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vendredi 20 janvier 2012

petit précis d'ébriété existentielle

ces heures où je me laisse happer par ta colère, je la sens m’irradier, me soulever, me défigurer, me pousse à répondre au lieu d’écouter la souffrance qui en est le vrai objet, chaque fois que je crie plus fort que toi, ou que je me tais, te murant dans le silence parce que je ne crois pas en ta parole, je titube ma vie

ces heures où j’ai peur, de tout, de toi, de l’autre qui m’inquiète, de sa parole, de son regard, de son jugement, ces heures où l’extérieur n’est que le reflet de ma peur, je titube ma vie

ces heures où je mate une série, épisode après épisode, tenu dans une haleine sans souffle, dans une passion sans raison, dans un vide sans fond, jusqu’au bout de longues nuits, je titube ma vie

ces heures où je ris trop fort, parce que tout va bien, ou parce que je voudrais que tu le croies, que je le croie, je titube ma vie

ces heures où je bois ce verre en plus, ce verre pour l’ébriété légère et oublieuse, celle des lendemains de bois et des soirées qui finissent dans la ouate, celles des joies par omission, je titube ma vie

ces heures où j’ai laissé le temps filer sans vie sur Facebook et ses amis, je titube ma vie

ces heures où je ne ris plus mais je te l’impose comme l’ascèse de ma souffrance, je titube ma vie

ces heures où j’attends la réponse à tel billet, tel trait d’humour, telle im-pertinence, désirant des fruits sans maturité, je titube ma vie

ces heures où je te regarde en te désirant, non pour ce que tu es, mais pour ce que tu me fais, me passionnes, me rends désirant, ces fois où l’autre ne vaut que pour moi, je titube ma vie

ces heures où je n’aime pas mon fils, mon premier, mon second, ces fois où j’ai du mal à supporter son petit penchant qui m’agace, que n’a pas son frère sa sœur, ces fois où j’ai peur de ne pas assez l’aimer, je titube ma vie

ces heures où je laisse mon confrère, mon collègue s’enliser, s’enfermer, s’humilier, que cela serve ou non mes intérêts, je titube ma vie

ces heures où j’oublie la distance entre l’information, la vraie, et son concentré dans le robinet régulier de mon flux Twitter, rss, télé, radio, chaque fois que je crois juste de m’époumoner pour défendre la vérité, où mon habitation dans La vérité t’empêche par ma vindicte de nous y laisser baigner ensemble, je titube ma vie

ces heures où j’erre sur les linéaments du sacrement du pardon, où je dis peu, où je dis rien, où je n’ai pas la simplicité de Te dire ce qui me brise vraiment, je titube ma vie

ces heures où je mens, à dessein, et parfois même sans enjeu, je titube ma vie

ces heures où je t’ai dit “oui”, “je te rappelle”, “je ne t’oublie pas”, et je ne le fais pas, presque consciemment parfois et ironiquement, je titube ma vie

ces heures où je te souris dans le dos, ironique, je titube ma vie

ces heures où je baisse les yeux pour ne pas me laisser transpercer par ton regard, je titube ma vie

ces heures où je blablate, plus ou moins précieusement, pour enjoliver une platitude pas assez incarnée, je titube ma vie

ces heures où le désir sexuel se fait irrépressible parce que sans accroche, sans raison, futilement, où je glisse inexorablement vers l’inanité d’un site porno, pour rien, sauf pour le regretter, je titube ma vie

ces heures où je t’impose mes yeux pour te terrasser par mon regard, je titube ma vie

ces heures où je ne veux pas aller voir l’autre con, je titube ma vie

ces heures où je lis et oublie, dans une poursuite éperdue d’une culture qui ne me travaille pas, je titube ma vie

ces heures où je retarde le moment pour aller te voir, parce que ça ne sera pas gai, parce que ni toi ni moi n’irons mieux après, mais il faudrait pourtant y aller, je titube ma vie

ces heures où j’ai péroré seul ou en société sur la cohérence d’une vie, sur sa simplicité, taisant l’échec, je titube ma vie

ces heures où je t’ai écrit, consciemment ou même pas, ces mots qui te déchirent encore, je titube ma vie

ces heures où je t’ai dit “oui” mais du bout du cœur, à peine, je titube ma vie

ces fois où je Te prie, embourbé en moi, laissant la glaise du quotidien s’immiscer dans les silences, je titube ma vie

ces heures où je me laisse glisser, mort un peu déjà, je titube ma vie

ces heures où je m’en veux de ne t’aimer que par fidélité, je titube ma vie

ces heures où je t’ai dit “désolé, j’ai pas d’argent sur moi” parce que je ne sais pas te donner 2€, je titube ma vie

ces heures où je ricane de la sainteté, je titube ma vie

ces heures où j’ai raison, mais m’en gargarise, en jouis, je titube ma vie

je titube, balançant d’un pied sur l’autre, sans équilibre, sans direction, je tourne sur moi même et ne m’effondre pas. Certaines heures se saoulent de déraison, de méraison, de vide lâchement consenti. Je titube un instant, repars plus avant, je titube parfois plus longtemps. Pourquoi t’acharnes-Tu à me redresser, l’alcoolique de la faiblesse ? C’est si éprouvant de se laisser aimer.
pourquoi ne puis-je pas te donner plus de raisons de m’aimer ?

et sans cesse Tu le fais.

billet où, bien souvent, je est un autre.

mardi 5 avril 2011

le Bienheureux PA(s)TOP(raem)

J’ai souvent entendu dire que certaines béatifications prenaient plus de temps que d’autres, non pas que le cas fut plus difficile, mais pour éviter d’envenimer les relations avec certains Etats assez susceptibles, ou des situations. Ainsi le P. de Foucauld, pourtant honoré par nombre de chrétiens, mais aux propos quelque peu colonialistes en début de vie dut attendre un (gros) peu, et je gage que le Vietnam, la Chine et quelques autres pays ont des béatifiables en réserve. Tout cela part du principe : Béatifier un martyr c’est bien, en provoquer plein, ça craint. S’il est bon de reconnaître publiquement la sainteté d’une vie, le moment doit souvent être choisi opportunément.

Mais l’annonce ces derniers jours de la béatification de Pierre Adrien Toulorge, opraem, guillotiné (je ne vous demande pas par qui) montre bien qu’à Rome, comme ailleurs, on se tamponne allègrement le coquillard des petits débats de l’uèmepé, même si on est vigilant à la vie de l’Eglise en France, et ses liens avec les autres religions comme avec les autorités. Ou alors c’est que c’est resté discret. En gros, c’est pas franchement une info, surtout pour l’AFP.

Il faut le confesser, si personne n’a entendu parler de PAT, c’est la faute à Jean Paul II. D’abord parce qu’il a tellement béatifié au cours de son pontificat, parfois même en masse, qu’une béatification de plus ne fait pas beaucoup de bruit, mais surtout parce que sa béatification à lui fait le bruit nécessaire pour couvrir les autres. Il faut avouer aussi que le fait d’avoir délocalisé les célébrations de béatifications jusque dans les diocèses concernés pour désengorger la capitale romaine contribue aussi à leur discrétion, surtout quand le diocèse en question est normand, voire crotté dans l’imaginaire parisien. PAT, guillotiné mais béatifié, l’info n’est pas passée.

L’histoire de PAT n’est pourtant pas commune, et pas totalement glorieuse. C’est une de ces histoires de la révolution, une époque où le vent tournait pour les curés, notamment pour les curés de bas étage, les petits, les sans grade, les “ceux qui vont morfler”. Il était alors question d’être avec l’Etat ou pas, surtout quand il n’était plus le Moi du Roi. Pierre Adrien, normand, mal informé surtout a cru qu’il allait morfler. Alors il est parti à l’étranger, Jersey, sans économies. Bon Jersey, depuis Doville, c’est l’île d’à coté, un voyage de courtoisie. Et puis Pierre Adrien, quelque peu distrait, a découvert que ça ne le concernait pas, en fait. Alors il est revenu en France. Gentiment, et sans doute par amour pour les gens qui lui avaient été confiés. Pas de bol, son escapade chez les mangeurs de panse de mouton farcie fut sue, et il se retrouva inculpé. sans preuve. Et c’est là que vient la cause de sainteté. Il ne put se taire. Ne pas taire la vérité, la dire, quitte à en mourir.

S’il est martyr, suivant la cause, c’est bien pour la vérité. Ne pas se taire. Accepter de la servir jusque dans la mort, et dans la paix.

aficionados des causes en tous genres à portée électorale, vous pourriez finalement en prendre de la graine, parce que celui qu’on va honorer bientôt, ce n’est pas un vicaire normand distrait, c’est un amoureux transi de la vérité.

Pierre-Adrien Toulorge, Ordre des Prémontrés « martyr de la vérité ».

Guillotiné à la Révolution Française en 1793 – Béatification annoncée.

Pierre-Adrien Toulorge naquit le 4 mai 1757 à Muneville-le-Bingard. Formé au collège puis au séminaire de Coutances, il fut ordonné prêtre, et devint vicaire séculier de Doville, en décembre 1782, à 25 ans...

... Depuis Doville, Pierre-Adrien Toulorge se rendait souvent à l'abbaye prémontrée de Blanchelande, fondée au XIIe siècle, quelques années après la fondation de l'ordre de Prémontré par saint Norbert. Conquis par cet idéal, Pierre-Adrien fut sans doute présenté par son propre curé. Comme Blanchelande était dépourvue de noviciat, le novice fut envoyé pour deux années à l'abbaye de Beauport.

Après le vote de la Constitution civile du Clergé, le père Toulorge poursuivit son ministère dans les paroisses des alentours, mais il n'était pas devenu fonctionnaire public. Lorsqu'il entendit parler de la loi du 26 août 1792 condamnant à la déportation tous les prêtres fonctionnaires publics qui n'avaient pas prêté serment, il se crut visé et décida, dans sa méprise, de partir pour l'île anglaise de Jersey. Ayant obtenu son passeport à la mairie de Neufmesnil, il le fit viser à Saint-Germain-sur-Ay, le 12 septembre. Les officiers municipaux ne prêtèrent pas attention à la méprise du père Toulorge et le laissèrent partir. A Jersey, il apprit qu'il n'était pas visé pas la loi de bannissement des prêtres réfractaires et qu'il aurait pu rester en France sans être inquiété. A la première occasion, il débarqua clandestinement à Portbail, puis s'enfonça dans le maquis. L'année suivante, en septembre 1793, Pierre-Adrien Toulorge fut capturé et jugé.
Le tribunal était convaincu de son bref séjour à Jersey, mais n'en possédait aucune preuve. Après quelques hésitations, et au risque de sa vie, Pierre-Adrien décida de dire toute la vérité, sachant qu'il était en fait poursuivi parce que prêtre catholique. La nuit précédant sa mort, il se confessa et, tandis que tous les autres clercs incarcérés s'endormaient, écrivit trois lettres impressionnantes - à son frère, à un ami et à une inconnue, où il ajoutait: « Je vous souhaite la bénédiction de Dieu. Le 12 octobre 1793, la veille de mon martyre. »

Le lendemain - dimanche - il se leva avec joie, déjeuna comme de coutume, montrant une grande sérénité. Après avoir prié son bréviaire, il demanda à plusieurs compagnons de lui accommoder les cheveux et de lui faire la barbe. Enfin, il demanda à ses confrères de dire avec lui les Vêpres. Arrivé à Complies, il entonna l'hymne Grates peracto jam die. Parvenu à l'avant-dernière strophe:
il ferma son Bréviaire et s'écria tout joyeux: « Ô, mes chers amis, il faut en rester là, je chanterai bientôt ce cantique en action de grâces au Ciel ! Il n'est pas encore temps pour moi de le chanter. Ô mes chers frères, je ne vous oublierai pas ! Je demande à Dieu qu'il vous protège ; je le prierai pour tous mes bienfaiteurs, mes amis et ennemis même. » Ses confrères tombèrent à genoux et implorèrent sa bénédiction. Il les bénit, le visage tout resplendissant d'une paix divine.

D'après un témoin oculaire, la guillotine était dressée en face de la maison du maire de Coutances. La foule était muette d'émotion en voyant ce jeune prêtre aller à la mort avec sérénité et paix. Conduit au pied de l'échafaud, revêtu d'une longue redingote verte, boutonnée jusqu'au col, le père Toulorge dit seulement : « Mon Dieu, je remets mon âme entre vos mains ! Je vous demande le rétablissement et la conservation de votre Sainte Église. Pardonnez, je vous prie, à mes ennemis. » Après l'exécution, le bourreau saisit la tête sanglante par les cheveux et la montra à la foule. Il était quatre heures et demie. Une charrette emporta le corps au cimetière Saint-Pierre.

Le procès de béatification fut entrepris en 1922 avec celui de 56 autres prêtres normands, mais tomba dans l'oubli à partir des années 1928-1930. A l'occasion du bicentenaire de la mort du Serviteur de Dieu, constatant l'attachement des fidèles de la région où il vécut et mourut, l'abbé général Mgr. Marcel van de Ven décida de reprendre la Cause de canonisation. Le procès informatif diocésain fut ouvert à Coutances le 1er décembre 1995 et conclu le 29 juillet 1996. L'excellente Positio sur le martyre de Pierre-Adrien - écrit du père Bernard Ardura OPraem (Frigolet/Rome) - a été examinée par les Consulteurs Historiens de la Congrégation pour les Causes des Saints, qui, lors du Congrès du 5 décembre 2000, ont émis un jugement unanime et positif.

Prière pour sa béatification
    Seigneur notre Dieu, tu as accordé à ton Serviteur Pierre-Adrien Toulorge de demeurer, au milieu des épreuves, fidèle à sa foi, à l'Église, au Pape, à son Ordre religieux et à son Pays. Plutôt que conserver la vie et recouvrer la liberté au prix d'un mensonge, il préféra se sacrifier par amour de la Vérité, afin de gagner la Vie qui n'aura pas de fin et partager ta gloire. Tu l'as tellement comblé de ton Amour, qu'il pardonna à ses bourreaux, avant de remettre son âme entre tes mains.
Daigne, Seigneur, glorifier ton Serviteur Pierre-Adrien Toulorge et m'accorder, pas son intercession, la grâce de ..., que j'implore avec confiance. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen

mardi 22 février 2011

derrière la saleté

Derrière la saleté
S'étalant devant nous
Derrière les yeux plissés
Et les visages mous
Au-delà de ces mains
Ouvertes ou fermées
Qui se tendent en vain
Ou qui sont poings levés
Plus loin que les frontières
Qui sont de barbelés
Plus loin que la misère
Il nous faut regarder

regarder un homme mourir, sans barrière,
sans paix, sans chair, et le regard tendu, exorbité.
deviner dans la tension une histoire finie trop tôt
une force disparue, une puissance détruite
des métastases annihilant la merveille d’un corps
et d’une vie.
le voir sans décence
agir pour lui
juste parce qu’il est.

Il nous faut regarder
Ce qu'il y a de beau
Le ciel gris ou bleuté
Les filles au bord de l'eau
L'ami qu'on sait fidèle
Le soleil de demain
Le vol d'une hirondelle
Le bateau qui revient

détourner les yeux, s’arrêter sur le joli ?
taire la mort sous des fleurs charmantes?
occulter la violence pour ne voir que l’espoir
ou accepter de poser un œil de paix sur celui qui disparaît.

il nous faut regarder
toute la beauté blessée
une histoire griffée
un espoir tourmenté
il reste ami fidèle
veut être là demain
sa vie n’est pas moins belle
en son brutal déclin.
(dirais-je plutôt)

il est sûrement mort maintenant,
plus de tension dans les os, une chair disparue,
ni de violence des iris, ni murmures torturés.

Par-delà le concert
Des sanglots et des pleurs
Et des cris de colère
Des hommes qui ont peur
Par-delà le vacarme
Des rues et des chantiers
Des sirènes d'alarme
Des jurons de charretier
Plus fort que les enfants
Qui racontent les guerres
Et plus fort que les grands
Qui nous les ont fait faire

ce n’est pas doux de pleurer,
de se battre, de résister,
ce n’est pas facile d’être le messager
de la nouvelle qui finit, qui broie, qui détruit,
celui qui fait naître la peur.
mais de là à détourner l’oreille…

Il nous faut écouter
L'oiseau au fond des bois
Le murmure de l'été
Le sang qui monte en soi
Les berceuses des mères
Les prières des enfants
Et le bruit de la terre
Qui s'endort doucement.

La chanson du jeune Jacques Brel
ne me plaît pas tant aujourd’hui
quand elle détourne le regard
pour chercher l’anodin joli
évitant la violence.

J’aime poser un regard apaisé sur le monde
en dévoiler la beauté, voir ce qui s’en dégage
le dire sans fard, mais en mots crus
”exprimer” le beau d’un monde en travail.

le regard apaisé est un chemin de crête
quand on n’est pas si fort,
le risque néanmoins  est d’être submergé
de dévaler mystique, ou de nier la mort

je veux un chemin qui ne soit hagiographique
allégorique ou détourné,
mais bien de sainteté

acceptant d’en mourir
et de ressusciter.

image

et encore une naissance à venir, chez A&B… vie et mort, travail…
demain, un enterrement.

lundi 3 janvier 2011

vœux

Isaïe prophétisant en Epiphanie
déjà quiet regardait l’obscurité,  
où seule pouvait se déployer la lumière

voici la nuit…

d’une nuit étoilée,

Blogdavidlerouge-71

de veillée en réveillon

Blogdavidlerouge-72

pour ouvrir un matin nouveau…
en aventant qu’il se déploie en jour glorieux,
nous aurons besoin de…

voeux 2011 web blog

samedi 4 décembre 2010

Araignée du matin...

04122010067[1]

A délaisser sans attention les espaces de nos vies spirituelles, nous n’en fréquentons plus que rapidement les lieux communs, laissant poussières et araignées en peupler les recoins. Peu de conséquences dans les lieux de grand passage mais… Nécessairement, à courte échéance, les voûtes auxquelles on aspire mais que l’on néglige se strient de sombre, rayant notre espérance joyeuse d’une noirceur désagréable. 

Si nous n’inondons de lumière les recoins de notre ici bas, nous laissons s’encombrer, sans le faire exprès, notre chemin vers le ciel.

pensée du matin, lors d’une heure trente réfrigérante à attendre le pénitent dans une église dont la voûte était joliment tendue de toiles d’araignées

dimanche 20 juin 2010

l'appel que peu entendirent

Les mois de juin ne laissent pas les prêtres indifférents. On boucle à tout va, on professionne de foi, confirmationne, première communionne, marie, baptise, inhume… On bilantise, réunionnise, dit “au-revoir”, “bonne route”, “bonnes vacances”, “à bientôt”… on bouscule nos agendas, bouleverse les habitudes ; plus de groupes de KT, d’établissements, du vide dans les aumôneries, mais les semaines se parsèment de bouts de camps d’été… Bref, c’est la fin des temps.

crédit photo Christine BosquetAu mois de juin, les évêques vident aussi leurs séminaires à coups d’ordinations à tout va, ou au moins autant que faire se peut… et parfois c’est peu. Les dimanches après-midi se passent donc dans les cathédrales, en cohortes d’aînés accueillant un ou plusieurs nouveaux frères, homélies à rallonge, liturgies ciselées, émotions saisissantes. Voir d’autres s’allonger dans la même cathédrale, dire une première fois des mots qui nous habitent chaque jour, ce n’est pas rien, pour chacun ; prendre dans ses bras le nouveau frère, après lui avoir imposé les mains, ça vous retourne dans vos quotidiens… et dans la pertinence de votre propre appel. La vie des prêtres n’est pas habituellement tournée vers leurs propres questions pour qu’ils aient l’opportunité, ou la disponibilité d’interroger leur être-là. Les vies de ceux qu’ils rencontrent les habitent bien plus sûrement. Mais en ces jours de juin, quand de nouveaux frères s’engagent, et qu’on relit sans hâte bruissent à nouveau les chuchotements de l’appel.

Un appel discret, somme toute, cherché pendant des semaines, des mois, des années. Un appel dont on aurait parfois préféré qu’il fut plus clair, plus grandiloquent, plus enthousiasmant, jamais à la mesure de nos rêves, toujours différent. Parfois, il fut un désir secret qui attendait une parole pour passer d’une intuition à un choix, une réponse, une vie. Et puis la question secrète retentissant dans l’intime, la parole à deux devint acte engageant tant d’autres… On se rend disponible et l’aventure nous échappe. Un peu comme l’appel du 18 juin, personne ne l’a vraiment entendu, sauf quelques rares, mais cet appel changera la vie de ceux qui ne l’ont pas entendu comme tel, mais se laisseront modeler par lui. Et parfois la vie du prêtre en est là. Modelée par la discrétion d’un appel simplement entendu, cette mise en route modèle sa vie et celle de ceux qui l’entourent, marqués, peu importe leur gré par ces mots échangés, dans un cœur… puis dans un chœur.

imageCinq jours après l’ordination, nous étions nombreux, encore, pour ces retrouvailles malheureusement trop courantes. Eglise d’Equeurdreville, aubes et étoles, l’une d’entre elles posée sur un cercueil… Une vie, un prêtre  vient s’allonger à nouveau dans un chœur, butant sur le bois, rassemblant parents, amis, chrétiens, touchés. Le panégyrique n’en finit pas. Mais l’on perçoit sous la litanie des associations soutenues, des œuvres réussies tout une qualité de présence, une vie reliée, de tous les côtés.

De la somme des petites joies et déceptions, il ne reste pas grand chose quand on les regarde d’aussi haut… et les petites touches de Dieu passées par notre ministère pour une part interchangeable, puisque relié à l’unique nécessaire continuent leur chemin dans les cœurs où elles ont été ciselées, par notre intermédiaire maladroit. 

Cela fait maintenant six ans que je ne sais quelle case emplir dans mes déclarations. Suis-je éducateur, ministre, cadre, employé, fondateur, DRH, administrateur, distributeur, personnel de service, animateur… puisque la case prêtre n’existe généralement pas pour la société?

artisan peut-être, d’une Œuvre qui me dépasse, dans laquelle chacun prend sa place, sans bien le savoir parfois. Je ne touche la perfection à laquelle j’aspire que par l’action d’un Autre au travers de mes efforts. Je laisse simplement faseyer en claquements plus sonores une brise que ma vie continuera de chercher.

pour mon sixième anniversaire d’ordination, ma sœur et mon beau-frère qui m’avaient déjà gratifiés de chaussons schrek, et d’une église playmo sont revenus à la charge. Ils ont déployé “grandeur humaine” ce qui fut un objet de mon enfance… peut être justement parce que nous faisons toujours cela, donner l’espace de notre vie à une rencontre première.

là ce fut plus prosaïque. J’avais donc, petit, une peluche panthère rose.

IMG_5403
hélas!
(elle fait maintenant plus d’un mètre cinquante)

dimanche 29 novembre 2009

le rendez-vous raté

Ça aurait pu être parce que j’ai perdu mon téléphone pendant plus de 24 heures. Il a dû sonner, mais je l’avais mis en mode absolument silencieux. J’ai essayé de m’appeler. Rien. D’autres ont dû le faire aussi, ils sont tombés sur mon message enregistré il y a tant d’années !  Entre le train, le squattage dans des maisons parisiennes, le métro, il pouvait être n’importe où. Il aurait fallu le désactiver.

C’est fou ce que ce machin peut prendre comme importance. Les données qui sont dedans sont certes copiées sur le PC (au cas où), les messages sont toujours accessibles depuis le site web (ce qui me permet de les trier quand ils sont trop nombreux et de les écouter par ordre d’importance), mais je l’avais perdu. Et mes rendez-vous noté dessus aussi. Deux jours plus tard, il revenait, planqué sous une pile de papiers à jeter ranger. Bardé de messages. Pas un seul pour un rendez-vous manqué. Ouf. J’ai fait tout ce que j’avais à faire. Emploi du temps serré, que des rencontres intéressantes et fructueuses. Dans l’intervalle, j’ai même vidé ma boîte mail… En temps presque utiles !

C’est d’ailleurs une joie de prêtre de voir que tout va globalement bien. Voir que les signes qui vont dans le bon sens sont largement plus nombreux que les autres, que les projets qui avancent en rejoignent quelques uns et les font avancer.

Comme ce sondage par exemple que je me suis amusé à lancer ici… Les résultats sont fort intéressants.

image

D’abord, malgré tout ce qu’on peut dire sur l’évangélisation sur Internet, et l’alibi que ce serait pour un prêtre, vous êtes surtout des cathos à venir régulièrement ici, lire tout ce qui se dit dans la cathosphère… Dans tout ce petit monde, un bon nombre me connaissait « dans la vraie vie » et vient voir ce que je peux raconter ici, dont une inquiétante partie (10) se prend pour ma mère ;) , et peu de paroissiens… Sinon, il y en a aussi pas mal qui ont cliqué sur un lien (sacristains ou d’autres amis comme Matthieu Lefrançois, Edmond Prochain, Frédéric ou Véronique), une invitation FaceBook ou dans un article de presse (il n’y a pas si longtemps, « prêtre blogueur » était encore assez insolite pour en faire un article)… Parmi vous, un bon nombre vient finalement découvrir « de l’intérieur » la vie d’un jeune prêtre, dans ses fondamentaux comme (et surtout) dans ses accessoires… ça me plaît parce que ça a toujours été le projet : au travers de mes rencontres, lectures, photos, heurs et malheurs, des petits riens de chaque jour racontés, que Dieu se dise, et se fasse une place ! Le tout avec un certain humour pas toujours drôle, mais apprécié notamment par les 26 pingouins transsexuels de Tasmanie.

Les mécontents sont part infime… les arrivants par hasard, ou pas du « sérail » aussi… ou tout au moins ne répondent pas à ce sondage. Voilà les chiffres de la majorité. Ils sont intéressants, ils alimentent ma manière de vivre ce projet de blog…

Mais voilà aussi le rendez-vous manqué. C’est celui qui bouleverse toujours un prêtre de l’intérieur. Il ne va jamais bien parce que « tout va globalement bien », il attend toujours parce qu’il en manque un, parce qu’un enfant de six ans est mort sans raison, parce qu’une jeune pourrait se retrouver sur ce chemin là, parce qu’un seul a été blessé, parce qu’un seul manque à l’appel.

Celui qui manque, ce « un » qui vous fait tout quitter pour le retrouver, il est toujours là, en creux dans mon ministère, dans mon écriture. Creux parce que je n’ai pas su le voir, parce qu’il ne s’est pas laissé approcher, parce que mon ministère en course m’a fait oublier sa lenteur, parce que ce n’est pas « moi » qui sauve, mais le Christ qui me fait collaborateur de son œuvre. J’y suis pour quelque chose, ou pas tant que ça. Mais il manque.

Alors je pourrais écrire pour la majorité, pérorer pour ceux qui sont en vie, rire avec les joyeux, et je le fais. Mais je veux, comme prêtre, teinter ce rire, cette écriture, cette fierté des petits manques qui nous tendent comme de vrais vivants. J’ai raté le rendez-vous avec le manquant. Et rien ne saurait s’arrêter tant qu’il ne sera pas retrouvé.

lundi 28 septembre 2009

je ne sais pas si mon évêque me lit ; ma mère, oui.

J’avais pourtant pris des mesures drastiques.

J’ai changé d’ordinateur avec un écran moins haut. J’ai changé changé mon bureau de place (les yeux perdus sur la canopée rougissante au-dessus de la webcam). J’ai ajouté un plug-in dans Firefox pour apaiser la tentation de laisser certaines fenêtres virtuelles longtemps ouvertes (on prend vite des courbatures de cerveau)… Et pourtant, je suis encore victime du syndrome de l’écran total. Mode protection maximum.

Rudoyer seul son clavier en s’adressant à un ‘tout’ planétaire, écrire en pensant à des commentateurs, des lecteurs, qui ne sont pas là, s’imaginer que ce sera lu, sans savoir ni quand, ni comment, ni par qui, ni pourquoi. C’était déjà vrai en petit blog isolé, c’est encore plus vrai depuis que je traîne dans la sacristie.

on tisse, plume à plume, de jolis petits liens
entre le quotidien et l’écriture,
entre ce qu’on était (et que les fidèles ont vu naître) et ce qu’on est devenu,
entre ce qui nous empêtre, et là où nous nous sentons appelés,
entre l’aventure spirituelle, et la délicatesse pour le raconter,
entre ce que l’on lit, et ce qui nous fait bouger.

j’ai changé d’ordinateur, avec un écran plus bas, et je reste encore surpris quand à la fin d’une messe, un paroissien s’avance pour me dire: “ah mais pour l’homélie, là, vous avez réutilisé la fin de votre billet de blog, non? parce qu’on vous lit!” Gloups. un lecteur, un vrai, qui commente en direct, signe que le planétaire commence à ma porte, que les propos lâchés dans le vague où l’on surfe tombent dans des histoires particulières avec lesquelles d’autres liens, moins virtuels, se sont tissés.

Eh non, je n’ai pas réutilisé le billet sur la petite sœur. C’est la petite sœur qui m’a tellement marqué qu’elle prend ses marques dans le blog, et dans ma vie spirituelle, et forcément dans ce que je peux en partager en tentant de redire l’Evangile pour aujourd’hui.

L’écran total, c’est de croire que les mondes sont séparés, qu’on peut y vilipender, louer, réfugier, ou y raconter ce que l’on veut. Le témoignage n’aura de profondeur qu’ancré dans l’expérience humaine et spirituelle dont il émane. S’il se gausse d’idées, c’est qu’il a pris trop de hauteur, ou qu’il s’est réfugié derrière l’écran protecteur.

Savoir, à temps et à contre temps, oser fermer ou laisser ouverte une fenêtre, sauf quand le courant d’air guette, celle des yeux, celle du cœur, celle sur la cour (avec les odeurs de poubelle), celle où l’on surfe… Qui sait, on pourrait s’y laisser évangéliser. En tout, de la mesure, une bonne dose, loin de l’over-.

dimanche 12 juillet 2009

Dieu, la sainteté est ton chemin

Le marathon touche à sa fin… la succession passionnante mais passablement éreintante d’événements de fin d’année suspend son rythme acharné. Il va être temps de dormir un peu. Ce qui est bien avec Fessedebouc, c’est que désormais, on sait dans la minute qui suit le camp que celui-ci a bien plu, qu’ils s’y sont retrouvés, avec tout l’enthousiasme lié à la folie de ces temps forts!

Les jeunes sont libérés des exigences scolaires, ils sentent l’air des vacances, et les week-ends, middle-weeks prennent donc des airs particulièrement joyeux. On chante, on crie, on se soutient, on prie, on partage, joue, se lance des défis, raccommode les histoires compliquées, vit le sacrement du pardon, mange, se rend service, reprend tel ou tel pour que la vie de groupe se passe bien, soutient les animateurs débutants, relance les autres, discute jusqu’à pas d’heure sur les projets du matin, IMG_8203 [640x480]regarde le soleil se lever pendant les derniers quarts de la veille de feu, sous le chant incroyable des oiseaux (c’est beau, certes, c’est rouge et tout, mais qu’est ce que c’est tôt), on stimule l’inventivité de chacun… en belle collaboration.

Cette année, le thème qui traversait tout le camp était la découverte de l’espérance dans nos vies… mais au lieu d’enseignements ou de groupes de partage abscons, nous l’avons fait en partant à la découverte d’un autre pays. Celui des 5e dont je m’occupais avec Elisabeth était … Bali et l’Indonésie, forcément! Quelle émotion bizarre d’entendre les jeunes, dans les grands jeux, soutenir leur “village” en hurlant plus fort que les autres “INDONESIE, INDONESIE, OUAAAAAIIIISS”. A fond dans une culture, à fond dans le projet, quitte à y perdre pas mal de voix et de sommeil!

Je ne me lasse pas de constater que le cheminement des jeunes se fait au travers de toutes les activités, à commencer par les moins spi. le groupe s’est formé autour des grands jeux, certains ont été remués par les temps de désert, d’autres les temps d’équipe, la messe, les poule-renard-vipère… Mais à la fin, on n’en pouvait plus de crier ensemble notre joie, même les plus rétifs. On aurait presque pu voir s’allumer au dessus des têtes de petites auréoles de sainteté. Non pas qu’ils aient été sages (quoique si, en fait, mais on s’en fiche) mais plus près, ensemble, de Dieu.

Il y en a quand même que cette sainteté imprévue, mâtinée de folie évangélique, de bonne humeur spirituelle et de cacophonie permanente continuent  à surprendre… à s’en gratter le crâne pour se demander comment ils ont pu devenir ces apprentis saints, là!

ça commence comme ça!ça chauffe, hein?

samedi 3 janvier 2009

calorifères

La Belgique flamande frissonnait, l’eau par le gel se figeait, les canons à chaleur se dépensaient, les maisons peinaient à se réchauffer, il fallait se couvrir sans grâce et gagner en épaisseurs ce que l’on perdait en glamour pour lutter à chaque instant contre l’air glaçant…

dans les derniers remous de décembre, et les premiers frimas de Janvier, les frères de Taizé ont ouvert un chemin de feu,

 

chemin de chaleur de la prière, de l’intériorité,
    même si nous ne savions pas prier, les chants, les silences, les
    prières nous emmenaient peu à peu des grandes questions
    mâtinées de grandes peurs vers une rencontre en coeur à
    coeur avec un Dieu qui habite la petitesse de l’homme.

 

chemin de chaleur de l’accueil, de rencontre, de fraternité,
    ouverts par 40 000 européens rassemblés, par une paroisse
    qui se décarcassait au quotidien pour nous offrir une orgie de
    délicatesses, conforts, attentions, charcuteries et pâtisseries,

 

chemins de beauté,
   
façonnée de tissus, de lumières douces, de chants
    harmonieux, et de visages apaisés.

chemin de partage, 
    en petits groupes, foules innombrables, ou dans le salon cosy
    d’un presbytère entre des prêtres français, flamand, slovène,
    congolais, polonais autour d’une bonne bouteille.

chemin d’intelligence, 
    à l’invitation d’un Henri Madelin brillant qui voulait que les
    chrétiens soient dans le monde une boussole qui en dise le
    sens. Les chrétiens sont au monde ce que l’âme est au corps,
    indissociablement liés, l’un ne peut vivre sans l’autre et la vie
    sainte de la première appelant la résurrection des deux…

chemins de pardon,

chemin d’espérance,
    rendue possible par le petit geste de chacun, petite
    responsabilité pour apporter la paix autour de soi, coincé
    entre l’expérience de nos petitesses et la grandeur de nos
    désirs

chemin de sainteté.