mercredi 28 septembre 2011

goretexisation de la cornée

Je ne sais s’il faut parler de cataracte, de presbytie ou de sénescence de l’iris. Sûrement pas. Et je ne suis pas sûr d’ailleurs qu’il faille lier ces symptômes à l’âge, l’expérience acquise, la fatigue, ou simplement à un certain sens de la modernité. Mais les faits sont là, j’écris moins comme vous pouvez moins le lire.

Ou si j’écris, c’est sur l’épiderme excité des événements, les frissonnements de l’humour, le joli de la photo sans trop de texte, les brutalités de la communication, et à force de quémander du vibrionnant, je me découvre souffrant comme d’un durcissement de la cornée. Et voyant moins, la tentation augmente de moins tourner autour de l’ineffable que de m’enfoncer dans l’explicite bavard.

Je subodore qu’il ne se passe pas “moins de chose”, que des yeux continuent de pétiller, des oiseaux de pépier, qu’il y a des beautés sur papier, mais les tornades peu à peu burinent le cuir, la vitesse l’imperméabilise, la bousculade le tanne, jusqu’à devenir moins poreux. Pour garder un soupçon de souplesse intérieure, je me protège, je me goretexise. Au lieu de recevoir le “donné” et l’accueillir à l’aune de la Parole qui résonne en moi, je ne cherche autour de moi que ce qui consonne à ce que j’estime être juste, et refuse l’altérité, et sans doute l’Altérité.

C’est un piège que celui de l’habitude, l’a-curiosité, l’an-esthésie…

On croit s’y préserver et on s’y momifie…

sans doute est-il temps d’enfiler ma veste à l’envers…
pour être par la création chaque jour éveillé
à son Créateur

lundi 9 mai 2011

des milliards d'oreilles à rallonge?

c’est amusant, cette obstination récurrente de nos esprits à vouloir imaginer comment Dieu…

  • peut écouter toutes les prières en même temps,
  • peut être créateur quand ce sont nos parents qui nous ont “faits”,
  • peut marcher sur les eaux ou devenir plus blanc que blanc,
  • peut tenir debout au-dessus des nuages,
  • doit pouvoir être justifié par mon intelligence pour avoir le droit d’exister,
  • fait attention à chacun, voire l’aime,
  • est un avec son Fils et l’Esprit,
  • a choisi de se donner à connaître aux juifs et non aux plutoniens,
  • doit se plier à un système qu’on croit pouvoir lui attribuer,
  • est éternel ou atemporel mais fait attention à mon histoire,
  • a donné une pichenette avant le big bang, mais ne peut plus rien faire depuis,
  • donne un statut de “signe” à ce qui pourrait simplement s’expliquer

parce qu’à force d’imaginer, ou de vouloir réduire en concepts scientifiques la profondeur de Celui qui se donne à connaître, on finit par ne plus réellement savoir ce qu’on fait…

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pauvretés de l’imagination et de la sensibilité.
Force et vérité de la relation, même dépouillée du convaincant de ses atours

c’est pourtant simple:

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samedi 13 novembre 2010

t'es encore rentré à pas d'heure, hier!

Aux plages riantes et bruyantes de l’été, sous le soleil tapageur, j’ai longtemps préféré la morsure du froid et son silence nocturne.

C’est pour cela qu’au volant de ma première voiture (une superbe fiesta millésime 1981, 4 vitesses, se traînant au super), je goûtais d’aller m’asseoir pendant la nuit, une fois tout le monde couché, hiver comme été, sur le sable invisible. Je me souviens d’une nuit, il était tard, et pour une fois je n’étais pas seul. Je rêvais chantonnant sous les étoiles, il s’était assis pas loin. Peu de paroles, juste l’éclat bref d’une cigarette allumée de loin en loin, et quelques propos sur la foi. Témoignage sans visage. Une autre nuit encore, en son milieu hivernal, le temps s’était fait plus opaque. Vent de front, glaçant, nuages bas ou embruns, je ne voyais ni mes pieds, ni la frange de l’eau à quelques mètres, ou plus loin peut-être. Dans mon dos une falaise, puis des frissons. La poisse de nuit était telle qu’on ne pouvait rien deviner, sauf la griffure du froid et le chant du ressac, renvoyé par les falaises derrière, jusqu’à la peur d’un son allant augmentant. j’avais fini par fuir, en perte de repaire. Sans rien voir, le bruit se fait obsédant et l’obsession idiote. C’était il y a longtemps, quand les téléphones étaient encore attachés à leur fil et n’éclairaient rien, quand il fallait choisir entre un livre ou une chemise pour ne pas ruiner le budget, quand j’aimais chercher dans l’infini regardable de la mer, des étoiles et du sable, des renvois d’une quête fort adolescente, finalement. L’infini, ce soir là, colmaté dans l’impossibilité à voir, s’était fait oppressant.

Maintenant, j’ai une voiture économique qui m’a coûté beaucoup plus cher, des chemises dans mon armoire, un emploi du temps à la con, un sommeil raisonnable de vieux qui ne me donne pas le goût des balades nocturnes, et un téléphone brillant qui ne se contente pas de sonner, mais illumine, et me rappelle mes rendez-vous à rater. Jeudi dernier, il m’a même rappelé l’anniversaire de mon grand-père, mort en début d’année. Alarme oubliée. C’est con parfois la technologie.

Con mais pas inutile. Comme on était à deux pas du 2 novembre, en rentrant de réunion, j’ai décidé de m’arrêter le voir, gisant, sous une dalle du cimetière. La dalle, je la connaissais, j’avais présidé l’inhumation. Le cimetière était vide, à minuit, et pas éclairé pour deux sous. L’église, au cœur de l’enclos était nimbée d’un halo inquiétant, reste de luminosité, ou fruit d’un réverbère, derrière, oublié. j’ai enjambé des tombes, imaginant des sentiers qui sans doute n’existent pas, et me suis posé devant la chape de béton, avec pas mal de fleurs en ornement. La famille est fidèle, c’est bien. Je lui ai parlé, ou parlé à Dieu, je ne sais pas. Des vivants, de lui, de sa femme, mes cousins, de moi. Je me suis trouvé timbré, le cul dans l’herbe, devant une tombe, en pleine nuit, et me suis fait doucement sourire. Si jamais je me vautrais, le front sur un angle saillant, j’étais bon pour attendre le levant avant que quelqu’un me retrouve.

Je ne suis pas resté longtemps. En remontant dans la voiture, j’ai désactivé l’alarme, décidé d’écrire à ma grand-mère, et béni le temps où j’avais apprivoisé l’immensité de la nuit, n’ayant plus peur de n’y être qu’un rien, pour pouvoir, une nuit glauque de novembre, oser me tremper dans un cimetière.

on ne sait jamais la fécondité de nos mauvaises idées.

Blogdavidlerouge-14

dimanche 18 avril 2010

Ecrire petitement sur le précieux infime

encore des mots que j'adopterais volontiers pour un projet de blogSes citations fleurissent régulièrement sur tous les blogs cathos, en aphorismes bien sentis, en méditations attirantes où l’on sent dans la profondeur des traits spirituels une densité toute monastique. Par certains côtés, l’écriture est un peu agaçante, en tournures précieuses mâtinées de latin, mais on trouve en se laissant bercer par ces pages de ces petits trésors que l’on se réjouit d’avoir lus… Comme professeur, il était impossible à prendre en notes… mais on peut picorer les dernières étincelles de Frère François :

“Dans l’ordre de l’écriture,
comme en celui de l’existence qui la porte,
lorsque l’on s’est aperçu que l’on habitait
bien chétivement
les grands mots,
l’on se met en devoir et en plaisir
d’habiter spacieusement les petits.

Ce n’est pas seulement
que l’on se sente de plus en plus en retrait
sur les grandeurs véritables,
mais l’on se sent de plus en plus à l’étroit
dans les grandeurs officielles.”

François Cassingena Trevedy,
Etincelles III, Ad Solem, p.349

mardi 19 mai 2009

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A ne pas aimer la demi-mesure, tel un Buridan
on meurt d’estime pour les moines brûlés de silence,
les saints donnés complètement aux autres,
les intellectuels qui brillent au firmament du savoir,
les éducateurs à la patience bienveillante et inaltérable,
mais devant tant de perfection, on reste pétrifié dans sa vie telle qu’elle est

“Je n’ai pas assez de temps pour prier
ni de disponibilité, de ressources pour comprendre
je n’arrive pas à me libérer”

l’infime fricote avec l’infini…

à défaut de m’être laissé complètement habiter
il m’a suffi, hier, de 15 secondes au soir d’une journée
garé sur le port du Becquet
pour insuffler un air d’éternité dans une poignée d’instants
Dans la brise du soir, retrouver un souffle de créé.

jeudi 2 avril 2009

prières de l'impossible…

 

Mémoire des temps anciens
Dans un corps mortel,
L'innocence nue
Frappe au coeur de l'homme
Mais nul ne peut revenir
Au jardin virginal.
Seigneur, ouvre-nous la porte!

Blessure de l'infini
Dans la chair du temps,
Une soif d'amour
Vibre au coeur de l'homme
Mais nul ne peut entrouvrir
La fontaine scellée:
Seigneur, donne-nous l'eau vive!

Reflet de l'éternité
Dans les yeux levés,
Le désir de Dieu
Brûle au coeur de l'homme;
Mais nul ne peut découvrir
Ce qui reste voilé:
Seigneur, montre-nous le Père!

Prémices des temps nouveaux
Dans le Corps livré,
L'innocence nue
S'offre au cœur du monde;
Tout homme peut devenir
Héritier de l'Esprit:
Seigneur, nous te rendons grâces !


CFC (f. Maurice)
GA 1976