samedi 23 mars 2013

je marche dans l'autre sens que la terre

C’est l’histoire d’un homme.

C’est l’histoire d’un homme en Russie, plongé au cœur de ses deux histoires mouvementées, celle d’avant et celle d’après le mur, le bloc… un homme qui aurait pu, comme tout un chacun, baisser la tête, courber le dos et se laisser porter par le mouvement, cherchant à survivre au mieux, à se laisser flotter dans le système, accusant le coup de la violence du communisme, ou du libéralisme acharné. Seulement voilà, cet homme-là a dans le cœur, le vrai cœur, un projet un peu fou, monter un film sur le personnage fascinant, embué de pouvoir et de lascivité qu’est Catherine de Russie. Et il cherche, dans les mécanismes du soviétisme, les espaces flous où un brin de justesse non propagandiste pourra passer. Il cherchera plus tard, dans la Russie libérée du communisme mais en proie aux rapaces de la pire espèce qui détournent l’essentiel, si cette même poésie y trouvera plus facilement sa place. Parfois, il réussit, parfois il s’embourbe dans ses propres contradictions, et se perd dans sa quête, dans sa vocation.

Dans cette marche des événements, dans cette rotation immuable de la terre, il faseille et circonvolutionne entre ses rêves et son projet, dans les méandres de la vie qui voudrait bien le broyer. Car cet homme aime profondément cette Catherine qu’il voudrait n’être pas réduite à ses clichés…

Andréi Makine décrit à merveille ce rebours que sont certaines histoires dans le cours du temps, et la violence des mondes sur nos vocations plus profondes et les dictatures qui ne sont pas que celles des temps anciens… mais il sait surtout, en quelques pages lumineuses, écrire la respiration la plus profonde d’une vie, ce moment où, libre profondément, en deçà des logiques mondaines et même des vocations, un amour plus profond fait marcher dans l’autre sens que la terre. Il faudra que le temps, que le monde s'estompent un temps pour permettre cet essentiel... dans cette justesse. 

Makine prend le temps d’arriver à cette rencontre, et cette marche à rebours prend justement tout son sens parce qu’elle s’est faite attendre, comme chacune de nos vraies rencontres.

9782021095517

présentation de l’éditeur: “Défendre cette femme... Effacer les clichés qui la défigurent. Briser le masque que le mépris a scellé sur son visage. Aimer cette femme dont tant d'hommes n'ont su que convoiter le corps et envier le pouvoir. C'est cette passion qui anime le cinéaste russe Oleg Erdmann, désireux de sonder le mystère de la Grande Catherine. Qui était-elle ? Une cruelle Messaline russo-allemande aux penchants nymphomanes ? Une tsarine clamant son "âme républicaine" ? La séductrice des philosophes, familière de Voltaire et Diderot, Cagliostro et Casanova ? Derrière ce portrait, Erdmann découvre le drame intime de Catherine - depuis son premier amour brisé par les intérêts dynastiques jusqu'au voyage secret qui devait la mener au-delà de la comédie atroce de l'Histoire. L'art de ce grand roman transcende la biographie. L'effervescence du XVIIIe siècle européen se trouve confrontée à la violente vitalité de la Russie moderne. La quête d'Erdmann révèle ainsi la véritable liberté d'être et d'aimer.”

le titre est tiré d’une chanson envoûtante de Loïc Lantoine, qui va sortir un nouvel album le 2 avril prochain.

dimanche 13 janvier 2013

l'hurluberlu dégingandé et la demi-portion

(au choix)

le regarder sans rire
le regarder sans rire de lui
___ le regarder et rire avec lui.

ne pas le relever,
le relever sans lui demander
___ lui demander s'il veut de mon aide

m'émerveiller de son cœur tellement sensible
m'apitoyer de ses moyens limités
___ me réjouir de ce qu'il sait faire

...chaque fois que celui qui est marqué par son handicap fait trébucher ma marche rapide, je me perds dans ces alternatives... Ou, à d'autres moments,  

Rire avec l'organiste aveugle de la paroisse parce qu'il ne voit pas ce que je veux dire, démonter les roues du fauteuil de Yoann pour en rire avec lui, galérer à les refixer, le regarder avant pour vérifier si on peut le tacler, consentir à ce que certains souffrent de leurs infirmités même temporaires...

consentir à ce qu'il ne puisse plus aujourd'hui
consentir à sa joie si forte
consentir à ce qu'il sache mieux, plus profondément que moi, ce que veut dire vivre.

Je suis nul comme tout le monde face au handicap, parce que mes automatismes relationnels y tombent en échec.
Je ne veux pas détourner le regard,
je ne veux pas déprécier,
je veux regarder sans scruter,
mais qu'il est difficile de poser un regard "normal" quand il faut le choisir. C'est sans doute ça: la personne handicapée m'accule au choix de la relation avec lui, avec lui et pas avec ce que je crois de lui, ou ce qu'on m'en dira. Tout est si délicat, dans cette relation au handicap physique, et psychique... c'est pour cela que j'ai dévoré le livre de Séverine Hibon, qui en quelques chapitres efficaces raconte l'aventure de son couple avec son mari handicapé,  et toute la justesse de la relation qui a dû en découler.

avec ces quelques pages parfois corrosives, je fais tomber mes mauvaises bonnes intentions, je redécouvre la passion de l'autre et l'investissement dans les petits gestes du quotidien. En plus, Séverine ne la ramène pas trop avec sa foi, elle la laisse juste surgir là où il faut, et ça fait du bien. A lire, donc. (ça vous prendra pas des heures, mais ça ouvrira des milliards de relations et de regards avec ces personnes dont quelques uns zapperaient bien la naissance.)

vendredi 25 mai 2012

Ecrire sur le pourtour de l'ineffable

parfois je parle de Dieu, plus souvent je lui parle,
mais j’aime que les mots frôlent l’ineffable sans le définir, sans même le circonscrire
il n’apparaît que plus lumineux si je ne l’ai terni de ma description
si j’ai dit les ombres que sa lumière permet
si j’ai ouvert l’espace de la recherche
de la contemplation.

w-e dio nov 2011_113 

ou, pour reprendre les mots d’Erri de Luca:

Fai come il lanciatore di cotelli, che tira intorno al corpo.
Scrivi di amore senza nominarlo, la precisione sta nell’evitare.
Distràiti dal vocabolo solenne, già abbuffato,
punta al bordo, costeggia,
il lanciatore di coltelli tocca da lontano,
l’errore è di raggiungere il bersaglio, la grazia è di mancarlo.

Fais comme le lanceur de couteaux, qui tire autour du corps.
Ecris sur l’amour sans le nommer, la précision consiste à éviter.
Détourne-toi du mot solennel, déjà ripaillé,
vise le bord, longe,
le lanceur de couteaux touche de loin,
l’erreur est d’atteindre la cible, la grâce est de la rater

Erri de Luca, Aller Simple, Gallimard, p. 158-159

mardi 24 avril 2012

le regard comme une lecture

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« L’astronome qui lit une carte d’étoiles disparues ; […] le joueur de cartes qui lit l’expression de son partenaire avant de jouer la carte gagnante ; le danseur qui lit les indications du chorégraphe, et le public qui lit les gestes du danseur sur la scène ; […] les parents qui lisent sur le visage du bébé des signes de joie, de peur ou d’étonnement ; l’amant qui lit à l’aveuglette le corps aimé, la nuit […] ; le pêcheur hawaïen qui lit les courants en plongeant une main dans l’eau ; le fermier qui lit dans le ciel le temps qu’il va faire – tous partagent avec le lecteur de livres l’art de déchiffrer et de traduire des signes. […]

Dans chaque cas, c’est le lecteur qui lit le sens ; c’est le lecteur qui accorde ou reconnaît à un objet, un lieu ou un événement une certaine lisibilité, […] une signification.

Tous, nous nous lisons nous-mêmes, et lisons le monde qui nous entoure afin d’apercevoir ce que nous sommes et où nous nous trouvons. Nous lisons pour comprendre, ou pour commencer à comprendre »

Alberto Manguel. Une histoire de la lecture

jeudi 29 mars 2012

quel avenir pour le livre ?

beaucoup des commentateurs l’ont dit, à lire beaucoup de blogs,
cheminant d’incises spirituelles en grégeois éphémères
on lit moins de papier étiré, ou pas autant,
et ma bibliothèque tend un peu à se pétrifier,
les pavés de la philosophie blêmissent à la lune,
les BD s’adossent paisiblement,
les usuels rivalisent de mode avec les usités
et les petits polars finissent par caler le trépied photo.

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je ne lis pas encore de livre par écran interposé, j’y diagonalise, parcours et shunte
j’y laisse moins au mot le temps de sonner. Et c’est un peu gâcher.

Néanmoins, j’ai encore suffisamment d’affection pour le livre, même virtuel
pour avoir le poil plus qu’hérissé quand ce distillateur d’imagination
se retrouve à ce point humilié jusqu’en ses couvertures.

une tapisserie de mur d’hôtel pour faire cosy, intelligent et joli.

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un panneau pour des chiottes d’autoroute.

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mercredi 23 novembre 2011

les raisons de la colère ou les pépins de la haine ?

S’il y a bien une constante dans la paroisse, c’est la levée de sourcils voire de boucliers[1] pour chaque annonce de l’ACAT, de manière plus ou moins marquée suivant la complexité du cas dénoncé. Israël et la Palestine, c’est la standing confusion. J’ai déjà entendu des infos mieux accueillies, pourtant moins mobilisantes... La forme est[2] longue et l’occurrence mensuelle, et le combat pour la justice en défrise certains. Si quelques causes sont sans ambigüités, d’autres, comme Israël, sujettes à débat plus profond.

Il est probable aussi que l’éloignement de ces interpellations par rapport au quotidien, ou à notre souci de justice et d’équité, voire le caractère illusoire mais nécessaire de la mobilisation jouent en défaveur des lettres de l’ACAT, comme probablement des appels de l’Eglise en Détresse, voire pour une part tout le discours de morale sociale et politique de l’Eglise pour certains, ou le discours sur la Vie pour d’autres. Périphérique, partial, ou connoté, il nous arrive plus que souvent de le négliger. Et le négligé s’offusque d’autant de négligence, comme le négligeant s’indigne de tant de partialité. Tout est si compliqué. Et réciproquement.

Sans aller aussi loin, on a vu l’Eglise se déchirer ces derniers jours entre offusqués de trop d’offuscations, et offusqués de tant de passivité face à l’agression. Notre monde ne va pas forcément super bien. Certains de ses troubles nous atteignent plus que d’autres, sans réussir à nous positionner de façon “positive” dans cette recherche de justice, de beauté, de vérité, de charité. De Royaume.

Alors que le temps est obstinément doux sous les latitudes tropicales cherbourgeoises, je fais ce que toute personne à l’emploi du temps en passe de charge ne cesse de faire : je procrastine à tout va. Ca permet aux idées pour les veillées de Noël d’émerger, de penser aux rêves, d’imaginer des soirées aumônerie…  Et la procrastination prend toutes formes de variations: vaisselle, cuisine, lecture, radio, musique et compagnie… BD.

CHRONIQUES DE JERUSALEM - C1C4.indd

Ma dernière lecture, ou presque, est l’album de Guy Delisle Chroniques de Jérusalem qui narre, mois après mois, la vie de Guy et de son épouse qui bosse pour MSF, dans la ville de Jérusalem. Plus que de départager, ou tenter en une BD de résoudre ce cas difficile, Guy croque ses journées, les conséquences pratiques mais complètement absurdes d’une telle situation de tension, de peur, de haine. Les récits sont souriants, le quotidien surprenant, loin des clichés, des réductions, des idéologies. C’est intrigant, et saisissant. Le dessin est simple, mais on le comprend bien, pas besoin du figuré pour comprendre un prêtre amical, ou une porte fermée.

Guy se balade chez les sionistes, les ashkénazes, dans les quartiers musulmans, les colonies, il se heurte au mur, rencontre des samaritains, des chrétiens, certains lui soufflent leur lien à Dieu, d’autres, beaucoup d’autres, moins. Ni juif, ni arabe, ni même chrétien, mais au quotidien, c’est la Terre Sainte sans la sainteté, le froid des canons, et du béton, le chaud du climat, des amis, des colères.

c’est un symbole de paix caché par de hauts murs de haine obstinément entretenue, entretuée.

c’est un mystère à portée de main, et qui peut vous échapper.

Guy Delisle, chroniques de Jérusalem, Shampooing, 334 pages, 25€

Notes :

[1] ou l’affaissement d’épaules et de séants. 

[2] était.

mercredi 2 novembre 2011

sacerdoces

“Etre policier, parent, docteur, volontaire, professeur, boucher, mère de famille, facteur… (rayer les mentions inutiles), c’est un vrai sacerdoce.” Comme désormais quasiment toutes les vies à un moment ou à un autre, surtout quand ça devient impliqué, compliqué, appliqué, de suppliques en répliques, de supplices en complicités… Bref, quand on y joue plus que ses huit heures quotidiennes.

Tous revendiquent ce don de soi au-delà du légal et de l’officiel, la relation, la profondeur, l’engagement, tout finit plus ou moins par devenir sacerdotal… sauf peut être curé. Ah et puis il n’y a pas que le sacerdoce, il y a la Passion, la Grâce, la Vocation, l’Appel. Quand j’entendais que les maires de France le revendiquaient aussi, j’avais une pensée émue pour Peppone qui doit se retourner souvent dans sa tombe communiste.

Le sacerdoce d’aujourd’hui n’a rien à voir avec le Prêtre, ni même avec l’Unique dont nous tenons notre nom, mais avec l’implication. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on trouve encore, malgré les tentations de rester cynique et désabusé des hommes et femmes qui brûlent, passionnés et passionnants dans des chemins où le don de soi n’est pas une sinécure, mais où la joie transpire par tous les pores de l’engagement.

Davodeau_Couv_les-ignorantsIl se trouve que mes lectures du moment tracent toutes des chemins croisés de vies déployées et rayonnantes. Chacune à sa manière. La clé de lecture m’a été offerte par Davodeau, et sa BD des ignorants. Sous un style autobiographique, il fait se rencontrer le vigneron passionné du coin et l’auteur de BD qu’il est… Chacun découvre le métier, la subtilité, les engagements, les quotidiens du métier de l’autre. Coups de cœur et de gueule, enthousiasmes et emmerdements. Vigneron, ce sont des mois à travailler sur ce qui ne se voit pas, soigner, entretenir, sarcler, préparer les fûts qu’on vient d’acheter, et en plus une certaine manière d’exercer sans additif, au plus juste du goût et du travail bien fait. Et la BD comme en écho. toute aussi choisie, aimée, engagée.

davodeau-ignorants

Jaddo_livreDans ce dialogue s’insère les petits récits de Jaddo que j’ai avalés d’une traite. Jaddo est une jeune médecin généraliste qui twitte souvent ses premières phrases de consultation et tient un blog passionnant qu’un éditeur a eu la délicate idée de mettre en livre. Elle qui croit en son métier, et en une certaine idée de soigner, y bute sur les anfractuosités d’un système qui oublie parfois son cœur, ou son cynisme pratique. Avec humour, simplicité, et franc parler, elle humanise ce qui pourrait n’être que technicité. Et miracle, à la fin, on ne se découvre même pas hypocondriaque. Rien que la préface par Martin Winckler se déguste… Il s’interroge sur la vocation de médecin. Fichu mot. Belle réalité.

Je ne sais pas s’il faut faire trop de parallèles faciles entre un médecin et un prêtre, mais j’aime ses colères, son amour des petits, sa manière amusée de pourfendre la connerie (on lira avec plaisir THE trick pour virer les visiteurs médicaux)… Je ne suis pas si sûr qu’elle puisse toujours en rire si facilement, mais j’aime, j’aime qu’elle sache nous le raconter. Là, je m’y reconnais. Y croire, même par le rire.

9782259216098Un autre qui y croit, c’est le Marc de Pietro de Paoli, toujours évêque, et qui m’avait franchement agacé l’an passé avec sa lettre au jeune prêtre que je ne suis pas. Le Marc, là, reçoit un mail de sa nièce, en terminale, qui ne se pose pas trop de questions mais un peu quand même. Elle n’a pas fait sa confirmation, mais elle cogite, et de questions extérieures en questionnements de plus en plus fins, on suit le dialogue virtuel entre un homme travaillé par Dieu et une jeune qui mérite qu’on la prenne au sérieux. Le ton est juste et le cheminement bien senti. J’y reconnais des dialogues et le long glissement des questions de l’intellect qui se défend de Dieu vers les touches d’un Dieu qui nous prend au sérieux. A lire soi même avant de le filer discrétos à sa nièce qui serait bien catho mais sait plus trop par quel bout prendre la question.

²Pour continuer dans les petites lectures qui font du bien, il FAUT entrer dans l’imaginaire de David Sire qui se fait “Arpenteur”, poète des mots, aventurier littéraire dans un livre disque merveilleux; il donne le goût des petits mots qu’on roule dans sa poche comme un caillou, parce qu’ils nous préservent de la peur, qu’ils tissent des univers dans lesquels l’imaginaire grandit. Son texte, il le marche, il le déroule et même le lit en musique. C’est délicat, et ce sont les mots qui justement sont le lien de tout ça.

“quelque part dans l’infini, il y a un grand, un très grand pays. C’est le pays des mots. De tous les mots. Les petits. Les gros. Les bizarres. Les rigolos (…)

C’est ainsi que le jour, la nuit, sous le soleil, sous la pluie les pieds de l’arpenteur tracent en marchant les mots de l’univers. jamais il ne s’arrête, jamais… (…)

Un jour pourtant l’Arpenteur tombe. Il trébuche sur une petite bosse inconnue, et il tombe. Cette petite bosse, c’est la frontière (…)

Sur le sol du grand pays, il n’y a plus rien d’écrit. Plus rien. Plus rien qu’un grand silence. Plus rien qu’une immense frontière au milieu d’un immense désert. (…)

Avec mes pas, avec mes pieds, je vais te ratatiner, frontière, te réduire en poussière, te rentrer dans la terre.”

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pour savoir où sont les mots, ou comment on sort du désert et du silence, comment on vit libre, comment on réchauffe la peur, comment on arpente nos vies avec des mots, il vous faudra lire. C’est tout en allusion, et c’est réellement le meilleur.

Un Mot, Une Parole. Un Arpenteur, pour apprendre à dire un chemin, sans craindre les ogres intérieurs et susurrer le mot de l’univers plus fort que les montagnes et les frontières.

et juste parce qu’il faut que vous le sachiez, des prêtres aussi ont mis des mots sur leur vie, pour témoigner de celui qui appelle dans la rugosité joyeuse de leur quotidien, entre curiosité et affection, “ils sont jeunes, ils sont prêtres, ils sont heureux” est un petit livre auquel j’ai collaboré et qui sort ce 3 novembre. Si ça vous tente, osez le découvrir avec curiosité.

jeudi 29 septembre 2011

les dicoscathos

Ma libraire, à peine suis-je entré dans son antre dispendieuse, m’a dit: "ton ami (parce que oui, je suis ami avec l’Âûteur[1] ) a publié un autre livre et il sort demain". Mais comme elle avait déjà ouvert le carton, elle me l’a mis entre les mains derechef avec le compliment: “c’est drôlement bien. j’ai juste ouvert rapidement, et parcouru l’article “avortement” parce que c’est un sujet compliqué…. Eh bien c’est bien”. Ma libraire, en fait, a plus de vocabulaire que ça, mais je résume pour les besoins de la cause. Bon.

En entrant dans l’antre de la responsable de l’aumônerie, elle m’a montré un gros bouquin qu’elle venait d’acquérir. Elle me dit: "je sais pas si tu sais, il y a un nouveau livre qui vient de sortir, c’est apparemment très bien". “ouioui j’ai répondu, j’ai appris ça”.

Je ne vais pas faire le tour de tous ceux qui ouvrent ce livre et le trouvent très bien, les listes longues, c’est toujours un peu chiant à lire, un peu comme les dictionnaires. Sauf que dans les dictionnaires, y a pas d’appréciations de qualité alors que là, si. Tout le monde trouve ça bien, et c’est tant mieux pour Christian Paul Clavier et Edmond Rostand Prochain les deux auteurs qui ont travaillé d’arrache-pied. A leur dictionnaire. Mais pas chiant. Non.

Des bouquins pour les ados, y en a des tas. Des thématiques, des jolis, des avec des dessins qui vieillissent super mal au bout de trois mois, et des jolis textes de pas sur le sable.

Là, c’est clairement pas la révolution. En gros, un mot, puis un autre, jusqu’à cent, et un joli texte pour en parler à chaque fois. des petits carrés avec des ajouts dedans, un dessin rigolo qu’est pas super racoleur mais qui permet une petite vanne à chaque article.

Le format n’est pas non plus révolutionnaire, ni supermégafuninteractif, et le fond reste attaché à du solide dans la foi, mais l’intelligence du livre vient d’ailleurs… Il y a pour chaque article une vraie écriture qui permet d’entrer dans le concept, la réalité, la question abordés. Les auteurs envisagent le thème comme une vraie question, savent faire droit aux réactions légitimes que la doctrine de l’Eglise peuvent susciter, et invitent à une réflexion. Plus qu’expliquer, Edmond et Paul savent faire réfléchir et aimer goûter les réponses. Parce que l’Eglise, la foi et le Christ, on a beau nous les expliquer, ça change pas la vie, mais si on nous aide à les aimer, c’est une autre paire de chaussettes.

Le ton est léger, adressé aux lycéens, mais pourra se lire avant et surtout après. En plus, on ne prend pas les lycéens pour des abrutis et on leur parle intelligemment, sans chercher à faire djeunes, c'est vraiment bien aussi. Fidèle mais bien donné, bien tourné, bien écrit... et qui donne du goût. ça vaut l’investissement.

Notes :

[1] sur Facebook, c'est déjà ça. 

mardi 31 mai 2011

le bonjour d'Emile #1000

jauk“J'ai dansé le Baris ce week end à Marseille........ !
Si tu as des restes de Jauk ce serait rigolo
que tu viennes danser à Marseille !”

si vous croyez avoir tout compris de la vie des prêtres que vous côtoyez à la lumière de leurs homélies, ou de la face sacerdotale qu’ils vous confient, donnée, il vous faudrait sans doute traverser en douceur leurs épaisseurs d’histoires en marées pour en découvrir les vrais courants…

l’unité d’une vie, traversée de lumière, s’irise en éclats
de rire ou de colère,
de beauté et d’enthousiasme
de peur brute ou de nuits
d’instants ou de temps étiré
de prières et de déserts
de fatigues ou de fougues
de vieilles passions ou nouveaux entrains

danseur balinais ? indonésianophone tenté si longtemps et si souvent d’y rester ?

guitariste ? photographe ?

billettiste ? en coups de sang, enthousiasmes, regards poétiques sur le quotidien, variations, coups d’œil, voyages, décalages, sourires ?

lecteur de Desproges ? Barbery, Audeguy, Cheng, Scholtus, Lépront, Fournier, Makine, Singer, Garcia Marquez, Thévenot, Gaudé Baricco, Gailly, Lecler, Hillesum, Boris, Balthasar, Rémond, Sepulveda, Claudel, Sijie, Cassingena, Radcliffe, Rimaud, … ;

voix virtuelle consonnant avec Emmanuel, Edmond, Koz, Zabou, Anne Claire, Véronique, Henri, Fredsab, FrEricOp, Marc, Natalia, Benoît, et autres blogueurs et twittos…

animateur de professions de foi, sweat à capuche et pantalon de rando, ou le même, costume sombre, cravate ou col, souliers cirés, ou encore randonnant, sac au dos, canon au poignet…

bdvore des tanigushi, Guibert, Boulet, Tan, Tardi, Diaz, Makyo, Schuiten, Larcenet, Rabate, Gorce, Davodeau, Ka, Chabouté, Pedrosa, Ileana, Sfar, Masbou, …

traversé par les sourires d’Anne, Fabien, Anne-Marie, Benoît, Sophie, Elodie, Michel, Anne-Claire, David, Marie-Pierre, Matthieu, Amandine, Romain, Amélie, Peggy, Made Bagus, Kati…

complètement influencé par deux maîtres Robert Scholtus et Patrick Prétot

et en chacun de ses instants, prêtre. Tout autant qu’en prêchant, présidant…

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Tout pourrait n’être que lest
pensanteurs, épaisseurs de résistance à la grâce
ou constellation où la lumière scintille.

1000 billets pour le déposer, le partager, en faire une histoire
sans apesantir les relations du quotidien.

merci de votre fidélité, et de votre délicieuse mise en écho
vous les 200 000 à être passés par ici…

parce que la lumière qui traverse une vie a pour prétention de maculer le monde de ses taches de beauté.

Bonjour des Mille… et amitiés à vos zygomatiques.

dimanche 20 mars 2011

Emerger des brumes, quérir le soleil

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Adolescent, jeune, épris de prière, je regardais sans envie les heures des moines, qui n’avaient dans leurs “trois huit” consacrées aucun instant livré à l’oraison. Comme si, tout à l’office, au travail, à la communauté, ils n’avaient plus de seconde à se taire, être là, boire au silence de Dieu, en silence, posé. Au lieu du silence, de la lecture, sainte certes, mais... 

Parfois aujourd’hui je cours, parfois moins, parfois surtout j’oublie de Lui ouvrir mes heures, même de grand matin, embrumé de sommeil, et pourtant reste toujours le désir d’être présent à Sa présence. Jeune adulte, prêtre, en orée de carême, je regarde maintenant avec envie les heures des moines qui usent leurs yeux aux signes des temps parlants, des lectures en lectio, des instants en silence. 

Pour un moine, l’oraison, la lectio, ce ne sont pas des minutes, ce sont des ouvertures élargissant chaque activité de Sa présence.

Faire de sa prière une lectio divina de vie…

ou encore, comme un projet de carême, tomber par hasard sur des vers d’Hugo, et repenser à tout cela... 

Heureux l'homme, occupé de l'éternel destin,
Qui, tel qu'un voyageur qui part de grand matin,
Se réveille, l'esprit rempli de rêverie,
Et, dès l'aube du jour, se met à lire et prie !
A mesure qu'il lit, le jour vient lentement
Et se fait dans son âme ainsi qu'au firmament.
Il voit distinctement, à cette clarté blême,
Des choses dans sa chambre et d'autres en lui-même ;
Tout dort dans la maison; il est seul, il le croit ;
Et, cependant, fermant leur bouche de leur doigt,
Derrière lui, tandis que l'extase l'enivre,
Les anges souriants se penchent sur son livre.

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