Chaque minute n’a de sens qu’en histoire, celle des instants sans rapport qui précèdent en juxtaposition, celle des décennies qui m’ont travaillé au corps, dans l’insu des générations qui ont marché avant moi.
Il y a quelques secondes, je passais sur le quai fermé à la circulation, au détour de ma rue, pour une voiture brûlée, une odeur d’essence, des gyrophares, de la sciure sur la chaussée ; encore quelques pas et je pousse la porte vitrée.
Le cinéma est lui-aussi en train d’être retapé, béton apparent, échafaudages et étais gaînés d’orange, entrecoupés d’affiches scotchées, au lieu du tissu rouge autrefois tendu
la salle est calme, les publicités anecdotiques , la lumière s’éteint. Les noms des sociétés de production se succèdent en silence sur l’écran noir. Je n’en connais aucune. Puis, dans l’obscurité, une musique
et sur cette ambiance qui pourrait être légère, anecdotique, de bord de piscine en sur des photos jaunies d’un los angeles des seventies, pleines de rires, on voit des enfants être l’un après l’autre rasés à la tondeuse, debout. Les mèches tombent à leurs pieds, nus. La caméra s’avance et se focalise sur un regard sombre. dur. fixe.
des lettres rouges s’incrustent, ouvrant une histoire dans cette parenthèse de ma vie qu’est cette soirée ciné.
L’histoire commence au Québec. Des jumeaux assistent à la remise du testament de leur mère, mère distante depuis tant d’années et qui s’est éteinte dans un mutisme poussé à bout. Ils se croyaient seuls au monde, ils se découvrent un frère, et un père, et la mission d’aller remettre à chacun une lettre. Sans cela, leur mère ne veut pas de tombe ni de nom. Il faut terminer son histoire. Le garçon refuse, la fille ne peut laisser tue cette histoire. Elle part dans un pays du moyen Orient sans nom en quête de sa mère, de sa famille… et plonge comme en apnée. Et les histoires s’entrecroisent en flashbacks tellement bien intégrés qu’on finit par ne pas savoir à certains moments si on est dans le passé ou le présent. Les noms donnés sont fictifs, mais leur histoire se révèle violente, troublée, traumatique, fruit haineux d’une guerre où les vies sont bouleversées par les haines, ou par les vengeances implacables. Tragique, au sens grec du terme.
Les images sont dures, comme les regards, comme les histoires et comme les souvenirs, et le dénouement insoupçonnable. Certains partis pris de cadrages sont aussi rudes à accepter. On n’en sait pas plus que ces enfants en recherche de leur passé, et l’espace entre le regard et le bord du cadre devient parfois presque insoutenable de tension… Quel sera le bout du chemin qui est aussi le départ de leur vie?
et l’on se sait en sortant fruit d’une histoire, d’une famille, d’un passé, ombres et lumières vives…
en poussant les portes vitrées
marchant sur le quai nettoyé, évitant la sciure
on respire de son histoire.

bien qu’à peine effleurés
Au programme de ce week end, il y avait une soirée aumônerie sur le thème des vœux de bonne année, le baptême de Gersende, fille d’ami, du côté de Caen, une soirée catéchuménat avec Sophie, quelques messes en pagaille… Et les intempéries faisant leur joli ouvrage, rien ne se goupille comme prévu.
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