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vendredi 20 janvier 2012

petit précis d'ébriété existentielle

ces heures où je me laisse happer par ta colère, je la sens m’irradier, me soulever, me défigurer, me pousse à répondre au lieu d’écouter la souffrance qui en est le vrai objet, chaque fois que je crie plus fort que toi, ou que je me tais, te murant dans le silence parce que je ne crois pas en ta parole, je titube ma vie

ces heures où j’ai peur, de tout, de toi, de l’autre qui m’inquiète, de sa parole, de son regard, de son jugement, ces heures où l’extérieur n’est que le reflet de ma peur, je titube ma vie

ces heures où je mate une série, épisode après épisode, tenu dans une haleine sans souffle, dans une passion sans raison, dans un vide sans fond, jusqu’au bout de longues nuits, je titube ma vie

ces heures où je ris trop fort, parce que tout va bien, ou parce que je voudrais que tu le croies, que je le croie, je titube ma vie

ces heures où je bois ce verre en plus, ce verre pour l’ébriété légère et oublieuse, celle des lendemains de bois et des soirées qui finissent dans la ouate, celles des joies par omission, je titube ma vie

ces heures où j’ai laissé le temps filer sans vie sur Facebook et ses amis, je titube ma vie

ces heures où je ne ris plus mais je te l’impose comme l’ascèse de ma souffrance, je titube ma vie

ces heures où j’attends la réponse à tel billet, tel trait d’humour, telle im-pertinence, désirant des fruits sans maturité, je titube ma vie

ces heures où je te regarde en te désirant, non pour ce que tu es, mais pour ce que tu me fais, me passionnes, me rends désirant, ces fois où l’autre ne vaut que pour moi, je titube ma vie

ces heures où je n’aime pas mon fils, mon premier, mon second, ces fois où j’ai du mal à supporter son petit penchant qui m’agace, que n’a pas son frère sa sœur, ces fois où j’ai peur de ne pas assez l’aimer, je titube ma vie

ces heures où je laisse mon confrère, mon collègue s’enliser, s’enfermer, s’humilier, que cela serve ou non mes intérêts, je titube ma vie

ces heures où j’oublie la distance entre l’information, la vraie, et son concentré dans le robinet régulier de mon flux Twitter, rss, télé, radio, chaque fois que je crois juste de m’époumoner pour défendre la vérité, où mon habitation dans La vérité t’empêche par ma vindicte de nous y laisser baigner ensemble, je titube ma vie

ces heures où j’erre sur les linéaments du sacrement du pardon, où je dis peu, où je dis rien, où je n’ai pas la simplicité de Te dire ce qui me brise vraiment, je titube ma vie

ces heures où je mens, à dessein, et parfois même sans enjeu, je titube ma vie

ces heures où je t’ai dit “oui”, “je te rappelle”, “je ne t’oublie pas”, et je ne le fais pas, presque consciemment parfois et ironiquement, je titube ma vie

ces heures où je te souris dans le dos, ironique, je titube ma vie

ces heures où je baisse les yeux pour ne pas me laisser transpercer par ton regard, je titube ma vie

ces heures où je blablate, plus ou moins précieusement, pour enjoliver une platitude pas assez incarnée, je titube ma vie

ces heures où le désir sexuel se fait irrépressible parce que sans accroche, sans raison, futilement, où je glisse inexorablement vers l’inanité d’un site porno, pour rien, sauf pour le regretter, je titube ma vie

ces heures où je t’impose mes yeux pour te terrasser par mon regard, je titube ma vie

ces heures où je ne veux pas aller voir l’autre con, je titube ma vie

ces heures où je lis et oublie, dans une poursuite éperdue d’une culture qui ne me travaille pas, je titube ma vie

ces heures où je retarde le moment pour aller te voir, parce que ça ne sera pas gai, parce que ni toi ni moi n’irons mieux après, mais il faudrait pourtant y aller, je titube ma vie

ces heures où j’ai péroré seul ou en société sur la cohérence d’une vie, sur sa simplicité, taisant l’échec, je titube ma vie

ces heures où je t’ai écrit, consciemment ou même pas, ces mots qui te déchirent encore, je titube ma vie

ces heures où je t’ai dit “oui” mais du bout du cœur, à peine, je titube ma vie

ces fois où je Te prie, embourbé en moi, laissant la glaise du quotidien s’immiscer dans les silences, je titube ma vie

ces heures où je me laisse glisser, mort un peu déjà, je titube ma vie

ces heures où je m’en veux de ne t’aimer que par fidélité, je titube ma vie

ces heures où je t’ai dit “désolé, j’ai pas d’argent sur moi” parce que je ne sais pas te donner 2€, je titube ma vie

ces heures où je ricane de la sainteté, je titube ma vie

ces heures où j’ai raison, mais m’en gargarise, en jouis, je titube ma vie

je titube, balançant d’un pied sur l’autre, sans équilibre, sans direction, je tourne sur moi même et ne m’effondre pas. Certaines heures se saoulent de déraison, de méraison, de vide lâchement consenti. Je titube un instant, repars plus avant, je titube parfois plus longtemps. Pourquoi t’acharnes-Tu à me redresser, l’alcoolique de la faiblesse ? C’est si éprouvant de se laisser aimer.
pourquoi ne puis-je pas te donner plus de raisons de m’aimer ?

et sans cesse Tu le fais.

billet où, bien souvent, je est un autre.

samedi 2 juillet 2011

carnet de voyage de l'immobile

Galilée (&confrères) avait raison, c’est marrant cette histoire de rotation
on est posé sur son coin de terre immobile qui file à toute allure
et on se retrouve croisé par une foultitudes de destinées
de sens plus ou moins concordants, certains de concert, certains zigzaguants,
lune, étoiles, bouleaux, ruisseaux, rocher déposé là, bâtisses d’éternité
amis, camarades, relations, méconnus, mésaimés, inconnus
fidèles ou inattendus, ponctuels ou en pointillés
on pourrait raconter une histoire en mouvement, puisqu’on est tant traversé.

et puis certains jours, à force d’être traversé de tant d’histoire
vous mettez le pied dans le mouvement, déplaçant l’inertie à la mesure du monde
vous vous piquez de le rattraper, courir après, pour l’attendre un peu plus loin
grisé de vitesse, d’émotions nouvelles, de rencontres improbables
vous changez de carré de pré pour goûter différemment le quotidien
et traverser la vie de vos fidèles amitiés.

Mais lièvre ou tortue, traversé ou traversant, dérouté dans
l’épique ou l’opaque, le mouvement n’est pas tant dans la vitesse
que dans l’attention aux petites choses, aux vibrations, qui se délectent…

cène unthédefous 1

Je me poserai plus épisodiquement ces prochaines semaines en ces pages
l’été est propice aux infidélités à l’agenda propret, aux courses de plus longue haleine
aux cieux qui demandent un peu de temps.

Je vous parlerai sans doute des petits mouvements à Taizé, Paris, Singapour, Batam ou Bali, Saint Romphaire, Ciudad Real, Madrid ou Cherbourg, (H-10) mais d’ici là, je vous laisse le mode d’emploi, pour écrire à partir du peu, pour sourire de la vibration. François Morel :


Parler de tout, parler de rien par franceinter

mardi 31 mai 2011

le bonjour d'Emile #1000

jauk“J'ai dansé le Baris ce week end à Marseille........ !
Si tu as des restes de Jauk ce serait rigolo
que tu viennes danser à Marseille !”

si vous croyez avoir tout compris de la vie des prêtres que vous côtoyez à la lumière de leurs homélies, ou de la face sacerdotale qu’ils vous confient, donnée, il vous faudrait sans doute traverser en douceur leurs épaisseurs d’histoires en marées pour en découvrir les vrais courants…

l’unité d’une vie, traversée de lumière, s’irise en éclats
de rire ou de colère,
de beauté et d’enthousiasme
de peur brute ou de nuits
d’instants ou de temps étiré
de prières et de déserts
de fatigues ou de fougues
de vieilles passions ou nouveaux entrains

danseur balinais ? indonésianophone tenté si longtemps et si souvent d’y rester ?

guitariste ? photographe ?

billettiste ? en coups de sang, enthousiasmes, regards poétiques sur le quotidien, variations, coups d’œil, voyages, décalages, sourires ?

lecteur de Desproges ? Barbery, Audeguy, Cheng, Scholtus, Lépront, Fournier, Makine, Singer, Garcia Marquez, Thévenot, Gaudé Baricco, Gailly, Lecler, Hillesum, Boris, Balthasar, Rémond, Sepulveda, Claudel, Sijie, Cassingena, Radcliffe, Rimaud, … ;

voix virtuelle consonnant avec Emmanuel, Edmond, Koz, Zabou, Anne Claire, Véronique, Henri, Fredsab, FrEricOp, Marc, Natalia, Benoît, et autres blogueurs et twittos…

animateur de professions de foi, sweat à capuche et pantalon de rando, ou le même, costume sombre, cravate ou col, souliers cirés, ou encore randonnant, sac au dos, canon au poignet…

bdvore des tanigushi, Guibert, Boulet, Tan, Tardi, Diaz, Makyo, Schuiten, Larcenet, Rabate, Gorce, Davodeau, Ka, Chabouté, Pedrosa, Ileana, Sfar, Masbou, …

traversé par les sourires d’Anne, Fabien, Anne-Marie, Benoît, Sophie, Elodie, Michel, Anne-Claire, David, Marie-Pierre, Matthieu, Amandine, Romain, Amélie, Peggy, Made Bagus, Kati…

complètement influencé par deux maîtres Robert Scholtus et Patrick Prétot

et en chacun de ses instants, prêtre. Tout autant qu’en prêchant, présidant…

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Tout pourrait n’être que lest
pensanteurs, épaisseurs de résistance à la grâce
ou constellation où la lumière scintille.

1000 billets pour le déposer, le partager, en faire une histoire
sans apesantir les relations du quotidien.

merci de votre fidélité, et de votre délicieuse mise en écho
vous les 200 000 à être passés par ici…

parce que la lumière qui traverse une vie a pour prétention de maculer le monde de ses taches de beauté.

Bonjour des Mille… et amitiés à vos zygomatiques.

mercredi 13 avril 2011

crispé sur le bord de lui-même

dans la résistance des jours en leur succession, se déploient ou nécrosent tant d’idées, paroles, gestes et fidélités qui sont d’un hier aspiré d’avenir, ou d’un demain griffé de passé.

le carême m'apprend la grâce, gratuite, imméritée, s'inscrivant dans la chair, lui donnant d'espérer

appelant le pas d’après qu’on ne peut retenir… où Dieu m’attend, plus encore qu’avant

« Un homme était penché sur sa genèse.
La vie roulait partout vers son estuaire triste,
Les abîmes du ciel paraissaient bien taris,
Ceux des fonds de la chair ne rendaient que le vide
à qui cherchaient en eux un signe de l’Esprit :
L’homme restait crispé sur le bord de lui-même. »

Paul en Turquie 2e jour_45

« Je suis le versant de la vie secrète
Qui en vieillissant sait s’en rapprocher,
Mais qui dès l’enfance en disait la fête »

Patrice de la Tour du Pin,
dans ses poèmes choisis,
recueillis par FX Maigre

dimanche 13 mars 2011

самокритики 3

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(trouvé là: http://thisisnthappiness.com/)

héhéhé Clignement d'œil

puisqu’on n’est pas …, on peut:

  • aller puiser dans la retraite dans la ville (point org) des idées de rangement de carême,
  • ET ne pas se borner à se restreindre dans les limites de l’ultracatho pendant les quarante jours, mais ouvrir les yeux pour voir en quoi la création ne cesse de se rapporter au créateur. Quitte à se recentrer sur Dieu, autant ne pas lui couper la parole en l’enfermant… Donc
    • écouter ses vieux CD et sourire des portes qu’ils ouvrent : David Sire, ses immenses et ses poussières, JJG qui oscille entre gris clair et gris foncé, Dick Annegarn, les Têtes Raides…
    • piquer la Bible d’un ami, avec une traduction qui défrise notre histoire avec les textes, juste pour ne pas savoir avant de redécouvrir.
    • ou…

Blogdavidlerouge-98

lundi 3 janvier 2011

vœux

Isaïe prophétisant en Epiphanie
déjà quiet regardait l’obscurité,  
où seule pouvait se déployer la lumière

voici la nuit…

d’une nuit étoilée,

Blogdavidlerouge-71

de veillée en réveillon

Blogdavidlerouge-72

pour ouvrir un matin nouveau…
en aventant qu’il se déploie en jour glorieux,
nous aurons besoin de…

voeux 2011 web blog

samedi 20 novembre 2010

privilégié

blogDavidLerouge-fr-tousdroitsreserves_356Les prêtres sont pauvres.

Enfin, pour être exact, nous faisons le choix d’une certaine simplicité, manifestée par un budget limité et un mode de vie sans prétention. Si nous ne sommes pas si pauvres, nous n’avons pas les moyens de mettre de côté. Simplicité, donc. Mais quoique je fasse, quoique je veuille, je fais partie des privilégiés. J’ai une voiture banale mais pas trop vieille que je ne répare pas tout le temps, un logement plus que décent où j’habite seul, un accès à la culture et un background livresque conséquents, je sors, lis, mange équilibré, m’intéresse à l’actu, bosse. Je me permets même de voyager, pour visiter des coopérants. Je mène des projets, rencontre des personnes passionnantes, et ai même parfois l’impression de pouvoir un peu les aider. J’ai un réseau de copains un peu partout.

Bref, je suis un faux pauvre. Vraiment. Et le pire, c’est que ça ne me coûte pas cher. Le ciné vieillot où je vais coûte 6,50 et pas 8,10 comme dans le multiplex, les fruits et légumes à cuisiner, c’est moins cher que le tout prêt, j’emprunte des livres, achète ceux que je veux garder, lis de tout mon saoul blogs et chroniques, et même mon abonnement téléphonique est beaucoup moins cher que l’I-truc, sans parler des 30€ que je laisse à free histoire de vous baratiner.

Il m’arrive de croiser la fine fleur de la société, de notables en personnes brillantes, des érudits, des passionnants, des riches, des philanthropes, ou pas. Même bosser avec eux. Mais nous ne sommes pas des abbés de cour, et je croise tout autant, à pas mal de moments de leur vie, toutes sortes de gens, de la plus grande difficulté à la vie “habituelle”, des middle class, des déstructurés, des pauvres, sans métier, sans avenir, sans espoir. Je les croise dans les joies de leurs engagements, dans les peines de leurs deuils, de leurs messes anniversaires ou dans la continuité de leur vie de foi. Mais si je les côtoie, les rencontre et apprends d’eux, je les croise dans l’exceptionnel de leurs vies, quand je les vois, ils viennent sur mon terrain. Celui de la foi, des choix, des mots. Même quand je vais chez eux c’est pour les côtoyer sur un terrain qui est le mien, beau, mais loin de la routine du quotidien.

Le vrai lieu de mixité sociale, outre le marché du matin, c’est un endroit où je ne suis quasiment jamais le bienvenu, où je suis un oiseau de mauvaise augure, celui qui annonce la mort. On ne demande bien souvent la venue d’un prêtre que quand les malades ont sombré dans le coma. N’empêche, dans les ascenseurs des hôpitaux, tout le monde monte. Pour un frère, une sœur, une mère, grand mère, malade au long court ou en derniers souffles, même pour une naissance. On y naît, on y meurt. Je ne sais pas pourquoi, j’ai toujours l’impression de voir des gens que je ne vois jamais ailleurs, ou qui disparaissent de la vue dans le flux des villes, depuis leur fond de campagne ou de quartier, invisibles de pauvreté. Je les croise à l’hôpital sur leur terrain, comme sur le mien. On ne tombe pas plus malade quand on est riche ou pauvre, on meurt tout autant, ou alors si, on y est plus quand on a rien parce qu’on n’a pas les moyens de faire attention à soi. Et là, on se côtoie, à défaut de se voir. Un sourire. Un étage. Une minute. Cinglante.

A vrai dire, tout cela est remonté dimanche dernier. Au ciné. J’avais célébré 4 messes dans le week-end et un baptême. Une messe le samedi soir, deux le dimanche matin, puis un baptême. J’avais fermé les portes d’une sacristie à 13h45 pour en rouvrir à 18h pour la dernière du dimanche soir. Il était 20h et je voulais voir un film de rien, un film sans pensée, qui tape, se laisse voir. Je suis allé voir Unstoppable, au multiplex. Place chère, et à l’heure dite, deux péquins dans la salle. 10 minutes plus tard, nous étions une trentaine devant l’écran. Devant moi, 5 jeunes tapaient dans des boîtes de pop corn en gloussant, derrière, un papa réitérait sans cesse à son fils qu’il avait de la chance d’avoir un papa qui l’aime et le chouchoute comme ça. Un couple se pelotait aussi, derrière. Je vais au ciné en esthète, je suis le genre à rester jusqu’à la fin du générique, bouquiner avant le début, attendre patiemment de goûter le moment. Là, on avait des pubs exaspérantes, et du bruit. Le film était mauvais. Ou plutôt efficace. C’est ce que j’attendais de lui. Ce moment n’a rien ouvert. C’est là aussi une autre pauvreté. Et finalement, ce soir là, j’y ai été plongé dans un monde qui m’échappe. Sans sens. Et je ne les ai pas tant compris.

Ces rencontres, au loin de chez moi, me perdent tout autant qu’eux.

peut-être pour poser la question du vrai précieux.

parce qu’on ne semble pas, apparemment, en se côtoyant, le partager.

mardi 29 juin 2010

sébile

Les plus fidèles de l’eucharistie dominicale ne s’assoient pas tous devant. Certains se tiennent en retrait, quelque part, vers le porche, on les connaît sans en savoir plus. Au mieux un prénom, jamais de nom, toujours un état. SDF, “pauvre”, “aviné”, “perdu”,  “A la rue”, rue de leur vie, rue de la société, ils s’égarent en périphérie tant des eucharisties que des avenues, vous disent invariablement “bonjour mon prêtre”, se fendent d’un sourire abîmé. Ils apparaissent quelques minutes dans nos vies hebdomadaires. En dehors, on ne sait rien, sauf les blessures ou cicatrices qu’ils exposent en ouvrant leur main, quémandant quelques euros… Une famille? un logis? une histoire? des liens?  Peut-être, on n’y a jamais réfléchi. On les croise parfois dans un magasin, flânant eux aussi, on bougonne qu’ils ne sont pas toujours là où on les avait cantonnés. Et le dimanche d’après, ils sont encore là. Ou pas.

Parfois, ils sont plus amochés que d’habitude. Bras cassé, gueule de travers, sale odeur de vin. Parfois, on se surprend à réaliser que ça fait des semaines qu’untel n’était plus là. Et il revient. “Bonjour mon prêtre”.

Certains sont organisés. Ils “font” toutes les messes… entrée de celle-ci, sortie de celle-là, ils s’inquiètent des changements d’horaires pour s’organiser. Parfois, souvent même, ils entrent, suivent la messe depuis le fond. On les voit même s’avancer dans la file de communion, bras croisés, “non” de la tête. Je ne peux communier, je veux la bénédiction, parce qu’une paroissienne leur a indiqué comment faire. Christelle d’ailleurs nous avait demandé de préparer son baptême. Le lendemain, elle n’y pensait plus. Le surlendemain, ça revenait. On en parlait, quelques minutes par semaine…

Hier, j’ai appris que Christelle, la trentaine abîmée, fidèle de nos portes ne reviendrait plus. Elle était morte d’un arrêt cardiaque. A l’hôpital. Elle avait été inhumée, après une célébration à Octeville. Pour une fois dans le chœur, pour une fois avec un nom, pour une fois avec ses deux enfants… Je ne connaissais que son prénom, je n’ai même pas su, je n’y suis pas allé, et je découvre que la main ouverte d’une minute hebdomadaire avait deux enfants qui ont perdu une mère, une mère abîmée qui était à ma porte.

Et je rage de ne pas avoir su le demander. Demain, et dimanche, son nom, je le dirai dans le chœur, pour que sa main ouverte soit redécouverte comme une vie, pour arrêter de ne pas voir les invisibles de nos vies.

dimanche 20 juin 2010

l'appel que peu entendirent

Les mois de juin ne laissent pas les prêtres indifférents. On boucle à tout va, on professionne de foi, confirmationne, première communionne, marie, baptise, inhume… On bilantise, réunionnise, dit “au-revoir”, “bonne route”, “bonnes vacances”, “à bientôt”… on bouscule nos agendas, bouleverse les habitudes ; plus de groupes de KT, d’établissements, du vide dans les aumôneries, mais les semaines se parsèment de bouts de camps d’été… Bref, c’est la fin des temps.

crédit photo Christine BosquetAu mois de juin, les évêques vident aussi leurs séminaires à coups d’ordinations à tout va, ou au moins autant que faire se peut… et parfois c’est peu. Les dimanches après-midi se passent donc dans les cathédrales, en cohortes d’aînés accueillant un ou plusieurs nouveaux frères, homélies à rallonge, liturgies ciselées, émotions saisissantes. Voir d’autres s’allonger dans la même cathédrale, dire une première fois des mots qui nous habitent chaque jour, ce n’est pas rien, pour chacun ; prendre dans ses bras le nouveau frère, après lui avoir imposé les mains, ça vous retourne dans vos quotidiens… et dans la pertinence de votre propre appel. La vie des prêtres n’est pas habituellement tournée vers leurs propres questions pour qu’ils aient l’opportunité, ou la disponibilité d’interroger leur être-là. Les vies de ceux qu’ils rencontrent les habitent bien plus sûrement. Mais en ces jours de juin, quand de nouveaux frères s’engagent, et qu’on relit sans hâte bruissent à nouveau les chuchotements de l’appel.

Un appel discret, somme toute, cherché pendant des semaines, des mois, des années. Un appel dont on aurait parfois préféré qu’il fut plus clair, plus grandiloquent, plus enthousiasmant, jamais à la mesure de nos rêves, toujours différent. Parfois, il fut un désir secret qui attendait une parole pour passer d’une intuition à un choix, une réponse, une vie. Et puis la question secrète retentissant dans l’intime, la parole à deux devint acte engageant tant d’autres… On se rend disponible et l’aventure nous échappe. Un peu comme l’appel du 18 juin, personne ne l’a vraiment entendu, sauf quelques rares, mais cet appel changera la vie de ceux qui ne l’ont pas entendu comme tel, mais se laisseront modeler par lui. Et parfois la vie du prêtre en est là. Modelée par la discrétion d’un appel simplement entendu, cette mise en route modèle sa vie et celle de ceux qui l’entourent, marqués, peu importe leur gré par ces mots échangés, dans un cœur… puis dans un chœur.

imageCinq jours après l’ordination, nous étions nombreux, encore, pour ces retrouvailles malheureusement trop courantes. Eglise d’Equeurdreville, aubes et étoles, l’une d’entre elles posée sur un cercueil… Une vie, un prêtre  vient s’allonger à nouveau dans un chœur, butant sur le bois, rassemblant parents, amis, chrétiens, touchés. Le panégyrique n’en finit pas. Mais l’on perçoit sous la litanie des associations soutenues, des œuvres réussies tout une qualité de présence, une vie reliée, de tous les côtés.

De la somme des petites joies et déceptions, il ne reste pas grand chose quand on les regarde d’aussi haut… et les petites touches de Dieu passées par notre ministère pour une part interchangeable, puisque relié à l’unique nécessaire continuent leur chemin dans les cœurs où elles ont été ciselées, par notre intermédiaire maladroit. 

Cela fait maintenant six ans que je ne sais quelle case emplir dans mes déclarations. Suis-je éducateur, ministre, cadre, employé, fondateur, DRH, administrateur, distributeur, personnel de service, animateur… puisque la case prêtre n’existe généralement pas pour la société?

artisan peut-être, d’une Œuvre qui me dépasse, dans laquelle chacun prend sa place, sans bien le savoir parfois. Je ne touche la perfection à laquelle j’aspire que par l’action d’un Autre au travers de mes efforts. Je laisse simplement faseyer en claquements plus sonores une brise que ma vie continuera de chercher.

pour mon sixième anniversaire d’ordination, ma sœur et mon beau-frère qui m’avaient déjà gratifiés de chaussons schrek, et d’une église playmo sont revenus à la charge. Ils ont déployé “grandeur humaine” ce qui fut un objet de mon enfance… peut être justement parce que nous faisons toujours cela, donner l’espace de notre vie à une rencontre première.

là ce fut plus prosaïque. J’avais donc, petit, une peluche panthère rose.

IMG_5403
hélas!
(elle fait maintenant plus d’un mètre cinquante)

mardi 29 décembre 2009

machin insipide

la graine est de nature timide.

Elle se trouve ridicule dans le creux de la main,
elle se trouve marronnasse dans son sachet coloré,
elle se trouve commune même comparée aux graviers,
elle se trouve fragile et mortelle quand on veut la planter,
elle se trouve identique à l’hiver dernier.

Ridicule, moche et banale.

Enfouie dans le quotidien,elle porte une promesse de gerbe de beauté.

celui qui ne se trouve pas si neuf à la fin de l’année lui est semblable.
qu’il ne se trouble ni ne s’inquiète,
nul ne doute que dans l’an 10, 
son apparente banalité sera le lieu de sa beauté
Que Dieu déploiera.

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