vendredi 1 juin 2012

Prière de ne pas me roucouler dans l'oreille

Je tiens à mes neurones. J’en ai pas assez et ne suis pas sûr de vouloir les laisser en viager à qui que ce soit. Je n’ai jamais bien compris comment ils fonctionnent mais me garderais bien, comme firent les grecs en associant les éclairs à Zeus, d’y voir une mécanique divine. Bien sûr, je prie, avec tout ce que je suis, je prie en me tenant en la présence de Dieu, en élargissant l’espace intérieur pour y écouter sa Parole, pour y laisser rayonner son amour et sa lumière, pour apprendre à agir en conséquence. “Ô Toi qui es présent dans le fond de mon cœur, laisse-moi te rejoindre dans le fond de mon cœur”. Je prie l’Esprit de me donner l’intelligence des Ecritures, je lui demande de m’aider à bien connaître Dieu… et à rester juste.

De là à parler d’inspiration, je me tâte. Je me demande même si, quand on évoque ce sujet, on ne serait pas, parfois, à deux clics d’un énorme cliché.

En version conscience, ça pourrait ressembler à un dessin animé, ou à une scène de Pirate des Caraïbes… un petit être vaguement cornu ou ailé qui batifole à deux pas de vos pavillons, et vous susurre vos bonnes ou surtout vos mauvaises actions, une personnification de la bonne ou mauvaise conscience, toute extérieure à soi. Nous sommes le ring d’un combat, avec l’autonomie intellectuelle du ring. C’est pour la version “décision”. Le thème se décline d’ailleurs assez bien, en version intracrânienne, avec la version de Lars Von Trier dans Breaking The Waves: L’héroïne, passablement allumée, parlait à Dieu avec sa petite voix et des larmes dans les yeux, dans le bizarre de sa vie tourmentée, et elle se faisait elle même les réponses, avec une grosse voix toute pathologique en reprenant les mots indigestes et acérés du Pasteur.

pssst

Dans la version inspiration, c’est la colombe, ou le petit Jésus à califourchon sur votre épaule, et qui vous dicte ce que vous avez à dire, les paroles qui toucheront. Dieu se sert du prédicateur, en court-circuitant son cerveau et susurrant “la” Bonne Parole. D’ailleurs, avec une telle vision, on imagine assez facilement les évangélistes soufflés par les mêmes bourrasques. “Ecoute ce que l’Esprit di(c)t(e) aux Eglises”.

Sans aller jusqu’à ce cliché, j’ai pourtant l’impression, quand j’écris mes homélies, que mes neurones sont passablement verrouillés, et peu sujet à manipulation spirituelle. Je choisis, pense, préfère les mots que je vais utiliser. Je n’attends pas qu’ils me tombent dans l’oreille. Les mots viennent de mon écoute de la Parole, que je sers, les mots viennent de mon attention au peuple auquel je vais devoir faire entendre la Parole, que j’écoute aussi, les mots me viennent de choix, d’audace, d’humour, d’écriture. Dans MES synapses.

Mais alors, quid de l’Esprit Saint? Il est présent tout le temps, et plus encore.

C’est avec lui, comme tout un chacun, que je peux comprendre un peu Dieu
C’est avec lui, que je prie, dans l’audace de sa présence
C’est avec lui, que je reste serviteur et adorateur de ce même Dieu

C’est lui qui se saisit de mes mots, de mes mots choisis, et fait que tel ou tel touche. Non pas que j’aie été télécommandé, mais parce qu’il donne la fécondité. Il prend les choses comme il prend les mots pour en faire des signes. ça, je ne peux le faire. Je ne peux que donner. Lui, il donne la profondeur et la justesse que je ne saurais deviner. Et c’est très bien ainsi.

Ainsi, même quand je suis mécontent du propos, untel vient nous dire qu’on a touché juste, ou quand on est content, qu’on a bien cerné le mystère, un autre vous dire “rien compris” “bien aimé ton petit exemple ridicule” ou rien.

Une homélie s’écrit, avec toute l’intelligence du prédicateur, sa foi, sa vie, sa plume. On ne peut pas plus. L’Esprit, lui, lui donne sa fécondité (bis, je sais, mais tout est là)

mercredi 28 septembre 2011

goretexisation de la cornée

Je ne sais s’il faut parler de cataracte, de presbytie ou de sénescence de l’iris. Sûrement pas. Et je ne suis pas sûr d’ailleurs qu’il faille lier ces symptômes à l’âge, l’expérience acquise, la fatigue, ou simplement à un certain sens de la modernité. Mais les faits sont là, j’écris moins comme vous pouvez moins le lire.

Ou si j’écris, c’est sur l’épiderme excité des événements, les frissonnements de l’humour, le joli de la photo sans trop de texte, les brutalités de la communication, et à force de quémander du vibrionnant, je me découvre souffrant comme d’un durcissement de la cornée. Et voyant moins, la tentation augmente de moins tourner autour de l’ineffable que de m’enfoncer dans l’explicite bavard.

Je subodore qu’il ne se passe pas “moins de chose”, que des yeux continuent de pétiller, des oiseaux de pépier, qu’il y a des beautés sur papier, mais les tornades peu à peu burinent le cuir, la vitesse l’imperméabilise, la bousculade le tanne, jusqu’à devenir moins poreux. Pour garder un soupçon de souplesse intérieure, je me protège, je me goretexise. Au lieu de recevoir le “donné” et l’accueillir à l’aune de la Parole qui résonne en moi, je ne cherche autour de moi que ce qui consonne à ce que j’estime être juste, et refuse l’altérité, et sans doute l’Altérité.

C’est un piège que celui de l’habitude, l’a-curiosité, l’an-esthésie…

On croit s’y préserver et on s’y momifie…

sans doute est-il temps d’enfiler ma veste à l’envers…
pour être par la création chaque jour éveillé
à son Créateur

jeudi 14 octobre 2010

tous les matins du monde

Il était midi, l’heure où l’on ne fait rien. On l’avait fait appeler, par coups de fils indirects en pagaille pour qu’il se présente derechef au palais, son portable récupérant des affres d’une inondation impromptue. Il s’était assis à l’invitation du prince sur le bale dangin, et avait bu en s’excusant un thé sans paille ; il n’avait pas compris ce qu’il faisait là, celui qu’il pensait rencontrer n’était pas finalement celui qui assis en face de lui. Nous avions alors mené une conversation improbable en indonésiano-franco-balinais à base d’amis communs, d’histoire locale et de projets actuels. Là-bas, tout le monde l’appelle Made Bagus. Et nous avons passé pas mal de temps ensemble durant les deux semaines qui suivirent. Il montait un spectacle de percussions corporelles, je prenais des photos, et nous discutions avec des dalang de la force de notre foi, ou de nos religions. La qualité de la relation était à la hauteur de l’improbabilité de la rencontre.

J’ai quitté Grégoire à une heure trente du matin, écoutant les dernières gouttes d’une nuit diluvienne qui nous avait trempés jusqu’à la moelle, les pieds baignant dans la rivière qu’étaient devenues places et ruelles. Je portais alors un TShirt de Manga qu’il m’avait généreusement cédé, attendant la fin du cataclysme météorologique qui avait ponctué tout le Gambuh de folie auquel nous avions assisté de concert…  Quelques heures plus tard, j’étais dans l’avion pour un autre bout de l’Indonésie quand il s’envolait pour la France.

J’ai reçu un mail de Grégoire cette nuit, en attendant de le revoir bientôt, il annonçait un spectacle demain à Lyon, et même si l’univers culturel n’a pas grand chose à voir avec Bali, la musique qu’il propose est d’une excellence et d’une douceur qui font du bien… Sans parler de la petite citation insérée en plein milieu de la vidéo. Le son n’est pas excellent au début, mais la magie prend.

Le spectacle s’appelle donc Couette [1] et si j’étais lyonnais, j’irais volontiers y passer une bonne heure. ça me changerait des cris des manifs, et des traits incisifs de ceux qui ne sont pas dans la rue. Un peu de douceur, vous dis-je… et la 2e écoute est encore meilleure.

COUETTE est un élément de literie dans lequel Marie Daviet et Greg Gensse se glissent avec délicatesse. Ils y tiennent, bien au chaud, des ondes électro-acoustiques à consonance textuelle. Couette est constituée d'une enveloppe musicale embrassant des fibres synthétiques dernière génération. Le duo mixte peut alors délivrer une douce chaleur musicale, à la fois animale et humaine, dont le pouvoir risque d'enivrer plus d'un(e) insomniaque...

"Faisons court, faisons bref, faisons couette ! Comme personne ne fout rien le 15 octobre à 21h30 (à part Michel Sardou), et que le monde va mal, venez nous aider à SAUVER LE MONDE ! COUETTE (Marie Daviet & Grégoire Gensse) EST EN CONCERT
VENDREDI 15 OCTOBRE à 21h30 pétantes

au Périscope, 13 rue Delandine 69002 Lyon ! (Vous pouvez réserver à periscope.lyon@gmail.com)
Tarif exceptionnellement  réduit pour tout le monde : 6 euros !!!!! Profitez-en !"

mercredi 13 octobre 2010

nos yeux cherchent un ailleurs

que je n'oublie pas de jeter un œil à l'extérieur du confinement de mes certitudes 
pour entendre dans le bruissement du monde
l'Esprit qui le travaille

IMG_1083web(c)DLerouge

la bise peut être fraîche,
les feuilles jaune d'or, rouge saillant, ou kaki décrépi,
mais l'heur du temps, aux frimas ascétiques, résonne en chaque instant
que je le veuille ou non, que je l'aime ou moins, des délicatesses d'un Dieu en présent.

jeudi 4 décembre 2008

ça bouge dans les cerveaux

Dans la série, le net ne sert à rien : Il y a une nouvelle application dans Facebook… elle s’appelle Touchgraph et représente sous la forme d’un nuage de portraits les liens qui unissent vos connaissances entre elles… chacun s’y retrouve relié par un faisceau de traits discrets le plus court possible à chacun de ses amis… L’application est configurée par défaut sur cinquante personnes. Mais si vous décidez d’étendre le nuage à quelques nouvelles connaissances, voilà toute l’organisation qui évolue, les photos changent de place pour mieux rendre compte des interconnexions. A chaque nouvelle arrivée, le dessin évolue. C’est très joli et complètement inutile!

Tout cela est beaucoup plus inutile que le temps consacré régulièrement à accueillir des hommes et des femmes qui désirent retendre leur lien avec Dieu, et renouveler les liens avec les leurs. C’est chaque samedi matin à Cherbourg et à St Lô, certes, mais aussi bien souvent par ailleurs, dans les week-end jeunes et autres temps dans le sacrement du pardon. L’écoute y est très différente des accompagnements spirituels. Le prêtre est intermédiaire, et la seule parole nécessaire qu’il pose est celle du pardon, au nom de l’Eglise.

Bien sûr, on pourrait être attristé de la force du péché, mais c’est beaucoup plus le mouvement de la conversion et du pardon dont nous sommes témoins. On ne cherche pas à retenir (on parle même d’une grâce d’oubli dans ces cas là), les mots ne s’adressent pas à nous, on cherche plus à accueillir la démarche, et éventuellement accompagner d’un mot le don du pardon, pour que ce pardon puisse être accueilli dans le quotidien.

Finalement, Touchgraph fonctionne aussi un peu pour le sacrement du pardon… car on ne sait jamais où celui qui parle va aller, alors au fur et à mesure des paroles posées, l’ensemble se réorganise dans la tête… Le prêtre essaie d’écouter ce qui est dit au fur et à mesure des hésitations, résistances au ton murmuré. Au même moment, il essaie de mémoriser (parfois les listes sont longues et hétérogènes), de trouver dans la tradition et le patrimoine de l’Eglise et de l’Ecriture des éléments qui entrent en résonnance, et tout en écoutant, il réfléchit à la parole qui pourra paisiblement être posée. Qu’un nouvel élément soit déposé devant Dieu et tout le schéma se met à bouger. C’est passionnant. exigeant aussi. Prenant et surprenant…

Quoi qu’il arrive, ce sera bien au nom de Dieu par le ministère de l’Eglise que la seule parole qui compte sera posée.

Et de cette rencontre dont nous n’avons presque été qu’un témoin, pourra recommencer une vie de chrétien baptisé, pardonné, qui accueillera en Eglise ce pardon au jour le jour.
Et c’est du pardon dont on fera mémoire,
et action de grâce