’aimerais croire que c’est ce qui est arrivé à Jésus. Non pas le Jésus de la Bible mais sur la page facebook d’un de ses nombreux avatars, avantageusement peuplée de statuts et de liens fort peu évangéliques [1]. J’ai tiqué sur un statut bardé de violence à l’encontre de DSK, et j’ai regardé l’ensemble de la littérature. Si j’en crois son profil, Jésus n’invente rien, il tient tout de Marine 

jésus via marine

On en voit beaucoup qui, par un désir d’évangélisation (dans le meilleur des cas), de potacherie (bien souvent), ou de faire passer des idées se sont créé un profil d’Esprit Saint, de Jésus Christ, de Dieu LePère ou encore ici de Jésus MonRédempteur. Faire passer le message du Christ, le recevoir pour soi pour désirer le passer est louable. S’accaparer son identité se révèle souvent dangereux tant on peut être tenté de réduire l’hôte à ses propres idées. C’est parfois anodin ou invisible. Là, c’est simplement insupportable.  

Fatalement, ça finit par déraper. La pseudépigraphie du temps de Paul avait ses adeptes, mais aussi ses contraintes et son devoir de ne pas penser plus loin que l’auteur légalement plagié. On préfèrerait qu’elle n’ait plus cours aujourd’hui, pour ne pas avoir encore à se défendre d’allégations à répétition, celles qui identifient foi catholique et discours réactionnaire, voire d’extrême droite, conservatisme ou moralisme culpabilisant. Non, les chrétiens ne sont pas tous ni de droite, ni d’extrême droite, non, jésus ne pense pas que tous les candidats du PS sont des ordures, ni ceux de l’UMP d’ailleurs, les chrétiens se gardent du péché, mais gardent les pécheurs, ils veulent une société meilleure et bonne, mais dans la vérité de l’Evangile. ils voient dans l’autre, le petit, le faible, l’exilé, le prisonnier : le Christ

La question n’est pas celle des identités numériques sous pseudo, car peu à peu, ces identités propres (même si différentes de l’état civil) révèlent leur cohérence, et on finit par savoir qui est Nitt, Tigreek, Edmond Prochain, Koz, Le Chafouin, Do, ou d’ailleurs pas mal de commentateurs ici. Non, le souci c’est de s’approprier et de réduire à soi ce qu’on a perçu du Christ ou d’un autre personnage d’importance, quitte à emmener le “masque”, l’”hôte” vers des idées finalement fort éloignées de l’original.

Jésus Monrédempteur a effacé son blog, mais garde son statut twitter et sa page FB. Je me suis désinscrit de ses liens… gardant mon énergie pour l’original, largement plus intéressant, et moins aigri par les aléas de la politique française. Edmond a parlé, il y a peu, de l’importance de la prise de parole des chrétiens en politique, que le Christ nous garde d’être de ceux qui Le défigurent.

Notes :

[1]  si on croit la surprenante habitude de Jésus de ne pas juger les pécheurs

lundi 3 janvier 2011

vœux

Isaïe prophétisant en Epiphanie
déjà quiet regardait l’obscurité,  
où seule pouvait se déployer la lumière

voici la nuit…

d’une nuit étoilée,

Blogdavidlerouge-71

de veillée en réveillon

Blogdavidlerouge-72

pour ouvrir un matin nouveau…
en aventant qu’il se déploie en jour glorieux,
nous aurons besoin de…

voeux 2011 web blog

jeudi 14 octobre 2010

tous les matins du monde

Il était midi, l’heure où l’on ne fait rien. On l’avait fait appeler, par coups de fils indirects en pagaille pour qu’il se présente derechef au palais, son portable récupérant des affres d’une inondation impromptue. Il s’était assis à l’invitation du prince sur le bale dangin, et avait bu en s’excusant un thé sans paille ; il n’avait pas compris ce qu’il faisait là, celui qu’il pensait rencontrer n’était pas finalement celui qui assis en face de lui. Nous avions alors mené une conversation improbable en indonésiano-franco-balinais à base d’amis communs, d’histoire locale et de projets actuels. Là-bas, tout le monde l’appelle Made Bagus. Et nous avons passé pas mal de temps ensemble durant les deux semaines qui suivirent. Il montait un spectacle de percussions corporelles, je prenais des photos, et nous discutions avec des dalang de la force de notre foi, ou de nos religions. La qualité de la relation était à la hauteur de l’improbabilité de la rencontre.

J’ai quitté Grégoire à une heure trente du matin, écoutant les dernières gouttes d’une nuit diluvienne qui nous avait trempés jusqu’à la moelle, les pieds baignant dans la rivière qu’étaient devenues places et ruelles. Je portais alors un TShirt de Manga qu’il m’avait généreusement cédé, attendant la fin du cataclysme météorologique qui avait ponctué tout le Gambuh de folie auquel nous avions assisté de concert…  Quelques heures plus tard, j’étais dans l’avion pour un autre bout de l’Indonésie quand il s’envolait pour la France.

J’ai reçu un mail de Grégoire cette nuit, en attendant de le revoir bientôt, il annonçait un spectacle demain à Lyon, et même si l’univers culturel n’a pas grand chose à voir avec Bali, la musique qu’il propose est d’une excellence et d’une douceur qui font du bien… Sans parler de la petite citation insérée en plein milieu de la vidéo. Le son n’est pas excellent au début, mais la magie prend.

Le spectacle s’appelle donc Couette [1] et si j’étais lyonnais, j’irais volontiers y passer une bonne heure. ça me changerait des cris des manifs, et des traits incisifs de ceux qui ne sont pas dans la rue. Un peu de douceur, vous dis-je… et la 2e écoute est encore meilleure.

COUETTE est un élément de literie dans lequel Marie Daviet et Greg Gensse se glissent avec délicatesse. Ils y tiennent, bien au chaud, des ondes électro-acoustiques à consonance textuelle. Couette est constituée d'une enveloppe musicale embrassant des fibres synthétiques dernière génération. Le duo mixte peut alors délivrer une douce chaleur musicale, à la fois animale et humaine, dont le pouvoir risque d'enivrer plus d'un(e) insomniaque...

"Faisons court, faisons bref, faisons couette ! Comme personne ne fout rien le 15 octobre à 21h30 (à part Michel Sardou), et que le monde va mal, venez nous aider à SAUVER LE MONDE ! COUETTE (Marie Daviet & Grégoire Gensse) EST EN CONCERT
VENDREDI 15 OCTOBRE à 21h30 pétantes

au Périscope, 13 rue Delandine 69002 Lyon ! (Vous pouvez réserver à periscope.lyon@gmail.com)
Tarif exceptionnellement  réduit pour tout le monde : 6 euros !!!!! Profitez-en !"

jeudi 23 septembre 2010

ça va? non !

[NB : par ces quelques mots, je ne veux usurper les souffrances de ceux qui ont été durement touchés, ni les dénier. Je ne veux me poser en donneur de leçons. Je n'en ai pas le droit, ni même le moindre désir. Je veux juste nommer l'horreur, quand elle défigure, parce que j'en suis témoin aujourd'hui. On ne compare pas les douleurs. Mais nous apprendrons plus encore la puissance du Mal qui détruit sans regard, qui attend d'autant plus une résurrection. Par avance pardon pour ces mots. Je veux ne pas être  indécent, mais espérant]

Il y a comme une jubilation, un sentiment d'aise, sûr de notre bon droit, une morale qu'on incarne, une juste sentence. Il y a aussi la curiosité, insidieuse, de savoir le nom, voir la photo, le pédigrée. Si ça se trouve, on l'a croisé. Il y a un enthousiasme à hurler avec la meute, gueuler sur l'ambulance, se faire justicier des mots et haïr à loisir. Parce que c'est un salaud, un vrai, un pur. Un pourri, une ordure. Pas de pitié pour ces mecs là, ils avaient qu'à se la carrer sur l'oreille, ça leur aurait évité tout cela. Et puis, quand bien même on ne chercherait pas expressément la "news", les journaux nous la collent en manchette, "parce que ça fait vendre, coco, le pourri", l'ordure dans ta rue, le frisson de la vengeance... C'est arrivé près de chez vous. Et dire qu'il était là à nos portes, le pervers, et nous n'en savions rien. On hait, et on a le droit. 

#

Il y a comme une honte, une vraie honte de voir étalée au grand jour, même anonymement la blessure la plus intime et la plus brûlante de sa vie. Déjà, il a fallu réussir à le dire une première fois, puis le répéter, encore et encore, à des flics, des avocats, des juges. Peut être même sous l'œil froid d'une caméra. Et maintenant, on s'en repait, on le dit, le raconte, jusque dans les plus tristes troquets où les justiciers d'opérette de la rue s'en emparent, les journaux le vendent, et cette curiosité comme un feu dans la blessure, en espérant qu'elle guérisse un jour. Pas aujourd'hui, elle bée.

#

Il y a eu la colère de découvrir cela un jour, notre enfant, notre propre enfant, abîmé, rompu, détruit par celui en qui on avait confiance. Si ! confiance. Alors la colère est juste, mais elle nous dévaste tout autant qu'elle s'enflamme. Il faut faire justice. Il faut réparer, il faut le protéger, les protéger, pour ne plus que ça arrive. Parfois même, on pense, il faut qu'il paie, à la même mesure. C'est la colère, et la honte. La colère qui défigure, tout autant que les larmes. C'est la blessure de celui qui ne peut sauver le petit qui lui était confié, ni ne pourra vraiment l'aider à aller au-delà.  Pourvu que tout ne soit pas rompu. Rien n'est moins sûr. C'est horriblement injuste.

#

Il y a ce saisissement. Ces deux amis qui sonnent à votre porte, parce que votre téléphone est perdu. Ces amis des parents qui ne devraient pas être là. Et la peur qui vous saisit, brutale, froide, immonde. Le pire. non. Pas d'accident, de maladie, de mort. Peut-être pire encore. Ton père, arrêté, en prison. Accusé de pédophilie dans son foyer. Depuis longtemps. On ne peut pas le voir. On est venus te le dire. Et le monde qui s'arrête. Parce que ce n'est pas un salaud, c'est un père. parce que la souillure se répandra sur le nom, inlavable. Parce qu'il est votre père. encore. toujours.

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Ce jeune, je le connais. Ce père aussi. Et j'estime tant de choses qu'il fait, qu'il a faites. Je n'arrive pas à m'y faire. Mais le mal est là. Et la béance de la blessure ne saura s'enlever, disparaître. C'est parti pour l'enfer. Je ne sais qu'espérer. Rien.

Je ne peux me convaincre de sa culpabilité. Elle est peut être vraie, et ce serait atroce, pour tous. Ces vies brisées, littéralement, ces familles avilies pour qui je ne peux rien que la prière. A peine. Elle est peut être supputation, et ce serait atroce aussi, pour d'autres raisons. Pour l'instant une présomption d'innocence, et une violence qui submerge tous les protagonistes... Que de vies brisées. Ces enfants. Leurs familles. Sa femme, ce fils, ce fils... et... Lui.

Qu'il soit un frère qui m'ait pris dans ses bras, diacre, me touche encore plus. Et l'Eglise avec moi. Tous ceux qu'il a aidés, au jour le jour, concrètement, dans la liturgie et ailleurs, dans tous ces ailleurs qu'il a investis avec génie et souci du faible et du pauvre. Tous ceux qui vont perdre pied.

Ô mort où est ta victoire? Là. Ô mal qu'as-tu souillé et détruit une constellations de vies, quand une part d'ombre voile le soleil de tous. Ô résurrection, je prie et espère ta force quand l'espoir se tait. Je ne peux te dire, inaudible aujourd'hui. Je ne peux que croire en ta force en deçà.  Croire contre toute évidence. 

Mais ces jours-ci, quand je croise les amis, ses amis, les nôtres. J'évite la question. "ça va?".  Parce que la réponse est non.

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