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samedi 25 avril 2015 15:50

la délicatesse sans mélancolie

Il faut du fond et de la forme
pas trop profond, parce qu’on s’y perd
pas trop de formes, on s’exaspère

une pompe à vélo pour un peu d’air
quelques guitares et un micro
des onomatopées, des mots.

de la liberté, de la bonté, des choix qui relient
des nuages et des colères, des joies
et des hommages aussi*.

"Qui nous fera voir le bonheur ?",
cite le psalmiste, en quête de joie
“nous” répondit le poète, léger.

A force de dire “je”, y a tout qui rétrécit…

IMG_7616

la pochette est de Baudoin, qui un temps dessina du Vargas,
les musiques, à la guitare, se laissent facilement apprivoiser
je ne suis pas le seul à aimer :

Francofans avril 2015

ah et si vous allez sur le site de David Sire,
vous verrez plein de spectacles, une bidulosophie (cet art de laisser de la place à ce qui compte) des contes pour enfants, des albums épatants et surtout, vous apprendrez à aimer le type rien que pour les lieux où il va se donner…

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ou d’autres encore. Improbables et vivants. A ne pas rater.

Je est un nous, Sélénote, en sortie bientôt paraît-il, ou en dédicace partout là où il donne…
nécessaire

* à la petite vieille en bas de chez toi, à un photographe montagnard qui aurait presque eu pu être Fred, au compagnon d’Emmaüs, à ceux qui posent des trésors au milieu des peurs, et des chansons pour desserrer les baillons.

mercredi 23 avril 2014 08:56

Chercher le Christ

BlogDavidLerouge-297

Que chaque âme qui cherche Dieu sache qu'elle a été devancée par lui, qu'il l'a cherchée le premier... « Durant les nuits, j'ai cherché celui que mon cœur aime » (Ct 3,1). L'âme cherche le Verbe mais c'est le Verbe qui d'abord l'a cherchée... Laissée à elle-même, notre âme ne serait plus qu'un souffle qui s'en va au hasard et ne revient plus. Écoutez les plaintes et les supplications de celle qui erre et qui a perdu sa route : « J'ai erré comme une brebis perdue ; cherche ton serviteur » (Ps 118,176). Ô homme, tu veux revenir, mais si cela dépendait de ta seule volonté, pourquoi demanderais-tu le secours ?... Il est évident que notre âme veut revenir mais ne peut pas ; elle n'est qu'un souffle errant et qui d'elle-même ne reviendra jamais...

     Mais d'où lui vient cette volonté ? De ce que déjà le Verbe l'a visitée et cherchée. Cette recherche n'a pas été vaine, puisqu'elle a suscité la volonté sans laquelle il n'y a pas de retour possible. Mais il ne suffit pas d'être ainsi cherchée une fois ; l'âme est trop alanguie, et la difficulté du retour est trop grande... « La volonté est en moi, dit saint Paul, mais je ne parviens pas à faire le bien » (Rm 8,18). Que demande donc l'âme, dans le psaume que je citais ? Rien que d'être cherchée ; car elle ne chercherait pas si elle n'était pas cherchée, et elle ne recommencerait pas à chercher, si on l'avait assez cherchée.

Saint Bernard
Serm. 84 sur le Cantique des cantique
s

BlogDavidLerouge-304

samedi 23 mars 2013 12:57

je marche dans l'autre sens que la terre

C’est l’histoire d’un homme.

C’est l’histoire d’un homme en Russie, plongé au cœur de ses deux histoires mouvementées, celle d’avant et celle d’après le mur, le bloc… un homme qui aurait pu, comme tout un chacun, baisser la tête, courber le dos et se laisser porter par le mouvement, cherchant à survivre au mieux, à se laisser flotter dans le système, accusant le coup de la violence du communisme, ou du libéralisme acharné. Seulement voilà, cet homme-là a dans le cœur, le vrai cœur, un projet un peu fou, monter un film sur le personnage fascinant, embué de pouvoir et de lascivité qu’est Catherine de Russie. Et il cherche, dans les mécanismes du soviétisme, les espaces flous où un brin de justesse non propagandiste pourra passer. Il cherchera plus tard, dans la Russie libérée du communisme mais en proie aux rapaces de la pire espèce qui détournent l’essentiel, si cette même poésie y trouvera plus facilement sa place. Parfois, il réussit, parfois il s’embourbe dans ses propres contradictions, et se perd dans sa quête, dans sa vocation.

Dans cette marche des événements, dans cette rotation immuable de la terre, il faseille et circonvolutionne entre ses rêves et son projet, dans les méandres de la vie qui voudrait bien le broyer. Car cet homme aime profondément cette Catherine qu’il voudrait n’être pas réduite à ses clichés…

Andréi Makine décrit à merveille ce rebours que sont certaines histoires dans le cours du temps, et la violence des mondes sur nos vocations plus profondes et les dictatures qui ne sont pas que celles des temps anciens… mais il sait surtout, en quelques pages lumineuses, écrire la respiration la plus profonde d’une vie, ce moment où, libre profondément, en deçà des logiques mondaines et même des vocations, un amour plus profond fait marcher dans l’autre sens que la terre. Il faudra que le temps, que le monde s'estompent un temps pour permettre cet essentiel... dans cette justesse. 

Makine prend le temps d’arriver à cette rencontre, et cette marche à rebours prend justement tout son sens parce qu’elle s’est faite attendre, comme chacune de nos vraies rencontres.

9782021095517

présentation de l’éditeur: “Défendre cette femme... Effacer les clichés qui la défigurent. Briser le masque que le mépris a scellé sur son visage. Aimer cette femme dont tant d'hommes n'ont su que convoiter le corps et envier le pouvoir. C'est cette passion qui anime le cinéaste russe Oleg Erdmann, désireux de sonder le mystère de la Grande Catherine. Qui était-elle ? Une cruelle Messaline russo-allemande aux penchants nymphomanes ? Une tsarine clamant son "âme républicaine" ? La séductrice des philosophes, familière de Voltaire et Diderot, Cagliostro et Casanova ? Derrière ce portrait, Erdmann découvre le drame intime de Catherine - depuis son premier amour brisé par les intérêts dynastiques jusqu'au voyage secret qui devait la mener au-delà de la comédie atroce de l'Histoire. L'art de ce grand roman transcende la biographie. L'effervescence du XVIIIe siècle européen se trouve confrontée à la violente vitalité de la Russie moderne. La quête d'Erdmann révèle ainsi la véritable liberté d'être et d'aimer.”

le titre est tiré d’une chanson envoûtante de Loïc Lantoine, qui va sortir un nouvel album le 2 avril prochain.

samedi 14 avril 2012 11:36

la part de l'inexplicable

on devrait faire de Marx un théologien.

« Dans l’une de ses nouvelles les plus célèbres, Jorge Luis Borges décrit l’impuissance du philosophe Averroès à saisir la signification des deux mots principaux de la Poétique d’Aristote : comédie et tragédie.  Le théâtre en effet n’existe pas dans la civilisation arabe du XIIe siècle : Averroès n’en a jamais vu, il en ignore tout.

Echec assez cruel, si ne s’y ajoutait une ironie particulière : dans la cour de la maison, des enfants s’amusent à imiter les adultes.  Le philosophe les observe pour se distraire, sans jamais soupçonner qu’il a devant lui l’objet de sa quête : le secret de la comédie se trouve sous ses yeux, et il ne le voit pas.

Face à la tragédie grecque, nous sommes tous des Averroès – privés de la connaissance de notre ignorance. Le philosophe arabe savait au moins qu’il ne savait pas.  Nous, nous croyons connaître […]

Il faut donc se défaire des idées reçues. Se lancer dans une entreprise de défamiliarisation. […] L’approcher par le vide. L’expliquer – le paradoxe n’est qu’apparent – par le mystère.

Laisser à l’inexplicable sa part. […]

En savoir davantage sur nous par ce qui n’est pas nous. »

William Marx. Le tombeau d’Œdipe. Pour une tragédie sans tragique.

BlogDavidLerouge_603

jeudi 14 octobre 2010 08:43

tous les matins du monde

Il était midi, l’heure où l’on ne fait rien. On l’avait fait appeler, par coups de fils indirects en pagaille pour qu’il se présente derechef au palais, son portable récupérant des affres d’une inondation impromptue. Il s’était assis à l’invitation du prince sur le bale dangin, et avait bu en s’excusant un thé sans paille ; il n’avait pas compris ce qu’il faisait là, celui qu’il pensait rencontrer n’était pas finalement celui qui assis en face de lui. Nous avions alors mené une conversation improbable en indonésiano-franco-balinais à base d’amis communs, d’histoire locale et de projets actuels. Là-bas, tout le monde l’appelle Made Bagus. Et nous avons passé pas mal de temps ensemble durant les deux semaines qui suivirent. Il montait un spectacle de percussions corporelles, je prenais des photos, et nous discutions avec des dalang de la force de notre foi, ou de nos religions. La qualité de la relation était à la hauteur de l’improbabilité de la rencontre.

J’ai quitté Grégoire à une heure trente du matin, écoutant les dernières gouttes d’une nuit diluvienne qui nous avait trempés jusqu’à la moelle, les pieds baignant dans la rivière qu’étaient devenues places et ruelles. Je portais alors un TShirt de Manga qu’il m’avait généreusement cédé, attendant la fin du cataclysme météorologique qui avait ponctué tout le Gambuh de folie auquel nous avions assisté de concert…  Quelques heures plus tard, j’étais dans l’avion pour un autre bout de l’Indonésie quand il s’envolait pour la France.

J’ai reçu un mail de Grégoire cette nuit, en attendant de le revoir bientôt, il annonçait un spectacle demain à Lyon, et même si l’univers culturel n’a pas grand chose à voir avec Bali, la musique qu’il propose est d’une excellence et d’une douceur qui font du bien… Sans parler de la petite citation insérée en plein milieu de la vidéo. Le son n’est pas excellent au début, mais la magie prend.

Le spectacle s’appelle donc Couette [1] et si j’étais lyonnais, j’irais volontiers y passer une bonne heure. ça me changerait des cris des manifs, et des traits incisifs de ceux qui ne sont pas dans la rue. Un peu de douceur, vous dis-je… et la 2e écoute est encore meilleure.

COUETTE est un élément de literie dans lequel Marie Daviet et Greg Gensse se glissent avec délicatesse. Ils y tiennent, bien au chaud, des ondes électro-acoustiques à consonance textuelle. Couette est constituée d'une enveloppe musicale embrassant des fibres synthétiques dernière génération. Le duo mixte peut alors délivrer une douce chaleur musicale, à la fois animale et humaine, dont le pouvoir risque d'enivrer plus d'un(e) insomniaque...

"Faisons court, faisons bref, faisons couette ! Comme personne ne fout rien le 15 octobre à 21h30 (à part Michel Sardou), et que le monde va mal, venez nous aider à SAUVER LE MONDE ! COUETTE (Marie Daviet & Grégoire Gensse) EST EN CONCERT
VENDREDI 15 OCTOBRE à 21h30 pétantes

au Périscope, 13 rue Delandine 69002 Lyon ! (Vous pouvez réserver à periscope.lyon@gmail.com)
Tarif exceptionnellement  réduit pour tout le monde : 6 euros !!!!! Profitez-en !"

lundi 30 novembre 2009 19:56

l'éclat fugitif de la beauté

commencée depuis longtemps, cette faculté des prêtres à regarder (trouvée sur le site de pervilegio)

Je me souviens de la première photo que j’ai encadrée. Une tulipe, rouge, en macro. Les feuilles de l’arrière plan s’étaient étoilées dans le flou en octogones réguliers. Composition gentille. Ce n’était que de la technique. Mais avec un réflex tout manuel, Ricoh, et sans prévisualisation, j’en avais été fier. Et je l’avais offerte.

Je ne me souviens pas de tous les autres clichés, des centaines sans doute, plus peut-être. Je ne saurais même pas dire où ils sont maintenant. Sauf déjà quelques portraits, de famille, pour les fêtes. Plan serré, une attention à restituer, à rendre la beauté. Classique.

Je me souviens qu’à Bali je ne faisais pas de bonnes photos. Rien de probant pendant la première année. Et puis Jérôme Fay est revenu, et m’a dévoilé qu’on pouvait dévoiler, qu’on pouvait extraire, d’un regard, d’une ombre une beauté plus intérieure. Alors j’ai haï les poses, les sourires composés, pour saisir cette beauté, en noir et blanc, dans le fugitif des regards.

Peu à peu, de plus en plus d’audace pour ne pas faire les photos attendues, convenues pour décaler l’objectif insolemment vers le bas, le haut, et même dans un paysage, ou une Eglise, dire une ambiance, révéler une transparence.

Et puis le numérique est venu. A l’arrière de l’appareil, un aperçu, aussitôt, de ce qu’on a essayé de faire. ça ne dit pas si la photo est bonne, ça dit si elle est ratée. ça donne aussi envie de prendre plus de clichés, (puisque ça ne coûte rien) pour ne rien laisser passer. La technique gagne en immédiateté, en précision aussi, le regard en agilité. C’est même parfois un peu grisant de réaliser qu’on regarde le monde en 24x36 noir et blanc, et se dit de temps en temps “tscheclec” dans la tête!

C’est dingue cette capacité à choper la lumière parfois, à poser des regards sur les instants où une beauté se laisse voir. Ce n’est qu’un coup de pouce d’index qui l’arrête. C’est parfois flou, c’est parfois rien, et le soir, quand les photos apparaissent en grand sur l’écran comme avant quand on dépouillait la pochette chez le photographe, je souris, heureusement surpris. Quand je prends le temps de les “revoir”, de les “relire”, une beauté parfois cachée vient s’y discerner. La photo est réussie. En deça de la pose, une profondeur est passée. Il faut le temps du développement pour le voir, il faut l’exercice du regard pour apprendre à le saisir, il faut laisser “reposer” pour pouvoir s’en souvenir. Mais dans le quotidien, le photographe peut attraper quelque chose de la fugacité de la beauté pour qu’elle se révèle à la relecture. Et mieux encore, il peut partager cette beauté.

le croyant, lui aussi, peut, avec le temps, se laisser impressionner et apercevoir, surtout en relisant, la beauté de Dieu qui passe dans les ombres du monde.

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