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dimanche 6 octobre 2013 21:04

une ballade sur le chemin perdu

CirquePlume©YvesPetit (19)

Je vais finir par être jaloux du talent que Dieu dépose dans la vie de tant de personnes qu’Il s’acharne à mettre sur mon chemin… parce que ça tient du miracle. Il a dû décider, depuis le début de ma vie, de me sauver même quand je n’ai même pas l’impression d’être perdu. Il l’a fait en me tapant sur l’épaule dans le coin d’un oratoire parfois, en patientant que ma nuque se déraidisse souvent, en papillonnant d’un cil discret en orée d’un coucher de soleil mirobolant, d’un bout de Parole glissée au coin de l’oreille, d’un arpège de poète libre et chantant. Il l’a fait d’un sourire au bon moment, d’un téléphone qui a sonné à vide, d’un bout de papier griffé d’encres adressées, d’une vibration au fond de la poche. Il l’a fait au bas d’une page cornée, d’un cd retrouvé, ou dans une photo, ou quelques notes offertes par un artiste vrai et vibrant. Il l’a fait dans l’horizon balinais.

Samedi, tout allait bien avec ce qu’il faut de boulot par dessus la tête. C’était mon seul soir libre de toute la semaine, parce que la veille, c’était un beau moment d’aumônerie, mardi, des lumières estudiantines sur le récit de Cana, mercredi des étudiants célébrant leur année en commencement, jeudi un dîner de confiance délicate dans une famille engagée. Et lundi, j’avais reçu un email à durée de vie limitée, qui annonçait un ami, un spectacle, une ville, et le tout uniquement pour cinq jours. C’était le dernier soir. J’ai foncé, en retard comme parfois vers Caen, le coeur léger de revoir Greg, le génial pianiste-trompettiste-danseur-joueur_de_gamelan-percussionniste_corporel que j’avais reçu comme ami à Bali. Je suis arrivé à Caen, le moteur essoufflé de s’être hâté, et 1/4h avant le début, c’était archi complet. Grégoire avait griffonné mon nom pour l’ouvreuse, et m’avait invité d’un coup de fil tonitruant, à me faufiler pour trouver une petite place. J’ai grimpé quatre à quatre les gradins et demandé au sourire qui m’accueillait au sommet si elle n’avait pas une idée pour un tout seul et tout maigre. Deuxième rang, parfait. La famille à mes côtés était tout sourire, tout heureuse d’être là. Un papa, quatre enfants arrivés depuis pas mal de temps. On a bavassé les dernières minutes, je devais être le seul parmi les mille spectateurs entassés à ne pas savoir ce que je venais voir… le cirque plume.

Il faut dire que je n’aime pas le cirque, les hommes qui maîtrisent fauves et animaux, qui maîtrisent le corps, qui maîtrisent le rire, le strass et les airs, et concluent, bras et mains tendus, victorieux, d’un sourire en TADAAAAM, j’ai peur des clowns parce que leur identité s’inscrit sur leur peau, ils cachent l’intérieur sous l’emphase, et le maquillage démesuré fait obstacle à ma sérénité. Je suis moins impressionné que perturbé par cette excellence vibrionnante. Je n’aime pas le cirque.

Et la lumière s’est éteinte sur le plateau encombré vers lequel descendait un piano à queue suspendu, et où oscillait une larme de verre. ET TOUT A COMMENCE.

C’était encore une fois, comme à chaque fois que je suis touché, d’une sensibilité et d’une légèreté sans nom. Pas de brio, pas d’excellence tapageuse mais des talents qui s’expriment dans des sourires complices, un clown émouvant, des artistes-musiciens-circassiens qui laissaient se déployer leur talent dans une poésie sans mot, dans une douceur ébouriffante.

Il y avait cette femme qui jouait avec les flots, avec la mort, avant de s’élever aérienne vers des cieux sans effort, ou ces personnes traversant le plateau en rythme effréné, il y avait de l'air, du son, du talent, il y avait ce second degré léger, il y avait ce rythme, celui de Greg, mais partagé avec des talentueux du corps et du reste. Parce que c’est cela qui m’a touché avant tout. C’était tout l’homme, de la moindre fibre de ses muscles à la délicatesse de son mouvement, du pétillement de ses yeux aux harmoniques de ses ensembles musicaux, on sourit, on rit, on vole un peu.

CirquePlume©YvesPetit (7)

On se dit surtout que l’on doit, dès le retour, vaquer à cette occupation fondamentale, de donner le sourire, de sourire en donnant, de permettre à ceux que l’on rencontrera de déployer en eux le don qu’ils ont reçu, de concourir, comme Eglise, à quelque chose de cette joie qui est don de Dieu. Je vous assure que parfois, il y a des gens qui ont une manière de vous regarder et de vous donner, qui vous permet de deviner sous tant de talent quelques reflets des cieux. Un cirque d’une humanité bercée d’infini, tendre, léger, donné.

Le plus beau, c’est de croiser au sortir des étudiants du mercredi, ou un ancien élève qui me reconnaît, puis de parler en vérité avec l’ami retrouvé. Parce qu’il est doux de se laisser sauver.

et comme dans toute ballade, à la fin de l’envoi, ils touchent.

ça se passe là.

samedi 14 avril 2012 11:36

la part de l'inexplicable

on devrait faire de Marx un théologien.

« Dans l’une de ses nouvelles les plus célèbres, Jorge Luis Borges décrit l’impuissance du philosophe Averroès à saisir la signification des deux mots principaux de la Poétique d’Aristote : comédie et tragédie.  Le théâtre en effet n’existe pas dans la civilisation arabe du XIIe siècle : Averroès n’en a jamais vu, il en ignore tout.

Echec assez cruel, si ne s’y ajoutait une ironie particulière : dans la cour de la maison, des enfants s’amusent à imiter les adultes.  Le philosophe les observe pour se distraire, sans jamais soupçonner qu’il a devant lui l’objet de sa quête : le secret de la comédie se trouve sous ses yeux, et il ne le voit pas.

Face à la tragédie grecque, nous sommes tous des Averroès – privés de la connaissance de notre ignorance. Le philosophe arabe savait au moins qu’il ne savait pas.  Nous, nous croyons connaître […]

Il faut donc se défaire des idées reçues. Se lancer dans une entreprise de défamiliarisation. […] L’approcher par le vide. L’expliquer – le paradoxe n’est qu’apparent – par le mystère.

Laisser à l’inexplicable sa part. […]

En savoir davantage sur nous par ce qui n’est pas nous. »

William Marx. Le tombeau d’Œdipe. Pour une tragédie sans tragique.

BlogDavidLerouge_603

samedi 7 avril 2012 06:00

Impropères

IMG_2743web(c)DLerouge

Hier soir, c’était vendredi saint. Nous avions fait des choix de temps étiré et de musiques pour faire vibrer le silence. Toucher de notre prière l’Ineffable. Celui qui est le Verbe, qui s’est tu, et que les mots peinent à dire…

Après l’homélie, le stabat mater de Pergolèse, entre chaque intention de la grande intercession, quelques phrases à l’orgue des gnossiennes et des gymnopédies de Satie, pendant la procession de vénération de la croix, une hymne à cette croix, hymne simple et belle. Elle fut trop courte. On chanta encore. Trop court toujours. Et pour la première fois, vite et violemment, pendant que les chrétiens s’avançaient, j’ai lu les impropères, balancés comme ça, à sec, sans musique. Au rythme des vers, sans même m’arrêter pour les répons. Les mots cinglent, les phrases se pressent, le souffle se fait court.

(Chœur)

                                    O mon peuple, que t´ai-je fait?
                                En quoi t´ai-je contristé? Réponds-moi.

Répons 1.

         O Dieu saint,
         O Dieu fort,
       O Dieu immortel,
      prends pitié de nous.

                                  I (Chœur) Peuple égaré par l´amertume,
                                         peuple au cœur fermé,
                                            souviens-toi!
                                          Le Maître t´a libéré.
                                    Tant d´amour serait-il sans réponse,
                                     tant d´amour d´un Dieu crucifié?

                         (Soliste)

                         1. Moi, depuis l´aurore des mondes,
                         j´ai préparé ton aujourd´hui;
                         toi, tu rejettes la vraie Vie
                         qui peut donner la joie sans ombre,
                         ô mon peuple, réponds-moi!

                         2. Moi, j´ai brisé tes liens d´esclave,
                         j´ai fait sombrer tes ennemis;
                         toi, tu me livres à l´ennemi,
                         tu me prépares une autre Pâque,
                         ô mon peuple, réponds-moi.

                                          (Tous) O Dieu saint... !

                         3. Moi, j´ai pris part à ton exode,
                         par la nuée je t´ai conduit;
                         toi, tu m´enfermes dans ta nuit,
                         tu ne sais plus où va ma gloire,
                         ô mon peuple, réponds-moi.

                         4. Moi, j´ai envoyé mes prophètes,
                         ils ont crié dans ton exil;
                         toi, tu ne veux pas revenir,
                         tu deviens sourd quand je t´appelle,
                         ô mon peuple, réponds-moi.

                         5. Moi, j´ai voulu, vivante Sève,
                         jeter l´espoir de fruits nouveaux;
                         toi, tu te coupes de mes eaux
                         mais pour aller vers quelle sève?
                         ô mon peuple, réponds-moi.

                                  II (Chœur) Vigne aux raisins d´amertume,
                                      vigne aux sarments desséchés,
                                            souviens-toi!
                                        La Grappe fut vendangée;
                                     ce Fruit mûr serait-il sans partage,
                                      ce Fruit mûr que Dieu a pressé?

                         (Soliste)

                         6. Moi, j´ai porté le poids des chaînes,
                         j´ai courbé le dos sous les fouets;
                         toi, tu me blesses en l´opprimé,
                         l´innocent tombé sous la haine,
                         ô mon frère, réponds-moi.

                         7. Moi, j´ai porté sceptre et couronne
                         et manteau royal empourpré;
                         toi, tu rougis de confesser
                         le Fils de Dieu parmi les hommes,
                         ô mon frère, réponds-moi.

                         8. Moi, j´ai marché vers le calvaire
                         où mes deux bras furent cloués;
                         toi, tu refuses la montée
                         quand meurt en croix l´un de mes frères,
                         ô mon frère, réponds-moi.

                         9. Moi, je revis depuis l´Aurore
                         où le Vivant m´a réveillé;
                         toi, le témoin de ma clarté,
                         es-tu vivant parmi les hommes?
                         ô mon frère, réponds-moi.

                                     (Chœur) Frère sevré d´amertume,
                                        frère au cœur desséché,
                                            souviens-toi!
                                          Ton frère t'a relevé,
                                    Jésus-Christ, le Verbe et la Réponse,
                                       Jésus-Christ, l´Amour révélé.

et à la fin tous reprenaient, répondaient en frères, en scansion murmurée, sans papier, sans le prévoir… “O Dieu saint, O Dieu fort, O Dieu immortel, prends pitié de nous.” et j’ai fait une overdose de mots puissants, je me suis tout pris dans la tronche. Bon.

jeudi 14 octobre 2010 08:43

tous les matins du monde

Il était midi, l’heure où l’on ne fait rien. On l’avait fait appeler, par coups de fils indirects en pagaille pour qu’il se présente derechef au palais, son portable récupérant des affres d’une inondation impromptue. Il s’était assis à l’invitation du prince sur le bale dangin, et avait bu en s’excusant un thé sans paille ; il n’avait pas compris ce qu’il faisait là, celui qu’il pensait rencontrer n’était pas finalement celui qui assis en face de lui. Nous avions alors mené une conversation improbable en indonésiano-franco-balinais à base d’amis communs, d’histoire locale et de projets actuels. Là-bas, tout le monde l’appelle Made Bagus. Et nous avons passé pas mal de temps ensemble durant les deux semaines qui suivirent. Il montait un spectacle de percussions corporelles, je prenais des photos, et nous discutions avec des dalang de la force de notre foi, ou de nos religions. La qualité de la relation était à la hauteur de l’improbabilité de la rencontre.

J’ai quitté Grégoire à une heure trente du matin, écoutant les dernières gouttes d’une nuit diluvienne qui nous avait trempés jusqu’à la moelle, les pieds baignant dans la rivière qu’étaient devenues places et ruelles. Je portais alors un TShirt de Manga qu’il m’avait généreusement cédé, attendant la fin du cataclysme météorologique qui avait ponctué tout le Gambuh de folie auquel nous avions assisté de concert…  Quelques heures plus tard, j’étais dans l’avion pour un autre bout de l’Indonésie quand il s’envolait pour la France.

J’ai reçu un mail de Grégoire cette nuit, en attendant de le revoir bientôt, il annonçait un spectacle demain à Lyon, et même si l’univers culturel n’a pas grand chose à voir avec Bali, la musique qu’il propose est d’une excellence et d’une douceur qui font du bien… Sans parler de la petite citation insérée en plein milieu de la vidéo. Le son n’est pas excellent au début, mais la magie prend.

Le spectacle s’appelle donc Couette [1] et si j’étais lyonnais, j’irais volontiers y passer une bonne heure. ça me changerait des cris des manifs, et des traits incisifs de ceux qui ne sont pas dans la rue. Un peu de douceur, vous dis-je… et la 2e écoute est encore meilleure.

COUETTE est un élément de literie dans lequel Marie Daviet et Greg Gensse se glissent avec délicatesse. Ils y tiennent, bien au chaud, des ondes électro-acoustiques à consonance textuelle. Couette est constituée d'une enveloppe musicale embrassant des fibres synthétiques dernière génération. Le duo mixte peut alors délivrer une douce chaleur musicale, à la fois animale et humaine, dont le pouvoir risque d'enivrer plus d'un(e) insomniaque...

"Faisons court, faisons bref, faisons couette ! Comme personne ne fout rien le 15 octobre à 21h30 (à part Michel Sardou), et que le monde va mal, venez nous aider à SAUVER LE MONDE ! COUETTE (Marie Daviet & Grégoire Gensse) EST EN CONCERT
VENDREDI 15 OCTOBRE à 21h30 pétantes

au Périscope, 13 rue Delandine 69002 Lyon ! (Vous pouvez réserver à periscope.lyon@gmail.com)
Tarif exceptionnellement  réduit pour tout le monde : 6 euros !!!!! Profitez-en !"

mercredi 23 juin 2010 13:19

la palme

Bilan fin d'année kt 2010

Bilan fin d'année kt 2010 

Dans le pensum possible
des réunions de fin d’année
la palme de
la meilleure réunion-bilan
à forte valeur ajoutée
décernée à celle des catéchistes
de l’enseignement catholique

sur une initiative de B.B.
réunion au musée
pour découvrir
avec passion
la symbolique des couleurs

Bilan fin d'année kt 2010

Bilan fin d'année kt 2010 entre ombres et lumières
au milieu d’un musée paisible
(pour ne pas dire vide)
nous nous sommes laissés
enseigner par des couleurs
entre symbolique et plastique
pour ouvrir un désir de faire découvrir
“autre chose”…

à part ça,
on a quand même fait un bilan.

mais il a commencé
différemment.

Bilan fin d'année kt 2010

samedi 15 mars 2008 09:54

transparence du mystère

Empreinte
et de mains, et de pieds,
et de sueur, et de sang,
rouge exfiltré dans les veines du bois,
tel un suaire laissé là.

Empreinte
d’'une offrande radicale,
d'’une souffrance donnée,
exténuant la logique de haine,
plongeant en abîme de solitude,
là où Dieu n’est pas,
là où l'’homme n’est plus.

Empreinte,
trace ensanglantée du drame radical,
témoin permanent d’'une absence,
où Dieu s'’est tu, 
où Dieu saisit, où Dieu relève.

Empreinte,
car le mort n’'est plus.
Empreinte,
car la mort n'’est plus
et la nuée évanescente des limbes de la peur
se fait lumineuse.

Empreinte
de celui qui n’'est plus ici,
empreinte
de Ressuscité,
empreinte
suggérant le mystère par le signe du vide.

Et sur la croix, laissée là,
composite de blancs et d'ors, accrochés,
d'’une éclatante transfiguration
apparaît encore
l’'empreinte
rouge sang donné,
et la croix, de gloire, peut rayonner.


(bannière eucharistique de Fabien Meisnerowski, son site ici)

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