Poussant le sens de la découverte et de la passion pour un pays à l’extrême, j’ai eu la joie de goûter à l’asphalte indonésienne ces derniers jours, en application rugueuse et manuelle, via une petite glissade à moto organisée par mon chauffeur du soir. Conclusion petit bobo dans la main pour moi, belles éraflures pour lui, et une heure à faire des blagues à l’hosto avec les religieuses qui, comme cadeau d’anniversaire, m’ont piqué contre le tétanos. Bref, je peux désormais attester de l’efficacité des urgences indonésiennes. Je les avais déjà goûtées il y a bien longtemps avec les jeunes du séminaire, ça peut être efficace (surtout quand on a le bon réseau, en fait, ou les sous)
Il y a néanmoins des endroits dans le monde que quasiment personne ne connaît vraiment, comme Batam où je suis pour l’instant. Ce n’est pas une île super charmante mais la première île indonésienne depuis Singapour. Intérêt touristique restreint, il y a quelques grosses entreprises dans la zone franche, pas mal de monde ici pour le business, et les pauvres qui vont avec. Comme l’île rassemble des Indonésiens de toutes les parties du pays, il n’y a pas vraiment de relations sociales traditionnelles mais des mall où on peut dépenser son fric. Un coopérant y enseigne l’anglais, dans un lycée catho du coin, permettant aux élèves de se dépasser au delà des habitudes et des formatages habituels. Il les pousse vers un peu d’excellence, qui les mettra sans doute au service des autres plus tard.
Simplement, qui dit business, fric, entreprises dit bas peuple tout planqué dans des bas quartiers que l’on peut très bien ne pas regarder. Pour déblayer le boulot d’un prochain coopérant, j’ai été accompagné hier dans un de ces bidonvilles (pour simplifier). Ce sont des gens sans qualification, de Flores pour la plupart, qui vivent du ramassage et du tri des ordures de la ville. Ils récupèrent ce qui est vendable (plastique, carton, métal) et balancent le reste, via un système de trieurs/acheteurs/refourgueurs. Les familles ont bâti de bric et de broc, de parpaings et de tôle ondulée parfois, des baraques sur un terrain pourri appartenant à une entreprise quelconque qui peut les virer du jour au lendemain, leur remboursant à peine le prix des clous. Des familles nombreuses s’entassent là, l’eau arrive une fois de temps en temps, les évacuations se font par les rigoles, le chemin est parfois vaguement cimenté, bordé de pneus usagés, et à chaque pluie, tout doit se transformer en bourbier. Ils ont bricolé des brouettes ou des remorques pour ramasser les ordures, bricolé leur maison, organisé comme ils ont pu. Mais ils ont bâti une chapelle, ils fabriquent une salle pour que les enfants puissent être accueillis, s’efforcent de venir à la paroisse pour la messe, même si le peu de transport en commun rend la démarche soit impossible, soit trop onéreuse. Assis sur des tabourets en plastique, un verre d’eau posé sur une table qu’on a fait apparaître rapidos, on parle de tout ça. Je suis avec leur curé. Là, clairement pas d’hôpital pour les malades, et de l’école pour les petits mais sans grande conviction. Difficile d’y croire dans de telles conditions.
Certes, il y aurait besoin d’argent, de manière évidente. Pour la santé, la salubrité, la construction, les vêtements, la nourriture, l’eau, l’éducation… mais je me dis que ces enfants ont aussi besoin de croire en des projets, de voir qu’on croit en eux… Et du coup, j’aime bien le boulot de la DCC.


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