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mercredi 4 avril 2012 19:35

T'es vraiment fêlé!

BlogDavidLerouge_611Je ne sais pas si vous vous souvenez : il y a deux ans tout juste, ce blog avait reçu une affluence hors du commun. L’Eglise était alors troublée par les tristes scandales sexuels qui la secouaient et lemonde.fr s’était saisi de l’affaire dans un article, en linkant des blogs de prêtres. France Inter aussi  (par l’excellente Sandrine Oudin) s’était payé le luxe d’un reportage délicat, juste, et équilibré qui avait touché. Tout ce petit monde s’était retrouvé au bas d’un billet un peu décalé autour d’une photo, entre méditation et affirmation, sur le célibat des prêtres.

Je repense fréquemment à ces lecteurs de l’époque, contradicteurs ou blessés, vindicatifs ou écorchés… et me suis dit qu’ils se reconnaîtraient bien peu dans la litanie de mon précédent billet sur la messe chrismale. Regard positif sur des richesses des prêtres, différents, blindés de qualités et d’accrocs. Peu à peu, l’évidence de ce regard se fait pour le chrétien familier des églises et de leurs habitants. Chacun, prêtre, laïc, diacre irise à sa manière La Lumière… Tous, nous essayons d’être signe de l’un. Alors, les à-côtés ou les éclats de génie de chacun viennent étayer ce que nous percevons de la richesse de l’Eglise, et la faiblesse et l’écharde de l’un trouve son écho dans la force de l’autre. Tous, pour Un.

Mais si tu n’es pas du sérail, si tu tombes sur ce blog comme tu tombes sur un presbytère, au moment stratégique où tu y as quelque chose à y régler, alors chaque détail, instant prendra une place personnelle immense. Et de ce curé, de cette dame de l’accueil, de ce regard que tu as jugé méprisant, tu crois deviner la totalité de l’Eglise, celle qui t’a blessée,  qui ne t’a pas laissé t’exprimer. Si en plus l’un de ceux là t’a vraiment blessé, alors c’est toute l’Eglise qui devient blessante. Un, pour tous.

Je veux, comme chrétien, et comme prêtre, assumer d’être figure de foi et du Christ qui me sauve, avec tout ce que le sérieux et la responsabilité de cette affirmation implique. Je ne veux le faire que parce que j’ai une petite place, biscornue, fragile, trébuchante dans ce corps, où le Christ se révèle vraiment. Et chaque main tendue permettra peut être à l’autre de s’y sentir appelé.

Témoignage en vérité de pauvre, parce qu’il laisse transparaître, à mon insu, le Pauvre.

ma superbe, c’est Lui qui me la donne.
mais que jamais je ne sois la raison du scandale de mon frère.

mardi 3 avril 2012 19:33

viril et massif

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C’est lui qui t’a choppé en train de faire le mur du caté à 10 ans et t’a ramené fissa en 4L,
C’est lui qui dit “dans ce monde qui est le nôtre” à tout bout de phrase
C’est lui qui fait vraiment, mais alors vraiment tout le temps des blagues pourries,
C’est lui qui t’a demandé un jour d’animer la messe du dimanche
C’est lui qui sait d’une phrase te remettre dans la prière
C’est lui qui t’a invité au camp de jeunes qui a changé ta vie
C’est lui qui t’a préparé au mariage
C’est lui qui se tourne les pouces pendant les homélies des confrères
C’est lui qui a bien remanié le chœur de l’Eglise
C’est lui qui a redonné du peps à la paroisse
C’est lui qui a inspiré la chanson “il court il court le curé”
C’est lui qui n’a absolument aucun sens de la belle liturgie,
C’est lui qui alterne avec brio homélie hyper brillante et brouet insipide
C’est lui qui a un putain de caractère de cochon
C’est lui qui ne répond jamais à ses mails
C’est lui qui est allé chercher les djeunes, là, et les a remis en route,
C’est lui qui chantait trop “ensemble, ensemble nous voulons faire ensemble”
C’est lui qui conclut toujours par “Bon dimanche et bonne semaine”, et dont les annonces commençaient par “la messe de ce matin était célébrée pour Mme Cahu, lundi, 18h30, messe…”
C’est lui qui ne faisait que parler des initiatives diocésaines, et ça te saoulait
C’est lui qui n’en parlait jamais, et ça te saoulait encore plus
C’est lui qui a entendu Mme Michu lui dire, “vous savez, dans cinq ans, nous, on reste, alors vos idées…”
C’est lui qui aimait un peu trop les froufrous et les dentelles,
C’est lui qui puait la vinasse et le chien mouillé, mais qui tout le temps était là,
C’est lui qui t’invitait au roi Albert pour refaire l’Eglise en sirotant des Leffe,
C’est lui qui change systématiquement la prière eucharistique et te colle des mercis à tout va,
C’est lui qui a morflé dans sa dépression, et qu’on revoit, là, confiants et attentionnés,
C’est lui qui le dimanche te sourit en te donnant la communion, et c’est con, mais c’est bon.
C’est lui …

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Lui, c’est not’curé. Pas un comme lui.
Et chacun a ses histoires de curés, croisés, coincés, colériques, culbénis, confiant, collaborant, copain, … et dans la procession, chacun se fend d’un sourire au prêtre reconnu, celui qui a traversé son histoire de part en part, et bien souvent de bas en haut.

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Et pourtant, quand ils sont là, rassemblés, pour la messe chrismale, leurs “oui je le veux” à ces vies données sonnent massifs et virils, une seule voix, un seul corps, une même réponse.
parce qu’attachés au seul Prêtre.
parce que “renonçant à eux mêmes”, ils se sont trouvés.
parce que le trésor de leurs vases d’argile est là.

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et si l’un d’eux est “ton curé”, le seul que tu “supportes” ou qui “t’apporte”, ou qui t’aie porté
C’est qu’il t’a été envoyé.

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messe chrismale.

lundi 7 novembre 2011 12:10

mon cher Ivan

Bonne nouvelle : Le Vatican en a marre des curés "sans saveur"

Par Ivan Rioufol le 7 novembre 2011 8h30, le figaro

Les curés sont majoritairement prévisibles, ennuyeux, transparents. Ils font fuir les fidèles. Cette constatation d'une évidence, c'est Le Vatican lui-même qui la dresse, c'est-à-dire Benoît XVI. C'est donc une bonne nouvelle. Les prêches des prêtres catholiques sont devenus souvent "incolores, inodores et sans saveur, au point d'être désormais tout à fait insignifiants", vient de dénoncer le cardinal Gianfranco Ravasi, responsable de la culture au Vatican. Selon l'AFP, le cardinal italien a invité les prédicateurs à prendre en compte les nouveaux langages pour capter l'attention des fidèles et aussi à ne pas craindre "le scandale" que crée la parole de la Bible. "Nous devons retrouver cette dimension de la parole qui offense, qui inquiète, qui juge", a-t-il affirmé. Il a aussi invité les prêtres à suivre "la révolution dans la communication". Il explique:"L'information télévisée et informatique demande à être incisif, de recourir à l'essentiel, à la couleur, à la narration".

Cet aveu d'un conformisme ecclésiastique est évidemment bien tardif, en regard des avancées de la déchristianisation et de la lassitude de nombreux catholiques (dont je suis) face à un clergé pusillanime et politiquement correct, même si je sais qu'il abrite de belles et courageuses personnalités qui œuvrent le plus souvent dans l'ombre. Cependant, le mea culpa est désormais assumé par l'Eglise et cette contrition est un pas important qui vient d'être franchi. Il est piquant de constater que c'est sous l'influence d'un pape plutôt malhabile dans la communication de masse que Le Vatican a décidé de moderniser sa manière de s'adresser aux gens. Reste que cet appel à rendre plus consistantes les prédications dans les églises n'est qu'un retour aux sources du catholicisme et aux méthodes employées par Jésus lui-même, souvent construites sur la provocation et l'exagération.

Dans un livre remarquablement documenté sur Jésus (1), l'historien Jean-Christian Petitfils rappelle notamment ce que fut l'intransigeance du Christ, sa violence verbale parfois, et son goût pour le style apocalyptique. "On se tromperait, écrit Petitfils, en en faisant un doux missionnaire ou un débonnaire professeur de morale (le Jésus sulpicien!). c'est un prophète authentique qui crie, invective, lance de cinglantes diatribes". Jésus ne craint pas le style provoquant, quand il dit ne pas apporter la paix mais "le glaive". Il jette l'anathème sur ceux qui ont refusé son message ou pour secouer les foules de leur torpeur spirituelle. Il prend à partie ses adversaires: "Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites (...), serpents, engeance de vipères!". C'est pourtant le même Jésus qui, "compatissant, empli d'une infinie miséricorde, appelle à lui toutes les victimes, tous les blessés de la vie", note l'historien. "Il ne cherche pas à instaurer son règne par la force".

Aux prêtres et aux évêques d'être à la hauteur de leur mission, en cessant d'être des robinets d'eau tiède et des enfonceurs de portes ouvertes. Il y a urgence.

(1) Jésus, de Jean-Christian Petifils, Fayard

mon cher Ivan,

je te remercie de soumettre à mon attention cette dépêche AFP, qui, je n’en doute pas, a su restituer la profondeur et la saveur des propos du cardinal Ravasi, qui, étant du Vatican, comme toi tu es du figaro, engage le propos du pape comme tu engages la position de Sarkozy. C’est vrai, quoi.

Soit dit en passant, tu as raison, et Ravasi aussi, on s’ennuie parfois en homélie. Pas tout le temps, mais parfois. Soit que le prédicateur n’était pas en verve ce jour là, ou pas en verve tout court, mais j’y reviendrai, soit que le texte, déjà, à la base, n’était pas facile facile, soit que j’étais pas super dispo pour écouter, agacé derechef par le tic verbal dudit prédicateur. Si ça peut te rassurer, je m’emmerde aussi souvent en écoutant la radio, lisant les journaux, mais jamais en regardant la télé, parce que je ne l’ai pas. Pire, non seulement je m’emmerde mais il m’arrive fréquemment de penser “ce type est un con, et il parle comme un con, et il ne pense pas”. Et autant je m’enquiquine ferme pendant certaines homélies, autant j’y ai plus rarement ce genre de pensées, même si ça finit par arriver.

L’homélie, c’est un truc récurrent, genre quotidien et hebdomadaire, format court, et où le sujet est imposé par la Parole qu’on sert, et le peuple auquel on s’adresse ((nous les cathos on dit peuple quand tu dis lectorat)). Parfois on est bons, on trouve le fil, l’intuition qui rend le propos intéressant, parfois, non. C’est con, j’ai oublié de prendre l’option “génie” au séminaire. Mais bon. Et puis, on est pas là pour qu’à la fin, on nous dise “chrysostome est de retour, mais pour aider les chrétiens à vivre.” Servir la Parole, le Christ, faire entrer dans la profondeur du propos, c’est pas toujours funky, et on n’y excelle pas tous et tout le temps. Mais bon. SI je faisais de la comm, je prendrais un micro HF, je me collerais en plein milieu du choeur, et je te parlerais au coeur, à toi, oui toi au 2e rang, qui veut être converti par Dieu, je serais enflammé, je serais drôle, je serais délicat, je serais… haï au bout de 3 fois du même numéro. Parce que la messe, c’est pas un numéro de charme, c’est l’espace de la rencontre avec le Christ. L’homélie y conduit, mais pas que. Le rite pose cet espace, les paroles du rite le permettent, et s’il est vrai que parfois la forme est franchement hyper ascétique voire repoussante, le fond n’est jamais dans la forme, que veux tu.

L’autre souci, mon cher Ivan, c’est que si on recrute un journaliste à sa plume, on ne recrute pas un curé à sa langue. On est divers, nous les prêtres, certains sont orateurs et bons orateurs, d’autres fédérateurs de communautés, tâcherons de l’unité, bosseurs en sous main, priants à l’extrême, accompagnateurs de génie… et on n’arrive pas à avoir toutes les qualités. C’est bien simple, il me semble bien souvent que toutes me manquent. On essaie d’être bons, mais bon, on fait c’qu’on peut et parfois c’est pas glorieux.

Alors certes, le coup du robinet d’eau tiède, c’est vrai que ça tue, le coup de la comm’ mal assumée, c’est redoutable, la parole qui manque de feu aussi, mais bon, tu vas pas arrêter d’aller voir ta mère parce qu’elle a un bouton sur le nez, voire une langue de vipère. C’est ta mère, t’y vas, et tu vas même t’arranger pour qu’elle ne tombe pas dans ses pires et détestables excès.

Si les curés te balancent de l’eau tiède, c’est peut être que l’Evangile a suffisamment marqué les esprits pour que ce qu’il dit te “tombe sous le sens” mais pas assez marqué les vies pour qu’on soit encore obligés de faire subtil et de le rappeler. Pire pour les portes ouvertes. OK, on les enfonce, mais toi, tu les franchis?

l’homélie est un art, et nous sommes de pauvres artisans. Je te promets qu’on bosse, certains plus que d’autres à ce genre de sujets, et qu’on brûle encore pas mal… mais ce n’est pas suffisant. J’accepte de me faire tancer, et qu’on me dise que j’ai tapé trop souvent à côté, mais je t’en prie, ne me fais pas le coup du “je suis pas venu à la messe, le curé est pire que la tourtel”, parce que c’est peut être ce dimanche là que la Parole que je sers, comme toi, t’aurait brûlé.

PS: si tu veux plus d’infos, pique à Jean Marie Le Guénois un bouquin auquel je viens de participer, “ils sont jeunes, ils sont prêtres, ils sont heureux” qu’on lui a envoyés en envoi presse, ça pourrait te réconcilier avec les curés tièdes comme moi, mais qui y croient encore.

PPS: je sais que ma petite réponse est méchante et beaucoup plus incisive que ton propos qui était bien quand même… mais bon, quand je suis agacé, je dis des gros mots, c’est comme ça. Et puis les gros mots c’est dans le langage informatique et télévisuel du temps, c’est “coloré”. Rouge, en fait. voire “exagéré”.

dimanche 6 novembre 2011 10:08

vestibule et paillasson

Cherbourg,
il pleut[1] .

Mon manteau ruisselle du grain imparable, subi et traversé, 
parapluie d’autant plus inefficace que je l’avais oublié  
chaussures maculées de poussière collée,
de résidus d’une flaque gerbée par un automobiliste indélicat
et un peu de boue mal évitée dans ma hâte…

Il est 20h, coup de sonnette, j’arrive chez les amis qui m’ont invité.
on se salue à la porte, paroles et gestes rituels de fraternité,
un pas à l’intérieur, je dépose mon manteau imbibé dans le vestibule,
frotte mes pieds sur le paillasson, consciencieusement,
même si ça ne m’évitera pas un bon recirage[2] en rentrant plus tard à la maison,
mais le cœur léger, dispo et moins crado pour le salon de mes hôtes,
je peux prendre part à la fête.

rite pénitentiel[3]

paillasson-on-essuie-ses-pieds

Notes :

[1] c’est pour les besoins de l’histoire, il ne pleut pas à Cherbourg

[2] voire un ressemelage plus fondamental à moyen terme

[3] je vous laisse le soin de faire vous-même le parallèle, et la différence entre rite pénitentiel et sacrement du pardon... ;)

jeudi 21 juillet 2011 03:56

t'as vraiment qu'ça à fout'?

Franchement, quand on sait le nombre de camps scouts ou MEJ qui peinent à dégoter un aumônier pendant l’été, le nombre de mariages qui auraient pu être célébrés durant ces deux mois (16 au bas mot), ou de baptêmes (48) ou de messes dominicales (32), on est en droit de se demander ce que fout un prêtre français dans une île indonésienne à une heure de bateau de Singapour.

Certes, il sirote du cognac avec le P. Arro et un séminariste MEP, hyper accueillants ; certes, il boit des bières avec le séminariste MEP tout en parlant de notre ex-supérieur de séminaire commun et révéré, et des enjeux d’envoyer des jeunes volontaires en Indonésie ; certes, il apprend cette délicieuse pratique pastorale qui consiste à passer sa soirée, répertoire de la paroisse en main, à aller sonner à la porte des paroissiens, et rester, sans prévenir, 10 minutes chez eux pour s’enquérir de leur santé, de leur vie, de leurs questions ; certes, il découvre la richesse des parcours bibliques américains proposés aux chrétiens singapouriens ; certes, il décline l’invitation pressante d’une protestante Batak à danser avec eux une danse surprenante mais surtout assourdissante et un peu chiante, malgré l’enthousiasme évident des participants ; certes, il blague à table avec des prêtres de Florès quelque peu difficiles à dérider, tout en attendant patiemment qu’ils aient fini d’avaler à toute blinde les gâteaux qu’il avait gentiment apportés de France ; certes il discute le bout de gras avec une directrice de lycée afin de caler avec elle la venue de coopérants ici en octobre et janvier prochains ; certes il se balade un peu pour connaître mieux une île à deux pas de Singapour, et des richesses à découvrir et valoriser… parce que Batam, au premier coup d’œil, c’est pas gagné.

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Pour toutes ces démarches, être un prêtre ouvre pas mal de portes. Les portes des milliers de presbytères et d’évêchés, les portes des congrégations religieuses, masculines ou féminines… car si le statut des laïcs est quelque peu reconnu et valorisé partout (il y a des “chefs de paroisse” fort compétents en Indonésie), le statut social sacerdotal est assez différent dans nombre de pays. Certains en parlent d’ailleurs avec humour : Ce serait ici le 3e sexe. Google+ n’a qu’à bien se tenir. Néanmoins, une connaissance assez bonne de la langue ouvre aussi des milliards de portes.

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Tout ceci présente aussi quelques inconvénients, à être reconnu et piédestalisé, on perd un peu de liberté de mouvement, il faut constamment se demander si tel ou tel geste est approprié, acceptable par la communauté qui vous accueille et reçoit, il faut aussi un certain sens de l’humour pour passer au delà de situations embarrassantes, et accepter de ne pas être incognito mais potentiellement repéré partout : blanc, parlant indonésien, chrétien et prêtre…

Il y avait tout de même un truc que je n’avais pas prévu. L’année dernière, à Bali, j’avais accepté de concélébrer les messes et avais fait l’expérience de la difficulté de “dire” la messe en langue étrangère. Chaque pays a son rythme de lecture, et un prêtre qui bute sur les mots à la lecture, pose les césures là où il ne faut pas, ou lit mal tel ou tel mot a vite fini par devenir ridicule. Parler, ça va, célébrer, c’est une autre paire de manches. Sans parler des soutanes blanches, des rites propres, et de la difficulté de prêcher dans une langue pas si naturelle que ça.

C’est sans doute fort de toutes ces réserves que je n’ai pas vu le coup venir. Samedi soir, 18h, de nuit donc, on frappe à la porte de ma chambre. C’est le type de l’accueil en bas, serviable et dispo qui vient me poser une question innocente. “mon père a quoi de prévu demain ?”. Ici, le titre sert souvent de pronom personnel. “Ben rien de particulier, la messe ici à 8h, et ensuite je verrai”. “OK. Le prêtre de la paroisse d’à côté est malade. Tu pourrais le remplacer ?” Là, c’est le moment où je lui balance tout mon argumentaire comme quoi ça me parait un peu difficile passque tu vois, la langue, le rythme, les prières, l’homélie, les lectures, toussa, litanie qu’il écoute patiemment puis redemande. Pas de vraie raison pour dire non. J’accepte. Une heure plus tard, on m’apporte tous les bouquins, histoire que je prélise les lectures, oraisons et me familiarise avec le missel. C’est peut être bête, mais dans un missel, il y a des milliards de choix, des rubriques, des traductions, et la première fois, on reste con. On raconte même dans les presbytères l’histoire célèbre de religieuses chantant en latin la rubrique “chanter à mi-voix”. Pour les lectures, pas de bol, c’est le bon grain et l’ivraie, un texte subtil pour lequel l’homélie se doit d’être fine.

Dimanche matin, 7h, on passe me prendre au presbytère. Ici, les paroisses ont facilement une voiture avec chauffeur. Ou plutôt, n’ont qu’une voiture par paroisse et c’est quelqu’un qui est chargé de la conduire/gérer/réparer… On m’avait dit qu’il ne fallait pas que je m’inquiète, c’est une petite paroisse. 800 personnes à la messe de 8h.

Finalement, c’est plus facile que prévu. Etre prêtre seul à présider, et en l’occurrence absolument seul dans le chœur, permet de prendre le rythme de lecture que je veux, et comme j’ai préparé les pages avant et demandé le prénom de l’évêque (Hilarius), tout se passe pas trop mal. Homélie à deux balles sur un texte difficile. Petite surprise toutefois, le diocèse est en synode, et la prière universelle se conclut par une prière récitée par toute l’assemblée… Pour le reste ça va.

Jusqu’au notre père et la prière qui suit que je lis sans encombre notable (à part un nombre conséquent de fautes de lecture, forcément). Mais alors que j’enchaîne avec la prière pour la paix, je vois les sourcils s’arquer. Pas de bol. En France, il n’y a qu’un seul choix de prière après le Notre Père. ici, au moins 6, et je suis en train de lire doctement une variante. Quelques excuses plus tard, je passe 10 pages et retrouve le fil. Tout va bien. On en rira après. Comme on rappellera que “La Providence” (ou le coup de bol, c’est selon) était là, on a donné la communion, il n’est resté qu’une hostie dans le tabernacle. Après la messe, il faut bénir les objets en tous genres, signer les livrets de messe des enfants scolarisés dans le catho (ils doivent noter dans leur livret les références et le sens des textes écoutés.), manger un bakso tout en taillant la bavette avec le prêtre malade qui ne l’est pas tant que ça. (trop sans doute pour présider). La “prestation liturgique” est une des grosses parties de la vie de l’Eglise indonésienne, ils y consacrent beaucoup d’énergie, et pourtant les champs de la mission et de la charité sont immense et encore pour certaines à explorer. Expérience marquante en tout cas, et intéressante. Il y aurait beaucoup à faire.

Deuxième passage obligé de la vie de prêtre, l’invitation à des Ulang Tahun. Si Sœur Machin a son anniversaire, tout le presbytère est invité à casser la graine. Et là, commence un manège tout à fait surprenant. L’autre soir, on a atteint un summum. Invités à 19h pour l’anniversaire de quatre religieuses dans une communauté d’une dizaine, à peine arrivés, nous passons à table, chacune redoublant d’invitations à prendre la soupe de poisson et c’est ici que tout commence à vriller : deux des prêtres enchaînent des petites blagounettes et les sœurs gloussent comme des jouvencelles, faisant mine de s’offusquer. et voilà un des prêtres qui pique une rose rouge dans un bouquet pour l’offrir à une jeune et jolie religieuse, puis qui interpelle les autres jeunes et jolies, les invite à s’asseoir près de lui. On rit à gorge déployée, peut être d’autant plus que la communauté est composée quasiment uniquement de Batak, au tempérament plus expansif. Après ces petites récréations, vient le moment des cadeaux et des discours, dans ce style inimitablement pesant que savent prendre les Indonésiens dès qu’il s’agit d’être officiel. il n’en reste pas moins une impression surprenante de “cour” à peine masquée, ou plus simplement permise parce que rien ne serait réellement possible.

Il me reste toujours une difficulté à comprendre la manière de vivre et de s’équilibrer de ces prêtres, à la fois pachas, et loin de tous, sur occupés sacramentellement parfois, soucieux du développement de leur paroisse et si loin, apparemment de toute initiative pastorale percutante… c’est réellement une autre vie.

Autre vie troublée par l’arrivée pour la nuit d’un prêtre de Kalimantan aux cheveux longs, détaché par son diocèse à la création artistique et la sculpture de statues, et dont le souci pastoral serait de créer non pas une paroisse ghetto où les chrétiens seuls seraient heureux de se retrouver et de donner de l’argent pour la confection de la fausse grotte de Lourdes qu’on retrouve dans chaque paroisse, , mais comme un lieu de rencontre et de dialogue très ouvert, autosuffisant par le travail manuel de ses habitants, curé y compris.

jamais, jamais je ne réussirai à les résumer.

jeudi 14 avril 2011 17:52

y m'énervent

si les chants grinçants vous défrisent
si le bébé devant vous coupe de votre messe
si la mamie qui dit la messe en stéréo vous agace
si votre voisin pue
si vous ne supportez pas son hypocrisie de petit catho souriant bisounours  
mais surtout
si la paix du christ vous distrait dans votre prière
au point d’être tenté de rester yeux fermés pour ne pas voir la main ouverte
si vous vous barrez au plus vite une fois la prière dite
si la solidarité prônée en Eglise par le CCFD voire l’Acat vous les brise…

allez plus loin, n’hésitez pas
demandez à votre curé de racheter des bancs à la manière de ceux de la prison de Fresnes en 1913, et vous serez dégagé du poids des frères congénères.

mais j’arrive pas à me dire que vous allez aimer, quoique on s’en fout, on n’est pas là pour ça, non?

samedi 12 mars 2011 15:03

l'Ecrin Ecrit de Dieu

Mercredi des cendres.
La salle qui héberge l’eucharistie dominicale de la Rosière est squattée par un spectacle d’enfants.
Nous n’avons pas de lieu pour célébrer…

Au soleil couchant, nous installons une table devant la porte de la minuscule chapelle
- exvoto de retour après guerre des hommes d’une famille savoyarde -
un calice, une patène, du buis sec, quelques chaises.

Trop nombreux pour l’intérieur, nous voilà condamnés à célébrer sur le monde
sous les derniers rayons d’un soleil qui réchauffe à peine
mais embrase, encore, toujours, les cimes qui nous servent de piliers

il fait froid, et mordus par la bise, personne ne s’assiéra
Cène debout, chaussures (de ski pour certains) aux pieds, manteau sur les reins
un enfant s’assoupit, épuisé par les cours, un autre joue, entre neige et herbe.

la Parole est offerte, les fronts sont cendrés, l’eucharistie célébrée

Le carême, chemin intérieur, se fait chemin dans le monde
vers un ciel dont on devine qu’il ne faut le chercher (uniquement) les yeux fermés
il sera lumineux, orienté, rassemblé.

S’il faut aller dans le secret pour écouter la voix de Dieu
il faut tout autant emmener au grand jour, au grand vent
son attention pour lire dans Sa Lumière sa Parole écrite, son chemin vers les Cieux.

carême,
redécouvrir ce monde comme l’écrin des cieux, et celui de Dieu.

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(le premier qui se plaint du froid dans nos églises, je lui rappellerai ce souvenir…)

mardi 29 juin 2010 11:23

sébile

Les plus fidèles de l’eucharistie dominicale ne s’assoient pas tous devant. Certains se tiennent en retrait, quelque part, vers le porche, on les connaît sans en savoir plus. Au mieux un prénom, jamais de nom, toujours un état. SDF, “pauvre”, “aviné”, “perdu”,  “A la rue”, rue de leur vie, rue de la société, ils s’égarent en périphérie tant des eucharisties que des avenues, vous disent invariablement “bonjour mon prêtre”, se fendent d’un sourire abîmé. Ils apparaissent quelques minutes dans nos vies hebdomadaires. En dehors, on ne sait rien, sauf les blessures ou cicatrices qu’ils exposent en ouvrant leur main, quémandant quelques euros… Une famille? un logis? une histoire? des liens?  Peut-être, on n’y a jamais réfléchi. On les croise parfois dans un magasin, flânant eux aussi, on bougonne qu’ils ne sont pas toujours là où on les avait cantonnés. Et le dimanche d’après, ils sont encore là. Ou pas.

Parfois, ils sont plus amochés que d’habitude. Bras cassé, gueule de travers, sale odeur de vin. Parfois, on se surprend à réaliser que ça fait des semaines qu’untel n’était plus là. Et il revient. “Bonjour mon prêtre”.

Certains sont organisés. Ils “font” toutes les messes… entrée de celle-ci, sortie de celle-là, ils s’inquiètent des changements d’horaires pour s’organiser. Parfois, souvent même, ils entrent, suivent la messe depuis le fond. On les voit même s’avancer dans la file de communion, bras croisés, “non” de la tête. Je ne peux communier, je veux la bénédiction, parce qu’une paroissienne leur a indiqué comment faire. Christelle d’ailleurs nous avait demandé de préparer son baptême. Le lendemain, elle n’y pensait plus. Le surlendemain, ça revenait. On en parlait, quelques minutes par semaine…

Hier, j’ai appris que Christelle, la trentaine abîmée, fidèle de nos portes ne reviendrait plus. Elle était morte d’un arrêt cardiaque. A l’hôpital. Elle avait été inhumée, après une célébration à Octeville. Pour une fois dans le chœur, pour une fois avec un nom, pour une fois avec ses deux enfants… Je ne connaissais que son prénom, je n’ai même pas su, je n’y suis pas allé, et je découvre que la main ouverte d’une minute hebdomadaire avait deux enfants qui ont perdu une mère, une mère abîmée qui était à ma porte.

Et je rage de ne pas avoir su le demander. Demain, et dimanche, son nom, je le dirai dans le chœur, pour que sa main ouverte soit redécouverte comme une vie, pour arrêter de ne pas voir les invisibles de nos vies.

jeudi 25 mars 2010 21:48

parme léger

la carême, c'est du sérieux

je n’arrive pas à me faire à l’idée que le carême est une période difficile à passer. Y a de la fatigue dans l’air, certes, et certaines journées semblent ne jamais vouloir s’arrêter, mais ce carême, il me plaît. Sans doute ne fais-je pas assez d’efforts pour le rendre pénible, ou ne nourris-je pas assez de remords pour en concevoir de l’affliction, mais faut le reconnaître, le carême, souvent, ça a du bon.

D’abord, ça dure longtemps, et j’ai pas trop l’impression qu’à peine commencé, on en est déjà à la fin… Tant mieux, parce que je mets souvent du temps à me lancer! et puis, de temps à autres, il y a de bonnes surprises, même si elles sont prévues… entre la mi-carême, les dimanches où l’on goûte la joie et voit la vie en rose, les solennités de Marie et de Joseph, où l’on peut enfin chanter à plein poumons, ça rayonne dans tous les étages. Il faut dire que je m’étais donné comme ascèse de ne pas (trop) chanter pendant les messes de semaine, pour goûter les mots dans un retour à l’essentiel. Les solennités n’en sont que meilleures.

Mais surtout, pour un prêtre, le carême, c’est vraiment très beau. Comme tout le monde veut revenir un peu vers Dieu, le sacrement du pardon est vécu de tout cœur, et ça nous réjouit, et donne envie de rendre grâce. Il y a de la justesse et de la douceur dans la conversion. Aujourd’hui, c’était service continu, et les moments donnés pour cela étaient vraiment édifiants, pour nos et vos vies en rapprochement de Dieu.

Il y a certes des moments plus contraignants, comme de rencontrer chez eux un couple pour la préparation du baptême de leur enfant, un couple tout simple, et sympathique, pas nécessairement très pratiquant mais qui voulait donner le baptême à leur enfant, pour le laisser libre. Une première pour moi. C’est plutôt le discours inverse que j’avais entendu jusqu’alors. Mais non. Pour des raisons obscures, le papa n’avait pas été baptisé petit, et il avait toujours trouvé qu’on l’avait empêché par là même de faire des choses que les autres pouvaient. Sa liberté était brimée! Avoir sa  place dans une église, aller au caté, faire sa communion, ou même se marier. il avait dû acquérir seul ces “droits” en faisant “seul” sa préparation au baptême, en primaire. Il voulait ouvrir l’avenir de son fils, et lui donner la possibilité de choisir de profiter du don qu’il n’allait pas lui refuser. Mince. La logique en défiait plus d’un. Alors la contrainte, c’est de ne pas pouvoir leur proposer un Alléluia fort à propos.

Mais mon dernier motif de joie, je l’ai reçu dans les brumes (les affres presque) du sommeil mercredi matin. Comme chaque carême, nous étions une dizaine, posés en vrac dans une salle de classe, avant la première çonnerie, à érafler de nos voix éraillées des chants qu’on ne maîtrisait pas. C’était doux (tout en étant un peu faux). Et puis, de chants en psaumes, d’Evangile en intercessions, nos voix se sont posées dans le Notre Père. Il était trop tôt pour le claironner, ou le faire retentir des éclats des assemblées plus conséquentes. Sans s’être concertés, nous l’avons tous murmuré, et les mots roulaient dans ma bouche comme des bonbons qu’on savoure, comme des galets dans des ruisseaux, comme une douceur qui enveloppait le palais. La prière était bonne, et chacun la dégustait.

alors le carême, cette année… il parme léger.

mardi 3 février 2009 09:17

Il pluvine, il neigeotte (sic), L'hiver vide sa hotte.

"la pluie du matin n'effraie pas le pèlerin."
la neige, si.

l'eucharistie matinale a vu son assemblée
par les intempéries sensiblement diminuée,
qu'importe le nombre, on a la qualité
quand deux ou trois en Son nom se sont rassemblés!

(photo du jardin de l'aumônerie © C.Ferey)

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