jeudi 21 mars 2013

traces

C'est triste à reconnaître, mais on n'a pas toujours la lucidité heureuse.
Elle a la fâcheuse tendance de se laisser colorer par l'heur du moment
et pousse souvent le contraste de nos introspections circonstanciées
loin de la tendresse et la douceur du Christ de l'Evangile

Prenez la foi, par exemple...

soumise au néon un peu blafard d'un jugement un peu raide
mon attachement au Christ peut me paraître bien souvent de façade
un crucifix posé sur le mur blanc de mes convictions
visible, solide, mais ne me traversant pas assez en profondeur.

Dans ces moments de fausse lucidité louvoient les tentations
de laisser tomber ce crucifix, le déposer, de continuer sans :    
"j'ai essayé, Seigneur, mais ça n'a pas pris,
tu es venu à ma rencontre, et je ne t'ai pas laissé entrer...
il faut se rendre à l'évidence, mon mur est là, intact, tu ne m'as pas transformé..."

et le Seigneur, patient, fidèle, demeure au plus près, dans ces atermoiements
ne se laissant pas abuser par ces raisonnements viciés de défaitisme.
Il offre encore et toujours son amitié, son pardon, sa vie...

"parce que vois-tu ma présence dans ta vie s'est dessinée
éclairant, discrètement, un espace de lumière, un espace où tu restes marqué
un espace où se sont apprivoisés ombres et lumière, pureté et poussières
tu l'as simplement sous estimé... "

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photo prise après avoir décroché un crucifix dans une sacristie, afin de projeter un petit film sur le pardon pendant un temps de réconciliation... (j'ai un peu poussé les contrastes)

et je me dis que si on nous poussait, bêtement, à enlever un peu trop vite les "crucifix" de nos convictions, le signe serait encore plus parlant, encore plus violent!

dimanche 25 novembre 2012

le beau est-il divin?

Cette semaine, j’ai entendu parler de François Cassingena Trévedy, un professeur qui m’a mené par le bout de sa pensée il y a quelques années, lui qui écrit à la lisière de l’Esprit et de la poésie en traits tirés entre la vibration d’une émotion esthétique et la fulgurance spirituelle…
Qu’on lise ses étincelles, on y pressentira un feu intérieur. Beau et vrai.

François vibre en ces linéaments de la vérité où tout fait écho
une note, un frissonnement, un mot
comme si Dieu habitait chaque instant. C’est faux,
il habite chacune de ses respirations : tout prend alors sens, surtout le beau.

ce n'est pas mon cas.

Ce soir, d’un bref coup d’œil par le velux
le ciel était beau, il avait été terne tout le jour, à quelques arcs en ciel pluvieux près.
Il y avait une telle lumière que j’ai attrapé l’appareil photo, et d’une main, j’ai saisi l’instant,
de l’autre je tenais mon téléphone dans lequel je racontais des bêtises.

Il y a des moments comme ça, dont on pressent qu’ils sont précieux…
sans doute saturés, mais on ne sait pas de quoi…

la beauté? Dieu? toussa… c’est un raccourci qu’on fait souvent
au grand dam de ceux qui n’y voient que du beau.

à ma mesure de petit croyant.
Ce n’était pas Dieu,
C’était un espace ouvert, lumineux,
un lieu qui (r)appelle la beauté et l’espace intérieur,
un espace où on peut le rencontrer

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vendredi 2 novembre 2012

râpes ta gangue

Hier soir, j’ai pensé à toi.

toi qui te balades tout le temps avec un machin dans les oreilles et une pokerface dans les transports en commun. Je ne sais pas trop si c’est un iPod, un mptruc, un téléphone, ou rien au bout du fil qui sort de ta poche, histoire de murer ton regard derrière une écoute attentive, bref, toi qui te cloîtres dans ta gangue sonore chaque fois que tu sors de ton antre. Je me suis souvent demandé ce que tu écoutes, et si tu réussis à sourire à l’intérieur tout en bougonnant à l’extérieur. (mais ça marche aussi pour toi qui écoutes des trucs et des machins à la maison)

En fait, hier soir, on m’a posé un lapin, un lapin tout mignon et tout jeune, avec des yeux attendrissant et tout, un lapin de 6 ans. Et l’agenda en dilettante, j’ai rien fait (sauf penser à toi, mais pas trop quand même, c’était pas le moment). L’orage grognait, des monceaux de glace tombaient du ciel (ça tiendra jamais jusqu’au 21 décembre 2012, avec ce temps), le froid s’infiltrait par tous les interstices de ma masure, et j’ai décidé, foutu pour foutu de prendre un bain. Voilà. un bain chaud (le monde est condamné, on est déjà le jour d’après, alors j’ai abandonné la douche écologiquement responsable pour ce soir là, j’avais trop froid). Optant pour un ramollissement du bulbe, j’ai fui la radio, et envisagé un podcast en décor sonore. A la coule.

Pendant les premières secondes, j’ai cru que je m’étais trompé, que j’avais encore opté pour un truc abscons de France Culture, avec un anglosaxon qui se fait un devoir de parler français avec un accent overseas pour aborder des questions ultraspécialisées. Et puis j’ai reconnu la voix de François Busnel, le ton de France Inter, et j’ai écouté Alexandre Jollien. Francophone (quoique suisse), handicapé, souriant jusque dans la voix. Ecrivain? maître zen? spirituel? ça collait bien pour France Inter. Et peu à peu, Alexandre Jollien, la voix envoûtante, le clin d’œil aux lèvres, la liberté intérieure plein la gorge a fait déraper France Inter. Il parlait d’abandon, d’autres logiques, de Dieu, de foi, de silence, de méditation… et à chaque tentative de renvoyer Dieu dans les limbes du “enfin, vous êtes sympa, mais Dieu, dans tout ça, c’est pas très nécessaire, non?”, Alexandre Jollien remettait tout au centre et flinguait le cynisme bien-pendant franceinterien.

Alors voilà, dans mon bain, j’ai pensé à toi. La flotte était froide, certes, mais une voix, saturée de joie, avait su faire résonner la figure du Christ entre mes oreilles, via le paganisme bien pensant de France Inter. ça tient du miracle. C’est pourquoi si tu n’as pas peur de télécharger une soixantaine de Mo, si tu n’as pas peur de prendre une petite heure à te laisser mener par le bout des tympans, si tu n’es pas définitivement allergique aux interviews de France Inter, tu devrais peut être écouter. C’est con, tu pourrais même en sourire. (j’y crois peu dans le métro, mais on sait jamais). Pour ce qui est du bain, ce n’est pas nécessaire.

Comme je suis sympa, je te mets les liens là:

sur le site de France Inter, avec le podcast
le site d’Alexandre Jollien 
et si tu détestes iTunes, j’ai téléchargé le MP3 pour toi et je l’ai mis en téléchargement

fais gaffe, un tel témoignage joyeux, ça pourrait râper ta gangue de l’intérieur.
sur ce, j’te claque une bise. (parce que la bise est carrément venue, ces jours-ci)

mercredi 11 mai 2011

Raymond

2 952 baptêmes d’adultes en France le week-end de Pâques. (selon l’OiPC)
Vingt et un baptêmes dans la Manche. C’est France Inter qui l’a dit.
Deux dans ma paroisse durant la nuit de Samedi. 

Ces baptêmes sont la gloire de l’argumentaire catholique, passque voyez vous, on se convertit encore, c’est bien la preuve que c’est pas des carabistouilles toussa. Passque les gens qui se mettent à croire quand ils sont grands, eux ils se sont pas fait bourrer le mou par leur ascendance. Jésus, il l’ont vraiment entendu. Passque Jésus, c’est pas le père noël des catholiques qui restent enfermés dans le carcan d’une religion moribonde. Jésus, tu vois, y a des gens qui le choisissent et qui y croivent pour de vrai. Pas comme les vieux qu’ont juste peur de mourir. Pour de vrai. 

Cependant, il faudrait sûrement affiner les chiffres, comme pour les baptêmes d’enfants en âge scolaire. Si certains le font au nom d’une expérience brutale et inouïe de Dieu, d’autres parce que l’opportunité se présente enfin, lors d’un mariage, un baptême de bébé… opportunité d’un baptême qui n’avait pas pu avoir lieu avant, tout simplement.

Beau Nombre donc, mais autant de parcours et de réalités…

Quoiqu’il en soit, les nouveaux baptisés sont parfois une rude question au creux de nos assemblées. Brûle-pourpoint de nos habitudes, lassitudes, fidélitudes et compromissitudes. Ils en veulent plus, ils le veulent mieux, et même si ça gémit dans nos vieilles outres, on aime ce vin nouveau. Faites-moi sauter cet uniforme, Brûlons.

Bon, c’est vrai que c’est cool, les nouveaux baptisés, et tout, et tout, mais forcément, quand l’Evangile débarque dans une vie qui s’est construite sans lui, ça remue pas mal de l’intérieur, ça défrise les entrailles, ça carbonise au contact du Divin. Et le feu d’artifice, ça séduit. Surtout le “mat” de nos tiédeurs.

L’inscription dans le temps et les communautés se révèle parfois plus compliquée [1]. S’il est beau de (re-)commencer, il nous faut souvent simplement continuer. St Jean de la Croix avait d’ailleurs des mots durs pour les “commençants” qui étaient en danger dans l’euphorie des premiers moments. le Pouic pouic spirituel peut paraître parfois grisant, et la griserie n’est pas l’apanage du quotidien. Entre “nuit de la foi” et apprentissage de la fidélité, le chrétien passe peu à peu d’une foi de sensibilité à une foi de fidélité. Le feu ardent allume les braises, qui consumeront peu à peu, sans artifice.

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Mais au moment où je découvre chez mes parents cette photo datant du début du siècle (en gros) du baptême de mon grand-père, avant la guerre, j’ai envie de me réjouir aussi pas mal pour les chrétiens de longue haleine. C’est con, j’ai l’impression que ça court dans mes veines depuis pas mal longtemps, bien avant que je le choisisse, le vive, le déploie à ma manière, cette histoire de foi. ça me travaille en amont, ça m’a construit et structuré, déployé. La foi de mes parents et grands parents n’est pas la mienne, et je ne pourrais la choisir comme telle, nous sommes différents, mais elle est là, présente en avant de moi.

Un machin qui croît depuis si longtemps, même avant moi, ne pétille pas si souvent, mais on peut gager que le whisky ou le pif de bonne bouteille aura su progresser, vieillir et “goûter”.

Tout cela n’atténue pas la Nouvelle brillante mais lui donne des aspirations d'éternité... 

Notes :

[1]  La fausse note officielle au tableau, c’est le service après vente. Le catéchuménat bosse bien, l’année qui suit aussi, mais après un accompagnement aussi précis, le positionnement et la place dans la communauté n’est pas toujours aussi simple. Voire pire.

jeudi 8 octobre 2009

La Résistance des Pierre

Forts et puissants,
humbles et petits,
savants et sachants,
croyants et convertis,
spirituels et priants,
assurés et rassurés,
pardonnés et ressuscités,
généreux et partageants,
fidèles et résistants,
arrogants et timorés,
chrétiens de petite et de grande envergure,
appelés et répondants,
laïcs et prêtres,
christocentrés, patri-attirés et pneumovivants
néophytes et croyants de longue tradition,
vous dont la foi est la vie et vous dont la foi est le secours

nous qui nous sommes récriés pendant la première lecture de ce matin:
« jamais, ô grand jamais, nous n’avons, et surtout jamais nous n’aurons plus de telles pensées: »

« Servir Dieu n’a pas de sens. A quoi bon garder ses préceptes, mener une vie sans joie en présence du Seigneur de l’univers ? Nous en venons à déclarer heureux les arrogants ; même ceux qui font le mal sont prospères ; même s’ils mettent Dieu à l’épreuve, ils s’en tirent ! » (Malachie)

Ah que de viles idées. C’est insultant, ce serait pécher, ce serait oublier, ce serait impossible. Dieu m’a trop saisi… JAMAIS… et honte à celui…

En se baladant sur le côté ensoleillé du monde, j’ai rencontré à la lisière de la clarté une femme qui en ténacité, et en porosité à la grâce nous surpasse tous, ne serait-ce que par le nombre de décades où elle les a vécues. Cette femme de ferme choix catholique, moins de diatribe que de diaconie, moins de sensibilité que de fidélité, cette femme, en pleurant disait ou pourrait dire ces mots de Malachie. Elle désespérait. Elle reniait. Elle regrettait, tout. Dans le trouble de la souffrance, la prière en devenait une nouvelle lacération inaccessible, la paix une chimère, la vieillesse un abandon du Dieu qu’elle avait servi toute sa vie.

Pierre, le renégat, Pierre le fanfaron, Pierre le pardonné, Pierre, tête de l’Eglise se verrait nouer la ceinture. D’autres subissent ce dépouillement jusque dans leur foi.

On ne devrait jamais pérorer. Même de l’Evangile. Etre saisi par Dieu, et que la joie vous en échappe, voilà la  triste épaisseur de notre aventure humaine qui, comme dans le labyrinthe de Chartres, nous fait être au plus proche du centre quand les méandres semblent nous en avoir éloignés.

de profundis…certains ne savent même plus crier