vendredi 28 septembre 2012

L'homme en face

Je suis l’homme en face.

Je suis l’homme en blanc que vous avez vu sortir de l’église, alors que vous attendiez sur la place.

Je suis l’homme qui parlera, celui dont vous attendez beaucoup, mais dont vous craignez tant l’erreur que l’ardeur. Si je parle mal, si j’évoque le défunt de manière mal ajustée, si j’affirme trop brutalement la résurrection, si je bute sur les mots, si vous croyez m’entendre dire que “Dieu l’a rappelé”, si j’ai l’air distant, si j’ai l’air vivant, si j’ai l’air sinistre, ou trop ministre, vous m’en voudrez.

Je suis le prêtre des célébrations où vous avez été convoqués. Et quoique vous en pensiez, je vous regarde, de l’autre côté du micro et de l’autel. Je vous vois mais je ne vous entends pas. Ou plutôt j’entends le silence mat que vous opposez, et ce silence m’inquiète.

Oh il ne m’inquiète pas tant pour la qualité ou la beauté de la célébration. Le silence est mon ami, j’aime m’y plonger pour laisser résonner en moi la Parole de Dieu. J’adore aussi me taire en groupe, goûter les vibrations de ce moment d’intériorité partagée. Un groupe de collégiens qui fait silence vit encore plus la communion, il se surprend à se taire, à écouter… Mais si j’aime qu’on fasse silence, j’ai mal pour vous quand on me l’oppose.

J’imagine que c’est peut-être la douleur qui vous rend muet. Quand celui que vous aimiez a disparu, tout s’est déchiré, et le sanglot dispute au cri la maîtrise des cordes vocales, tel un frère Christophe hurlant à la nuit des hommes et des dieux, muré dans le cri de sa peur, de sa souffrance, sans que personne ne puisse l’aider. Il hurle comme les autres se taisent, tétanisés.

ou alors c’est la décence pour ne pas troubler la douleur plus grande du premier rang, des plus touchés, ceux qui ont allumé le cierge, ceux qui ne liront ni les mots de la Bible, ni aucune prière, mais diront leurs mots tellement plus difficiles à énoncer. Si leurs mots sont titubants, votre silence les appuiera.

Pour beaucoup d’entre vous, c’est peut-être parce que ce n’est pas votre foi. Vous êtes venus par amitié, par douleur, par fidélité, mais vous ne devez rien à cette Eglise. Vous êtes là, le regard rivé sur le sol, à 1m17 devant vous, la nuque raidie pour l’empêcher de trembler, le regard dur pour ne pas le laisser s’inonder, et vous ne direz aucun des mots du rite que vous ne (re)connaissez pas.

Franchement, ça ne me fait pas plaisir d’engager ce dialogue et que vous ne répondiez pas. Je trouve ça pire, plus dur encore, mais vous en avez le droit. C’est dommage, la parole du rite est plus facile à habiter que la seule parole que vous oseriez… elle vous emmène sur des chemins que vous ne pourriez vous donner. Je sais bien que vous ne les connaissez pas assez bien, mais ce n’est pas ma question, votre silence me fait un peu peur. Il me fait peur pour vous. 

Vous qui opposez votre silence à la parole de l’Eglise, avez-vous la possibilité de parler au dehors, au bord, au plus près ? Avez-vous dit vos questions, vos peurs, votre souffrance ? avez-vous dit votre amour, votre mémoire fragile, vos rires, et vos déceptions ? Avez-vous dit vos regrets et vos fiertés ? Avez-vous laissé parler un plus silencieux que vous, un plus perdu, un enfant ? Vous avez peut-être peur d’être emporté dans son chagrin, ou pire, de l’emporter dans le vôtre ? Le silence est moins risqué, mais plus destructeur. Pire encore si vous avez décidé de le protéger.

Car le silence se fera génétique*, transmis à votre insu, mais conditionnant le futur adulte… un autre silencieux qui ne saura pas mieux passer cette épreuve. “Taire un enfant”, c’est faire de toute mort un non dit, un inenvisagé, un mort sans visage… quand justement celui qui nous quitte n’avait cessé d’en avoir.

Dans ma famille, mon grand-père s’est suicidé. Personne ne l’a dit, personne ne l’évoque jamais. Il aura fallu de l’audace à tel ou tel pour oser dire cette mort hâtée, parce qu’elle allait le rattraper par la maladie, dire qu’il est parti trop tôt, mais consentir à ce geste, parce qu’il fut fait. Je ne comprendrai jamais, mais ça me permet d’accueillir mon grand père jusqu’au bout, quand bien même je ne l’aurai que peu connu.

Dire quelqu’un, sans l’amputer ni de sa mort, ni de sa faiblesse, ni de ses rires, ni de ses riens, de ses qualités et de ses faiblesses, et les joies-peurs-déceptions-fiertés-transmissions qu’il est pour nous. C’est une audace qu’on ne peut murer dans le silence.

Si l’Eglise parle, si dans la célébration, elle vous invite au dialogue, c’est pour ne pas vous laisser murés dans le passé, mais pour vous inviter à écrire, autrement, l’avenir. Elle vous donne des mots que vous ne maîtrisez pas, parce que vous ne pourriez vous les dire. L’Eglise est le lieu de votre parole. Chrétiens, parlez, chantez, osez. Et vous qui êtes là par fidélité, osez cette parole aussi. Parce que la résurrection, tout comme votre présence, est affaire de fidélité et d’avenir. Et le Christ, Parole faite chair, est au cœur de tout cela.

Parlez pour ceux qui sont murés dans le silence.

Vous serez les uns pour les autres signes d'espérance.

Parce que je ne suis pas l’homme en face, je ne suis qu’un de ceux de cette Eglise qui prend Parole avec vous. Un de vous, et parfois, pour vous, j’ai peur.

(* selon une expression de Boris Cyrulnik)

mardi 7 août 2012

comme de l'eau et du feu sur de la pierre

Devant moi, du roc et du bois.

du bois de cercueil, joliment travaillé avec des visseries patinées, des poignées du même acabit, un voile qui cache les pieds de mauvais métal, et pas mal de fleurs, mortes pour la plupart elles aussi, coupées en couronnes, décorées de ruban. Tout est arrivé là, amené par un ballet millimétré d’hommes en costume gris et à la cravate assortie, grise, ou violine, un ballet qui porte, qui salue le corps d’une légère inclination au signal : “messieurs”. De la componction chorégraphiée d’hommes aux bras lourds. Parfois même, c’est bien fait. Mais reste le bois, et le sticker rouge, ridicule, de la police. Du bois

et juste derrière, de la pierre, massive, brute, souvent, résistante toujours.
Le gros bloc de granit du fils, visage tendu, rugueux, d’un bloc tremblant par moments, inabordable, pogne fermée, broyant les doigts d’un autre, d’une craie plus friable, qui s’effrite sous l’eau salée des sentiments qui l’assaillent. On l’appellerait mollasse, si ça ne prêtait à confusion.
Et l’argile imperméable, fermée, sans eau ni prise de cette femme qui toujours regardera ailleurs
le grès sillonné de pluie, raviné, qui tient à peine, le tuf qui s’effrite, la jaspe qui affleure, colorée, mais fragile, et le silex coupant de celui qui n’a pas digéré, depuis si longtemps avant, et qui toise la religion d’un regard d’acier, sans parler des roches molles, presque liquides, qui ne se raccrochent à rien.
Et derrière, le pierrier, instable, divers, de ceux qui sont venus.

Et dès les premiers mots, je sais que je n’aurai qu’une parole qui effleurera le bois pour aller résonner dans la pierre.
et le silence me répondra. Souvent, en tout cas, ils ne sont que peu à dire, quand bien même ils les connaîtraient, les dialogues liturgiques auxquels je les invite. Mutisme du notre père tu, signe de croix à peine esquissé, bloc massif de regards fuyants pendant l’homélie. Ils sont bruts de douleur, rarement aérés de foi ou d’espérance. Ils sont atterrés, et lestent tout.

Généralement, on obtient qu’un, plus léger, plus proche, plus touché vienne allumer les cierges près du cercueil. Mais ils refuseront de lire. Sauf des mots de leur part, des mots trop lourds impossibles à dire sans choir.

Des chrétiens sont là, qui lisent, répondent, mettent des mots sur l’espérance, rappellent en mots choisis, équilibrés, la vie du défunt, chantent. Parce que sinon planerait un silence de mort. Celui dont on n’a pas besoin.

Il faudrait un burin, ou une mer, un torrent de tendresse pour faire crier les pierres, les faire prier. s’accrocher dans l’homélie sur un accroc de texte, sur un éclat de la nécro pour frayer dans le massif de la pierre un espace où résonnera une parole d’espérance, une parole de vie, une parole de fidélité, d’un amour qui ne sait s’arrêter.

Parfois, leurs histoires ont croisé la grande histoire : ils se sont rencontrés dans un camp de travail, elle était ukrainienne, lui cherbourgeois, ils sont revenus, après la guerre, d’Allemagne, et ont continué à s’aimer. Il aura fallu un de Gaulle pour permettre leur mariage, et lui, les enfants, petits enfants sont là, de pierre (il est sourd comme un caillou) autour de son cercueil de bois. Petite histoire dans la grande. Et la grande histoire du Christ ressuscitant de la mort vient surgir dans leur petite histoire de famille lestée de chagrin, mais ils ne peuvent encore le savoir, pas encore le voir. Ils sont encore la pierre du tombeau.

Parfois, son histoire était plus petite, elle était là, fidèle, aimante, auprès de ses enfants, avec force amour, persévérance, petits métiers et quelques accrocs. On n’oubliera pas les accrocs parce que la fidélité n’est pas panégyrique. Il faut vivre pour elle, par elle, avec elle. En communion. “vous comprenez qu’elle attend de vous que vous viviez?”, parce qu’elle vit, je vous le dis, contre toute évidence.

Parfois la haine a enflammé les familles, parce que la mort remue la vase, parce que le mal était fait, et les mots de l’espérance voudraient polir les arêtes acérées…

Parfois la mort est venue trop tôt, et tout le monde est pétrifié, de près ou de loin, par le mal si visible.

Parfois le mort est seul.

Souvent, ils sont plusieurs qui l’ont connue. Les proches, oui, mais aussi les voisins, les relations, ceux qui n’oublient pas d’être là, mais qui n’osent pas plus laisser respirer l’espérance. Je ne comprends pas vraiment ce qui les empêche de s’avancer pour recevoir le corps du Christ quand l’eucharistie est célébrée, ce qui les pousse à égoutter le goupillon dans le bénitier avant de tracer approximativement deux gestes sur le cercueil, ce qui pousse à laisser quelques centimes pour la forme quand on a donné des dizaines d’euros pour les gerbes mortes, ce qui pousse au silence mutique quand il faudrait dialoguer, à plier la nuque, à rester de marbre devant le bois, je ne comprends pas, comme un marcheur qui ne sait pas lire le pierrier dans lequel il s’aventure, à quelques cairns près.

Quelquefois, la parole touchera, sans faire pleurer, éclaire, étincelle dans quelques regards quelques instants. Ce n’est pas un feu de longue haleine. Je ne crois pas qu’on se convertisse près d’un cercueil, quoi qu’on en dise. On choisit le Christ Vie, on se laisse aimer par lui, pas par la peur de la mort. Il faudra d’autres pas que beaucoup, presque tous ne feront pas. Ils laisseront s’enfouir la pierre.

Et plus tard, quand la brèche ouverte par la Parole, quand l’espérance permise par la prière, quand le Christ qui a été présent à leur douleur persévèrera dans sa tendresse, ils pourront choisir de le suivre, de laisser la lumière transfigurer l’albâtre.

Plus tard, sur ces pierres, il bâtira son Eglise.

Pour l’instant, je n’ai devant moi que bois, et dureté de la pierre.

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PS: Si personne ne pose les paroles d'espérance et de choix de la vie quand la mort vient frapper, alors on mettra de la mélasse autour des tombeaux, rappelant vainement et pétrifiés le passé, et personne ne construira rien sur ces rochers mazoutés. 

samedi 7 avril 2012

Impropères

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Hier soir, c’était vendredi saint. Nous avions fait des choix de temps étiré et de musiques pour faire vibrer le silence. Toucher de notre prière l’Ineffable. Celui qui est le Verbe, qui s’est tu, et que les mots peinent à dire…

Après l’homélie, le stabat mater de Pergolèse, entre chaque intention de la grande intercession, quelques phrases à l’orgue des gnossiennes et des gymnopédies de Satie, pendant la procession de vénération de la croix, une hymne à cette croix, hymne simple et belle. Elle fut trop courte. On chanta encore. Trop court toujours. Et pour la première fois, vite et violemment, pendant que les chrétiens s’avançaient, j’ai lu les impropères, balancés comme ça, à sec, sans musique. Au rythme des vers, sans même m’arrêter pour les répons. Les mots cinglent, les phrases se pressent, le souffle se fait court.

(Chœur)

                                    O mon peuple, que t´ai-je fait?
                                En quoi t´ai-je contristé? Réponds-moi.

Répons 1.

         O Dieu saint,
         O Dieu fort,
       O Dieu immortel,
      prends pitié de nous.

                                  I (Chœur) Peuple égaré par l´amertume,
                                         peuple au cœur fermé,
                                            souviens-toi!
                                          Le Maître t´a libéré.
                                    Tant d´amour serait-il sans réponse,
                                     tant d´amour d´un Dieu crucifié?

                         (Soliste)

                         1. Moi, depuis l´aurore des mondes,
                         j´ai préparé ton aujourd´hui;
                         toi, tu rejettes la vraie Vie
                         qui peut donner la joie sans ombre,
                         ô mon peuple, réponds-moi!

                         2. Moi, j´ai brisé tes liens d´esclave,
                         j´ai fait sombrer tes ennemis;
                         toi, tu me livres à l´ennemi,
                         tu me prépares une autre Pâque,
                         ô mon peuple, réponds-moi.

                                          (Tous) O Dieu saint... !

                         3. Moi, j´ai pris part à ton exode,
                         par la nuée je t´ai conduit;
                         toi, tu m´enfermes dans ta nuit,
                         tu ne sais plus où va ma gloire,
                         ô mon peuple, réponds-moi.

                         4. Moi, j´ai envoyé mes prophètes,
                         ils ont crié dans ton exil;
                         toi, tu ne veux pas revenir,
                         tu deviens sourd quand je t´appelle,
                         ô mon peuple, réponds-moi.

                         5. Moi, j´ai voulu, vivante Sève,
                         jeter l´espoir de fruits nouveaux;
                         toi, tu te coupes de mes eaux
                         mais pour aller vers quelle sève?
                         ô mon peuple, réponds-moi.

                                  II (Chœur) Vigne aux raisins d´amertume,
                                      vigne aux sarments desséchés,
                                            souviens-toi!
                                        La Grappe fut vendangée;
                                     ce Fruit mûr serait-il sans partage,
                                      ce Fruit mûr que Dieu a pressé?

                         (Soliste)

                         6. Moi, j´ai porté le poids des chaînes,
                         j´ai courbé le dos sous les fouets;
                         toi, tu me blesses en l´opprimé,
                         l´innocent tombé sous la haine,
                         ô mon frère, réponds-moi.

                         7. Moi, j´ai porté sceptre et couronne
                         et manteau royal empourpré;
                         toi, tu rougis de confesser
                         le Fils de Dieu parmi les hommes,
                         ô mon frère, réponds-moi.

                         8. Moi, j´ai marché vers le calvaire
                         où mes deux bras furent cloués;
                         toi, tu refuses la montée
                         quand meurt en croix l´un de mes frères,
                         ô mon frère, réponds-moi.

                         9. Moi, je revis depuis l´Aurore
                         où le Vivant m´a réveillé;
                         toi, le témoin de ma clarté,
                         es-tu vivant parmi les hommes?
                         ô mon frère, réponds-moi.

                                     (Chœur) Frère sevré d´amertume,
                                        frère au cœur desséché,
                                            souviens-toi!
                                          Ton frère t'a relevé,
                                    Jésus-Christ, le Verbe et la Réponse,
                                       Jésus-Christ, l´Amour révélé.

et à la fin tous reprenaient, répondaient en frères, en scansion murmurée, sans papier, sans le prévoir… “O Dieu saint, O Dieu fort, O Dieu immortel, prends pitié de nous.” et j’ai fait une overdose de mots puissants, je me suis tout pris dans la tronche. Bon.

mercredi 14 mars 2012

No-Entry

Les aménagements urbains me font parfois sourire, surtout aux abords des églises.

Devant la Basilique de la Trinité et son parvis venté, et histoire, sûrement, d’en préserver le caractère piétonnier, on trouve un simple et unique panneau de …. sens interdit ! Beaucoup pourraient y voir toute une symbolique. C’est assez symptomatique.

Deux exceptions y sont néanmoins accordées… les ambulances, en accès urgence, et les corbillards, pour les célébrations.  Mis à part naissance et mariage, ce sont les raisons qui poussent tout un chacun à la spiritualité, ce sont les « exceptions » acceptables par la société, celles que, dans la modernité, l’on concède à la foi en Dieu : un peu de lumière dans les obscurités de la vie… quand il est moins question de compréhension et d’explication que continuer à vivre : un peu de sens là où il disparaît.

Que la foi soit lumière dans les ténèbres du Mal, de la souffrance, ou du deuil reste une expérience fondamentale : c’est la réponse de Dieu qu’on est prêts à entendre… Mais ce temps du carême vient nous rappeler que cette lumière est appelée à s’immiscer jusque dans le riant et le lumineux de nos journées. Le sens qui surgit dans cette absence vient rejaillir partout.

Parce que se laisser élever, c’est une dynamique de chaque instant et pas une exception,
parce que le Christ lumière nous éloigne, définitivement et en tous temps, des sens interdits. 

Blogdavidlerouge-115

mercredi 9 novembre 2011

hymne pascal

Un homme est mort qui n’avait pour sauveur
Que deux bras ouverts une fois pour la vie
Un homme est mort qui n’avait d’autre route
Que Celui qui l’avait appelé
Un homme est mort quand continue la lutte
contre la mort qui l’a dépassé, séduit, happé

Car tout ce qu’il voulait
nous le voulions aussi
Nous le voulons aujourd’hui
que le bonheur soit la lumière
au fond des yeux, au fond du cœur
Et la justice sur la terre
mais plus en lui, ici.

Il y a des mots qui font vivre
mais qu’on n’accueille plus pour soi
et ce sont des mots si brûlants
le mot Sauveur, le mot confiance
Charité, justice et le mot liberté
le mot Fils, et le mot délicatesse
mots que l’on professe, plus grands que nous
Le mot courage, et le mot consentir
et le mot frère, et le mot camarade
des mots auxquels on croit, qui parfois renvoient
sur ce qu’on ne vit que pusillanime
Et ces mots s’enroulent en spirale suffocante
dans la solitude, suscitant l’irréparable.

Ajoutons-y Pascal
Pascal est mort, vie reprise qu’il ne pouvait plus donner,
en marge de ce qui nous fait vivre
tutoyons-le, il était frère d’arme,
soldat de charité, enfermé dans le combat, désarmé.

Tutoyons-Le, il nous rappelle que le salut
est affaire fragile de fragilité saisie,
qu’Un seul est grand, qu’il y a des gouffre où l’on peut tomber

Tutoyons-nous il nous dessine en sombre l’espérance.

pascalJe crois avoir croisé quelque fois Pascal à la catho, dans nos premières années, j’avais oublié son nom, mais pas son visage. Il avait mené ses appels et ses missions dans des lieux dont j’ignore tout, dans des cercles autres, mais l’annonce de sa mort, inattendue, violente, choquante réanime ma colère contre novembre, sombre et poisseux, qui englue tant d’amis dans des solitudes inespérantes. Le combat, il l’a arrêté, je n’ai de cesse d’espérer que son Dieu saura d’autant plus le saisir, le recueillir, comme une mère son fils blessé au cœur. La foi ne connaît pas beaucoup de héros la nuit, je regrette simplement qu’il n’ait plus pu sentir la tiédeur de nos amitiés, le rose de nos optimismes, le soyeux de nos attentes bienveillantes.

un petit de Dieu est tombé. Et je ne vaux guère mieux.
Pardon et merci à Eluard de m’avoir laissé emprunter ses mots
et merci douloureux à ce billet: http://lawebattitude.blogspot.com/2011/11/205-amis-et-seul.html

jeudi 2 juin 2011

l'absence et la béance

Blogdavidlerouge-180

Il est monté au ciel et nous laisse comme orphelins.

Il y a tant à regretter, il y aurait eu tant encore à partager, et dire, et se réjouir…
Ce qui était important, construit, équilibré a disparu. Celui qui était notre ami est parti.
Il a beau l’avoir annoncé, nous en avoir donné le sens, il y a comme un vide, une béance, un verre à moitié vide…

Sans lui, comment faire, comment dire, comment être ? Le vide appelle-t-il le rien ? la béance appelle-t-elle le découragement ? Jamais nous n’avons appris à faire autrement, à nous construire autour de sa présence non à nos côtés, mais auprès du Père.

Car le Christ est monté aux cieux, nous donnant l’Esprit. Le P. Gérard Niobey [1] ne siffle plus, il est mort, il est auprès du Père... Sans parler de notre foi et notre Eglise qui semblent parfois malmenées, défigurées, blessées.

L’interstice ouvert par l’absence de l’autre aimé, et du Christ, nous appelle à prendre part à la promesse, de manière sans doute nouvelle, inédite, audacieuse. L’Esprit est donné pour discerner, agir, et croire que dans ce vide, dans ce manque, dans cet appel d’air, notre réponse de chrétien adulte est appelée ; et le seul péché qui reste est celui contre l’Esprit…  notre foi est construction d’un monde sauvé et porté par la promesse de Dieu, habitée par l’Esprit. Osons croire que Dieu ne cesse de sauver, surtout au creux de nos blessures… et construire.

billet France Bleu dimanche 5 juin 2011

Notes :

[1] un des prêtres retirés de notre paroisse, inhumé mardi, ça remet les idées en place, et interroge à la fois...  

mercredi 16 mars 2011

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Cher Dieu,

Tu permets que je te tutoie, vu qu’on se fréquente depuis pas mal de temps, et que tu es, comme qui dirait, un intime? Même plus intime à moi-même que moi-même dit-on (jolie phrase dont on n’est jamais sûr de bien savoir ce qu’elle veut dire, mais qu’on dit quand même, parce qu’elle est sûrement vraie). Bon, en fait, tu es plus sérieux sur le côté intime que je ne le suis, mais bon, puisque tu es toujours là, même quand je suis ailleurs, ou absent, ou fermé, ou dérangé, ou occupé, ou tant d’autres choses, je reste convaincu de cette intimité. C’est presque déjà un acte de foi, hein? Donc je te dis tu. Note bien que je dis “vous” à des gens intimes aussi. Mais pour toi, je préfère ‘tu’, ça me permet de rester à ‘tu et à toi’, ce qui est pas si mal. “pouf pouf”.  

Cher Dieu,

Je t’aime bien, tu sais, et je trouve que tous ces petits messages que tu m’as adressés depuis quelques années étaient vraiment sympas. Ils ont un petit côté “sms du nouvel an”, envoyé le 1er jour du temps, et qu’on reçoit bien plus tard, au gré de la connexion au réseau. Bien des fois, je suis pas sûr de voir le rapport, et puis très souvent, ça tombe juste, comme il faut, pile poil, nickel chrome. Pour être franc, je dois en recevoir certains avant la date prévue, vu que je ne les comprends que bien plus tard. Tout le temps Parfois, j’en reçois en numéro caché, et j’ai encore plus de mal. Mais au bout d’un moment, je finis par comprendre et hop, le coup de grâce. Sans parler des messages que je zappe, récepteur sur vibreur, mais vie trépidante. Et puis, en plus des sms impromptus, il y a aussi les longs messages, et les silences parlants, mais parfois, je fais pas gaffe, et là aussi je les rate. Pardon. Pouf pouf.

Cher Dieu,

J’aime bien ta Bible, je la trouve sympa et bien écrite, parfois un peu obscure ou compliquée à comprendre mais ça va. Le jour où j’ai réalisé que tu savais manier les genres littéraires, via les gens qui ont mis toute ton histoire sur papier, j’avoue que ça a été plus facile. J’ai encore souvent un peu de mal, mais ça va. Un des trucs que je trouve balaise, ce sont ces petites questions franchement rhétoriques qui ponctuent ce beau texte, genre “tu peux choisir la bénédiction ou la malédiction”, ou encore le coup du Bon Samaritain. A tous les coups on est d’accord avec toi, et c’est vachement (je suis normand) bien trouvé.

Il y en a juste une qui me défrise les poils des oreilles ces derniers jours, et même un peu trop souvent, c’est celle que tu as soufflée à Paul quand il nous cause via les corinthiens. “O mort, où est ta victoire?”. Ben, euh, comment te dire sans te froisser, ces jours-ci, j’ai du mal à retrouver l’aspect rhétorique. J’ai envie super fort de répondre: “un peu trop partout, surtout là où il ne faudrait pas”. J’avoue en avoir un peu marre, et j’aimerais bien que tu me fasses recevoir le message suivant, celui où je reprends pied, celui où je vois la force et la promesse tenue dans la résurrection de ton Fils, celui où tu me mènes sur un chemin vers toi et qui me fera dire “c’était un sacré ravin, j’y ai beaucoup perdu, mais tu m’as bien récupéré sur ce coup là, et je me sens en confiance pour le prochain”. Là, je me sens un peu Icare qui croyait qu’avec quelques plumes, ça allait le faire. Et Paf.

A ce moment là, comme je ne m’ennuyais pas, on a décidé, dans la paroisse, de proposer des offices supplémentaires dans les églises, et c’est bibi qui s’est coltiné la constitution d’un hymnaire. Quelques heures devant le PC, (facebook globalement éteint pendant le carême) à mettre en forme des hymnes en tous genres, pour pouvoir prier. Et dans la période “temps pascal”, (Pascal qui était super fort sur les questions rhétoriques, ça aurait du me mettre la puce à l’oreille, c’est fou, on n’est pas attentifs parfois), dans la période temps pascal, le temps où tu gagnes, je suis tombé sur ça:

Fini le temps du Golgotha,
fini le cri du Fils de l'homme,
     finie la croix,
     sinon pour l'homme
     que nous sommes.
Où donc est ta victoire, Jésus ressuscité ?

Fini le temps du Serviteur,
fini le soir du Fils de l'homme,
     finie la peur,
     sinon pour l'homme
     que nous sommes.
Où donc est ta victoire, Jésus ressuscité?

Premier réveil au Dieu de vie,
premier matin du Fils de l'homme,
     premier réveil
     aussi pour l'homme
     que nous sommes.
Où donc est ta victoire, ô mort du Premier-Né?

Encore le temps des Golgotha,
encore la soif au cœur de l'homme,
     immense croix
     du Fils de l'homme
     que nous sommes.
Où donc est ta victoire, ô mort du Premier-Né?

Viendra le temps de nos soleils,
viendra ton Jour, ô Fils de l'homme,
     en toi réveil
     de tout cet homme
     que nous sommes.
Ton souffle est notre Pâque, Jésus Ressuscité.

R/ Lumière aux nuits de mort,
feu de Pâque aujourd'hui,
allume un chant d'espoir,
Dieu de Pâque dans nos vies.

(Claude Bernard)

Ok, message reçu. “sinon pour l’homme que je suis”. Ta victoire, va falloir que j’apprenne à la recevoir, dans mon histoire.

merci.

je te claque une bise. Embrasse Jésus, sa mère, le Saint Esprit et les bienheureux de ma part,

Bisous,

David.

mardi 22 février 2011

derrière la saleté

Derrière la saleté
S'étalant devant nous
Derrière les yeux plissés
Et les visages mous
Au-delà de ces mains
Ouvertes ou fermées
Qui se tendent en vain
Ou qui sont poings levés
Plus loin que les frontières
Qui sont de barbelés
Plus loin que la misère
Il nous faut regarder

regarder un homme mourir, sans barrière,
sans paix, sans chair, et le regard tendu, exorbité.
deviner dans la tension une histoire finie trop tôt
une force disparue, une puissance détruite
des métastases annihilant la merveille d’un corps
et d’une vie.
le voir sans décence
agir pour lui
juste parce qu’il est.

Il nous faut regarder
Ce qu'il y a de beau
Le ciel gris ou bleuté
Les filles au bord de l'eau
L'ami qu'on sait fidèle
Le soleil de demain
Le vol d'une hirondelle
Le bateau qui revient

détourner les yeux, s’arrêter sur le joli ?
taire la mort sous des fleurs charmantes?
occulter la violence pour ne voir que l’espoir
ou accepter de poser un œil de paix sur celui qui disparaît.

il nous faut regarder
toute la beauté blessée
une histoire griffée
un espoir tourmenté
il reste ami fidèle
veut être là demain
sa vie n’est pas moins belle
en son brutal déclin.
(dirais-je plutôt)

il est sûrement mort maintenant,
plus de tension dans les os, une chair disparue,
ni de violence des iris, ni murmures torturés.

Par-delà le concert
Des sanglots et des pleurs
Et des cris de colère
Des hommes qui ont peur
Par-delà le vacarme
Des rues et des chantiers
Des sirènes d'alarme
Des jurons de charretier
Plus fort que les enfants
Qui racontent les guerres
Et plus fort que les grands
Qui nous les ont fait faire

ce n’est pas doux de pleurer,
de se battre, de résister,
ce n’est pas facile d’être le messager
de la nouvelle qui finit, qui broie, qui détruit,
celui qui fait naître la peur.
mais de là à détourner l’oreille…

Il nous faut écouter
L'oiseau au fond des bois
Le murmure de l'été
Le sang qui monte en soi
Les berceuses des mères
Les prières des enfants
Et le bruit de la terre
Qui s'endort doucement.

La chanson du jeune Jacques Brel
ne me plaît pas tant aujourd’hui
quand elle détourne le regard
pour chercher l’anodin joli
évitant la violence.

J’aime poser un regard apaisé sur le monde
en dévoiler la beauté, voir ce qui s’en dégage
le dire sans fard, mais en mots crus
”exprimer” le beau d’un monde en travail.

le regard apaisé est un chemin de crête
quand on n’est pas si fort,
le risque néanmoins  est d’être submergé
de dévaler mystique, ou de nier la mort

je veux un chemin qui ne soit hagiographique
allégorique ou détourné,
mais bien de sainteté

acceptant d’en mourir
et de ressusciter.

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et encore une naissance à venir, chez A&B… vie et mort, travail…
demain, un enterrement.

dimanche 20 juin 2010

l'appel que peu entendirent

Les mois de juin ne laissent pas les prêtres indifférents. On boucle à tout va, on professionne de foi, confirmationne, première communionne, marie, baptise, inhume… On bilantise, réunionnise, dit “au-revoir”, “bonne route”, “bonnes vacances”, “à bientôt”… on bouscule nos agendas, bouleverse les habitudes ; plus de groupes de KT, d’établissements, du vide dans les aumôneries, mais les semaines se parsèment de bouts de camps d’été… Bref, c’est la fin des temps.

crédit photo Christine BosquetAu mois de juin, les évêques vident aussi leurs séminaires à coups d’ordinations à tout va, ou au moins autant que faire se peut… et parfois c’est peu. Les dimanches après-midi se passent donc dans les cathédrales, en cohortes d’aînés accueillant un ou plusieurs nouveaux frères, homélies à rallonge, liturgies ciselées, émotions saisissantes. Voir d’autres s’allonger dans la même cathédrale, dire une première fois des mots qui nous habitent chaque jour, ce n’est pas rien, pour chacun ; prendre dans ses bras le nouveau frère, après lui avoir imposé les mains, ça vous retourne dans vos quotidiens… et dans la pertinence de votre propre appel. La vie des prêtres n’est pas habituellement tournée vers leurs propres questions pour qu’ils aient l’opportunité, ou la disponibilité d’interroger leur être-là. Les vies de ceux qu’ils rencontrent les habitent bien plus sûrement. Mais en ces jours de juin, quand de nouveaux frères s’engagent, et qu’on relit sans hâte bruissent à nouveau les chuchotements de l’appel.

Un appel discret, somme toute, cherché pendant des semaines, des mois, des années. Un appel dont on aurait parfois préféré qu’il fut plus clair, plus grandiloquent, plus enthousiasmant, jamais à la mesure de nos rêves, toujours différent. Parfois, il fut un désir secret qui attendait une parole pour passer d’une intuition à un choix, une réponse, une vie. Et puis la question secrète retentissant dans l’intime, la parole à deux devint acte engageant tant d’autres… On se rend disponible et l’aventure nous échappe. Un peu comme l’appel du 18 juin, personne ne l’a vraiment entendu, sauf quelques rares, mais cet appel changera la vie de ceux qui ne l’ont pas entendu comme tel, mais se laisseront modeler par lui. Et parfois la vie du prêtre en est là. Modelée par la discrétion d’un appel simplement entendu, cette mise en route modèle sa vie et celle de ceux qui l’entourent, marqués, peu importe leur gré par ces mots échangés, dans un cœur… puis dans un chœur.

imageCinq jours après l’ordination, nous étions nombreux, encore, pour ces retrouvailles malheureusement trop courantes. Eglise d’Equeurdreville, aubes et étoles, l’une d’entre elles posée sur un cercueil… Une vie, un prêtre  vient s’allonger à nouveau dans un chœur, butant sur le bois, rassemblant parents, amis, chrétiens, touchés. Le panégyrique n’en finit pas. Mais l’on perçoit sous la litanie des associations soutenues, des œuvres réussies tout une qualité de présence, une vie reliée, de tous les côtés.

De la somme des petites joies et déceptions, il ne reste pas grand chose quand on les regarde d’aussi haut… et les petites touches de Dieu passées par notre ministère pour une part interchangeable, puisque relié à l’unique nécessaire continuent leur chemin dans les cœurs où elles ont été ciselées, par notre intermédiaire maladroit. 

Cela fait maintenant six ans que je ne sais quelle case emplir dans mes déclarations. Suis-je éducateur, ministre, cadre, employé, fondateur, DRH, administrateur, distributeur, personnel de service, animateur… puisque la case prêtre n’existe généralement pas pour la société?

artisan peut-être, d’une Œuvre qui me dépasse, dans laquelle chacun prend sa place, sans bien le savoir parfois. Je ne touche la perfection à laquelle j’aspire que par l’action d’un Autre au travers de mes efforts. Je laisse simplement faseyer en claquements plus sonores une brise que ma vie continuera de chercher.

pour mon sixième anniversaire d’ordination, ma sœur et mon beau-frère qui m’avaient déjà gratifiés de chaussons schrek, et d’une église playmo sont revenus à la charge. Ils ont déployé “grandeur humaine” ce qui fut un objet de mon enfance… peut être justement parce que nous faisons toujours cela, donner l’espace de notre vie à une rencontre première.

là ce fut plus prosaïque. J’avais donc, petit, une peluche panthère rose.

IMG_5403
hélas!
(elle fait maintenant plus d’un mètre cinquante)

dimanche 29 novembre 2009

le rendez-vous raté

Ça aurait pu être parce que j’ai perdu mon téléphone pendant plus de 24 heures. Il a dû sonner, mais je l’avais mis en mode absolument silencieux. J’ai essayé de m’appeler. Rien. D’autres ont dû le faire aussi, ils sont tombés sur mon message enregistré il y a tant d’années !  Entre le train, le squattage dans des maisons parisiennes, le métro, il pouvait être n’importe où. Il aurait fallu le désactiver.

C’est fou ce que ce machin peut prendre comme importance. Les données qui sont dedans sont certes copiées sur le PC (au cas où), les messages sont toujours accessibles depuis le site web (ce qui me permet de les trier quand ils sont trop nombreux et de les écouter par ordre d’importance), mais je l’avais perdu. Et mes rendez-vous noté dessus aussi. Deux jours plus tard, il revenait, planqué sous une pile de papiers à jeter ranger. Bardé de messages. Pas un seul pour un rendez-vous manqué. Ouf. J’ai fait tout ce que j’avais à faire. Emploi du temps serré, que des rencontres intéressantes et fructueuses. Dans l’intervalle, j’ai même vidé ma boîte mail… En temps presque utiles !

C’est d’ailleurs une joie de prêtre de voir que tout va globalement bien. Voir que les signes qui vont dans le bon sens sont largement plus nombreux que les autres, que les projets qui avancent en rejoignent quelques uns et les font avancer.

Comme ce sondage par exemple que je me suis amusé à lancer ici… Les résultats sont fort intéressants.

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D’abord, malgré tout ce qu’on peut dire sur l’évangélisation sur Internet, et l’alibi que ce serait pour un prêtre, vous êtes surtout des cathos à venir régulièrement ici, lire tout ce qui se dit dans la cathosphère… Dans tout ce petit monde, un bon nombre me connaissait « dans la vraie vie » et vient voir ce que je peux raconter ici, dont une inquiétante partie (10) se prend pour ma mère ;) , et peu de paroissiens… Sinon, il y en a aussi pas mal qui ont cliqué sur un lien (sacristains ou d’autres amis comme Matthieu Lefrançois, Edmond Prochain, Frédéric ou Véronique), une invitation FaceBook ou dans un article de presse (il n’y a pas si longtemps, « prêtre blogueur » était encore assez insolite pour en faire un article)… Parmi vous, un bon nombre vient finalement découvrir « de l’intérieur » la vie d’un jeune prêtre, dans ses fondamentaux comme (et surtout) dans ses accessoires… ça me plaît parce que ça a toujours été le projet : au travers de mes rencontres, lectures, photos, heurs et malheurs, des petits riens de chaque jour racontés, que Dieu se dise, et se fasse une place ! Le tout avec un certain humour pas toujours drôle, mais apprécié notamment par les 26 pingouins transsexuels de Tasmanie.

Les mécontents sont part infime… les arrivants par hasard, ou pas du « sérail » aussi… ou tout au moins ne répondent pas à ce sondage. Voilà les chiffres de la majorité. Ils sont intéressants, ils alimentent ma manière de vivre ce projet de blog…

Mais voilà aussi le rendez-vous manqué. C’est celui qui bouleverse toujours un prêtre de l’intérieur. Il ne va jamais bien parce que « tout va globalement bien », il attend toujours parce qu’il en manque un, parce qu’un enfant de six ans est mort sans raison, parce qu’une jeune pourrait se retrouver sur ce chemin là, parce qu’un seul a été blessé, parce qu’un seul manque à l’appel.

Celui qui manque, ce « un » qui vous fait tout quitter pour le retrouver, il est toujours là, en creux dans mon ministère, dans mon écriture. Creux parce que je n’ai pas su le voir, parce qu’il ne s’est pas laissé approcher, parce que mon ministère en course m’a fait oublier sa lenteur, parce que ce n’est pas « moi » qui sauve, mais le Christ qui me fait collaborateur de son œuvre. J’y suis pour quelque chose, ou pas tant que ça. Mais il manque.

Alors je pourrais écrire pour la majorité, pérorer pour ceux qui sont en vie, rire avec les joyeux, et je le fais. Mais je veux, comme prêtre, teinter ce rire, cette écriture, cette fierté des petits manques qui nous tendent comme de vrais vivants. J’ai raté le rendez-vous avec le manquant. Et rien ne saurait s’arrêter tant qu’il ne sera pas retrouvé.

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