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jeudi 21 mars 2013

traces

C'est triste à reconnaître, mais on n'a pas toujours la lucidité heureuse.
Elle a la fâcheuse tendance de se laisser colorer par l'heur du moment
et pousse souvent le contraste de nos introspections circonstanciées
loin de la tendresse et la douceur du Christ de l'Evangile

Prenez la foi, par exemple...

soumise au néon un peu blafard d'un jugement un peu raide
mon attachement au Christ peut me paraître bien souvent de façade
un crucifix posé sur le mur blanc de mes convictions
visible, solide, mais ne me traversant pas assez en profondeur.

Dans ces moments de fausse lucidité louvoient les tentations
de laisser tomber ce crucifix, le déposer, de continuer sans :    
"j'ai essayé, Seigneur, mais ça n'a pas pris,
tu es venu à ma rencontre, et je ne t'ai pas laissé entrer...
il faut se rendre à l'évidence, mon mur est là, intact, tu ne m'as pas transformé..."

et le Seigneur, patient, fidèle, demeure au plus près, dans ces atermoiements
ne se laissant pas abuser par ces raisonnements viciés de défaitisme.
Il offre encore et toujours son amitié, son pardon, sa vie...

"parce que vois-tu ma présence dans ta vie s'est dessinée
éclairant, discrètement, un espace de lumière, un espace où tu restes marqué
un espace où se sont apprivoisés ombres et lumière, pureté et poussières
tu l'as simplement sous estimé... "

Blogdavidlerouge-139

photo prise après avoir décroché un crucifix dans une sacristie, afin de projeter un petit film sur le pardon pendant un temps de réconciliation... (j'ai un peu poussé les contrastes)

et je me dis que si on nous poussait, bêtement, à enlever un peu trop vite les "crucifix" de nos convictions, le signe serait encore plus parlant, encore plus violent!

lundi 9 avril 2012

un*

Je suis resté bloqué un bon moment, un long moment même. J’avais cette flamme dans les yeux, et la tête ailleurs, quelque part dans l’univers des images circonscrites par les lectures. J’avais pourtant papillonné tout le carême, pas complètement à ce que je faisais. J’avais dû plonger directement dans la semaine sainte, trop peu préparé pour en attendre quelque chose, mais tendu par chaque instant. Juste là. A vide, même de désir.

J’avais assisté à la Cène. J’avais vibré de la sobre esthétique du vendredi, entre Satie et Pergolèse, et le silence était entré de force en moi, par sensibilité. La belle vibration avait désactivé les habitudes et le professionnalisme de celui qui a préparé et qui doit mener. Des notes ineffables pour me courber au pied d’une croix.

Cierge pascal - pasaj - brassus 2011 - photo sylvie fessard-rivollet

et puis en cette nuit, une simple flamme qui lèche la mèche d’un cierge démesuré. Les croisées d’ogives avaient été furtivement nimbées d’une lueur légère quand chacun, quelques mètres plus bas, avait allumé son propre cierge au cierge pascal. Mais on avait soufflé les bougies. Il n’en restait qu’une. L’exultet avait cessé de faire vibrer les piliers. Une simple flamme.

La Genèse, dans l’obscurité, donne des envies de lumignons, de voûte à consteller, d’espace à habiter. On se croirait en pleine littérature, les mots construisent un univers, la Parole dessine le mien. Et sous les yeux, toujours une seule flamme apaisée, imperturbée. Puis dans les eaux une première traversée, puis la tendresse d’Isaïe… toujours entre ombres et lumières, nuée ambiguë, sombre et lumineuse.

Les mots continuent d’étendre l’espace de la rencontre, et je me rassemble à l’intérieur, tout en me sentant membre de ce corps à l’écoute. Du dedans, la présence du Christ, sa résurrection impriment leur évidence, leur actualité et leur acuité m’apaisent. Je sais que cette évidence ne le sera pour personne sauf pour moi, mais cette vérité que le monde dédaigne et humilie me semble d’une douce pertinence. J’ai encore plus envie de vivre, là, dans cette zone de frontière entre justesse cohérente de l’intérieur et justice bienveillante du quotidien. Dans cette lumière unique, quelques traces et reflets de transfiguration.

Le reste est du même allant, les cloches, les fastes des orgues, les volutes des Alléluias, les fragrances du saint chrême qui oint les fronts des cinq jeunes baptisés du matin, le sourire qui se déploie sur eux, la finesse du chant de la chorale.

A Pâques, je suis homme unifié.

*deux lettres, deux dimensions, en symétrie centrale, rondes et réceptacles à la foi(s) pour que l’homme, par le Christ, se découvre être "un" de plus en plus, lui aussi.

vendredi 6 avril 2012

la croix de bas en haut

Voilà. Il y a les homélies qu’on maîtrise, et celles qu’on consent à donner, à laisser filer entre les lèvres. Peut-être moins une homélie qu’une méditation. Peu importe, il faut la laisser se dire, même quand on n'est pas sûr.

 Sans titre-1 copie

Ecouter la Passion est, et reste, une épreuve. C’est un récit long, et qui nous atteint d’une façon qu’on ne sait pas bien anticiper, même s’il nous est familier. Ce n’est pas tant de la surprise, de l’émotion, de la pitié, ni même de la compassion. C’est une autre profondeur qui se révèle.

Peut-être avant tout parce que justement nous y sommes confrontés à la mort d’un proche, d’un très familier, du plus familier. C’est une mort avec aussi peu de sens que les autres morts, la mort comme la brusque irruption/éruption de l’absence de sens dans notre quotidien.

Il n’est plus temps alors d’élever les yeux, ou la voix vers Dieu, c’est trop tard. La mort d’un proche, d’un aimé me fait buter trop souvent sur la stèle, elle m’attire à terre, m’atterre, m’enterre aussi. J’y suis pesant, englué, lourd. J’ai mal de ne pas comprendre, j’ai mal tout court.

Qu’il ait parlé hier, que je connaisse le demain n’y change pas tant que ça. Que les mots de l'Evangile témoignent de l'attitude du Christ ne simplifient pas non plus. Le mal, la souffrance, la mort, viennent me tordre de l’intérieur.

C’est une Mise en abyme aux deux sens du mot à l’oral. Plongée dans l’abîme, le trou : nous avons suivi Jésus. Nous sommes allés jusqu’au tombeau. Et cela n’est pas facile. Rien pour enjoliver ce récit, rien pour le rendre pire non plus. Ce qui trouble, c’est que c’est « vrai ». Je suis moi aussi dans l’abîme, avec lui.

un peu comme dans la figure de style, comme deux miroirs qui répercutent la même image à l’infini, l’une insérée dans l’autre. Parce que je suis un peu renvoyé à mes propres morts, je suis mis en abyme, d’un certain côté

MAIS Mon souci est exactement là aussi, je ne suis pas sûr d’être à l’image du Christ, de sa vie donnée. L’aurais je suivi, ne l’aurais je pas renié, l’aurais je hué aussi, comme la foule versatile et déçue ? Parce que profondément, dans ma foi, J’ai peur d’être celui qui abîme.

Je suis la foule qui crie. Qui crie de ne pas avoir été exaucé, qui crie de l’avoir oublié à avoir prétendu me l’approprier. C’est mon péché. C’est mon péché qu’il portait. Et me voilà plus bas que terre. Avec les mêmes raisons que Pierre pour pleurer. Comme quand je veux changer de vie au milieu d’un deuil, et que je ne le fais pas tant que ça.

Cependant les écritures ne parlent pas de sol, de terre, de caveau. Mais, dès la première lecture, d’un serviteur élevé, exalté. Détruit, honni, défiguré… mais pas atterré. Au contraire, ELEVE. Comme si le mouvement de don, d’humiliation, était le summum de l’élévation, et la mort le don ultime : du sang, de vie, de l’eau, pour être lavé. Il donne sa vie, il consent à la mort, il y relève et révèle l'homme: Humanité sauvée, fructueuse.

Ne restons pas les yeux dans la tombe, épuisés, déshumanisés par la mort. Suivons le fleuve de la vie donnée, de l’humanité révélée. Urs Von Balthasar parle de gloire de la croix. Gloire, déjà. Elévation dans le don. Parce dans la mort du Christ, l’Autre est déjà présent.

Alors, Comment est ce que je donne ma vie ? moi aussi, comment je deviens, homme à la manière du Christ, enfant de Dieu. Offrande de soi, aspiration, inspiration, souffle. Quitte à s’essouffler de mon souffle, autant que ça soit pour un autre

S’offrir, ouvrir, sourire, choisir, s’ouvrir. A l’autre, parce qu’il est le Christ, aussi.

Il transforme nos morts en aspirations, en souffles de résurrection.

Vous venez l’adorer ? venez le remercier, l’embrasser, le laisser vous emmener plus loin. Il fait de vous des vivants, par sa mort, il vous rend humains, jusqu’au profond, là. Ni par puissance, ni par force, mais par grâce.

mercredi 28 septembre 2011

goretexisation de la cornée

Je ne sais s’il faut parler de cataracte, de presbytie ou de sénescence de l’iris. Sûrement pas. Et je ne suis pas sûr d’ailleurs qu’il faille lier ces symptômes à l’âge, l’expérience acquise, la fatigue, ou simplement à un certain sens de la modernité. Mais les faits sont là, j’écris moins comme vous pouvez moins le lire.

Ou si j’écris, c’est sur l’épiderme excité des événements, les frissonnements de l’humour, le joli de la photo sans trop de texte, les brutalités de la communication, et à force de quémander du vibrionnant, je me découvre souffrant comme d’un durcissement de la cornée. Et voyant moins, la tentation augmente de moins tourner autour de l’ineffable que de m’enfoncer dans l’explicite bavard.

Je subodore qu’il ne se passe pas “moins de chose”, que des yeux continuent de pétiller, des oiseaux de pépier, qu’il y a des beautés sur papier, mais les tornades peu à peu burinent le cuir, la vitesse l’imperméabilise, la bousculade le tanne, jusqu’à devenir moins poreux. Pour garder un soupçon de souplesse intérieure, je me protège, je me goretexise. Au lieu de recevoir le “donné” et l’accueillir à l’aune de la Parole qui résonne en moi, je ne cherche autour de moi que ce qui consonne à ce que j’estime être juste, et refuse l’altérité, et sans doute l’Altérité.

C’est un piège que celui de l’habitude, l’a-curiosité, l’an-esthésie…

On croit s’y préserver et on s’y momifie…

sans doute est-il temps d’enfiler ma veste à l’envers…
pour être par la création chaque jour éveillé
à son Créateur

samedi 12 mars 2011

l'Ecrin Ecrit de Dieu

Mercredi des cendres.
La salle qui héberge l’eucharistie dominicale de la Rosière est squattée par un spectacle d’enfants.
Nous n’avons pas de lieu pour célébrer…

Au soleil couchant, nous installons une table devant la porte de la minuscule chapelle
- exvoto de retour après guerre des hommes d’une famille savoyarde -
un calice, une patène, du buis sec, quelques chaises.

Trop nombreux pour l’intérieur, nous voilà condamnés à célébrer sur le monde
sous les derniers rayons d’un soleil qui réchauffe à peine
mais embrase, encore, toujours, les cimes qui nous servent de piliers

il fait froid, et mordus par la bise, personne ne s’assiéra
Cène debout, chaussures (de ski pour certains) aux pieds, manteau sur les reins
un enfant s’assoupit, épuisé par les cours, un autre joue, entre neige et herbe.

la Parole est offerte, les fronts sont cendrés, l’eucharistie célébrée

Le carême, chemin intérieur, se fait chemin dans le monde
vers un ciel dont on devine qu’il ne faut le chercher (uniquement) les yeux fermés
il sera lumineux, orienté, rassemblé.

S’il faut aller dans le secret pour écouter la voix de Dieu
il faut tout autant emmener au grand jour, au grand vent
son attention pour lire dans Sa Lumière sa Parole écrite, son chemin vers les Cieux.

carême,
redécouvrir ce monde comme l’écrin des cieux, et celui de Dieu.

Blogdavidlerouge-96

Blogdavidlerouge-2-8

Blogdavidlerouge-97

Blogdavidlerouge-4-4

Blogdavidlerouge-5-3

(le premier qui se plaint du froid dans nos églises, je lui rappellerai ce souvenir…)

jeudi 25 mars 2010

parme léger

la carême, c'est du sérieux

je n’arrive pas à me faire à l’idée que le carême est une période difficile à passer. Y a de la fatigue dans l’air, certes, et certaines journées semblent ne jamais vouloir s’arrêter, mais ce carême, il me plaît. Sans doute ne fais-je pas assez d’efforts pour le rendre pénible, ou ne nourris-je pas assez de remords pour en concevoir de l’affliction, mais faut le reconnaître, le carême, souvent, ça a du bon.

D’abord, ça dure longtemps, et j’ai pas trop l’impression qu’à peine commencé, on en est déjà à la fin… Tant mieux, parce que je mets souvent du temps à me lancer! et puis, de temps à autres, il y a de bonnes surprises, même si elles sont prévues… entre la mi-carême, les dimanches où l’on goûte la joie et voit la vie en rose, les solennités de Marie et de Joseph, où l’on peut enfin chanter à plein poumons, ça rayonne dans tous les étages. Il faut dire que je m’étais donné comme ascèse de ne pas (trop) chanter pendant les messes de semaine, pour goûter les mots dans un retour à l’essentiel. Les solennités n’en sont que meilleures.

Mais surtout, pour un prêtre, le carême, c’est vraiment très beau. Comme tout le monde veut revenir un peu vers Dieu, le sacrement du pardon est vécu de tout cœur, et ça nous réjouit, et donne envie de rendre grâce. Il y a de la justesse et de la douceur dans la conversion. Aujourd’hui, c’était service continu, et les moments donnés pour cela étaient vraiment édifiants, pour nos et vos vies en rapprochement de Dieu.

Il y a certes des moments plus contraignants, comme de rencontrer chez eux un couple pour la préparation du baptême de leur enfant, un couple tout simple, et sympathique, pas nécessairement très pratiquant mais qui voulait donner le baptême à leur enfant, pour le laisser libre. Une première pour moi. C’est plutôt le discours inverse que j’avais entendu jusqu’alors. Mais non. Pour des raisons obscures, le papa n’avait pas été baptisé petit, et il avait toujours trouvé qu’on l’avait empêché par là même de faire des choses que les autres pouvaient. Sa liberté était brimée! Avoir sa  place dans une église, aller au caté, faire sa communion, ou même se marier. il avait dû acquérir seul ces “droits” en faisant “seul” sa préparation au baptême, en primaire. Il voulait ouvrir l’avenir de son fils, et lui donner la possibilité de choisir de profiter du don qu’il n’allait pas lui refuser. Mince. La logique en défiait plus d’un. Alors la contrainte, c’est de ne pas pouvoir leur proposer un Alléluia fort à propos.

Mais mon dernier motif de joie, je l’ai reçu dans les brumes (les affres presque) du sommeil mercredi matin. Comme chaque carême, nous étions une dizaine, posés en vrac dans une salle de classe, avant la première çonnerie, à érafler de nos voix éraillées des chants qu’on ne maîtrisait pas. C’était doux (tout en étant un peu faux). Et puis, de chants en psaumes, d’Evangile en intercessions, nos voix se sont posées dans le Notre Père. Il était trop tôt pour le claironner, ou le faire retentir des éclats des assemblées plus conséquentes. Sans s’être concertés, nous l’avons tous murmuré, et les mots roulaient dans ma bouche comme des bonbons qu’on savoure, comme des galets dans des ruisseaux, comme une douceur qui enveloppait le palais. La prière était bonne, et chacun la dégustait.

alors le carême, cette année… il parme léger.

samedi 21 février 2009

l'âge de la mort du Boss!

Rêves et cauchemars ne troublent mes nuits, mais ce matin une pensée subreptice m'a saisi au détour d'un ressac de sommeil, au moment où plus léger, il laisse place à des retours inattendus, venant d'on ne sait quels vestiges des jours passés, de ces événements qu'on croise et qui s'impriment en deçà de nos regards…

qu'as-tu fait du don déposé en toi?

Serait-ce un perce-neige des vacances hivernales, résistant aux froids polaires, aux neiges abondantes, brouillards impénétrables ou soleils victorieux qui n’ont eu raison des chaleurs familiales et vacancières? En quelques jours, les équilibres de l’année dernière se sont modifiés, chacun jouant différemment de ses talents en formation. Skier, skier encore pour apprendre à se délier, sentir la fluidité jusque dans la vitesse. Skier, skier encore pour apprendre en observant comment se jouer de difficultés plus contraignantes, découvrir la légèreté des bosses et des poudreuses. Skier, skier encore et se laisser dépasser par des plus jeunes, plus rapides, plus entraînants. Skier, skier en adaptant sa glisse aux nouveaux skis, mieux fartés, jouer de la parabole, apprendre sans arrêt la liberté de mouvement. Lire, rire, manger, jouer et se jouer des jours quand les parenthèses en altitude aèrent le rythme embué des horizons maritimes.

qu’as-tu fait de la légèreté déposée en toi?

Serait-ce une apostille dans le corpus touffu des écritures qui se multiplient? Les vacances auront permis quelques jours de jachère dans le champ de la plume, qui habituellement se bine à l’édito, se bêche à l’homélie, se taille en réparties, se bouture en billets de blogs, se sarcle en courtes missives… L’ordinateur en vacances, facebook, blogs, sites et infos se sont tus au profit de la lecture d’un long et époustouflant Anna Karénine, d’un saisissant et dépouillé Lettres à mes morts de Robert Scholtus. Ecrire pour faire sentir, écrire pour partager, mettre à distance, ou rigoler, écrire chaque jour, en tournant autour du mot, pour ne pas avoir l’indécence de déshabiller trop brutalement la réalité, écrire pour suggérer, ou même faire avancer, en puisant dans l’Ecriture, dans ces lectures, ou dans le livre chiffré mais infini de ceux à qui l’on veut s’adresser. Qui sait vers quels flots l’encre voudra bien me mener.

qu’as-tu fait de l’écriture gravée en toi?

Serait-ce un pincement de force, de vigueur, de puissance et de vitesse quand s'épuisent annuellement celle de nos aïeux (déjà un an, et la chute se renouvelle)? Tant de projets à mener, plus encore à faire naître, pour que se déploie la foi, la joie, la communion, le cheminement de ceux qui me sont confiés. Oserai-je avancer sans peur ni (/des) reproches? Une photo oubliée m'avait marqué, un jour, sur le bureau d'un prêtre doux et rondouillet, à la bienfaisante et stimulante sagesse des années. C'était celle d'un homme d'une quarantaine d'année, les bras musclés, l'énergie en débord, la volonté saillante… C'était le même homme, quelques années plus tôt. Il avait su être fidèle, en chacun de ses temps, à celui qu'il est, à celui qu'il serait. Vivre pleinement, déployant l'énergie qui ne demande qu'à se donner, en étant fidèle à ce qui a déjà été, et ce qui demain se révèlera d'une nouvelle actualité. La justesse n'est pas dans la vigueur mais dans le "je" qui la déploie!

qu'as-tu fait du temps déposé en toi?

Serait-ce plus récemment l'écho inattendu d'un engagement dans une ambiance légère, au bord de la mer? Quelques compagnons ont posé leur main sur un drapeau, et des mots sur leur vie. Ensemble, ils ont choisi de construire un projet, de s'engager. Et ressurgissent alors les appels à "accorder ma vie à l'appel que j'ai reçu", à laisser se déployer la grâce reçue à l'ordination, sans l'exagérer, ni l'amoindrir dans cette humanité qui s'est construite au fil surprenant de l'histoire : la laisser (/faire) grandir, prospérer, vivre dans une solitude qui relie sans enfermer, vivre d'une liberté légère dans la fidélité, vivre d'une prière qui se nourrit de la rencontre, vivre d'un sourire qui sourd de l'intérieur, vivre d'une joie à partager, vivre sans ânonner, pérorer l'Evangile, vivre d'une grâce qui s'incarne…  

qu'as-tu fait de la joie déposée en toi?

A moins que ces questions ne se laissent effleurer parce que certains jours, il faut se laisser toucher par le jeu des années