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samedi 23 février 2013

Pemulung di Tanjung Uma

Poussant le sens de la découverte et de la passion pour un pays à l’extrême, j’ai eu la joie de goûter à l’asphalte indonésienne ces derniers jours, en application rugueuse et manuelle, via une petite glissade à moto organisée par mon chauffeur du soir. Conclusion petit bobo dans la main pour moi, belles éraflures pour lui, et une heure à faire des blagues à l’hosto avec les religieuses qui, comme cadeau d’anniversaire, m’ont piqué contre le tétanos. Bref, je peux désormais attester de l’efficacité des urgences indonésiennes. Je les avais déjà goûtées il y a bien longtemps avec les jeunes du séminaire, ça peut être efficace (surtout quand on a le bon réseau, en fait, ou les sous)

Il y a néanmoins des endroits dans le monde que quasiment personne ne connaît vraiment, comme Batam où je suis pour l’instant. Ce n’est pas une île super charmante mais la première île indonésienne depuis Singapour. Intérêt touristique restreint, il y a quelques grosses entreprises dans la zone franche, pas mal de monde ici pour le business, et les pauvres qui vont avec. Comme l’île rassemble des Indonésiens de toutes les parties du pays, il n’y a pas vraiment de relations sociales traditionnelles mais des mall où on peut dépenser son fric. Un coopérant y enseigne l’anglais, dans un lycée catho du coin, permettant aux élèves de se dépasser au delà des habitudes et des formatages habituels. Il les pousse vers un peu d’excellence, qui les mettra sans doute au service des autres plus tard.

Simplement, qui dit business, fric, entreprises dit bas peuple tout planqué dans des bas quartiers que l’on peut très bien ne pas regarder. Pour déblayer le boulot d’un prochain coopérant, j’ai été accompagné hier dans un de ces bidonvilles (pour simplifier). Ce sont des gens sans qualification, de Flores pour la plupart, qui vivent du ramassage et du tri des ordures de la ville. Ils récupèrent ce qui est vendable (plastique, carton, métal) et balancent le reste, via un système de trieurs/acheteurs/refourgueurs. Les familles ont bâti de bric et de broc, de parpaings et de tôle ondulée parfois, des baraques sur un terrain pourri appartenant à une entreprise quelconque qui peut les virer du jour au lendemain, leur remboursant à peine le prix des clous. Des familles nombreuses s’entassent là, l’eau arrive une fois de temps en temps, les évacuations se font par les rigoles, le chemin est parfois vaguement cimenté, bordé de pneus usagés, et à chaque pluie, tout doit se transformer en bourbier. Ils ont bricolé des brouettes ou des remorques pour ramasser les ordures, bricolé leur maison, organisé comme ils ont pu. Mais ils ont bâti une chapelle, ils fabriquent une salle pour que les enfants puissent être accueillis, s’efforcent de venir à la paroisse pour la messe, même si le peu de transport en commun rend la démarche soit impossible, soit trop onéreuse. Assis sur des tabourets en plastique, un verre d’eau posé sur une table qu’on a fait apparaître rapidos, on parle de tout ça. Je suis avec leur curé. Là, clairement pas d’hôpital pour les malades, et de l’école pour les petits mais sans grande conviction. Difficile d’y croire dans de telles conditions.

Certes, il y aurait besoin d’argent, de manière évidente. Pour la santé, la salubrité, la construction, les vêtements, la nourriture, l’eau, l’éducation… mais je me dis que ces enfants ont aussi besoin de croire en des projets, de voir qu’on croit en eux… Et du coup, j’aime bien le boulot de la DCC.

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samedi 8 décembre 2012

l'effet Duflot

Le catholique est salement irascible ces temps-ci, et comme il découvre que ses grognements plaisent beaucoup aux médias et rassemblent du populo, il s’indigne, il s’offusque, il réagit. Il y a de quoi, certes, quand tant d’enjeux de société se jouent, et pas des moindres. La mort, la naissance, l’amour : qu’un gouvernement s’y attelle et s’accapare le droit de les régenter sans en parler, c’est plus réactionnaire que n’auraient osé nombre de curés, et même de prétendues divinités.

Si en plus on les accuse, les catholiques se sentent mal. Jouant d’un effet d’annonce, d’un anticléricalisme de bon aloi et d’une offuscation rétroactive peu onéreuse, la ministre Duflot a flingué à mots à peine cachés les cathos. Passque tu vois, pendant qu’on vote des lois sur l’euthanasie et la PMA dans les salons des assemblées, les quelques religieux sénescents, moribonds et rarissimes habitent des demeures gigantesques en plein cœur de nos cités. Et une petite réquisition pourrait s’imposer.

crédit : Sébastien Le Clézio/Secours Catholique Lors de la mobilisation du Collectif des associations unies pour le logement, le 5 décembre, une personne annonçait la cérémonie des morts de la rue du lendemain. Mais depuis la publication du faire-part, de nombreux décès ont eu lieu. -  JPEG - 44.7 ko

Mais une réquisition de quoi? de couvents gigantesques aux chambres chauffées et inutilisées, de cloîtres luxueux, réfectoires vides, aux tables chargées de chaussée aux moines et de jambons d’abbaye, les coffres gorgés d’or et de calices précieux qui prennent la poussière. Bon. Le mythe est là, la réalité moindre. Les bâtiments qui ont pu être dévoués à l’aide le sont déjà depuis siii longtemps, et les autres ne le peuvent pas. Les règles de sécurité, quand on veut faire du bien, sont souvent fort, très fort, drastiques.

Bon, l’attaque (qui n’en est pas une, nous dit-on) a agacé les chrétiens de tous bords. C’est pas mal parce que jusqu’alors, c’étaient surtout les cathos de droite qui montaient grave au créneau. Là, ce sont pas mal de super bonnes volontés qui se sont senties offensées. A commencer par les religieux qui sont pourtant vachement cool, normalement, et qui cherchent peu la castagne.

On pourrait se réjouir d’un mouvement de société qui associe catholiques (mais muets, hein, sans croix toussa) et société civile dans une lutte de fond contre la pauvreté, c’est hélas un triste mouvement qui au contraire s’est initié. Parce que “l’effet Duflot”, c’est que l’attaque a réveillé la culpabilité moyenne du catho de base dans son rapport à la pauvreté et au royaume de Dieu qui s’annonce. Grosse grosse grosse culpabilité. Au point de se poser la question de l’utilisation du moindre mètre carré chauffé inutilisé la nuit à attribuer aux … aux qui déjà? sdf? sans papiers? demandeurs d’asile? mal logés? etc.

On leur file les clés, on écarte les tables, on leur demande d’être gentils, et ils apportent des nattes pour dormir par terre comme dans leur pays.

C’est gentil, et c’est con. Le secours catholique met en œuvre des programmes ambitieux de proximité, d’accompagnement, de projet, de structures, de liens sociaux profonds depuis des années, et on revient en arrière pour une charité mal placée. Zéro projet, juste une situation d’urgence qui pourra durer, et des situations malsaines qui vont s’installer. Les associations avaient de beaux projets, et on en fait quoi, hein? 

Franchement, ce genre de fibre, c’est la même qui fait dire aux mamans “finis ton assiette, pense aux Africains”. Les Africains, ils méritent mieux que le fond de mon assiette. LA PAUVRETE mérite mieux que nos mauvaises consciences et un sommeil gêné, elle mérite un combat plus ambitieux, Cécile. Si tu veux aider, donne à ceux qui savent faire, pas à ton service de comm ni à nos culpabilités maladives, merci.

jeudi 16 février 2012

Malang

Il y a quelque chose de profondément imprévu et inanticipable dans la mission que la DCC m’a confiée il y a un an. Dans un pays comprenant plus de 220 millions d’habitants, 17000 îles, quelques centaines de langues, il s’agit de rencontrer les situations et les personnes qui auraient besoin, ou pourraient permettre la venue d’un coopérant. Autant chercher une aiguille dans une aciérie, avec un détecteur de métaux pour seul outil. Et pourtant les besoins et les liens ne manquent pas, et il y a vraiment des situations pour lesquelles un coopérant pourrait abattre un boulot formidable pour (presque) pas un rond.

Ce qui m’étonne, et agace mon amour propre, c’est qu’on finit par les trouver. En arrivant à Malang cette année, ville hors des sentiers battus que j’avais découverte l’an dernier parce que les sœurs qui y sont présentes ont leur maison mère dans le diocèse de Coutances, en arrivant à Malang hier, je ne savais pas comment les premiers contacts, certes très polis, allaient tourner. Il était question d’une réunion à 10h, ou à midi, de la messe à 5h30, mais le curé de la paroisse où je squatte (parce que oui, je squatte) était allé accompagner un confrère dans une église à 6h de route d’ici, donc était passablement absent.

de manière absolument pas délibérée, j’ai zappé la messe. J’ai bien entendu le muezzin vers 5h, vu que le voisin d’en face de l’église, c’est une énoooorme mosquée, mais je me suis rendormi juste après. La veille au soir, j’avais tapé la discute avec le tout petit groupe des jeunes de la paroisse, causé photo avec un probable futur séminariste, et retrouvé le fameux mec qui s’occupe des enfants des rues. C’est lui, avec deux de ses protégés qui était venu me chercher à l’aéroport. Bref. Je ne voulais pas rater le rendez-vous.

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En arrivant à l’université catholique, personne. les jeunes sont en vacances. C’est une espèce de malédiction qui me poursuit, chaque fois que j’y vais, ils ne sont pas là. On me colle dans un bureau, débarque le prêtre que je connais, accompagné du jeune qui m’a emmené sur sa vespa jusqu’ici. Débarque aussi un homme qui est directeur de jsais pas trop quoi. Je commence à expliquer les tenants, les aboutissants, les difficultés, les enjeux, et au bout de 20 minutes, il me raconte qu’il était super pote avec les coopérants de Bali d’il y a quelques années… Surtout ne pas arrêter de sourire…

La conversation, polie, sympathique les amène à me conduire vers le patron de l’université. Je réalise que, par conséquent, je ne sais pas avec qui je parlais depuis une demie-heure. C’est un prêtre, en col romain, et la rencontre prend un tour inattendu. A la différence des questions polies et sympathiques, ce sont des points hyper circonstanciés, des renseignements ultra précis qu’on me demande, des enjeux que je ne devine qu’à peine. Le type est puissant, la conversation marathonienne. Je ne sais pas si je suis en train de couler ou d’avancer. tout cela peut se révéler génial ou totalement ubuesque. Pour avancer, il va falloir bosser avec le ministère de la coopération en France, l’ambassade en Indonésie, et pas mal d’autres machins, et j’en perds souffle. Tout cela en une bonne heure non stop et hallucinée.

Le pire, c’est que j’étais relativement préparé, même si rien de tout cela ne m'’était vraiment annoncé. On rentre, déjeune tranquillement, bavasse avec une sœur (c’est la 2e religieuse que je croise aujourd’hui… elle, elle attend que l’averse se calme). Et le prêtre de la paroisse, qui a fini par rentrer et que je croise pour la 2e fois (une première fois vers 9h00 quand il émerge après une très très courte nuit), Bref, le prêtre me demande si je veux aller à l’ordination des diacres de l’après midi. Nous sommes un jeudi. Et à 16h30 il va y avoir une ordination de diacres. Au pluriel. Va pour l’ordination. je m’allonge un instant et me réveille une heure plus tard, exactement dans la même position. Ouch. Sommeil de brute. Nous filons à l’ordination, et comme on ne m’a pas filé de soutane blanche, j’ai opté rapidos pour le col romain. Tant mieux parce que je me retrouve dans les bancs avec une étole (mais sans aube, brrr) pour la fameuse ordination de … 13 diacres par l’évêque du coin. 13 diacres mais pas un pour lui. des SVD, des carmes à chaussures, des missionnaires trucs, un diocésain du diocèse d’à coté… la célébration dure 2h15, sans relief particulier, mais 13 à la douzaine, c’est une première pour moi. Ils ont optimisé certains gestes (on leur remet l’Evangile trois par trois, tout en leur donnant la paix par la même occasion, on leur file étole et dalmatique qu’ils vont enfiler en douce dans la sacristie) ça reste quand même émouvant. A la fin, après deux mini discours, tout le monde (familles, curés, bonnes sœurs) se barre aussi sec.

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Vu qu’on attend qu’un prêtre vienne nous chercher, on se pose dans un salon dans lequel l’évêque vient nous saluer; il se rappelle de ma venue il y a quelques mois, on échange deux trois mots. Il est tard, faut songer à manger.

le P. Eko et le P. Sugeng m’emmènent dans un des restos chics de la ville pour manger plein de petites choses délicieuses, super épicées, et un peu surprenantes (j’aime bien l’idée de manger des pigeons, mais la tête, ça fait toujours bizarre). Débarque dans le resto un chanteur à la mode avec sa nouvelle copine officielle, dont la peau a dû être blanchie à la chaux. ils investissent une table immense avec une petite cour tout autour d’eux, augmentée bientôt du chef de la police qui vient glousser à leur table. Les agents chargés de sa garde personnelle papillonnent à la table d’à côté. C’est vraiment complètement hallucinant. Au moment de repartir, on voit le convoi de voitures de police dernière génération et voitures de prestige encombrant tout le parking, et, cela va sans dire, bloquant tout le monde.

J’avoue que j’espère que mes hôtes vont me ramener chez moi. Ils s’arrêtent pourtant sur la route. Nous revoici dans l’antre des enfants des rues, un des rares lieux où on croit suffisamment en eux pour avoir la prétention de vouloir les sauver. Eux, c’est ce petit gars d’à peine 10 ans, mèche blonde décolorée, c’est ce mec qu’il faut cacher, c’est une maman qui partage son VIH avec son bébé, c’est la minette aux allures de garçon qui n’aime que les filles, c’est le drogué qui n’a rien pris depuis 50 jours, ce sont les chanteurs des rues, etc, etc. Et le grand chef de tout cela, en calbut parce qu’on l’a réveillé, nous montre les photos d’une vieille qui a été renversée par une voiture mais qui n’a pas été soignée depuis des semaines. Son dos est ouvert, purulent, des vers sortent des plaies. Les photos sont insoutenables, le nettoyage des plaies un boulot qu’un boucher renierait. C’est hallucinant de souffrance, de violence, de pauvreté.

Comme apparemment ça doit se voir que je commence à comater, on laisse tomber tout cela et on rentre tranquillement. Sur le chemin du retour, une voiture de police, toutes sirènes hurlantes, ouvre la route pour la voiture de luxe du chanteur.

parfois l'Indonésie, ça fait pleurer.
Sinon, ça ouvre quelque chose dans ma vie trop bien rangée.

photos bonus: même sur les photos les plus posées, t’en as toujours un qui déconne.

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et la veille à Bangka:

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vendredi 10 février 2012

devant moi se tenait Natalia

mais l’idylle se termina globalement là. Peu de sourires en réponse aux miens, pas la moindre réponse à mes tentatives désespérées de nouer le contact. Pas plus de succès d’ailleurs avec son frère, Santo, qui émettait un vague et court mhh quand le conducteur lui avait demandé si c’était bien là le chemin.

Natalia et Santo étaient donc quelques minutes auparavant sur le siège arrière, silencieux, le visage fermé. En communication mineure, nous avons tout de même trouvé la petite route au bout du 6e pont. Au-delà, la mer. Simplement.

Descendre de voiture sous le cagnard, aviser un jeune qui disparait sous quelques planches, et une fois les sacs sur le dos, se retrouver posés dans le fond d’une barque, Natalia et Santo devant, le P. Yance, Benoît, moi puis le jeune marin qui avait disparu sous le ponton. La mer est haute, le vent souffle bien du nord, et la barcasse toute basse emporte quelques paquets de mer quand elle accroche des vagues sur son flanc. 30 minutes, sous un soleil de plomb, slalomant entre des îles apparemment bien peu habitées. 

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Rien de prévu comme ça dans mon emploi du temps. Levé avant 7h pour le petit dej, deux trois discussions avec un ancien directeur du lycée en train de fonder un petit séminaire, 20 minutes à l’arrière de la moto du gardien, son fils à l’avant entre ses bras, j’avais rendez-vous avec la directrice actuelle du lycée, femme dévouée qui avait accepté cette responsabilité. Nous devions relire le parcours du coopérant qu’elle a accueilli dans son établissement. L’échange fut bon, bref, efficace et intéressant. Si toutes les réunions pouvaient avancer aussi vite... Bon, la veille, elle m’avait collé un sacré lapin, mais on ne gère pas toujours aussi bien qu’on le désire son emploi du temps, surtout quand un de ses professeurs doit emmener son fils à l’hosto…

10h, nous convenons avec le responsable de l’organisation qu’il pourrait être bon que je retourne voir le foyer où des volontaires étaient venus quelques années auparavant. Un foyer au milieu de nulle part, sans eau courante ni électricité, sans moyens mais accueillant les enfants des îles alentours, un foyer pour enfants de primaire. Le confort, ici, c’est pas fourni avec ! Même pour les deux sœurs qui gèrent les 76 garçons et filles.

Ce que je n’avais pas saisi, c’est que Yance, le prêtre, avait envisagé de pousser un peu plus loin, visiter une petite communauté locale à une demie-heure de bateau du bout de la route. Et comme c’est le village des deux enfants, ils nous accompagnent, histoire de voir quelques heures leurs parents. Sinon, ils ne rentrent qu’aux vacances. A 9 ans.

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Ils sont donc à la proue durant ce petit périple et disparaissent à peine sommes-nous arrivés. nous avons dépassé d’autres villages sur pilotis, des mangroves, des îles en pagaille… il y en a en gros 300 dans les environs. A peine le pied sur le ponton peu raccord, un chino-malais nous aborde en souriant… et pendant trois heures il ne nous lâchera pas. Yance a lancé il y a 3 ans un crédit coopératif, permettant à des petites gens d’ouvrir un compte et de pouvoir demander des micro crédits. Alors le chinois raconte, et raconte encore toutes ses aventures. Il montre ce qu’il réalisé, les 220 bassins de mer pour les poissons d’élevage, les bassins pour les alevins, les aventures avec la police… discours ponctué de “tu n’oublieras pas de leur dire, hein”. Il paiera, certes, mais pas forcément juste dans les temps, alors il faut raconter.

On mange du poisson tout frais, et juste cuit, absolument délicieux, et accompagné d’un piment absolument violent. A la fin du repas, les deux prêtres que nous sommes bénissons un enfant bien mal en point depuis sa naissance, avec un handicap qui ne pourra que s’accentuer. ça promet de ne pas être facile pour lui, dans ce village de pêcheurs. Avant de s’installer ici il y a une petite trentaine d’années, ils étaient de ces hommes et femmes qui vivaient sur leurs bateaux, au gré du temps, des pêches… ils se sont installés mais pas franchement enrichis. Pas tous en tout cas.

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Nous finissons l’après-midi dans la famille de Natalia (invisible) et Santo (impassible). Maison au bout d’un autre ponton, simple à l’excès, toujours avec le chinois qui emplit la conversation, les hommes de la famille, ses employés qui opinent et sourient, les jeunes qui écoutent : rien que des hommes assis par terre pendant qu’on nous offre… un verre d’eau. Ici, clairement, il n’y a : rien. Aux femmes il manque des dents de devant, et certains jours, l’assiette doit sembler bien creuse. La maison, c’est un micro-crédit qui l’a permise. Elle n’existe que parce que certains ont quand même cru en eux.  Natalia et Santo, avec leur CM1, doivent dépasser le niveau d’études de quasiment tout le monde dans la maison. Mais ils ne parlent pas plus, s’effacent à force de ne pas avoir de place. Ils sont des petits. Et leur scolarité, ce sont des chrétiens de Singapour qui la paient.

Au retour, on discute avec Yance. Ils ont tellement rien que lors de la dernière grossesse d’une des femmes de la famille, grossesse qui tournait en fausse couche, ils hésitèrent sur la conduite à tenir. En un coup de fil, et quelques heures de transport, on l’emmena à l’hôpital. Et quelqu’un avança l’argent qu’il faut montrer avant les soins. Sinon, simplement, elle en serait morte. simplement.

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Du coup, c’est con mais j’ai envie de filer un coup de main, aussi. Et Yance me reprend. L’organisme de micro crédit a financé pour un des jeunes un des bassins pour faire grandir des poissons, sous la coupe du fameux chinois parleur. L’argent ne lui a pas été donné, mais prêté. Argent qu’il faudra rembourser, argent qu’on ne pourra pas dépenser ou jouer… argent qui compte. Parce que les respecter, ce n’est pas leur faire la charité. C’est apprendre à se tenir debout, même quand rien ne vous y a jamais préparé.

Pan sur le nez du petit blanc en mal de générosité.

Alors le silence de Natalia, je l’aime.

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Je sais qu’on pourrait prendre ça pour des vacances, et mes bras auraient du mal à le démentir… mais au travers de tout ça, on pressent autre chose, une construction d’un monde auquel j’aspire, et qui fait du bien… jusque dans ces non-lieux là

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vendredi 20 janvier 2012

petit précis d'ébriété existentielle

ces heures où je me laisse happer par ta colère, je la sens m’irradier, me soulever, me défigurer, me pousse à répondre au lieu d’écouter la souffrance qui en est le vrai objet, chaque fois que je crie plus fort que toi, ou que je me tais, te murant dans le silence parce que je ne crois pas en ta parole, je titube ma vie

ces heures où j’ai peur, de tout, de toi, de l’autre qui m’inquiète, de sa parole, de son regard, de son jugement, ces heures où l’extérieur n’est que le reflet de ma peur, je titube ma vie

ces heures où je mate une série, épisode après épisode, tenu dans une haleine sans souffle, dans une passion sans raison, dans un vide sans fond, jusqu’au bout de longues nuits, je titube ma vie

ces heures où je ris trop fort, parce que tout va bien, ou parce que je voudrais que tu le croies, que je le croie, je titube ma vie

ces heures où je bois ce verre en plus, ce verre pour l’ébriété légère et oublieuse, celle des lendemains de bois et des soirées qui finissent dans la ouate, celles des joies par omission, je titube ma vie

ces heures où j’ai laissé le temps filer sans vie sur Facebook et ses amis, je titube ma vie

ces heures où je ne ris plus mais je te l’impose comme l’ascèse de ma souffrance, je titube ma vie

ces heures où j’attends la réponse à tel billet, tel trait d’humour, telle im-pertinence, désirant des fruits sans maturité, je titube ma vie

ces heures où je te regarde en te désirant, non pour ce que tu es, mais pour ce que tu me fais, me passionnes, me rends désirant, ces fois où l’autre ne vaut que pour moi, je titube ma vie

ces heures où je n’aime pas mon fils, mon premier, mon second, ces fois où j’ai du mal à supporter son petit penchant qui m’agace, que n’a pas son frère sa sœur, ces fois où j’ai peur de ne pas assez l’aimer, je titube ma vie

ces heures où je laisse mon confrère, mon collègue s’enliser, s’enfermer, s’humilier, que cela serve ou non mes intérêts, je titube ma vie

ces heures où j’oublie la distance entre l’information, la vraie, et son concentré dans le robinet régulier de mon flux Twitter, rss, télé, radio, chaque fois que je crois juste de m’époumoner pour défendre la vérité, où mon habitation dans La vérité t’empêche par ma vindicte de nous y laisser baigner ensemble, je titube ma vie

ces heures où j’erre sur les linéaments du sacrement du pardon, où je dis peu, où je dis rien, où je n’ai pas la simplicité de Te dire ce qui me brise vraiment, je titube ma vie

ces heures où je mens, à dessein, et parfois même sans enjeu, je titube ma vie

ces heures où je t’ai dit “oui”, “je te rappelle”, “je ne t’oublie pas”, et je ne le fais pas, presque consciemment parfois et ironiquement, je titube ma vie

ces heures où je te souris dans le dos, ironique, je titube ma vie

ces heures où je baisse les yeux pour ne pas me laisser transpercer par ton regard, je titube ma vie

ces heures où je blablate, plus ou moins précieusement, pour enjoliver une platitude pas assez incarnée, je titube ma vie

ces heures où le désir sexuel se fait irrépressible parce que sans accroche, sans raison, futilement, où je glisse inexorablement vers l’inanité d’un site porno, pour rien, sauf pour le regretter, je titube ma vie

ces heures où je t’impose mes yeux pour te terrasser par mon regard, je titube ma vie

ces heures où je ne veux pas aller voir l’autre con, je titube ma vie

ces heures où je lis et oublie, dans une poursuite éperdue d’une culture qui ne me travaille pas, je titube ma vie

ces heures où je retarde le moment pour aller te voir, parce que ça ne sera pas gai, parce que ni toi ni moi n’irons mieux après, mais il faudrait pourtant y aller, je titube ma vie

ces heures où j’ai péroré seul ou en société sur la cohérence d’une vie, sur sa simplicité, taisant l’échec, je titube ma vie

ces heures où je t’ai écrit, consciemment ou même pas, ces mots qui te déchirent encore, je titube ma vie

ces heures où je t’ai dit “oui” mais du bout du cœur, à peine, je titube ma vie

ces fois où je Te prie, embourbé en moi, laissant la glaise du quotidien s’immiscer dans les silences, je titube ma vie

ces heures où je me laisse glisser, mort un peu déjà, je titube ma vie

ces heures où je m’en veux de ne t’aimer que par fidélité, je titube ma vie

ces heures où je t’ai dit “désolé, j’ai pas d’argent sur moi” parce que je ne sais pas te donner 2€, je titube ma vie

ces heures où je ricane de la sainteté, je titube ma vie

ces heures où j’ai raison, mais m’en gargarise, en jouis, je titube ma vie

je titube, balançant d’un pied sur l’autre, sans équilibre, sans direction, je tourne sur moi même et ne m’effondre pas. Certaines heures se saoulent de déraison, de méraison, de vide lâchement consenti. Je titube un instant, repars plus avant, je titube parfois plus longtemps. Pourquoi t’acharnes-Tu à me redresser, l’alcoolique de la faiblesse ? C’est si éprouvant de se laisser aimer.
pourquoi ne puis-je pas te donner plus de raisons de m’aimer ?

et sans cesse Tu le fais.

billet où, bien souvent, je est un autre.

jeudi 19 janvier 2012

En face de l'Evangile, ce n'est pas d'être peu nombreux qui est grave, c'est d'être immobile ou de marcher comme des vieillards

Partez dans votre journée sans idées fabriquées d'avance
et sans lassitude prévue,
sans projets sur Dieu,
sans souvenir sur lui,
sans bibliothèque,
à sa rencontre.

Partez sans carte de route pour le découvrir, sachant qu'il est sur le chemin et non au terme.
N'essayez pas de le trouver par des recettes originales: mais, laissez-vous trouver par lui dans la pauvreté d'une vie banale.

La monotonie est une pauvreté : acceptez-la.
Ne cherchez pas les beaux voyages imaginaires.
Que les variétés du Royaume de Dieu vous suffisent et vous réjouissent.

Désintéressez-vous de votre vie, car c'est une richesse que de tant vous en soucier :
alors la vieillesse vous parlera de naissance et la mort de résurrection ;

le temps vous paraîtra un petit pli sur la grande éternité; vous jugerez de toutes choses selon leurs traces éternelles.

Madeleine Delbrêl, "Humour dans l'amour", tome III des Œuvres Complètes 2005 - Nouvelle Cité - Joies venues de la Montagne, p81)

 

Chaque petite action est un événement immense où le Paradis nous est donné, où nous pouvons donner le paradis.

Qu'importe ce que nous avons à faire : un balai ou un stylo à tenir; parler ou se taire; raccommoder ou faire une conférence; soigner un malade ou taper à la machine.

Tout cela n'est que l'écorce d'une réalité splendide, la rencontre de l'âme avec Dieu, à chaque minute renouvelée, à chaque minute accrue en grâce, toujours plus belle pour son Dieu.

On sonne ? Vite, allons ouvrir .
c'est Dieu qui vient nous aimer.

Un renseignement ? le voici:
c'est Dieu qui vient nous aimer.

C'est l'heure de se mettre à table: allons-y :
c'est Dieu qui vient nous aimer.

Laissons-le faire

(Madeleine Delbrêl, "La sainteté des gens ordinaires", tome VII des Œuvres Complètes 2009 - Nouvelle Cité - Nous autres, gens des rues, p30)

mardi 29 novembre 2011

si tu avais Un ami...

Je n’ai pas envie de passer dans le camp de la peur, qui considère l’autre comme pourri, le camp de la certitude qui m’engonce dans mon bon droit offensé ; je n’ai pas envie de supputer une attaque en règle de vieux comptes à régler, par un “on” diffus et malodorant contre une église victime innocente, je ne veux pas te jeter ma prière à la gueule, ni même mon regard atterré, je ne veux pas t’éviter que tu saches ma souffrance parfois, je ne veux pas désespérer de l’homme, ni cesser de l’aimer quand il n’est pas aimable…  je ne veux pas jeter une société avec l’eau de son bain.

Mais je ne comprends pas l’homme quand tout un pan de l’altérité n’est plus respecté, honoré, reconnu. Ne dois-je aussi ne craindre, ne respecter que celui qui peut me démasquer, m’inquiéter, sévir, ou me mettre en danger ? n’y a-t-il que le bâton et la vidéosurveillance qui me gardent d’être au plus bas de moi même, d’être l’humiliant ? N’y a-t-il pas un domaine où l’homme devine qu’il fricote avec le vulgaire, la lie de son humanité ? Est-il humain de haïr, dénigrer, négliger, vilipender, rejeter, s’approprier ?

alors parfois, je voudrais te poser une question, à toi qui, masqué par ta bêtise, ton alcool, ta bravade, ta colère, ton âpreté au gain facile et immérité qu’ils “auraient dû mieux protéger, c’est leur faute”

quel verrou a sauté dans ta tête quand tu salis une tombe ?
quand tu voles 3 bibles dans une librairie ?
quand tu piques le siège de présidence en velours et les tapis d’une église ?
quand tu célèbres tes profits sur les décombres de l’usine qu’on a fermée pour te les donner ?

quand tu insultes un croyant, au nom de je ne sais quelle vérité, avec ou sans majuscule ?
quand tu dis qu’on a trop d’étrangers ?
quand tu dessines une croix renversée sur un portail, quand tu souilles une statue ?
quand tu salis un petit ?

quel héros te crois-tu, dans cette obscurité où tu jubiles ?
le héros qui a su blesser sa propre humanité…
où est l’ami qui aurait su retenir ton bras ? où est l’ami qui t’aurait fait l’honneur de te permettre d’être toi. le vrai toi.

tu me fais penser à un homme sous antidépresseur, dans ces premiers jours désinhibés… qui vacille à deux pas du suicide… Quel sera l’ami qui retiendra ta main quand tu continueras d’humilier en toi ce qui est trésor d’humanité?

je t’en veux d’étriller ma foi en toi. Je t’en veux. Le Christ, après tout, est mort de cela.

mercredi 9 novembre 2011

hymne pascal

Un homme est mort qui n’avait pour sauveur
Que deux bras ouverts une fois pour la vie
Un homme est mort qui n’avait d’autre route
Que Celui qui l’avait appelé
Un homme est mort quand continue la lutte
contre la mort qui l’a dépassé, séduit, happé

Car tout ce qu’il voulait
nous le voulions aussi
Nous le voulons aujourd’hui
que le bonheur soit la lumière
au fond des yeux, au fond du cœur
Et la justice sur la terre
mais plus en lui, ici.

Il y a des mots qui font vivre
mais qu’on n’accueille plus pour soi
et ce sont des mots si brûlants
le mot Sauveur, le mot confiance
Charité, justice et le mot liberté
le mot Fils, et le mot délicatesse
mots que l’on professe, plus grands que nous
Le mot courage, et le mot consentir
et le mot frère, et le mot camarade
des mots auxquels on croit, qui parfois renvoient
sur ce qu’on ne vit que pusillanime
Et ces mots s’enroulent en spirale suffocante
dans la solitude, suscitant l’irréparable.

Ajoutons-y Pascal
Pascal est mort, vie reprise qu’il ne pouvait plus donner,
en marge de ce qui nous fait vivre
tutoyons-le, il était frère d’arme,
soldat de charité, enfermé dans le combat, désarmé.

Tutoyons-Le, il nous rappelle que le salut
est affaire fragile de fragilité saisie,
qu’Un seul est grand, qu’il y a des gouffre où l’on peut tomber

Tutoyons-nous il nous dessine en sombre l’espérance.

pascalJe crois avoir croisé quelque fois Pascal à la catho, dans nos premières années, j’avais oublié son nom, mais pas son visage. Il avait mené ses appels et ses missions dans des lieux dont j’ignore tout, dans des cercles autres, mais l’annonce de sa mort, inattendue, violente, choquante réanime ma colère contre novembre, sombre et poisseux, qui englue tant d’amis dans des solitudes inespérantes. Le combat, il l’a arrêté, je n’ai de cesse d’espérer que son Dieu saura d’autant plus le saisir, le recueillir, comme une mère son fils blessé au cœur. La foi ne connaît pas beaucoup de héros la nuit, je regrette simplement qu’il n’ait plus pu sentir la tiédeur de nos amitiés, le rose de nos optimismes, le soyeux de nos attentes bienveillantes.

un petit de Dieu est tombé. Et je ne vaux guère mieux.
Pardon et merci à Eluard de m’avoir laissé emprunter ses mots
et merci douloureux à ce billet: http://lawebattitude.blogspot.com/2011/11/205-amis-et-seul.html

lundi 4 avril 2011

vous voulez vraiment qu'on disparaisse du débat public ?

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C’est marrant. J’avais toujours imaginé que c’était lié à Pâques, tous les ans… mais ça doit être plutôt le début du printemps qui veut ça. La saison du “Pan dans la gueule” “Mange ça” “T’es pas encore parti?” “tu pourrais pas cesser un peu d’exister?”, etc. L’année dernière, le postulat de base était que tous les prêtres étaient des violeurs d’enfant potentiels, voire actifs. Avec une préférence pour les petits garçons. En aube. Dans les sacristies. Parce que voyez vous, le célibat, l’abstinence ne peuvent conduire qu’à une chose : le viol, l’abus sexuel, et si ma chasuble était en bronze, vous entendriez... L’hallali avait été sonné juste avant le retour des cloches, et ce fut un festival de doutes organisés sur le thème “protégeons les enfants”. Tout le monde y allait de son couplet, de son expérience (et là c’est grave, on ne le dira jamais assez : ça reste un drame) ou de son “on dit”, de son opinion et de son fiel. Point de retenue, jusque dans les médias les plus sérieux happés par la vague, au point de faire retentir un “appel à la vérité” signé par plus de 30 000 internautes. Bref, il ne faisait pas bon être curé. On m’avait même interviewé, plus (sur radio France) ou moins bien (ailleurs)…

Ces jours-ci, ce ne sont plus les “curés” qui prennent cher. Ceux là ne font que parasiter les fonds publics pour financer leurs cultes moyenâgeux. Non, le thème est plus ‘positif’, c’est la laïcité. Une laïcité sans dialogue, une laïcité d’opinion, de posture, une laïcité qui exclut par principe de tout débat public celui qui, lobotomisé par les idées religieuses, devrait en être partie prenante, le croyant, seul ou en société. On le soupçonne de manœuvrer, de récupération, de spoliation… On lui dénie tout droit à la parole puisqu’elle le concerne, et vise éventuellement à l’évincer.

Et pour l’instant, ce sont les tribunes et les commentaires qui fleurissent. Le bon droit a ses règles, notamment celle de “tous les coups sont permis”. Agressivité sans borne contre les croyants qui sont décérébrés, pompent le trésor public, lançant des prières démodées vers un ciel vide qui les castre de ce qui fait la vraie vie, la vie d’aujourd’hui. Qu’un croyant ose répondre, il se fait massacrer. Que les responsables des religions prennent la parole publiquement pour ne pas limiter le sujet à une récupération politique, et les boucliers se lèvent contre. Le principe de la laïcité et des relations entre religions et Etat ne doit être débattu et décidé que par des personnes qui ne sont pas croyants, et pas concernés.

alors:

Laissons la question du sens à la société dans son anonymat ; laissons la se donner à elle même les paroles qui la stimulent, laissons aux impôts le soin de toute la solidarité nationale et internationale, laissons les supermarchés nous indiquer ce qui est bon, beau, et vrai, laissons à des holdings anonymes d’actionnaires la morale sociale et politique, laissons Durex nous apprendre à aimer, laissons aux pompes funèbres la facture pour gérer la mort, laissons Fun Radio dire ce qui fait du bien aux ados, laissons au supermarché religieux la joie de dire que tout se vaut, laissons aux médicaments le soin de taire la souffrance, et aux anxiolytiques celui de la camisoler, vendons les églises, virons les curés qui ne sont intéressés que par leurs propres affaires, laissons à Michel Onfray le plaisir de penser à notre place, aux éligibles le devoir de nous caresser dans le sens du poil, aux tentateurs celui de laisser libre cours à nos désirs les plus égoïstes; humiliez le désir de votre grand mère qui voulait mourir en conformité avec ses convictions, ça ne change plus rien, elle n’est plus, pacsez vous pour rompre plus facilement, laissez tomber la conscience, ça fait mal, laissez encore plus tomber le pardon, il est injuste, n’engagez le dialogue qu’avec ceux qui en sont dignes, ceux qui ne croient pas en autre chose que vous.

Mais aussi : interdisez aux chrétiens l’engagement au sein de la société, près des prostituées, des mères seules, des sdf, des pauvres en tous genres, déniez à tous ceux qui ont des convictions d’agir en leur nom.

Et donnez-moi 60€ de l’heure quand je vous reçois, j’accompagne vos enfants dans leurs projets, vous accueille 6 heures pour votre mariage, pour l’enterrement de votre grand mère, payez l’assurance de mon implication, louez le bâtiment à clocher à partir de 1000 €, sans parler de l’orgue, prenez rendez vous, et vous serez facturés,

Obligez moi à me marier, à renoncer à mon obscurantisme, peut-être même à mon altruisme, interdisez moi de prier, de soutenir, de parler. Limitez la question du sens à la sphère individuelle, et vous aurez le plaisir d’entendre plus souvent la réponse de ce collégien à l’un de ses camarades. Il venait de perdre un proche. L’autre lui dit: j’aimerais pouvoir t’aider, et si tu veux, je vais prier pour lui. “Pas besoin, je gère tout seul”.

Bon courage.

Blogdavidlerouge-102

et surtout, n’oubliez pas de réduire l’autre à ce que vous savez de lui, ça simplifie le réel. Et si jamais vous devez prendre une décision pour toute la société, ne vous embarrassez pas du dialogue avec les concernés. vous savez mieux qu’eux ce qui est bon.

mardi 22 février 2011

derrière la saleté

Derrière la saleté
S'étalant devant nous
Derrière les yeux plissés
Et les visages mous
Au-delà de ces mains
Ouvertes ou fermées
Qui se tendent en vain
Ou qui sont poings levés
Plus loin que les frontières
Qui sont de barbelés
Plus loin que la misère
Il nous faut regarder

regarder un homme mourir, sans barrière,
sans paix, sans chair, et le regard tendu, exorbité.
deviner dans la tension une histoire finie trop tôt
une force disparue, une puissance détruite
des métastases annihilant la merveille d’un corps
et d’une vie.
le voir sans décence
agir pour lui
juste parce qu’il est.

Il nous faut regarder
Ce qu'il y a de beau
Le ciel gris ou bleuté
Les filles au bord de l'eau
L'ami qu'on sait fidèle
Le soleil de demain
Le vol d'une hirondelle
Le bateau qui revient

détourner les yeux, s’arrêter sur le joli ?
taire la mort sous des fleurs charmantes?
occulter la violence pour ne voir que l’espoir
ou accepter de poser un œil de paix sur celui qui disparaît.

il nous faut regarder
toute la beauté blessée
une histoire griffée
un espoir tourmenté
il reste ami fidèle
veut être là demain
sa vie n’est pas moins belle
en son brutal déclin.
(dirais-je plutôt)

il est sûrement mort maintenant,
plus de tension dans les os, une chair disparue,
ni de violence des iris, ni murmures torturés.

Par-delà le concert
Des sanglots et des pleurs
Et des cris de colère
Des hommes qui ont peur
Par-delà le vacarme
Des rues et des chantiers
Des sirènes d'alarme
Des jurons de charretier
Plus fort que les enfants
Qui racontent les guerres
Et plus fort que les grands
Qui nous les ont fait faire

ce n’est pas doux de pleurer,
de se battre, de résister,
ce n’est pas facile d’être le messager
de la nouvelle qui finit, qui broie, qui détruit,
celui qui fait naître la peur.
mais de là à détourner l’oreille…

Il nous faut écouter
L'oiseau au fond des bois
Le murmure de l'été
Le sang qui monte en soi
Les berceuses des mères
Les prières des enfants
Et le bruit de la terre
Qui s'endort doucement.

La chanson du jeune Jacques Brel
ne me plaît pas tant aujourd’hui
quand elle détourne le regard
pour chercher l’anodin joli
évitant la violence.

J’aime poser un regard apaisé sur le monde
en dévoiler la beauté, voir ce qui s’en dégage
le dire sans fard, mais en mots crus
”exprimer” le beau d’un monde en travail.

le regard apaisé est un chemin de crête
quand on n’est pas si fort,
le risque néanmoins  est d’être submergé
de dévaler mystique, ou de nier la mort

je veux un chemin qui ne soit hagiographique
allégorique ou détourné,
mais bien de sainteté

acceptant d’en mourir
et de ressusciter.

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et encore une naissance à venir, chez A&B… vie et mort, travail…
demain, un enterrement.

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