Mot-clé - liturgie

Fil des billets - Fil des commentaires

vendredi 28 septembre 2012

L'homme en face

Je suis l’homme en face.

Je suis l’homme en blanc que vous avez vu sortir de l’église, alors que vous attendiez sur la place.

Je suis l’homme qui parlera, celui dont vous attendez beaucoup, mais dont vous craignez tant l’erreur que l’ardeur. Si je parle mal, si j’évoque le défunt de manière mal ajustée, si j’affirme trop brutalement la résurrection, si je bute sur les mots, si vous croyez m’entendre dire que “Dieu l’a rappelé”, si j’ai l’air distant, si j’ai l’air vivant, si j’ai l’air sinistre, ou trop ministre, vous m’en voudrez.

Je suis le prêtre des célébrations où vous avez été convoqués. Et quoique vous en pensiez, je vous regarde, de l’autre côté du micro et de l’autel. Je vous vois mais je ne vous entends pas. Ou plutôt j’entends le silence mat que vous opposez, et ce silence m’inquiète.

Oh il ne m’inquiète pas tant pour la qualité ou la beauté de la célébration. Le silence est mon ami, j’aime m’y plonger pour laisser résonner en moi la Parole de Dieu. J’adore aussi me taire en groupe, goûter les vibrations de ce moment d’intériorité partagée. Un groupe de collégiens qui fait silence vit encore plus la communion, il se surprend à se taire, à écouter… Mais si j’aime qu’on fasse silence, j’ai mal pour vous quand on me l’oppose.

J’imagine que c’est peut-être la douleur qui vous rend muet. Quand celui que vous aimiez a disparu, tout s’est déchiré, et le sanglot dispute au cri la maîtrise des cordes vocales, tel un frère Christophe hurlant à la nuit des hommes et des dieux, muré dans le cri de sa peur, de sa souffrance, sans que personne ne puisse l’aider. Il hurle comme les autres se taisent, tétanisés.

ou alors c’est la décence pour ne pas troubler la douleur plus grande du premier rang, des plus touchés, ceux qui ont allumé le cierge, ceux qui ne liront ni les mots de la Bible, ni aucune prière, mais diront leurs mots tellement plus difficiles à énoncer. Si leurs mots sont titubants, votre silence les appuiera.

Pour beaucoup d’entre vous, c’est peut-être parce que ce n’est pas votre foi. Vous êtes venus par amitié, par douleur, par fidélité, mais vous ne devez rien à cette Eglise. Vous êtes là, le regard rivé sur le sol, à 1m17 devant vous, la nuque raidie pour l’empêcher de trembler, le regard dur pour ne pas le laisser s’inonder, et vous ne direz aucun des mots du rite que vous ne (re)connaissez pas.

Franchement, ça ne me fait pas plaisir d’engager ce dialogue et que vous ne répondiez pas. Je trouve ça pire, plus dur encore, mais vous en avez le droit. C’est dommage, la parole du rite est plus facile à habiter que la seule parole que vous oseriez… elle vous emmène sur des chemins que vous ne pourriez vous donner. Je sais bien que vous ne les connaissez pas assez bien, mais ce n’est pas ma question, votre silence me fait un peu peur. Il me fait peur pour vous. 

Vous qui opposez votre silence à la parole de l’Eglise, avez-vous la possibilité de parler au dehors, au bord, au plus près ? Avez-vous dit vos questions, vos peurs, votre souffrance ? avez-vous dit votre amour, votre mémoire fragile, vos rires, et vos déceptions ? Avez-vous dit vos regrets et vos fiertés ? Avez-vous laissé parler un plus silencieux que vous, un plus perdu, un enfant ? Vous avez peut-être peur d’être emporté dans son chagrin, ou pire, de l’emporter dans le vôtre ? Le silence est moins risqué, mais plus destructeur. Pire encore si vous avez décidé de le protéger.

Car le silence se fera génétique*, transmis à votre insu, mais conditionnant le futur adulte… un autre silencieux qui ne saura pas mieux passer cette épreuve. “Taire un enfant”, c’est faire de toute mort un non dit, un inenvisagé, un mort sans visage… quand justement celui qui nous quitte n’avait cessé d’en avoir.

Dans ma famille, mon grand-père s’est suicidé. Personne ne l’a dit, personne ne l’évoque jamais. Il aura fallu de l’audace à tel ou tel pour oser dire cette mort hâtée, parce qu’elle allait le rattraper par la maladie, dire qu’il est parti trop tôt, mais consentir à ce geste, parce qu’il fut fait. Je ne comprendrai jamais, mais ça me permet d’accueillir mon grand père jusqu’au bout, quand bien même je ne l’aurai que peu connu.

Dire quelqu’un, sans l’amputer ni de sa mort, ni de sa faiblesse, ni de ses rires, ni de ses riens, de ses qualités et de ses faiblesses, et les joies-peurs-déceptions-fiertés-transmissions qu’il est pour nous. C’est une audace qu’on ne peut murer dans le silence.

Si l’Eglise parle, si dans la célébration, elle vous invite au dialogue, c’est pour ne pas vous laisser murés dans le passé, mais pour vous inviter à écrire, autrement, l’avenir. Elle vous donne des mots que vous ne maîtrisez pas, parce que vous ne pourriez vous les dire. L’Eglise est le lieu de votre parole. Chrétiens, parlez, chantez, osez. Et vous qui êtes là par fidélité, osez cette parole aussi. Parce que la résurrection, tout comme votre présence, est affaire de fidélité et d’avenir. Et le Christ, Parole faite chair, est au cœur de tout cela.

Parlez pour ceux qui sont murés dans le silence.

Vous serez les uns pour les autres signes d'espérance.

Parce que je ne suis pas l’homme en face, je ne suis qu’un de ceux de cette Eglise qui prend Parole avec vous. Un de vous, et parfois, pour vous, j’ai peur.

(* selon une expression de Boris Cyrulnik)

mardi 7 août 2012

comme de l'eau et du feu sur de la pierre

Devant moi, du roc et du bois.

du bois de cercueil, joliment travaillé avec des visseries patinées, des poignées du même acabit, un voile qui cache les pieds de mauvais métal, et pas mal de fleurs, mortes pour la plupart elles aussi, coupées en couronnes, décorées de ruban. Tout est arrivé là, amené par un ballet millimétré d’hommes en costume gris et à la cravate assortie, grise, ou violine, un ballet qui porte, qui salue le corps d’une légère inclination au signal : “messieurs”. De la componction chorégraphiée d’hommes aux bras lourds. Parfois même, c’est bien fait. Mais reste le bois, et le sticker rouge, ridicule, de la police. Du bois

et juste derrière, de la pierre, massive, brute, souvent, résistante toujours.
Le gros bloc de granit du fils, visage tendu, rugueux, d’un bloc tremblant par moments, inabordable, pogne fermée, broyant les doigts d’un autre, d’une craie plus friable, qui s’effrite sous l’eau salée des sentiments qui l’assaillent. On l’appellerait mollasse, si ça ne prêtait à confusion.
Et l’argile imperméable, fermée, sans eau ni prise de cette femme qui toujours regardera ailleurs
le grès sillonné de pluie, raviné, qui tient à peine, le tuf qui s’effrite, la jaspe qui affleure, colorée, mais fragile, et le silex coupant de celui qui n’a pas digéré, depuis si longtemps avant, et qui toise la religion d’un regard d’acier, sans parler des roches molles, presque liquides, qui ne se raccrochent à rien.
Et derrière, le pierrier, instable, divers, de ceux qui sont venus.

Et dès les premiers mots, je sais que je n’aurai qu’une parole qui effleurera le bois pour aller résonner dans la pierre.
et le silence me répondra. Souvent, en tout cas, ils ne sont que peu à dire, quand bien même ils les connaîtraient, les dialogues liturgiques auxquels je les invite. Mutisme du notre père tu, signe de croix à peine esquissé, bloc massif de regards fuyants pendant l’homélie. Ils sont bruts de douleur, rarement aérés de foi ou d’espérance. Ils sont atterrés, et lestent tout.

Généralement, on obtient qu’un, plus léger, plus proche, plus touché vienne allumer les cierges près du cercueil. Mais ils refuseront de lire. Sauf des mots de leur part, des mots trop lourds impossibles à dire sans choir.

Des chrétiens sont là, qui lisent, répondent, mettent des mots sur l’espérance, rappellent en mots choisis, équilibrés, la vie du défunt, chantent. Parce que sinon planerait un silence de mort. Celui dont on n’a pas besoin.

Il faudrait un burin, ou une mer, un torrent de tendresse pour faire crier les pierres, les faire prier. s’accrocher dans l’homélie sur un accroc de texte, sur un éclat de la nécro pour frayer dans le massif de la pierre un espace où résonnera une parole d’espérance, une parole de vie, une parole de fidélité, d’un amour qui ne sait s’arrêter.

Parfois, leurs histoires ont croisé la grande histoire : ils se sont rencontrés dans un camp de travail, elle était ukrainienne, lui cherbourgeois, ils sont revenus, après la guerre, d’Allemagne, et ont continué à s’aimer. Il aura fallu un de Gaulle pour permettre leur mariage, et lui, les enfants, petits enfants sont là, de pierre (il est sourd comme un caillou) autour de son cercueil de bois. Petite histoire dans la grande. Et la grande histoire du Christ ressuscitant de la mort vient surgir dans leur petite histoire de famille lestée de chagrin, mais ils ne peuvent encore le savoir, pas encore le voir. Ils sont encore la pierre du tombeau.

Parfois, son histoire était plus petite, elle était là, fidèle, aimante, auprès de ses enfants, avec force amour, persévérance, petits métiers et quelques accrocs. On n’oubliera pas les accrocs parce que la fidélité n’est pas panégyrique. Il faut vivre pour elle, par elle, avec elle. En communion. “vous comprenez qu’elle attend de vous que vous viviez?”, parce qu’elle vit, je vous le dis, contre toute évidence.

Parfois la haine a enflammé les familles, parce que la mort remue la vase, parce que le mal était fait, et les mots de l’espérance voudraient polir les arêtes acérées…

Parfois la mort est venue trop tôt, et tout le monde est pétrifié, de près ou de loin, par le mal si visible.

Parfois le mort est seul.

Souvent, ils sont plusieurs qui l’ont connue. Les proches, oui, mais aussi les voisins, les relations, ceux qui n’oublient pas d’être là, mais qui n’osent pas plus laisser respirer l’espérance. Je ne comprends pas vraiment ce qui les empêche de s’avancer pour recevoir le corps du Christ quand l’eucharistie est célébrée, ce qui les pousse à égoutter le goupillon dans le bénitier avant de tracer approximativement deux gestes sur le cercueil, ce qui pousse à laisser quelques centimes pour la forme quand on a donné des dizaines d’euros pour les gerbes mortes, ce qui pousse au silence mutique quand il faudrait dialoguer, à plier la nuque, à rester de marbre devant le bois, je ne comprends pas, comme un marcheur qui ne sait pas lire le pierrier dans lequel il s’aventure, à quelques cairns près.

Quelquefois, la parole touchera, sans faire pleurer, éclaire, étincelle dans quelques regards quelques instants. Ce n’est pas un feu de longue haleine. Je ne crois pas qu’on se convertisse près d’un cercueil, quoi qu’on en dise. On choisit le Christ Vie, on se laisse aimer par lui, pas par la peur de la mort. Il faudra d’autres pas que beaucoup, presque tous ne feront pas. Ils laisseront s’enfouir la pierre.

Et plus tard, quand la brèche ouverte par la Parole, quand l’espérance permise par la prière, quand le Christ qui a été présent à leur douleur persévèrera dans sa tendresse, ils pourront choisir de le suivre, de laisser la lumière transfigurer l’albâtre.

Plus tard, sur ces pierres, il bâtira son Eglise.

Pour l’instant, je n’ai devant moi que bois, et dureté de la pierre.

69193759_p

PS: Si personne ne pose les paroles d'espérance et de choix de la vie quand la mort vient frapper, alors on mettra de la mélasse autour des tombeaux, rappelant vainement et pétrifiés le passé, et personne ne construira rien sur ces rochers mazoutés. 

lundi 9 avril 2012

un*

Je suis resté bloqué un bon moment, un long moment même. J’avais cette flamme dans les yeux, et la tête ailleurs, quelque part dans l’univers des images circonscrites par les lectures. J’avais pourtant papillonné tout le carême, pas complètement à ce que je faisais. J’avais dû plonger directement dans la semaine sainte, trop peu préparé pour en attendre quelque chose, mais tendu par chaque instant. Juste là. A vide, même de désir.

J’avais assisté à la Cène. J’avais vibré de la sobre esthétique du vendredi, entre Satie et Pergolèse, et le silence était entré de force en moi, par sensibilité. La belle vibration avait désactivé les habitudes et le professionnalisme de celui qui a préparé et qui doit mener. Des notes ineffables pour me courber au pied d’une croix.

Cierge pascal - pasaj - brassus 2011 - photo sylvie fessard-rivollet

et puis en cette nuit, une simple flamme qui lèche la mèche d’un cierge démesuré. Les croisées d’ogives avaient été furtivement nimbées d’une lueur légère quand chacun, quelques mètres plus bas, avait allumé son propre cierge au cierge pascal. Mais on avait soufflé les bougies. Il n’en restait qu’une. L’exultet avait cessé de faire vibrer les piliers. Une simple flamme.

La Genèse, dans l’obscurité, donne des envies de lumignons, de voûte à consteller, d’espace à habiter. On se croirait en pleine littérature, les mots construisent un univers, la Parole dessine le mien. Et sous les yeux, toujours une seule flamme apaisée, imperturbée. Puis dans les eaux une première traversée, puis la tendresse d’Isaïe… toujours entre ombres et lumières, nuée ambiguë, sombre et lumineuse.

Les mots continuent d’étendre l’espace de la rencontre, et je me rassemble à l’intérieur, tout en me sentant membre de ce corps à l’écoute. Du dedans, la présence du Christ, sa résurrection impriment leur évidence, leur actualité et leur acuité m’apaisent. Je sais que cette évidence ne le sera pour personne sauf pour moi, mais cette vérité que le monde dédaigne et humilie me semble d’une douce pertinence. J’ai encore plus envie de vivre, là, dans cette zone de frontière entre justesse cohérente de l’intérieur et justice bienveillante du quotidien. Dans cette lumière unique, quelques traces et reflets de transfiguration.

Le reste est du même allant, les cloches, les fastes des orgues, les volutes des Alléluias, les fragrances du saint chrême qui oint les fronts des cinq jeunes baptisés du matin, le sourire qui se déploie sur eux, la finesse du chant de la chorale.

A Pâques, je suis homme unifié.

*deux lettres, deux dimensions, en symétrie centrale, rondes et réceptacles à la foi(s) pour que l’homme, par le Christ, se découvre être "un" de plus en plus, lui aussi.

samedi 7 avril 2012

Impropères

IMG_2743web(c)DLerouge

Hier soir, c’était vendredi saint. Nous avions fait des choix de temps étiré et de musiques pour faire vibrer le silence. Toucher de notre prière l’Ineffable. Celui qui est le Verbe, qui s’est tu, et que les mots peinent à dire…

Après l’homélie, le stabat mater de Pergolèse, entre chaque intention de la grande intercession, quelques phrases à l’orgue des gnossiennes et des gymnopédies de Satie, pendant la procession de vénération de la croix, une hymne à cette croix, hymne simple et belle. Elle fut trop courte. On chanta encore. Trop court toujours. Et pour la première fois, vite et violemment, pendant que les chrétiens s’avançaient, j’ai lu les impropères, balancés comme ça, à sec, sans musique. Au rythme des vers, sans même m’arrêter pour les répons. Les mots cinglent, les phrases se pressent, le souffle se fait court.

(Chœur)

                                    O mon peuple, que t´ai-je fait?
                                En quoi t´ai-je contristé? Réponds-moi.

Répons 1.

         O Dieu saint,
         O Dieu fort,
       O Dieu immortel,
      prends pitié de nous.

                                  I (Chœur) Peuple égaré par l´amertume,
                                         peuple au cœur fermé,
                                            souviens-toi!
                                          Le Maître t´a libéré.
                                    Tant d´amour serait-il sans réponse,
                                     tant d´amour d´un Dieu crucifié?

                         (Soliste)

                         1. Moi, depuis l´aurore des mondes,
                         j´ai préparé ton aujourd´hui;
                         toi, tu rejettes la vraie Vie
                         qui peut donner la joie sans ombre,
                         ô mon peuple, réponds-moi!

                         2. Moi, j´ai brisé tes liens d´esclave,
                         j´ai fait sombrer tes ennemis;
                         toi, tu me livres à l´ennemi,
                         tu me prépares une autre Pâque,
                         ô mon peuple, réponds-moi.

                                          (Tous) O Dieu saint... !

                         3. Moi, j´ai pris part à ton exode,
                         par la nuée je t´ai conduit;
                         toi, tu m´enfermes dans ta nuit,
                         tu ne sais plus où va ma gloire,
                         ô mon peuple, réponds-moi.

                         4. Moi, j´ai envoyé mes prophètes,
                         ils ont crié dans ton exil;
                         toi, tu ne veux pas revenir,
                         tu deviens sourd quand je t´appelle,
                         ô mon peuple, réponds-moi.

                         5. Moi, j´ai voulu, vivante Sève,
                         jeter l´espoir de fruits nouveaux;
                         toi, tu te coupes de mes eaux
                         mais pour aller vers quelle sève?
                         ô mon peuple, réponds-moi.

                                  II (Chœur) Vigne aux raisins d´amertume,
                                      vigne aux sarments desséchés,
                                            souviens-toi!
                                        La Grappe fut vendangée;
                                     ce Fruit mûr serait-il sans partage,
                                      ce Fruit mûr que Dieu a pressé?

                         (Soliste)

                         6. Moi, j´ai porté le poids des chaînes,
                         j´ai courbé le dos sous les fouets;
                         toi, tu me blesses en l´opprimé,
                         l´innocent tombé sous la haine,
                         ô mon frère, réponds-moi.

                         7. Moi, j´ai porté sceptre et couronne
                         et manteau royal empourpré;
                         toi, tu rougis de confesser
                         le Fils de Dieu parmi les hommes,
                         ô mon frère, réponds-moi.

                         8. Moi, j´ai marché vers le calvaire
                         où mes deux bras furent cloués;
                         toi, tu refuses la montée
                         quand meurt en croix l´un de mes frères,
                         ô mon frère, réponds-moi.

                         9. Moi, je revis depuis l´Aurore
                         où le Vivant m´a réveillé;
                         toi, le témoin de ma clarté,
                         es-tu vivant parmi les hommes?
                         ô mon frère, réponds-moi.

                                     (Chœur) Frère sevré d´amertume,
                                        frère au cœur desséché,
                                            souviens-toi!
                                          Ton frère t'a relevé,
                                    Jésus-Christ, le Verbe et la Réponse,
                                       Jésus-Christ, l´Amour révélé.

et à la fin tous reprenaient, répondaient en frères, en scansion murmurée, sans papier, sans le prévoir… “O Dieu saint, O Dieu fort, O Dieu immortel, prends pitié de nous.” et j’ai fait une overdose de mots puissants, je me suis tout pris dans la tronche. Bon.

mercredi 28 mars 2012

sens dessus dessous

BlogDavidLerouge_040Bâtir une célébration, ce n’est pas trop compliqué. On déploie un fil depuis une démarche d’entrée jusque vers un envoi. Entre les deux, des chants, des gestes, des Paroles, comme un cheminement, un accompagnement. C’est logique, chronologique, une succession de mouvement/rupture. Et naturellement, il ne faut pas oublier les silences, parce que c’est là que chacun avance vraiment.

Pour la majorité des célébrations, le canevas est donné, il est rituel. Accueil, pardon, Parole, sacrement, bénédiction, envoi. Insérés entre les silences qui laissent se déployer le mystère dans l’intimité de chacun. Le plus passionnant, c’est d’ailleurs cette articulation surprenante entre chacun, l’assemblée qui vit ensemble, se soutient, et le Christ. Une rencontre tri partite qui me délivre du solipsisme potentiel d’une relation à Jésus-moi-et-lui-dans-ma-bouteille.

Certaines ne sont pas écrites, pas vraiment, comme les célébrations pénitentielles de Noël ou de Pâques. Célébration communautaire pour entrer ensemble dans une démarche de conversion, célébration communautaire, pour, en Eglise, désirer le pardon, et conduire vers le sacrement du pardon reçu personnellement, célébration communautaire sans absolution, où tout est à bâtir.

l’ordre logique c’est accueil-chant-oraison-texte sur la conversion-Evangile-homélie-examen de conscience-démarche-promesse du pardon à celui qui répond à l’appel à la pénitence-envoi vers le sacrement du pardon-chant.

Et c’est là qu’il faut oser, oser mettre tout à l’envers, parce que la logique de Dieu n’est pas linéaire. Le pardon ne vient pas en réponse à la faute, il précède tout, il nous appelle au regard en vérité, il nous appelle à la contrition. Alors, cette semaine, j’ai bâti cette célébration:

La croix avance en silence au milieu de l’assemblée. on la pose à côté du cierge pascal allumé.

chant: (pour poser le pardon en premier, un chant de fin)
Seigneur, j’accueille ton pardon, donne-moi la force de vivre dans l’amour

1 Je viens vers Toi, Tu me connais
Tu sais de quoi chacun est fait
C’est près de Toi Qu’on devient vrai
Heureux le cœur qui sait aimer.

2. Je viens vers Toi, Tu me connais
Je viens te dire mon regret
C’est avec Toi Qu’on peut changer
Heureux le cœur qui fait la Paix.

3 je viens vers Toi Je te connais
Tu es plus grand que mon péché
C’est bien de Toi Que vient la joie
Heureux le cœur réconcilié.

Mot d’introduction :
Temps de carême orienté vers le Christ crucifié et ressuscité,
Prenons le temps de le contempler sur la croix

Oraison
Dieu de tendresse et de pitié,
sans te lasser tu offres ton pardon
et tu invites l´homme pécheur
à s´en remettre à ta seule bonté.

Bien loin de te résigner à nos ruptures d´Alliance,
tu as noué entre l´humanité et toi,
par ton Fils, Jésus, notre Seigneur,
un lien nouveau, si fort que rien ne pourra le défaire.

maintenant que ton peuple veut connaître un temps de grâce et de réconciliation,
donne-lui dans le Christ
de reprendre souffle en se tournant vers toi,
et d´être au service de tout homme
en se livrant davantage à l´Esprit Saint.

Acclamation : Gloire au Christ parole éternelle du Dieu vivant.

Evangile selon saint Matthieu. le christ sur la croix, la profession de foi du centurion.

Homélie : Jésus sur la croix nous pardonne. Jésus sur la croix se laisse contempler, Jésus nous invite à poser notre regard sur lui. Il ouvre notre vie à l’autre… prenons le temps de regarder nos vies sous son regard ;
la découverte de la miséricorde et de l’acte d’offrande

Méditation, sur une base de chant.
Nous chantons la croix du Seigneur,
Qui se dresse sur l’univers
Comme un signe éclatant, de l’amour de notre Dieu.

1 - Venez à moi, vous tous qui succombez sous la fatigue,
C’est moi qui porterai le poids de votre peine.
Seigneur je te demande pardon pour toutes mes fatigues qui étrillent mon espérance, pour les moments où je peine à croire en toi, où je n’ai plus de projet. Seigneur je te demande pardon d’être parfois oublieux des autres au nom de mon état. Ouvre mon regard, laisse moi être pardonné par toi.

3 - Venez à moi, vous tous qui trébuchez dans les ténèbres,
Sur vous se lèvera, l’éclat de ma lumière.
Seigneur, je te demande pardon pour mes moments de désespérance, pour moi-même ou pour mes proches, quand je n’attends plus ta lumière, quand je ne porte plus la lumière aux autres, quand je les enferme dans mes ténèbres.

6 - Venez à moi, vous tous que défigure la souffrance,
Je viens pour effacer vos rides et vos larmes.
Seigneur, je te confie tous les miens, tous ceux qui souffrent, mais aussi les souffrances qui me replient parfois. Je te demande pardon pour mes impatiences, envers Toi dans la prière, envers ceux qui souffrent quand ils me sollicitent. Je te demande pardon d’oublier si souvent de te prier, de rendre grâce, d’être confiant dans ton amour.

7 - Venez à moi, vous tous qui attendez la délivrance,
C’est moi qui briserai les liens qui vous enserrent.
Seigneur, je te demande pardon pour tous les péchés dont je n’ai jamais su me dépêtrer, ceux qui reviennent tout le temps, cette colère, cette envie, cette jalousie, cette chute. Apprends moi à me confier en toi jusque dans cette faiblesse qui m’enserre.

9 - Venez à moi, vous tous qui cheminez sans but sur terre,
Je viens pour vous montrer la route vers le Père.
Seigneur je te demande pardon de ne pas répondre à ma vocation de baptisé. Offrir ma vie pour toi, être témoin de ton amour, faire découvrir ta miséricorde à mes frères, vivre dans la charité… j’ai si souvent oublié.

11 - Venez à moi, vous tous qu’étreint déjà la mort cruelle,
Ma croix vient vous donner la force de la vaincre.
Seigneur, je te demande pardon pour tout ce qui me conduit à la mort. Mon péché, mes enfermements, mes manques d’espérance, de foi, de charité, mes égoïsmes, les situations mauvaises dans lesquelles je suis enfermé, dans mon couple, ma famille, mon métier. Aide moi à croire en ta victoire.

12 - Venez à moi, vous tous qui avez soif de ma parole,
En moi vous trouverez la force inépuisable.
Seigneur, si souvent, je suis sourd à tes appels. A ta Parole. Je te demande pardon.

13 - Venez à moi, vous tous qui aspirez à la puissance,
En moi vous contemplez un Dieu qui perd la vie.
Seigneur, j’ai tant de mal à croire que tu veux me sauver et m’envoyer. Je crois plus souvent en moi qu’en toi. Convertis mon cœur à ta puissance bienveillante.

Je confesse à Dieu tout puissant.

Démarche de chacun devant la croix, s’incliner, se laisser regarder par toi. Choisir d’accueillir le pardon de Dieu. et se laisser envoyer dans sa propre vie. 

Chant : Ecoute la voix du Seigneur cplt 1-2-5

Notre Père

oraison
Ecoute Seigneur la prière de tes enfants,
Ecoute-les quand ils se reconnaissent pécheurs
Sois indulgent avec nous , accorde nous le pardon de nos fautes
et la grâce de ta paix
Que ta grâce nous aide à éviter désormais le péché
et à te servir d’un cœur sans partage.

Envoi vers le sacrement du pardon

Je vous salue marie, pleine de grâ â ceu

voilà.

lundi 27 juin 2011

Désormais tu t'appelleras caillou

L’usage en Indonésie, pour les baptêmes, est d’accoler, à côté du patronyme balinais, un nom tout latin pour placer le bambin sous le patronage d’un saint. Mais le choix du nom dans ce pays était à peine un choix, car tout dans le nom était traditionnellement placé, à quelques syllabes près. Place dans la famille, genre, caste, patronage, tout est défini, et l’apposition d’un nouveau nom prenait sens, sans accroc…

image

Mais je ne suis pas sûr qu’en France, une telle intervention de l’Eglise dans le choix du patronyme enfantin ne serait pas pris comme une inexcusable et injustifiable ingérence dans le libre arbitre parental. Soit dit en passant, je n’aimerais pas non plus qu’on m’affuble d’un nouveau prénom. Je me souviens encore des Sœurs de mon enfance, à qui on avait donné des noms de saints liés à la congrégation : Sœur Maurice, Sœur Gérard, vous aviez toute ma compassion. Les parents y font attention, avec un ensemble de raisons très choisies. On reçoit moins le prénom de son père ou grand-père, et il n’est pas rare désormais de choisir un prénom marqué par l’unicité, jusque dans son orthographe. C’est nouveau, consonant, certes, mais il ne faut pas en douter, c’est réellement choisi. 

Simplement, maintenant, pendant les baptêmes, je ne sais pas comment faire pendant la litanie des saints. Sous quel patronage placer les enfants ? Qu’un saint, un ange veille sur eux, voire qu’un homonyme jubile auprès de Dieu, je ne saurais en douter, mais qui dois-je invoquer? Avis et idées bienvenus…

Marley, Heiden, Mathis, Lilou, Tom, Elona, Eowyn, Malya, Driss, Evan, Zoélie, Lilou , Lily, Océane, Abélia, Lou, Timéo, Elléa, Julyne, Aiden, Zaëlle, Nirryna, Aydan, Madisson, Isolyne, Lyloo, Sofian, Maé, Janelle, Cloé, Isild, Louka, Léane, Mayana, Guewen, Teddy, Lounna, Loane, Kylian, Sora, Loukas

alors, on fait comment ?

samedi 4 juin 2011

Vibrations lumineuses de beauté

jazzjazz 2

Il faut dire ce qui est, l’amateur de Jazz n’est pas nécessairement grenouille de bénitier, et s’il arpente sans fatigue les rues animées et venteuses de Coutances, il serait capable de passer à côté d’un de ses joyaux, pourtant vibrant de beauté… sa cathédrale…

c’est dans ce sens que fut organisé encore une fois la “cathédrale nocturne” vidée de ses chaises par les paroissiens du jeudi matin, ponctuée de lieux de sens, et de beauté, avec des lumières, des fleurs, des Paroles,
des musiciens pour habiter l’espace…  
et des chrétiens accueillant,
et témoignant de la vie de Dieu en eux
toute la nuit.

amateurs de beauté, laissez vous éclairer, et levez les yeux,
Il veut vous parler…

Blogdavidlerouge-189Blogdavidlerouge-183Blogdavidlerouge-186en enBlogdavidlerouge-184Blogdavidlerouge-181Blogdavidlerouge-182Blogdavidlerouge-187Blogdavidlerouge-185Blogdavidlerouge-188Blogdavidlerouge-191

un chemin d’eucharistie, accompagné d’un livret…

jeudi 2 juin 2011

l'absence et la béance

Blogdavidlerouge-180

Il est monté au ciel et nous laisse comme orphelins.

Il y a tant à regretter, il y aurait eu tant encore à partager, et dire, et se réjouir…
Ce qui était important, construit, équilibré a disparu. Celui qui était notre ami est parti.
Il a beau l’avoir annoncé, nous en avoir donné le sens, il y a comme un vide, une béance, un verre à moitié vide…

Sans lui, comment faire, comment dire, comment être ? Le vide appelle-t-il le rien ? la béance appelle-t-elle le découragement ? Jamais nous n’avons appris à faire autrement, à nous construire autour de sa présence non à nos côtés, mais auprès du Père.

Car le Christ est monté aux cieux, nous donnant l’Esprit. Le P. Gérard Niobey [1] ne siffle plus, il est mort, il est auprès du Père... Sans parler de notre foi et notre Eglise qui semblent parfois malmenées, défigurées, blessées.

L’interstice ouvert par l’absence de l’autre aimé, et du Christ, nous appelle à prendre part à la promesse, de manière sans doute nouvelle, inédite, audacieuse. L’Esprit est donné pour discerner, agir, et croire que dans ce vide, dans ce manque, dans cet appel d’air, notre réponse de chrétien adulte est appelée ; et le seul péché qui reste est celui contre l’Esprit…  notre foi est construction d’un monde sauvé et porté par la promesse de Dieu, habitée par l’Esprit. Osons croire que Dieu ne cesse de sauver, surtout au creux de nos blessures… et construire.

billet France Bleu dimanche 5 juin 2011

Notes :

[1] un des prêtres retirés de notre paroisse, inhumé mardi, ça remet les idées en place, et interroge à la fois...  

mardi 31 mai 2011

le bonjour d'Emile #1000

jauk“J'ai dansé le Baris ce week end à Marseille........ !
Si tu as des restes de Jauk ce serait rigolo
que tu viennes danser à Marseille !”

si vous croyez avoir tout compris de la vie des prêtres que vous côtoyez à la lumière de leurs homélies, ou de la face sacerdotale qu’ils vous confient, donnée, il vous faudrait sans doute traverser en douceur leurs épaisseurs d’histoires en marées pour en découvrir les vrais courants…

l’unité d’une vie, traversée de lumière, s’irise en éclats
de rire ou de colère,
de beauté et d’enthousiasme
de peur brute ou de nuits
d’instants ou de temps étiré
de prières et de déserts
de fatigues ou de fougues
de vieilles passions ou nouveaux entrains

danseur balinais ? indonésianophone tenté si longtemps et si souvent d’y rester ?

guitariste ? photographe ?

billettiste ? en coups de sang, enthousiasmes, regards poétiques sur le quotidien, variations, coups d’œil, voyages, décalages, sourires ?

lecteur de Desproges ? Barbery, Audeguy, Cheng, Scholtus, Lépront, Fournier, Makine, Singer, Garcia Marquez, Thévenot, Gaudé Baricco, Gailly, Lecler, Hillesum, Boris, Balthasar, Rémond, Sepulveda, Claudel, Sijie, Cassingena, Radcliffe, Rimaud, … ;

voix virtuelle consonnant avec Emmanuel, Edmond, Koz, Zabou, Anne Claire, Véronique, Henri, Fredsab, FrEricOp, Marc, Natalia, Benoît, et autres blogueurs et twittos…

animateur de professions de foi, sweat à capuche et pantalon de rando, ou le même, costume sombre, cravate ou col, souliers cirés, ou encore randonnant, sac au dos, canon au poignet…

bdvore des tanigushi, Guibert, Boulet, Tan, Tardi, Diaz, Makyo, Schuiten, Larcenet, Rabate, Gorce, Davodeau, Ka, Chabouté, Pedrosa, Ileana, Sfar, Masbou, …

traversé par les sourires d’Anne, Fabien, Anne-Marie, Benoît, Sophie, Elodie, Michel, Anne-Claire, David, Marie-Pierre, Matthieu, Amandine, Romain, Amélie, Peggy, Made Bagus, Kati…

complètement influencé par deux maîtres Robert Scholtus et Patrick Prétot

et en chacun de ses instants, prêtre. Tout autant qu’en prêchant, présidant…

image

Tout pourrait n’être que lest
pensanteurs, épaisseurs de résistance à la grâce
ou constellation où la lumière scintille.

1000 billets pour le déposer, le partager, en faire une histoire
sans apesantir les relations du quotidien.

merci de votre fidélité, et de votre délicieuse mise en écho
vous les 200 000 à être passés par ici…

parce que la lumière qui traverse une vie a pour prétention de maculer le monde de ses taches de beauté.

Bonjour des Mille… et amitiés à vos zygomatiques.

vendredi 22 avril 2011

tentations de triduum

  • compresser le mystère en mots poétiques et choisis,
  • le déployer en images sanguinolentes, pensées saturées d’émotion,
  • le latiniser en théologie peccamino-salutaire,
  • dévoyer le fond dans l’enchaînement des heures,
  • l’esthétiser en photos signifiantes,
  • oublier de se taire, de se laisser mettre en terre, jusque dans sa parole

mais,
devant le mystère, se retirer au fond,
derrière les voiles,
en silence, se laisser sauver.

“Après un temps d´adoration en silence, le prêtre et les ministres font la génuflexion et retournent à la sacristie. Ensuite on dépouille l´autel et, si possible, on enlève les croix de l´église. Il convient de voiler celles que l´on ne peut enlever. Les fidèles sont invités à poursuivre l´adoration devant le Saint-Sacrement pendant une partie convenable de la nuit. Toutefois, après minuit, cette adoration se fait sans solennité”

Plus tard, tu comprendras.

Blogdavidlerouge-118_thumb4

- page 1 de 2