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dimanche 16 décembre 2012

glissade sémantique

les lunettes joyeuses d'Elie

glisser en Avent, de l'attente à la veille,
par une attention au Bien qui sourd sans tapage
et plus activement encore, une Bienveillance.

mardi 4 septembre 2012

dicomélie

Partant du principe que l’école de la république enseigne un vocabulaire certes complet mais à vocation laïque, je me permets d’étoffer le dictionnaire de verbes propre au domaine religieux, et plus particulièrement à l’art oratoire de l’homélie. Pour rire

fondonegro_elpredicador

- A -

Acidacétylsalicyliquer : (effervescent) se faire mousser en homélie avec des mots compliqués (attention, effets secondaires inattendus, notamment des céphalées)

Agapester : Râler, mais avec charité

- B -

Bricbrocquer : faire une homélie à l’arrache avec des bouts de trucs déjà dits ailleurs sur d’autres péricopes. (NB : Très fort risque intrinsèque de Ravalcquer.)

- C -

Cécéhèfder : truffer l’homélie d’appels diocésains qui feront passer le prédicateur pour un gaucho. (avec des variantes pour le denier)

Culculpabiliser :mettre tout le monde mal à l’aise sur les questions affectives avec des propos vindicatifs, péremptoires et désincarnés-rose-bonbon.

Curiculumviter: raconter ses dernières anecdotes pour “illustrer” le propos.

- D -

Désirdaveniroser : truffer son homélie de références d’actualité involontaires de mauvais goût.

Diabloquer : faire une homélie dialoguée, mais personne ne bronchant en face.

- E -

Episcopâlir : (v.t. episcopâlir un propos) déployer une idée sur plus de 20 minutes (il est de bon ton de conclure sur la Vierge Marie)

Exégésir : crouler à mort sous les explications historicocritiques, étymologies et commentaires intrabibliques.

Exociter : faire décoller (et exploser parfois) une homélie avec des références à des péricopes qu’on n’a pas entendues le jour même.

- G -

Germanopratiniser : inclure dans l’homélie des références littéraires piochées dans les éditions de la Pléiade.

Grhomméliser : faire une homélie où tout le monde va en prendre pour son grade, sans avoir rien demandé à personne

Gromoliser : la même chose, mais en vulgaire.

- H -

Homiloler : une tit' blague?

- M -

Monomélimer : n’avoir qu’un angle de lecture pour TOUTES les homélies, et l’user à force.

- O -

Omertaire (s’) : s’appliquer la loi du silence, préférant retourner s’asseoir sans un mot, au lieu de délayer longuement son manque d’idée, évitant ainsi de se faire fusiller du regard par le curé.

Ophtalmocligner : adresser toute son homélie à la jolie jeune femme/ l’Edmondprochain du 3e rang, avec des allusions qu’elle/il seule comprendra. Clignement d'œil

- P -

Paraphrasouiller : redire exactement la même chose que le texte, mais plus longuement et moins bien.

Pipauté : magistère du Blabla. Note : on en a rapidement plein le saint siège.

Picolomagner : dire peu de choses en trop de temps.
attention : magnopicoler n’est pas une variante ou l’antonyme de picolomagner. il signifie se prendre une cuite.

Psychofabuler : passer toute l’homélie à gloser sur les ressentis supposés, voire les antécédents probables, des protagonistes de l’Evangile. exemple : si Pierre a suivi l’appel de Jésus “aussitôt”, c’est qu’en fait, il le connaissait avant. (ah ben forcément)

- R -

Ravalcquer : faire une homélie qui n’a Rien A Voir Avec La Choucroute

- S -

Saintetéser : citer hyper abondamment le pape. (attention, saintetéser tend à ne pas raccourcir les homélies) Variante : vatifoler. 

Sinéfiner : ne pas savoir conclure (ou trop le faire)

- T -

Techniciter : vouloir illustrer le propos au moyen de moyen technologiques modernes (projecteur diapo, panneaux avec des coupures de journaux, rétroprojecteur…)

- V -

Vatifoler : citer follement in extenso des paragraphes de conciles qu’on peinerait à comprendre à l’écrit, et se persuader que tout le monde va les comprendre à l’oral.

(la liste, basée sur l’ensemble des homélies que je dis, pourra être allongée à loisir. Si la liste est longue, c’est que les écueils sont tout aussi nombreux que les homélies sont foison. Le plus extraordinaire de tout cela, c’est que la Parole fasse son chemin, et touche, de façon tout à fait imprévisible le plus souvent Clignement d'œil)

addenda 2012

Ikeabuser : Meubler à outrance avec des objets de qualité relativement douteuse sur le long terme (Car, comme disait un jour Eric Salobir (coucou !) : "Meubler, c'est la pire injure qu'on puisse faire à la Parole... et ça m'arrive si souvent !") (par @edmondprochain)

vendredi 1 juin 2012

Prière de ne pas me roucouler dans l'oreille

Je tiens à mes neurones. J’en ai pas assez et ne suis pas sûr de vouloir les laisser en viager à qui que ce soit. Je n’ai jamais bien compris comment ils fonctionnent mais me garderais bien, comme firent les grecs en associant les éclairs à Zeus, d’y voir une mécanique divine. Bien sûr, je prie, avec tout ce que je suis, je prie en me tenant en la présence de Dieu, en élargissant l’espace intérieur pour y écouter sa Parole, pour y laisser rayonner son amour et sa lumière, pour apprendre à agir en conséquence. “Ô Toi qui es présent dans le fond de mon cœur, laisse-moi te rejoindre dans le fond de mon cœur”. Je prie l’Esprit de me donner l’intelligence des Ecritures, je lui demande de m’aider à bien connaître Dieu… et à rester juste.

De là à parler d’inspiration, je me tâte. Je me demande même si, quand on évoque ce sujet, on ne serait pas, parfois, à deux clics d’un énorme cliché.

En version conscience, ça pourrait ressembler à un dessin animé, ou à une scène de Pirate des Caraïbes… un petit être vaguement cornu ou ailé qui batifole à deux pas de vos pavillons, et vous susurre vos bonnes ou surtout vos mauvaises actions, une personnification de la bonne ou mauvaise conscience, toute extérieure à soi. Nous sommes le ring d’un combat, avec l’autonomie intellectuelle du ring. C’est pour la version “décision”. Le thème se décline d’ailleurs assez bien, en version intracrânienne, avec la version de Lars Von Trier dans Breaking The Waves: L’héroïne, passablement allumée, parlait à Dieu avec sa petite voix et des larmes dans les yeux, dans le bizarre de sa vie tourmentée, et elle se faisait elle même les réponses, avec une grosse voix toute pathologique en reprenant les mots indigestes et acérés du Pasteur.

pssst

Dans la version inspiration, c’est la colombe, ou le petit Jésus à califourchon sur votre épaule, et qui vous dicte ce que vous avez à dire, les paroles qui toucheront. Dieu se sert du prédicateur, en court-circuitant son cerveau et susurrant “la” Bonne Parole. D’ailleurs, avec une telle vision, on imagine assez facilement les évangélistes soufflés par les mêmes bourrasques. “Ecoute ce que l’Esprit di(c)t(e) aux Eglises”.

Sans aller jusqu’à ce cliché, j’ai pourtant l’impression, quand j’écris mes homélies, que mes neurones sont passablement verrouillés, et peu sujet à manipulation spirituelle. Je choisis, pense, préfère les mots que je vais utiliser. Je n’attends pas qu’ils me tombent dans l’oreille. Les mots viennent de mon écoute de la Parole, que je sers, les mots viennent de mon attention au peuple auquel je vais devoir faire entendre la Parole, que j’écoute aussi, les mots me viennent de choix, d’audace, d’humour, d’écriture. Dans MES synapses.

Mais alors, quid de l’Esprit Saint? Il est présent tout le temps, et plus encore.

C’est avec lui, comme tout un chacun, que je peux comprendre un peu Dieu
C’est avec lui, que je prie, dans l’audace de sa présence
C’est avec lui, que je reste serviteur et adorateur de ce même Dieu

C’est lui qui se saisit de mes mots, de mes mots choisis, et fait que tel ou tel touche. Non pas que j’aie été télécommandé, mais parce qu’il donne la fécondité. Il prend les choses comme il prend les mots pour en faire des signes. ça, je ne peux le faire. Je ne peux que donner. Lui, il donne la profondeur et la justesse que je ne saurais deviner. Et c’est très bien ainsi.

Ainsi, même quand je suis mécontent du propos, untel vient nous dire qu’on a touché juste, ou quand on est content, qu’on a bien cerné le mystère, un autre vous dire “rien compris” “bien aimé ton petit exemple ridicule” ou rien.

Une homélie s’écrit, avec toute l’intelligence du prédicateur, sa foi, sa vie, sa plume. On ne peut pas plus. L’Esprit, lui, lui donne sa fécondité (bis, je sais, mais tout est là)

vendredi 6 avril 2012

la croix de bas en haut

Voilà. Il y a les homélies qu’on maîtrise, et celles qu’on consent à donner, à laisser filer entre les lèvres. Peut-être moins une homélie qu’une méditation. Peu importe, il faut la laisser se dire, même quand on n'est pas sûr.

 Sans titre-1 copie

Ecouter la Passion est, et reste, une épreuve. C’est un récit long, et qui nous atteint d’une façon qu’on ne sait pas bien anticiper, même s’il nous est familier. Ce n’est pas tant de la surprise, de l’émotion, de la pitié, ni même de la compassion. C’est une autre profondeur qui se révèle.

Peut-être avant tout parce que justement nous y sommes confrontés à la mort d’un proche, d’un très familier, du plus familier. C’est une mort avec aussi peu de sens que les autres morts, la mort comme la brusque irruption/éruption de l’absence de sens dans notre quotidien.

Il n’est plus temps alors d’élever les yeux, ou la voix vers Dieu, c’est trop tard. La mort d’un proche, d’un aimé me fait buter trop souvent sur la stèle, elle m’attire à terre, m’atterre, m’enterre aussi. J’y suis pesant, englué, lourd. J’ai mal de ne pas comprendre, j’ai mal tout court.

Qu’il ait parlé hier, que je connaisse le demain n’y change pas tant que ça. Que les mots de l'Evangile témoignent de l'attitude du Christ ne simplifient pas non plus. Le mal, la souffrance, la mort, viennent me tordre de l’intérieur.

C’est une Mise en abyme aux deux sens du mot à l’oral. Plongée dans l’abîme, le trou : nous avons suivi Jésus. Nous sommes allés jusqu’au tombeau. Et cela n’est pas facile. Rien pour enjoliver ce récit, rien pour le rendre pire non plus. Ce qui trouble, c’est que c’est « vrai ». Je suis moi aussi dans l’abîme, avec lui.

un peu comme dans la figure de style, comme deux miroirs qui répercutent la même image à l’infini, l’une insérée dans l’autre. Parce que je suis un peu renvoyé à mes propres morts, je suis mis en abyme, d’un certain côté

MAIS Mon souci est exactement là aussi, je ne suis pas sûr d’être à l’image du Christ, de sa vie donnée. L’aurais je suivi, ne l’aurais je pas renié, l’aurais je hué aussi, comme la foule versatile et déçue ? Parce que profondément, dans ma foi, J’ai peur d’être celui qui abîme.

Je suis la foule qui crie. Qui crie de ne pas avoir été exaucé, qui crie de l’avoir oublié à avoir prétendu me l’approprier. C’est mon péché. C’est mon péché qu’il portait. Et me voilà plus bas que terre. Avec les mêmes raisons que Pierre pour pleurer. Comme quand je veux changer de vie au milieu d’un deuil, et que je ne le fais pas tant que ça.

Cependant les écritures ne parlent pas de sol, de terre, de caveau. Mais, dès la première lecture, d’un serviteur élevé, exalté. Détruit, honni, défiguré… mais pas atterré. Au contraire, ELEVE. Comme si le mouvement de don, d’humiliation, était le summum de l’élévation, et la mort le don ultime : du sang, de vie, de l’eau, pour être lavé. Il donne sa vie, il consent à la mort, il y relève et révèle l'homme: Humanité sauvée, fructueuse.

Ne restons pas les yeux dans la tombe, épuisés, déshumanisés par la mort. Suivons le fleuve de la vie donnée, de l’humanité révélée. Urs Von Balthasar parle de gloire de la croix. Gloire, déjà. Elévation dans le don. Parce dans la mort du Christ, l’Autre est déjà présent.

Alors, Comment est ce que je donne ma vie ? moi aussi, comment je deviens, homme à la manière du Christ, enfant de Dieu. Offrande de soi, aspiration, inspiration, souffle. Quitte à s’essouffler de mon souffle, autant que ça soit pour un autre

S’offrir, ouvrir, sourire, choisir, s’ouvrir. A l’autre, parce qu’il est le Christ, aussi.

Il transforme nos morts en aspirations, en souffles de résurrection.

Vous venez l’adorer ? venez le remercier, l’embrasser, le laisser vous emmener plus loin. Il fait de vous des vivants, par sa mort, il vous rend humains, jusqu’au profond, là. Ni par puissance, ni par force, mais par grâce.

jeudi 17 novembre 2011

Saint Mattathias

Si j'étais civitassien et préconciliaire, je m’en voudrais de rater la première lecture de la messe d’aujourd’hui qui est un bonheur pour tout zélé de l’Evangile en mal d’actions symboliques, et un cauchemar pour le prédicateur étrillé par l’actualité. Y a pas, les macchabées, même avec un nom bègue, c’étaient pas des petits joueurs.

le sacrifice de Môdine doréDès qu'il eut fini de prononcer ces paroles, un Juif s'avança en présence de tout le monde pour offrir le sacrifice, selon l'ordre du roi, sur cet autel de Modine. A cette vue, Mattathias s'enflamma d'indignation et frémit jusqu'au fond de lui-même ; il laissa monter en lui une légitime colère, courut à l'homme, et l'égorgea sur l'autel. Quant à l'envoyé du roi, qui voulait contraindre à offrir le sacrifice, Mattathias le tua à l'instant même, et il renversa l'autel.
Il s'enflamma d'ardeur pour la Loi comme jadis Pinehas contre Zimri. Alors Mattathias se mit à crier d'une voix forte à travers la ville : « Ceux qui sont enflammés d'ardeur pour la Loi, et qui soutiennent l'Alliance, qu'ils sortent tous de la ville à ma suite. » (1er livre des martyrs d’Israël)

Donc, on a le droit ! Tremblez, blasphémateurs, ça va saigner ! parce que voyez vous…

Je suis resté un moment interdit devant la première lecture, parce qu’elle fait partie des Ecritures, parce qu’elle semble tellement une réponse adaptée aux questions de l’actualité, non sans me poser de bons vieux cas de conscience. Se sentir offensé dans sa foi, dans son plus intime, dans sa relation à son Christ et Sauveur, c’est légitime, le dire sans doute aussi… oui, mais au-delà ? peut-on être aujourd’hui Mattathiassien ? Comment faire pour ne pas en arriver, dans un même zèle pour la Loi, là :

"Il a blasphémé! qu'avons-nous encore besoin de témoins? Là, vous venez d'entendre le blasphème ! Qu'en pensez-vous?" Ils répondirent: "Il est passible de mort." Alors ils lui crachèrent au visage et le giflèrent; d'autres lui donnèrent des coups.

Ce serait grave. Et un lieu de discernement difficile.

Et c’est l’Evangile du jour, juste après, qui m’a aidé à trouver un équilibre. Jésus pleure sur Jérusalem, parce qu’elle a ignoré son Sauveur, elle va l’offenser, le blasphémer, le tuer, passer à côté, et rater le salut qui lui est proposé. Jésus ne s’indigne pas, il met sa vie en jeu, il consent à ce qu’elle soit vraiment prise et donnée. Le Christ refusera même le feu, la mort pour l’autre, acceptant la logique de mort qui s’abattra non sur l’autre mais sur lui. Il transforme la haine du Salut, qu’il est, en don de vie qui dépasse le Mal objectif auquel il est confronté. Il pleure sur la logique de mort, et consent à la dépasser.

Remettre l’offense, la mort, le blasphème dans la puissance du plan du Salut, c’est refuser la logique de celui qui détruit. C’est pleurer du mal à l’œuvre. C’est être prêt à être soi-même bafoué pour que l’autre, le petit, le violent, soit sauvé.

C’est peut-être aussi, alors que le violent le voit pas, prier et pleurer… Range ton poignard, et brûle de ce feu là !

lundi 7 novembre 2011

mon cher Ivan

Bonne nouvelle : Le Vatican en a marre des curés "sans saveur"

Par Ivan Rioufol le 7 novembre 2011 8h30, le figaro

Les curés sont majoritairement prévisibles, ennuyeux, transparents. Ils font fuir les fidèles. Cette constatation d'une évidence, c'est Le Vatican lui-même qui la dresse, c'est-à-dire Benoît XVI. C'est donc une bonne nouvelle. Les prêches des prêtres catholiques sont devenus souvent "incolores, inodores et sans saveur, au point d'être désormais tout à fait insignifiants", vient de dénoncer le cardinal Gianfranco Ravasi, responsable de la culture au Vatican. Selon l'AFP, le cardinal italien a invité les prédicateurs à prendre en compte les nouveaux langages pour capter l'attention des fidèles et aussi à ne pas craindre "le scandale" que crée la parole de la Bible. "Nous devons retrouver cette dimension de la parole qui offense, qui inquiète, qui juge", a-t-il affirmé. Il a aussi invité les prêtres à suivre "la révolution dans la communication". Il explique:"L'information télévisée et informatique demande à être incisif, de recourir à l'essentiel, à la couleur, à la narration".

Cet aveu d'un conformisme ecclésiastique est évidemment bien tardif, en regard des avancées de la déchristianisation et de la lassitude de nombreux catholiques (dont je suis) face à un clergé pusillanime et politiquement correct, même si je sais qu'il abrite de belles et courageuses personnalités qui œuvrent le plus souvent dans l'ombre. Cependant, le mea culpa est désormais assumé par l'Eglise et cette contrition est un pas important qui vient d'être franchi. Il est piquant de constater que c'est sous l'influence d'un pape plutôt malhabile dans la communication de masse que Le Vatican a décidé de moderniser sa manière de s'adresser aux gens. Reste que cet appel à rendre plus consistantes les prédications dans les églises n'est qu'un retour aux sources du catholicisme et aux méthodes employées par Jésus lui-même, souvent construites sur la provocation et l'exagération.

Dans un livre remarquablement documenté sur Jésus (1), l'historien Jean-Christian Petitfils rappelle notamment ce que fut l'intransigeance du Christ, sa violence verbale parfois, et son goût pour le style apocalyptique. "On se tromperait, écrit Petitfils, en en faisant un doux missionnaire ou un débonnaire professeur de morale (le Jésus sulpicien!). c'est un prophète authentique qui crie, invective, lance de cinglantes diatribes". Jésus ne craint pas le style provoquant, quand il dit ne pas apporter la paix mais "le glaive". Il jette l'anathème sur ceux qui ont refusé son message ou pour secouer les foules de leur torpeur spirituelle. Il prend à partie ses adversaires: "Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites (...), serpents, engeance de vipères!". C'est pourtant le même Jésus qui, "compatissant, empli d'une infinie miséricorde, appelle à lui toutes les victimes, tous les blessés de la vie", note l'historien. "Il ne cherche pas à instaurer son règne par la force".

Aux prêtres et aux évêques d'être à la hauteur de leur mission, en cessant d'être des robinets d'eau tiède et des enfonceurs de portes ouvertes. Il y a urgence.

(1) Jésus, de Jean-Christian Petifils, Fayard

mon cher Ivan,

je te remercie de soumettre à mon attention cette dépêche AFP, qui, je n’en doute pas, a su restituer la profondeur et la saveur des propos du cardinal Ravasi, qui, étant du Vatican, comme toi tu es du figaro, engage le propos du pape comme tu engages la position de Sarkozy. C’est vrai, quoi.

Soit dit en passant, tu as raison, et Ravasi aussi, on s’ennuie parfois en homélie. Pas tout le temps, mais parfois. Soit que le prédicateur n’était pas en verve ce jour là, ou pas en verve tout court, mais j’y reviendrai, soit que le texte, déjà, à la base, n’était pas facile facile, soit que j’étais pas super dispo pour écouter, agacé derechef par le tic verbal dudit prédicateur. Si ça peut te rassurer, je m’emmerde aussi souvent en écoutant la radio, lisant les journaux, mais jamais en regardant la télé, parce que je ne l’ai pas. Pire, non seulement je m’emmerde mais il m’arrive fréquemment de penser “ce type est un con, et il parle comme un con, et il ne pense pas”. Et autant je m’enquiquine ferme pendant certaines homélies, autant j’y ai plus rarement ce genre de pensées, même si ça finit par arriver.

L’homélie, c’est un truc récurrent, genre quotidien et hebdomadaire, format court, et où le sujet est imposé par la Parole qu’on sert, et le peuple auquel on s’adresse ((nous les cathos on dit peuple quand tu dis lectorat)). Parfois on est bons, on trouve le fil, l’intuition qui rend le propos intéressant, parfois, non. C’est con, j’ai oublié de prendre l’option “génie” au séminaire. Mais bon. Et puis, on est pas là pour qu’à la fin, on nous dise “chrysostome est de retour, mais pour aider les chrétiens à vivre.” Servir la Parole, le Christ, faire entrer dans la profondeur du propos, c’est pas toujours funky, et on n’y excelle pas tous et tout le temps. Mais bon. SI je faisais de la comm, je prendrais un micro HF, je me collerais en plein milieu du choeur, et je te parlerais au coeur, à toi, oui toi au 2e rang, qui veut être converti par Dieu, je serais enflammé, je serais drôle, je serais délicat, je serais… haï au bout de 3 fois du même numéro. Parce que la messe, c’est pas un numéro de charme, c’est l’espace de la rencontre avec le Christ. L’homélie y conduit, mais pas que. Le rite pose cet espace, les paroles du rite le permettent, et s’il est vrai que parfois la forme est franchement hyper ascétique voire repoussante, le fond n’est jamais dans la forme, que veux tu.

L’autre souci, mon cher Ivan, c’est que si on recrute un journaliste à sa plume, on ne recrute pas un curé à sa langue. On est divers, nous les prêtres, certains sont orateurs et bons orateurs, d’autres fédérateurs de communautés, tâcherons de l’unité, bosseurs en sous main, priants à l’extrême, accompagnateurs de génie… et on n’arrive pas à avoir toutes les qualités. C’est bien simple, il me semble bien souvent que toutes me manquent. On essaie d’être bons, mais bon, on fait c’qu’on peut et parfois c’est pas glorieux.

Alors certes, le coup du robinet d’eau tiède, c’est vrai que ça tue, le coup de la comm’ mal assumée, c’est redoutable, la parole qui manque de feu aussi, mais bon, tu vas pas arrêter d’aller voir ta mère parce qu’elle a un bouton sur le nez, voire une langue de vipère. C’est ta mère, t’y vas, et tu vas même t’arranger pour qu’elle ne tombe pas dans ses pires et détestables excès.

Si les curés te balancent de l’eau tiède, c’est peut être que l’Evangile a suffisamment marqué les esprits pour que ce qu’il dit te “tombe sous le sens” mais pas assez marqué les vies pour qu’on soit encore obligés de faire subtil et de le rappeler. Pire pour les portes ouvertes. OK, on les enfonce, mais toi, tu les franchis?

l’homélie est un art, et nous sommes de pauvres artisans. Je te promets qu’on bosse, certains plus que d’autres à ce genre de sujets, et qu’on brûle encore pas mal… mais ce n’est pas suffisant. J’accepte de me faire tancer, et qu’on me dise que j’ai tapé trop souvent à côté, mais je t’en prie, ne me fais pas le coup du “je suis pas venu à la messe, le curé est pire que la tourtel”, parce que c’est peut être ce dimanche là que la Parole que je sers, comme toi, t’aurait brûlé.

PS: si tu veux plus d’infos, pique à Jean Marie Le Guénois un bouquin auquel je viens de participer, “ils sont jeunes, ils sont prêtres, ils sont heureux” qu’on lui a envoyés en envoi presse, ça pourrait te réconcilier avec les curés tièdes comme moi, mais qui y croient encore.

PPS: je sais que ma petite réponse est méchante et beaucoup plus incisive que ton propos qui était bien quand même… mais bon, quand je suis agacé, je dis des gros mots, c’est comme ça. Et puis les gros mots c’est dans le langage informatique et télévisuel du temps, c’est “coloré”. Rouge, en fait. voire “exagéré”.

vendredi 3 juin 2011

marcheurs de Dieu

Cette année, j’ai été faible, manque d’idée, manque de pistes, j’ai repris pour les célébrations de profession de foi l’idée d’homélie à destination de l’assemblée nombreuse, distraite et parfois remuante qui n’a absolument pas écouté l’Evangile.

 Pdf homélie

bon, pour ne pas céder à la tentation de la recaser l’an prochain, je dépose ici mes pistes pour cette fameuse homélie.

 

Tout est contenu dans un sac à dos pour la vie, une (dé)marche, sac à dos à poser contre un pilier, et à donner en ce jour (ou montrer tout du moins) …

 

les parents, amis, famille sont le bâton de marche, toujours aux côtés, parfois en avant, parfois un peu derrière, toujours fidèle, et vrai soutien du quotidien;

 

on ne se met en route que parce qu’on est appelé à aller quelque part, attendu, invité…

 

 

pour avancer, une carte c’est un ensemble de chemins déjà parcourus par d’autres marcheurs, et les chemins à éviter, et notés par ces marcheurs. La Bible, c’est un peu ça aussi.

 

 

pour se rassurer, trouver son chemin dans la nuit, se réchauffer, une vie intérieure éclairée par la foi

 

 

pour ne pas mourir en chemin, l’eau des
  sacrements, souvent, régulièrement

 

 

pour se protéger des intempéries, une bonne cape de pluie, de valeurs, de morale… avancer dans la paix…

 

 

 

et comme on n’est pas seul, bien souvent, avancer en cordée… au pas du plus lent, en se soutenant !

 

hop, emballé c’est pesé.

mercredi 9 mars 2011

sur des chemins inconnus

C’est l’histoire d’un mail inattendu que je n’aurais pas dû recevoir. J’étais en retraite dans une abbaye de Normandie et j’avais vérifié ma boîte mail par acquit de conscience. On a beau vouloir passer une semaine en direct avec Dieu, on ne veut pas oublier pour autant ce qui se passe là bas, dans ce lieu qu’on vient de quitter. Un dominicain m’écrivait. 

Les dominicains ne m’écrivent jamais. ou rarement. ou parce que ce sont des amis. Mais ce dominicain là, je ne le connaissais pas. Il me parlait d’un projet, en lien avec la retraite si célèbre qu’ils allaient ouvrir pendant le carême. Ils voulaient proposer un concours photos d’homélies de carême.

Je me suis baladé pendant des jours sur les chemins de Normandie, entre deux prières et topos, en tournant dans ma tête cette impossibilité. Une homélie en image, c’est si compliqué. Passer de l’impression, du laisser voir au discours me semblait si ardu, et opposé [1]. A force de tourner tout ça dans ma tête, j’ai un peu triché. J’ai composé une homélie, autour d’un thème, le carême comme mise en creux… creux de l’attente et du don, creux de la faim et du désir de Dieu, et je me suis baladé encore dans les environs et dans mes archives, pendant plusieurs jours, pour dégoter ce qui serait l’expression des 3 attitudes du carême. Et j’en ai fait un montage.

 

et ce matin, sur le blog, l’homélie n’est plus sujet, mais on nous propose une méditation. Sourire  Chouette, finalement, je suis hors sujet. L’écho, tout sonore soit-il, est une harmonique de la photo. Plus de discours, mais des impressions, du beau, du sensé.

Bonne retraite de carême sur le net, à ceux qui la prendront, et si l’Evangile vous parle en photo, un simple cliché en écho, n’en faites pas une homélie Clignement d'œil, mais donnez à voir un peu de votre intériorité [2].

 

Notes :

[1] j’avais tellement tourné que j’en avais écrit un billet le viaduc de Millau

[2] c’est un peu le projet de ce blog, des touches de vie chrétienne, par un simple prêtre de la Manche, au travers de tout ce qu’il est

mardi 9 juin 2009

une bien belle messe, msieur l'abbé

Il est de bon ton, à la fin d’une messe de mariage, surtout dans un diocèse passablement crotté, rural, pour ne pas dire provincial où même les villes de 100 000 habitants sont dites ‘de campagne’, il est de bon ton, donc, de féliciter, dans la mesure où il ne s’est pas trop emmêlé les pinceaux, le célébrant d’un généreux: “une bien belle messe, m’sieur l’abbé/msieur l’curé/mon père”, qu’il s’agisse d’une célébration eucharistique ou pas. Quelques-uns oseront même s’esbaudir sur l’art du prédicateur, avec les mêmes qualificatifs, peu ou prou! Dans la majorité des cas, ce n’est qu’un soupçon de générosité qui permet audit ecclésiastique de renâcler à la question qui fâche:

“ah oui, et quoi en particulier ?
- tout, mon père…
- un aspect notamment ?
- non, non, l’ensemble était très bien”

s’empêtre le flagorneur sous l’œil narquois du flagorné. Mais on ne pose pas trop souvent la question. Il arrive tout de même de temps en temps que l’écoute a été particulièrement attentive, et un échange commence… mais ce n’est pas si courant!

J’en venais à douter de la franchise des complimenteurs en tous genres qui trouvent tout formidable pour être gentils quand dans un obscur appentis de Brix, sur un vieil almanach du facteur de 2007, avec non pas des chats, mais des pommiers, de la verdure, bref, du régionalisme façon la poste et une belle éloge des quatre coins de l’hexagone…

On y parlait de tout, on y parlait de rien… et comme la poste n’est guère vaticane, il n’y avait pas de mention de l’Evangile d’aujourd’hui où il était question de sel de la terre, ni de mention non plus des chrétiens configurés à l’agneau pascal… Non, non ce n’était que du régionalisme pur beurre, mais dans ces jolies définitions sur les trésors de nos terroirs, une jolie coquille, encore une, nous a fait découvrir que les homélies normandes, certes délicates, avaient naturellement un bon goût de sel

je suis tombé sur une charmante définition.

bon ça va, ça va. je sais c'est illisible et flou. Faut me faire confiance sur ce coup là, il faisait super sombre dans l'appentis en question, alors j'ai complètement foiré la photo, on va pas en faire un fromage!

si les homélies des Normands sont bonnes, c’est qu’elles sont de pré-salé! Tu m’étonnes que les familles parisiennes se pressent dans la région aux beaux jours. C’est pour l’Evangile!

mardi 5 mai 2009

qui a "cru" croît

Je trouve encore à cette époque de l’année sur les étals de mon supermarché des tomates d’un rouge aqueux et tapageur. On pourrait y voir un signe du réchauffement climatique généralisé, mais elles ne sont que le fruit contre nature d’une culture « hors sol », les pieds baignant dans une solution nutritive, au sein de serres surchauffées.

Identiques, stables, elles décorent les quiches avec brio tout en ne lui rajoutant pas la moindre once de goût, ou alors un bon vieux goût de flotte. Il faut dire que le coton imbibé où elles puisent leurs ressources n’a pas l’épaisseur des terres où elles pourraient s’enraciner dans les bonnes saisons.

Quand je les vois, j’aime bien me rappeler que l’Evangile nous invite à ne pas devenir des chrétiens « hors sol », vivant d’un ersatz de foi puisé dans un substrat aseptisé d’un coton bien pensant moribond. Non. Il faut se rattacher à la vigne. Parce que non seulement on ne pousse pas hors sol, mais on n’est pas des tomates. Le jus de tomate, même salé, ça se subit. Le jus de raisin, habilement fermenté, ça se déguste, ça donne même des avant-goûts de ciel. Elle est quand même bien, cette Bible, aux accents plus oenophiliques que végétariens.

Si c’est pour faire du bon vin, je me sens plus prêt à me raccrocher à la vigne, plutôt que de  faire de mon côté une imitation imbuvable, quitte à trouver le cep noueux, la cohabitation en grappe serrée, pressé à longueur de journées. et qui sait, ça pourrait donner un “Figeac 71, mon Saint Emilion préféré. Introuvable. Sublime, rouge et doré comme peu de couchers de soleil. Profond comme un la mineur de contrebasse. Eclatant en orgasme au soleil. Plus long en bouche qu’un final de Verdi. Un vin si grand que Dieu existe à sa seule vue”. On y est! (naturellement, je ne mets pas l’auteur de la citation. Tout le monde a reconnu)

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