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dimanche 20 octobre 2013 23:18

la main sur le coeur

Cher vieux, il eût fallu que tu le susses, en gros, mais dans les aumôneries, parfois on abuse de moyens pé-da-go-giques pour permettre au jeune collégien de s’exprimer. Parce que le jeune collégien a un souci de poil dans la main généralement de l’ordre de la forêt vierge, rétif même à la machette, surtout quand il a décrété que ça ne lui plaisait pas. Et comme son plaisir (supputé) handicape son vouloir (nécrosé), il ne fait que ce qu’il aime, ou alors il grogne, il regimbe, il néglige, il chahute, il résiste passivement, il avionne en papier, il sarbacane, bref, il fait ch… . Donc, pour passionner l’ado, il faut du talent, des idées, et de la retenue dans le coup de poing dans la tronche et le coup de pied au cul. Note que le collégien a des capacités surprenatoires qui pourraient te laisser coi. Par exemple, il aime écrire sur un tableau (si) alors que bon, bref. Il peut avoir des enthousiasmes musicaux pour des choses que spontanément, tu n’aurais pas classifié dans “la musique”, il se bougera pour une cause, ponctuelle, au loin, mais râlera pour venir à un ouikènde qui finalement l’enthousiasmera, il s’habille comme tout le monde, mais pire, et ne laisse aucune part à la différence. D’ailleurs, quand tu es collégien ET différent, tu peux, en gros, attendre le lycée pour que ça soit moins pire. Bref. Pour la pédagogie du collégien, il faut lui parler de ce qu’il aime, qu’il pourra ponctuer d’un ‘nan mais moi’ (comme tous les adultes, note), ou le faire gribouiller sur un tableau.

Ce matin, dans une aumônerie qui est délicatement accolée à une église en forme de je sais pas trop quoi, genre un demi tonneau blanc, j’ai trouvé sur un tableau noir un joli bonhomme vaguement très proche de la calvitie sur lequel on avait tatoué tout plein de bons sentiments qui sont le gage d’une humanité qui irait mieux si réellement on se bougeait un poil pour qu’on les applique. J’avoue, je n’ai pas tout compris, notamment ce que “dormir” faisait “là”… Mais j’ai ri de bon coeur à cette délicieuse proximité entre le coeur et la main, entre l’aimer et le geste, et les aléas de maroquinerie qui vont avec.

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cher collégien, si tu me lis, sache que je t’aime bien, mais que de temps en temps, je… (rigole bien, ça me soulage)

et sinon, faire des liens entre le coeur et le geste, c'est délicatement génial, hein. 

dimanche 6 octobre 2013 21:04

une ballade sur le chemin perdu

CirquePlume©YvesPetit (19)

Je vais finir par être jaloux du talent que Dieu dépose dans la vie de tant de personnes qu’Il s’acharne à mettre sur mon chemin… parce que ça tient du miracle. Il a dû décider, depuis le début de ma vie, de me sauver même quand je n’ai même pas l’impression d’être perdu. Il l’a fait en me tapant sur l’épaule dans le coin d’un oratoire parfois, en patientant que ma nuque se déraidisse souvent, en papillonnant d’un cil discret en orée d’un coucher de soleil mirobolant, d’un bout de Parole glissée au coin de l’oreille, d’un arpège de poète libre et chantant. Il l’a fait d’un sourire au bon moment, d’un téléphone qui a sonné à vide, d’un bout de papier griffé d’encres adressées, d’une vibration au fond de la poche. Il l’a fait au bas d’une page cornée, d’un cd retrouvé, ou dans une photo, ou quelques notes offertes par un artiste vrai et vibrant. Il l’a fait dans l’horizon balinais.

Samedi, tout allait bien avec ce qu’il faut de boulot par dessus la tête. C’était mon seul soir libre de toute la semaine, parce que la veille, c’était un beau moment d’aumônerie, mardi, des lumières estudiantines sur le récit de Cana, mercredi des étudiants célébrant leur année en commencement, jeudi un dîner de confiance délicate dans une famille engagée. Et lundi, j’avais reçu un email à durée de vie limitée, qui annonçait un ami, un spectacle, une ville, et le tout uniquement pour cinq jours. C’était le dernier soir. J’ai foncé, en retard comme parfois vers Caen, le coeur léger de revoir Greg, le génial pianiste-trompettiste-danseur-joueur_de_gamelan-percussionniste_corporel que j’avais reçu comme ami à Bali. Je suis arrivé à Caen, le moteur essoufflé de s’être hâté, et 1/4h avant le début, c’était archi complet. Grégoire avait griffonné mon nom pour l’ouvreuse, et m’avait invité d’un coup de fil tonitruant, à me faufiler pour trouver une petite place. J’ai grimpé quatre à quatre les gradins et demandé au sourire qui m’accueillait au sommet si elle n’avait pas une idée pour un tout seul et tout maigre. Deuxième rang, parfait. La famille à mes côtés était tout sourire, tout heureuse d’être là. Un papa, quatre enfants arrivés depuis pas mal de temps. On a bavassé les dernières minutes, je devais être le seul parmi les mille spectateurs entassés à ne pas savoir ce que je venais voir… le cirque plume.

Il faut dire que je n’aime pas le cirque, les hommes qui maîtrisent fauves et animaux, qui maîtrisent le corps, qui maîtrisent le rire, le strass et les airs, et concluent, bras et mains tendus, victorieux, d’un sourire en TADAAAAM, j’ai peur des clowns parce que leur identité s’inscrit sur leur peau, ils cachent l’intérieur sous l’emphase, et le maquillage démesuré fait obstacle à ma sérénité. Je suis moins impressionné que perturbé par cette excellence vibrionnante. Je n’aime pas le cirque.

Et la lumière s’est éteinte sur le plateau encombré vers lequel descendait un piano à queue suspendu, et où oscillait une larme de verre. ET TOUT A COMMENCE.

C’était encore une fois, comme à chaque fois que je suis touché, d’une sensibilité et d’une légèreté sans nom. Pas de brio, pas d’excellence tapageuse mais des talents qui s’expriment dans des sourires complices, un clown émouvant, des artistes-musiciens-circassiens qui laissaient se déployer leur talent dans une poésie sans mot, dans une douceur ébouriffante.

Il y avait cette femme qui jouait avec les flots, avec la mort, avant de s’élever aérienne vers des cieux sans effort, ou ces personnes traversant le plateau en rythme effréné, il y avait de l'air, du son, du talent, il y avait ce second degré léger, il y avait ce rythme, celui de Greg, mais partagé avec des talentueux du corps et du reste. Parce que c’est cela qui m’a touché avant tout. C’était tout l’homme, de la moindre fibre de ses muscles à la délicatesse de son mouvement, du pétillement de ses yeux aux harmoniques de ses ensembles musicaux, on sourit, on rit, on vole un peu.

CirquePlume©YvesPetit (7)

On se dit surtout que l’on doit, dès le retour, vaquer à cette occupation fondamentale, de donner le sourire, de sourire en donnant, de permettre à ceux que l’on rencontrera de déployer en eux le don qu’ils ont reçu, de concourir, comme Eglise, à quelque chose de cette joie qui est don de Dieu. Je vous assure que parfois, il y a des gens qui ont une manière de vous regarder et de vous donner, qui vous permet de deviner sous tant de talent quelques reflets des cieux. Un cirque d’une humanité bercée d’infini, tendre, léger, donné.

Le plus beau, c’est de croiser au sortir des étudiants du mercredi, ou un ancien élève qui me reconnaît, puis de parler en vérité avec l’ami retrouvé. Parce qu’il est doux de se laisser sauver.

et comme dans toute ballade, à la fin de l’envoi, ils touchent.

ça se passe là.

dimanche 16 décembre 2012 17:21

glissade sémantique

les lunettes joyeuses d'Elie

glisser en Avent, de l'attente à la veille,
par une attention au Bien qui sourd sans tapage
et plus activement encore, une Bienveillance.

vendredi 8 avril 2011 10:49

#VDM

Aujourd’hui, j’ai croisé une petite famille. Les parents me saluent en larges sourires, le grand me tend la main, la petite de trois ans vers qui je me penche me répond doucement “bonjour”. Sa maman la tance gentiment : “bonjour mon père”. Et la petite, obéissante, répète. “Bonjour gros père”. presque. VDM Clignement d'œil

vdm

fat-david[1]

dimanche 6 février 2011 18:29

ataraxie impassible?

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il ne rit ni ne sourit ;
serait-ce donc qu’il exècre la poiscaille
et les pêches miraculo-industrielles ?
ou encore est-ce le fardeau de la croix
qu’il sait devoir bientôt supporter ?
ou pour ne point trop anticiper
une paix, une joie qu’il sait dernières ?

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il ne rit ni ne sourit ;
à l’instar du Vénérable Jorge
aurait-il pour le rire des idées furibondes?

il ne rit ni ne sourit ;
faut-il donc tant de gravité
burinée sur un teint hautain
pour manifester dans l’humanité
le poids et la gloire de la divinité?

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mais s’il ne rit ni ne sourit,
ce n’est pas à la manière
du parisien métropolitant matinalement ;
ce n’est guère plus par componction : 
il est la fine fleur de la grâce de Dieu et
ce n’est pas sans laisser transparaître
du coin des lèvres, une joie, une quiétude, une équanimité.

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ce n’est pas tant qu’il ne sourit pas ni ne rit ;
il faudrait chercher une autre nuance
sur la palette des expressions…

s’il ne rit ni ne sourit
sur tant de tableaux, tant de statues, ou dans les mots de l’Evangile,
c’est que les temps d’avant n’avaient pas comme aujourd’hui la passion des sentiments
du fleur de peau, du séduisant, du sourire VRP
nécessaire, mais carnassier, pour attirer le chaland.

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il est des joies plus intérieures qui ne se confondent pas avec la liesse
mais laissent passer une fragrance d’éternité
sans les ors d’un sourire de publicité.

il résiste à mes sourires apitoyés ou enjôleurs
il sourit, mais de l’âme.

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(photos prises à l’Abbaye de Juaye-Mondaye, 14, où il faut apprendre à regarder la joie comme elle est, et pas comme on la voudrait.)

samedi 6 novembre 2010 09:33

Notre ombre n'éteint pas le feu

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le tout n’est pas de vouloir la voir disparaître, mais de l’emmener avec soi là où la Lumière saura quoi en faire

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On espère toujours pouvoir maîtriser son image en se composant un visage. Hélas ou tant mieux, le même visage parle sans nous, et le corps avec lui. On ne le perçoit pas mieux qu’on n’aime sa propre voix… Il paraît même que ce n’est pas la même région du cerveau qui commande le sourire de plaisir ou celui travaillé pour les photos. D’où ces différences si notables, et ma quête des sourires qui ne sont pas adressés. Mais au-delà de notre corps, même dans la plus belle lumière, nous traînons nos ombres et nos reflets, qui passionnent tout autant le photographe. Ils sont simplifiés, et distordent ce que nous voudrions polir. Ils nous composent aussi, peu importe les latitudes où nous les baladons. Certains nous réduisent à nos ombres, d’autres à nos reflets, ou encore à ces clichés de nos vies, à un instant donné. La part de Dieu nous remet en histoire, unifiant en mouvement l’ombre et la lumière, l’aimable et l’aimé, le résistant et le pardonné.

le titre est d’Eluard, le dessin de Xavier Gorce et la photo de moi

lundi 15 décembre 2008 08:31

un millimètre vers le haut

 

Si chacune des communautés auprès desquelles je suis envoyé a sa couleur, ses dominantes, elles ne se laissent pourtant pas réduire à ces traits majeurs, et au coeur de celles-ci tout un panel de reflets transparaît… Celui qui répond à l’appel du Christ, de l’Eglise, pour célébrer, partager, se former, respirer vient le faire avec sa propre vie, ses attentes, ses blessures, son histoire, son aventure sacrée.

Etre le prêtre de tous, rejoindre chacun et l’écouter pour lui permettre de vivre de l’Evangile dans le sein d’une Eglise elle-même en chemin relève parfois d’une gageure insoluble. Quand l’un regrette que les jeunes ne sont pas assez présents, l’autre se plaint que leurs instruments sont assourdissants, quand untel voudrait des eucharisties aux assemblées signifiantes, tel autre regrette sa messe de 8h le dimanche - tellement ajustée - et chacun de venir avec ses attentes fortes pour l’Eglise, pour l’assemblée, pour la liturgie…

On consonne avec certaines, c’est plus difficile avec d’autres, et pourtant, il nous faut peu à peu être signe d’unité.
Pour celui qui vient se ressourcer, en quête d’intériorité,
pour qui veut fêter sa foi,
pour qui cherche des réponses,
pour qui attend une rencontre,
pour qui veut comprendre la Parole de Dieu,
pour qui vient par fidélité,
ou par affection pour un proche décédé,
pour qui recommence à croire,
pour qui se sent contraint par ses parents,
il me faut présider.

alors pour être juste,
et rassembler,
je célèbre avec eux, en toute intériorité,
laissant paraître au bord des lèvres,
la joie qui veut m’habiter. 

Je ne m’en étais jamais soucié,
mais au moment de donner la communion,
de me baisser pour bénir les enfants,
souvent, à mon insu, je souris,
hier, au milieu des ‘bonjour’, “bon dimanche”, “c’était trop fort”, “on vous voit mardi?”, on me l’a dit aussi !

Seigneur, même accablé, qu’il me soit donné de croire jusqu’au bord des lèvres.

c’est pas gagnéTongue out

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