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vendredi 28 septembre 2012

L'homme en face

Je suis l’homme en face.

Je suis l’homme en blanc que vous avez vu sortir de l’église, alors que vous attendiez sur la place.

Je suis l’homme qui parlera, celui dont vous attendez beaucoup, mais dont vous craignez tant l’erreur que l’ardeur. Si je parle mal, si j’évoque le défunt de manière mal ajustée, si j’affirme trop brutalement la résurrection, si je bute sur les mots, si vous croyez m’entendre dire que “Dieu l’a rappelé”, si j’ai l’air distant, si j’ai l’air vivant, si j’ai l’air sinistre, ou trop ministre, vous m’en voudrez.

Je suis le prêtre des célébrations où vous avez été convoqués. Et quoique vous en pensiez, je vous regarde, de l’autre côté du micro et de l’autel. Je vous vois mais je ne vous entends pas. Ou plutôt j’entends le silence mat que vous opposez, et ce silence m’inquiète.

Oh il ne m’inquiète pas tant pour la qualité ou la beauté de la célébration. Le silence est mon ami, j’aime m’y plonger pour laisser résonner en moi la Parole de Dieu. J’adore aussi me taire en groupe, goûter les vibrations de ce moment d’intériorité partagée. Un groupe de collégiens qui fait silence vit encore plus la communion, il se surprend à se taire, à écouter… Mais si j’aime qu’on fasse silence, j’ai mal pour vous quand on me l’oppose.

J’imagine que c’est peut-être la douleur qui vous rend muet. Quand celui que vous aimiez a disparu, tout s’est déchiré, et le sanglot dispute au cri la maîtrise des cordes vocales, tel un frère Christophe hurlant à la nuit des hommes et des dieux, muré dans le cri de sa peur, de sa souffrance, sans que personne ne puisse l’aider. Il hurle comme les autres se taisent, tétanisés.

ou alors c’est la décence pour ne pas troubler la douleur plus grande du premier rang, des plus touchés, ceux qui ont allumé le cierge, ceux qui ne liront ni les mots de la Bible, ni aucune prière, mais diront leurs mots tellement plus difficiles à énoncer. Si leurs mots sont titubants, votre silence les appuiera.

Pour beaucoup d’entre vous, c’est peut-être parce que ce n’est pas votre foi. Vous êtes venus par amitié, par douleur, par fidélité, mais vous ne devez rien à cette Eglise. Vous êtes là, le regard rivé sur le sol, à 1m17 devant vous, la nuque raidie pour l’empêcher de trembler, le regard dur pour ne pas le laisser s’inonder, et vous ne direz aucun des mots du rite que vous ne (re)connaissez pas.

Franchement, ça ne me fait pas plaisir d’engager ce dialogue et que vous ne répondiez pas. Je trouve ça pire, plus dur encore, mais vous en avez le droit. C’est dommage, la parole du rite est plus facile à habiter que la seule parole que vous oseriez… elle vous emmène sur des chemins que vous ne pourriez vous donner. Je sais bien que vous ne les connaissez pas assez bien, mais ce n’est pas ma question, votre silence me fait un peu peur. Il me fait peur pour vous. 

Vous qui opposez votre silence à la parole de l’Eglise, avez-vous la possibilité de parler au dehors, au bord, au plus près ? Avez-vous dit vos questions, vos peurs, votre souffrance ? avez-vous dit votre amour, votre mémoire fragile, vos rires, et vos déceptions ? Avez-vous dit vos regrets et vos fiertés ? Avez-vous laissé parler un plus silencieux que vous, un plus perdu, un enfant ? Vous avez peut-être peur d’être emporté dans son chagrin, ou pire, de l’emporter dans le vôtre ? Le silence est moins risqué, mais plus destructeur. Pire encore si vous avez décidé de le protéger.

Car le silence se fera génétique*, transmis à votre insu, mais conditionnant le futur adulte… un autre silencieux qui ne saura pas mieux passer cette épreuve. “Taire un enfant”, c’est faire de toute mort un non dit, un inenvisagé, un mort sans visage… quand justement celui qui nous quitte n’avait cessé d’en avoir.

Dans ma famille, mon grand-père s’est suicidé. Personne ne l’a dit, personne ne l’évoque jamais. Il aura fallu de l’audace à tel ou tel pour oser dire cette mort hâtée, parce qu’elle allait le rattraper par la maladie, dire qu’il est parti trop tôt, mais consentir à ce geste, parce qu’il fut fait. Je ne comprendrai jamais, mais ça me permet d’accueillir mon grand père jusqu’au bout, quand bien même je ne l’aurai que peu connu.

Dire quelqu’un, sans l’amputer ni de sa mort, ni de sa faiblesse, ni de ses rires, ni de ses riens, de ses qualités et de ses faiblesses, et les joies-peurs-déceptions-fiertés-transmissions qu’il est pour nous. C’est une audace qu’on ne peut murer dans le silence.

Si l’Eglise parle, si dans la célébration, elle vous invite au dialogue, c’est pour ne pas vous laisser murés dans le passé, mais pour vous inviter à écrire, autrement, l’avenir. Elle vous donne des mots que vous ne maîtrisez pas, parce que vous ne pourriez vous les dire. L’Eglise est le lieu de votre parole. Chrétiens, parlez, chantez, osez. Et vous qui êtes là par fidélité, osez cette parole aussi. Parce que la résurrection, tout comme votre présence, est affaire de fidélité et d’avenir. Et le Christ, Parole faite chair, est au cœur de tout cela.

Parlez pour ceux qui sont murés dans le silence.

Vous serez les uns pour les autres signes d'espérance.

Parce que je ne suis pas l’homme en face, je ne suis qu’un de ceux de cette Eglise qui prend Parole avec vous. Un de vous, et parfois, pour vous, j’ai peur.

(* selon une expression de Boris Cyrulnik)

vendredi 10 février 2012

devant moi se tenait Natalia

mais l’idylle se termina globalement là. Peu de sourires en réponse aux miens, pas la moindre réponse à mes tentatives désespérées de nouer le contact. Pas plus de succès d’ailleurs avec son frère, Santo, qui émettait un vague et court mhh quand le conducteur lui avait demandé si c’était bien là le chemin.

Natalia et Santo étaient donc quelques minutes auparavant sur le siège arrière, silencieux, le visage fermé. En communication mineure, nous avons tout de même trouvé la petite route au bout du 6e pont. Au-delà, la mer. Simplement.

Descendre de voiture sous le cagnard, aviser un jeune qui disparait sous quelques planches, et une fois les sacs sur le dos, se retrouver posés dans le fond d’une barque, Natalia et Santo devant, le P. Yance, Benoît, moi puis le jeune marin qui avait disparu sous le ponton. La mer est haute, le vent souffle bien du nord, et la barcasse toute basse emporte quelques paquets de mer quand elle accroche des vagues sur son flanc. 30 minutes, sous un soleil de plomb, slalomant entre des îles apparemment bien peu habitées. 

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Rien de prévu comme ça dans mon emploi du temps. Levé avant 7h pour le petit dej, deux trois discussions avec un ancien directeur du lycée en train de fonder un petit séminaire, 20 minutes à l’arrière de la moto du gardien, son fils à l’avant entre ses bras, j’avais rendez-vous avec la directrice actuelle du lycée, femme dévouée qui avait accepté cette responsabilité. Nous devions relire le parcours du coopérant qu’elle a accueilli dans son établissement. L’échange fut bon, bref, efficace et intéressant. Si toutes les réunions pouvaient avancer aussi vite... Bon, la veille, elle m’avait collé un sacré lapin, mais on ne gère pas toujours aussi bien qu’on le désire son emploi du temps, surtout quand un de ses professeurs doit emmener son fils à l’hosto…

10h, nous convenons avec le responsable de l’organisation qu’il pourrait être bon que je retourne voir le foyer où des volontaires étaient venus quelques années auparavant. Un foyer au milieu de nulle part, sans eau courante ni électricité, sans moyens mais accueillant les enfants des îles alentours, un foyer pour enfants de primaire. Le confort, ici, c’est pas fourni avec ! Même pour les deux sœurs qui gèrent les 76 garçons et filles.

Ce que je n’avais pas saisi, c’est que Yance, le prêtre, avait envisagé de pousser un peu plus loin, visiter une petite communauté locale à une demie-heure de bateau du bout de la route. Et comme c’est le village des deux enfants, ils nous accompagnent, histoire de voir quelques heures leurs parents. Sinon, ils ne rentrent qu’aux vacances. A 9 ans.

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Ils sont donc à la proue durant ce petit périple et disparaissent à peine sommes-nous arrivés. nous avons dépassé d’autres villages sur pilotis, des mangroves, des îles en pagaille… il y en a en gros 300 dans les environs. A peine le pied sur le ponton peu raccord, un chino-malais nous aborde en souriant… et pendant trois heures il ne nous lâchera pas. Yance a lancé il y a 3 ans un crédit coopératif, permettant à des petites gens d’ouvrir un compte et de pouvoir demander des micro crédits. Alors le chinois raconte, et raconte encore toutes ses aventures. Il montre ce qu’il réalisé, les 220 bassins de mer pour les poissons d’élevage, les bassins pour les alevins, les aventures avec la police… discours ponctué de “tu n’oublieras pas de leur dire, hein”. Il paiera, certes, mais pas forcément juste dans les temps, alors il faut raconter.

On mange du poisson tout frais, et juste cuit, absolument délicieux, et accompagné d’un piment absolument violent. A la fin du repas, les deux prêtres que nous sommes bénissons un enfant bien mal en point depuis sa naissance, avec un handicap qui ne pourra que s’accentuer. ça promet de ne pas être facile pour lui, dans ce village de pêcheurs. Avant de s’installer ici il y a une petite trentaine d’années, ils étaient de ces hommes et femmes qui vivaient sur leurs bateaux, au gré du temps, des pêches… ils se sont installés mais pas franchement enrichis. Pas tous en tout cas.

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Nous finissons l’après-midi dans la famille de Natalia (invisible) et Santo (impassible). Maison au bout d’un autre ponton, simple à l’excès, toujours avec le chinois qui emplit la conversation, les hommes de la famille, ses employés qui opinent et sourient, les jeunes qui écoutent : rien que des hommes assis par terre pendant qu’on nous offre… un verre d’eau. Ici, clairement, il n’y a : rien. Aux femmes il manque des dents de devant, et certains jours, l’assiette doit sembler bien creuse. La maison, c’est un micro-crédit qui l’a permise. Elle n’existe que parce que certains ont quand même cru en eux.  Natalia et Santo, avec leur CM1, doivent dépasser le niveau d’études de quasiment tout le monde dans la maison. Mais ils ne parlent pas plus, s’effacent à force de ne pas avoir de place. Ils sont des petits. Et leur scolarité, ce sont des chrétiens de Singapour qui la paient.

Au retour, on discute avec Yance. Ils ont tellement rien que lors de la dernière grossesse d’une des femmes de la famille, grossesse qui tournait en fausse couche, ils hésitèrent sur la conduite à tenir. En un coup de fil, et quelques heures de transport, on l’emmena à l’hôpital. Et quelqu’un avança l’argent qu’il faut montrer avant les soins. Sinon, simplement, elle en serait morte. simplement.

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Du coup, c’est con mais j’ai envie de filer un coup de main, aussi. Et Yance me reprend. L’organisme de micro crédit a financé pour un des jeunes un des bassins pour faire grandir des poissons, sous la coupe du fameux chinois parleur. L’argent ne lui a pas été donné, mais prêté. Argent qu’il faudra rembourser, argent qu’on ne pourra pas dépenser ou jouer… argent qui compte. Parce que les respecter, ce n’est pas leur faire la charité. C’est apprendre à se tenir debout, même quand rien ne vous y a jamais préparé.

Pan sur le nez du petit blanc en mal de générosité.

Alors le silence de Natalia, je l’aime.

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Je sais qu’on pourrait prendre ça pour des vacances, et mes bras auraient du mal à le démentir… mais au travers de tout ça, on pressent autre chose, une construction d’un monde auquel j’aspire, et qui fait du bien… jusque dans ces non-lieux là

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mercredi 9 novembre 2011

hymne pascal

Un homme est mort qui n’avait pour sauveur
Que deux bras ouverts une fois pour la vie
Un homme est mort qui n’avait d’autre route
Que Celui qui l’avait appelé
Un homme est mort quand continue la lutte
contre la mort qui l’a dépassé, séduit, happé

Car tout ce qu’il voulait
nous le voulions aussi
Nous le voulons aujourd’hui
que le bonheur soit la lumière
au fond des yeux, au fond du cœur
Et la justice sur la terre
mais plus en lui, ici.

Il y a des mots qui font vivre
mais qu’on n’accueille plus pour soi
et ce sont des mots si brûlants
le mot Sauveur, le mot confiance
Charité, justice et le mot liberté
le mot Fils, et le mot délicatesse
mots que l’on professe, plus grands que nous
Le mot courage, et le mot consentir
et le mot frère, et le mot camarade
des mots auxquels on croit, qui parfois renvoient
sur ce qu’on ne vit que pusillanime
Et ces mots s’enroulent en spirale suffocante
dans la solitude, suscitant l’irréparable.

Ajoutons-y Pascal
Pascal est mort, vie reprise qu’il ne pouvait plus donner,
en marge de ce qui nous fait vivre
tutoyons-le, il était frère d’arme,
soldat de charité, enfermé dans le combat, désarmé.

Tutoyons-Le, il nous rappelle que le salut
est affaire fragile de fragilité saisie,
qu’Un seul est grand, qu’il y a des gouffre où l’on peut tomber

Tutoyons-nous il nous dessine en sombre l’espérance.

pascalJe crois avoir croisé quelque fois Pascal à la catho, dans nos premières années, j’avais oublié son nom, mais pas son visage. Il avait mené ses appels et ses missions dans des lieux dont j’ignore tout, dans des cercles autres, mais l’annonce de sa mort, inattendue, violente, choquante réanime ma colère contre novembre, sombre et poisseux, qui englue tant d’amis dans des solitudes inespérantes. Le combat, il l’a arrêté, je n’ai de cesse d’espérer que son Dieu saura d’autant plus le saisir, le recueillir, comme une mère son fils blessé au cœur. La foi ne connaît pas beaucoup de héros la nuit, je regrette simplement qu’il n’ait plus pu sentir la tiédeur de nos amitiés, le rose de nos optimismes, le soyeux de nos attentes bienveillantes.

un petit de Dieu est tombé. Et je ne vaux guère mieux.
Pardon et merci à Eluard de m’avoir laissé emprunter ses mots
et merci douloureux à ce billet: http://lawebattitude.blogspot.com/2011/11/205-amis-et-seul.html

mercredi 16 mars 2011

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Cher Dieu,

Tu permets que je te tutoie, vu qu’on se fréquente depuis pas mal de temps, et que tu es, comme qui dirait, un intime? Même plus intime à moi-même que moi-même dit-on (jolie phrase dont on n’est jamais sûr de bien savoir ce qu’elle veut dire, mais qu’on dit quand même, parce qu’elle est sûrement vraie). Bon, en fait, tu es plus sérieux sur le côté intime que je ne le suis, mais bon, puisque tu es toujours là, même quand je suis ailleurs, ou absent, ou fermé, ou dérangé, ou occupé, ou tant d’autres choses, je reste convaincu de cette intimité. C’est presque déjà un acte de foi, hein? Donc je te dis tu. Note bien que je dis “vous” à des gens intimes aussi. Mais pour toi, je préfère ‘tu’, ça me permet de rester à ‘tu et à toi’, ce qui est pas si mal. “pouf pouf”.  

Cher Dieu,

Je t’aime bien, tu sais, et je trouve que tous ces petits messages que tu m’as adressés depuis quelques années étaient vraiment sympas. Ils ont un petit côté “sms du nouvel an”, envoyé le 1er jour du temps, et qu’on reçoit bien plus tard, au gré de la connexion au réseau. Bien des fois, je suis pas sûr de voir le rapport, et puis très souvent, ça tombe juste, comme il faut, pile poil, nickel chrome. Pour être franc, je dois en recevoir certains avant la date prévue, vu que je ne les comprends que bien plus tard. Tout le temps Parfois, j’en reçois en numéro caché, et j’ai encore plus de mal. Mais au bout d’un moment, je finis par comprendre et hop, le coup de grâce. Sans parler des messages que je zappe, récepteur sur vibreur, mais vie trépidante. Et puis, en plus des sms impromptus, il y a aussi les longs messages, et les silences parlants, mais parfois, je fais pas gaffe, et là aussi je les rate. Pardon. Pouf pouf.

Cher Dieu,

J’aime bien ta Bible, je la trouve sympa et bien écrite, parfois un peu obscure ou compliquée à comprendre mais ça va. Le jour où j’ai réalisé que tu savais manier les genres littéraires, via les gens qui ont mis toute ton histoire sur papier, j’avoue que ça a été plus facile. J’ai encore souvent un peu de mal, mais ça va. Un des trucs que je trouve balaise, ce sont ces petites questions franchement rhétoriques qui ponctuent ce beau texte, genre “tu peux choisir la bénédiction ou la malédiction”, ou encore le coup du Bon Samaritain. A tous les coups on est d’accord avec toi, et c’est vachement (je suis normand) bien trouvé.

Il y en a juste une qui me défrise les poils des oreilles ces derniers jours, et même un peu trop souvent, c’est celle que tu as soufflée à Paul quand il nous cause via les corinthiens. “O mort, où est ta victoire?”. Ben, euh, comment te dire sans te froisser, ces jours-ci, j’ai du mal à retrouver l’aspect rhétorique. J’ai envie super fort de répondre: “un peu trop partout, surtout là où il ne faudrait pas”. J’avoue en avoir un peu marre, et j’aimerais bien que tu me fasses recevoir le message suivant, celui où je reprends pied, celui où je vois la force et la promesse tenue dans la résurrection de ton Fils, celui où tu me mènes sur un chemin vers toi et qui me fera dire “c’était un sacré ravin, j’y ai beaucoup perdu, mais tu m’as bien récupéré sur ce coup là, et je me sens en confiance pour le prochain”. Là, je me sens un peu Icare qui croyait qu’avec quelques plumes, ça allait le faire. Et Paf.

A ce moment là, comme je ne m’ennuyais pas, on a décidé, dans la paroisse, de proposer des offices supplémentaires dans les églises, et c’est bibi qui s’est coltiné la constitution d’un hymnaire. Quelques heures devant le PC, (facebook globalement éteint pendant le carême) à mettre en forme des hymnes en tous genres, pour pouvoir prier. Et dans la période “temps pascal”, (Pascal qui était super fort sur les questions rhétoriques, ça aurait du me mettre la puce à l’oreille, c’est fou, on n’est pas attentifs parfois), dans la période temps pascal, le temps où tu gagnes, je suis tombé sur ça:

Fini le temps du Golgotha,
fini le cri du Fils de l'homme,
     finie la croix,
     sinon pour l'homme
     que nous sommes.
Où donc est ta victoire, Jésus ressuscité ?

Fini le temps du Serviteur,
fini le soir du Fils de l'homme,
     finie la peur,
     sinon pour l'homme
     que nous sommes.
Où donc est ta victoire, Jésus ressuscité?

Premier réveil au Dieu de vie,
premier matin du Fils de l'homme,
     premier réveil
     aussi pour l'homme
     que nous sommes.
Où donc est ta victoire, ô mort du Premier-Né?

Encore le temps des Golgotha,
encore la soif au cœur de l'homme,
     immense croix
     du Fils de l'homme
     que nous sommes.
Où donc est ta victoire, ô mort du Premier-Né?

Viendra le temps de nos soleils,
viendra ton Jour, ô Fils de l'homme,
     en toi réveil
     de tout cet homme
     que nous sommes.
Ton souffle est notre Pâque, Jésus Ressuscité.

R/ Lumière aux nuits de mort,
feu de Pâque aujourd'hui,
allume un chant d'espoir,
Dieu de Pâque dans nos vies.

(Claude Bernard)

Ok, message reçu. “sinon pour l’homme que je suis”. Ta victoire, va falloir que j’apprenne à la recevoir, dans mon histoire.

merci.

je te claque une bise. Embrasse Jésus, sa mère, le Saint Esprit et les bienheureux de ma part,

Bisous,

David.

lundi 3 janvier 2011

vœux

Isaïe prophétisant en Epiphanie
déjà quiet regardait l’obscurité,  
où seule pouvait se déployer la lumière

voici la nuit…

d’une nuit étoilée,

Blogdavidlerouge-71

de veillée en réveillon

Blogdavidlerouge-72

pour ouvrir un matin nouveau…
en aventant qu’il se déploie en jour glorieux,
nous aurons besoin de…

voeux 2011 web blog

samedi 4 décembre 2010

Araignée du matin...

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A délaisser sans attention les espaces de nos vies spirituelles, nous n’en fréquentons plus que rapidement les lieux communs, laissant poussières et araignées en peupler les recoins. Peu de conséquences dans les lieux de grand passage mais… Nécessairement, à courte échéance, les voûtes auxquelles on aspire mais que l’on néglige se strient de sombre, rayant notre espérance joyeuse d’une noirceur désagréable. 

Si nous n’inondons de lumière les recoins de notre ici bas, nous laissons s’encombrer, sans le faire exprès, notre chemin vers le ciel.

pensée du matin, lors d’une heure trente réfrigérante à attendre le pénitent dans une église dont la voûte était joliment tendue de toiles d’araignées

samedi 6 novembre 2010

Notre ombre n'éteint pas le feu

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le tout n’est pas de vouloir la voir disparaître, mais de l’emmener avec soi là où la Lumière saura quoi en faire

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On espère toujours pouvoir maîtriser son image en se composant un visage. Hélas ou tant mieux, le même visage parle sans nous, et le corps avec lui. On ne le perçoit pas mieux qu’on n’aime sa propre voix… Il paraît même que ce n’est pas la même région du cerveau qui commande le sourire de plaisir ou celui travaillé pour les photos. D’où ces différences si notables, et ma quête des sourires qui ne sont pas adressés. Mais au-delà de notre corps, même dans la plus belle lumière, nous traînons nos ombres et nos reflets, qui passionnent tout autant le photographe. Ils sont simplifiés, et distordent ce que nous voudrions polir. Ils nous composent aussi, peu importe les latitudes où nous les baladons. Certains nous réduisent à nos ombres, d’autres à nos reflets, ou encore à ces clichés de nos vies, à un instant donné. La part de Dieu nous remet en histoire, unifiant en mouvement l’ombre et la lumière, l’aimable et l’aimé, le résistant et le pardonné.

le titre est d’Eluard, le dessin de Xavier Gorce et la photo de moi

jeudi 8 octobre 2009

La Résistance des Pierre

Forts et puissants,
humbles et petits,
savants et sachants,
croyants et convertis,
spirituels et priants,
assurés et rassurés,
pardonnés et ressuscités,
généreux et partageants,
fidèles et résistants,
arrogants et timorés,
chrétiens de petite et de grande envergure,
appelés et répondants,
laïcs et prêtres,
christocentrés, patri-attirés et pneumovivants
néophytes et croyants de longue tradition,
vous dont la foi est la vie et vous dont la foi est le secours

nous qui nous sommes récriés pendant la première lecture de ce matin:
« jamais, ô grand jamais, nous n’avons, et surtout jamais nous n’aurons plus de telles pensées: »

« Servir Dieu n’a pas de sens. A quoi bon garder ses préceptes, mener une vie sans joie en présence du Seigneur de l’univers ? Nous en venons à déclarer heureux les arrogants ; même ceux qui font le mal sont prospères ; même s’ils mettent Dieu à l’épreuve, ils s’en tirent ! » (Malachie)

Ah que de viles idées. C’est insultant, ce serait pécher, ce serait oublier, ce serait impossible. Dieu m’a trop saisi… JAMAIS… et honte à celui…

En se baladant sur le côté ensoleillé du monde, j’ai rencontré à la lisière de la clarté une femme qui en ténacité, et en porosité à la grâce nous surpasse tous, ne serait-ce que par le nombre de décades où elle les a vécues. Cette femme de ferme choix catholique, moins de diatribe que de diaconie, moins de sensibilité que de fidélité, cette femme, en pleurant disait ou pourrait dire ces mots de Malachie. Elle désespérait. Elle reniait. Elle regrettait, tout. Dans le trouble de la souffrance, la prière en devenait une nouvelle lacération inaccessible, la paix une chimère, la vieillesse un abandon du Dieu qu’elle avait servi toute sa vie.

Pierre, le renégat, Pierre le fanfaron, Pierre le pardonné, Pierre, tête de l’Eglise se verrait nouer la ceinture. D’autres subissent ce dépouillement jusque dans leur foi.

On ne devrait jamais pérorer. Même de l’Evangile. Etre saisi par Dieu, et que la joie vous en échappe, voilà la  triste épaisseur de notre aventure humaine qui, comme dans le labyrinthe de Chartres, nous fait être au plus proche du centre quand les méandres semblent nous en avoir éloignés.

de profundis…certains ne savent même plus crier

vendredi 15 mai 2009

mystère de la Présence au revers de la vie

qu’on l’ait taxé d’insupportable indifférence au malheur du monde
ou d’Opium enfermant dans la souffrance
Dieu ne se laisse pas toujours trouver là où on l’attendait…

mais s’il était présence et ouverture de la vie dans les plis…
(merci, Michaux, finalement)

Si Dieu ne donne voix
À nos espoirs pillés,
Où semer l’espérance
Au pays de l’envie ?

Si Dieu ne donne temps
A nos esprits blessés,
Où chercher la patience
Quand la peur nous saisit ?

Si Dieu ne donne pain
A nos corps épuisés,
Où trouver la cadence
Et le souffle de vie ?

Si Dieu ne donne tout
A nos cœurs désolés,
Où puiser la confiance
Pour aimer aujourd’hui.

CFC (s. Marie-Xavier)
Lit 66 1988

lundi 5 janvier 2009

déliés et pleins

Délie le temps, déploie-le en espaces infinis où seul prime l’être, goûte la seconde en pulsation saturée qui n’a pas de suivante, lis, écoute, relis, prie, regarde, laisse-toi regarder, décale-toi afin que la farandole des jours ne s’impose comme ton seul rythme.

Dans cet autrement du temps, laisse-toi happer par un ailleurs que tu n’aurais su te donner, par un autre temps à l’éphémère futile. Tournoie autour de chaque instant comme un flocon se joue de la gravité, en délicates nervures de légèreté.

Délie le temps, le temps du vide, de la vacance, car bientôt ce temps à la lisière duquel tu jouais saura te rattraper, plein.

Il a couru sans toi, en soubresauts palpitant de passé, grave d’une espérance amenuisée, il te saisira aux épaules, aux oreilles, aux paupières, par la manche, par la main et te projettera dans sa danse inéluctable vers des lendemains chargés des guerres d’hier.

Mais, alors, habitant chaque instant dans sa course effrénée d’agenda compressé, l’art d’avoir goûté chaque pulsation du temps pendant les vacances fera respirer chaque seconde nouvelle d’une aspiration qui tient le monde en haleine, l’espace d’une espérance que les minutes du monde ne savent pas nous donner.

Pendant les vacances, je veux délier les instants pour aménager dans leur course irrésistible la césure de l’espérance et chaque instant ouvert fera respirer le monde.

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