Mot-clé - voir rouge

Fil des billets - Fil des commentaires

mardi 12 février 2013

Monsieur le Président,

Capture plein écran 12022013 112601.bmpNous avons voté lors de votre élection, et vous avez été élu par une majorité de Français, vous avez donc toute légitimité à présider aux destinées de la France, et à guider tant ceux qui vous ont soutenu, ceux qui ont rejeté votre prédécesseur que tous les autres Français. Seul chef de l'Etat, vous êtes donc mon président, représentant de la France, pour nous et à l'extérieur et pour cela je vous écoute, je vous respecte, et je me sens tenu de vous aimer.

Je dois avouer, toutefois, que bien souvent, vous me perdez en route, et je ne comprends pas, mais vraiment pas, ce qui vous inspire ou vous pousse...  Dans un raidissement spectaculaire, vous avez réussi à opposer frontalement des personnes intelligentes, dont j'aime la justesse et la pondération, en deux options, deux clans s'invectivant des pires procès d'intention au lieu de permettre par exemple une troisième voie, que tous auraient pu éclairer, en vue d'un plus grand bien ; vous  avez fermé délibérément votre porte à des sages, humbles et qui vous appelaient pour échanger en vérité ; vous avez tu la voix de centaines de milliers de personnes sincères, les refoulant dans un militantisme qui pourrait devenir stérile, il y a désormais des tensions et des blessures qui pourrissent nombre de communautés ; vous avez laissé soupçonner les chrétiens de lobbyisme, ou de pingrerie supputant des portes fermées à la pauvreté, et laissé s'enclaver dans la culpabilité des chrétiens qui pourtant sont souvent déjà si donnés ; vous avez oublié l'audace du souci des plus pauvres ; et malgré le respect que je voudrais avoir pour vous, vous agissez comme si vous étiez le jeu de lobbies idéologiques comme votre prédécesseur pouvait sembler l'être de puissants et financiers.

Je voudrais vous accorder le bénéfice de l'intelligence, de l'union nationale, de la responsabilité, de la vision d'ensemble qui pourraient m'échapper et que je ne partagerais pas, ... et hier, vous avez ricané de celui qui ne s'approprie pas le pouvoir qui pourtant lui avait été confié, vous avez plaisanté légèrement en commentant la décision du pape, au nom de je ne sais quel sens de la dérision. Ne pouviez vous pas respecter celui qui a toujours vécu sa mission non pas comme un pouvoir mais comme un service, service de Celui qu'il sert, service de ceux qui lui sont confiés ? N'était-ce pas le sens de toute responsabilité ? La Vôtre pour la France y compris ? Y a-t-il des convictions qui arrachent aux hommes la majuscule qui devrait les honorer ?

Monsieur le Président de la France, je dois vous l'avouer, vous me perdez.

Vous ne me connaissez pas, je ne suis personne, un électeur, un Français pas meilleur qu'un autre, embringué dans mes contradictions, obscur prêtre de province, anonyme, soucieux de voir grandir les personnes qui me sont confiées, mais incapable de bien le faire ... J'assume d'être un parmi des millions, mais j'avoue que c'est une expérience désobligeante de ne pas avoir l'impression d'œuvrer avec vous au service de l'homme, de quelque chose de plus grand que nous, de me sentir ainsi méprisé.

Veuillez croire, Monsieur le Président, au profond désir de vous accorder mes sentiments les meilleurs, mais pour l'instant, ils sont surtout partagés.

David Lerouge.

samedi 8 décembre 2012

l'effet Duflot

Le catholique est salement irascible ces temps-ci, et comme il découvre que ses grognements plaisent beaucoup aux médias et rassemblent du populo, il s’indigne, il s’offusque, il réagit. Il y a de quoi, certes, quand tant d’enjeux de société se jouent, et pas des moindres. La mort, la naissance, l’amour : qu’un gouvernement s’y attelle et s’accapare le droit de les régenter sans en parler, c’est plus réactionnaire que n’auraient osé nombre de curés, et même de prétendues divinités.

Si en plus on les accuse, les catholiques se sentent mal. Jouant d’un effet d’annonce, d’un anticléricalisme de bon aloi et d’une offuscation rétroactive peu onéreuse, la ministre Duflot a flingué à mots à peine cachés les cathos. Passque tu vois, pendant qu’on vote des lois sur l’euthanasie et la PMA dans les salons des assemblées, les quelques religieux sénescents, moribonds et rarissimes habitent des demeures gigantesques en plein cœur de nos cités. Et une petite réquisition pourrait s’imposer.

crédit : Sébastien Le Clézio/Secours Catholique Lors de la mobilisation du Collectif des associations unies pour le logement, le 5 décembre, une personne annonçait la cérémonie des morts de la rue du lendemain. Mais depuis la publication du faire-part, de nombreux décès ont eu lieu. -  JPEG - 44.7 ko

Mais une réquisition de quoi? de couvents gigantesques aux chambres chauffées et inutilisées, de cloîtres luxueux, réfectoires vides, aux tables chargées de chaussée aux moines et de jambons d’abbaye, les coffres gorgés d’or et de calices précieux qui prennent la poussière. Bon. Le mythe est là, la réalité moindre. Les bâtiments qui ont pu être dévoués à l’aide le sont déjà depuis siii longtemps, et les autres ne le peuvent pas. Les règles de sécurité, quand on veut faire du bien, sont souvent fort, très fort, drastiques.

Bon, l’attaque (qui n’en est pas une, nous dit-on) a agacé les chrétiens de tous bords. C’est pas mal parce que jusqu’alors, c’étaient surtout les cathos de droite qui montaient grave au créneau. Là, ce sont pas mal de super bonnes volontés qui se sont senties offensées. A commencer par les religieux qui sont pourtant vachement cool, normalement, et qui cherchent peu la castagne.

On pourrait se réjouir d’un mouvement de société qui associe catholiques (mais muets, hein, sans croix toussa) et société civile dans une lutte de fond contre la pauvreté, c’est hélas un triste mouvement qui au contraire s’est initié. Parce que “l’effet Duflot”, c’est que l’attaque a réveillé la culpabilité moyenne du catho de base dans son rapport à la pauvreté et au royaume de Dieu qui s’annonce. Grosse grosse grosse culpabilité. Au point de se poser la question de l’utilisation du moindre mètre carré chauffé inutilisé la nuit à attribuer aux … aux qui déjà? sdf? sans papiers? demandeurs d’asile? mal logés? etc.

On leur file les clés, on écarte les tables, on leur demande d’être gentils, et ils apportent des nattes pour dormir par terre comme dans leur pays.

C’est gentil, et c’est con. Le secours catholique met en œuvre des programmes ambitieux de proximité, d’accompagnement, de projet, de structures, de liens sociaux profonds depuis des années, et on revient en arrière pour une charité mal placée. Zéro projet, juste une situation d’urgence qui pourra durer, et des situations malsaines qui vont s’installer. Les associations avaient de beaux projets, et on en fait quoi, hein? 

Franchement, ce genre de fibre, c’est la même qui fait dire aux mamans “finis ton assiette, pense aux Africains”. Les Africains, ils méritent mieux que le fond de mon assiette. LA PAUVRETE mérite mieux que nos mauvaises consciences et un sommeil gêné, elle mérite un combat plus ambitieux, Cécile. Si tu veux aider, donne à ceux qui savent faire, pas à ton service de comm ni à nos culpabilités maladives, merci.

mercredi 28 mars 2012

le pâté d'alouette et de cheval

Tout le monde parle de la vidéo du moment. J’aime beaucoup qu’elle m’aide à réfléchir. C’est pourquoi je la passerai sûrement aux jeunes de l’aumônerie, pour qu’ils réalisent que les chrétiens ont, dans leur foi, une certaine vision du monde et de l’homme à promouvoir. Franchement, j’aurais aimé qu’elle choisisse un peu moins dans ses priorités, mais ce n’est qu’une vidéo, elle ouvre mes questions plus qu’elle n’y répond. D’ailleurs, c’est là que beaucoup râlent : les évêques ne se prononcent pour personne. Pire, aucun candidat ne peut trouver pleinement grâce aux yeux de leurs critères. Il faudra donc choisir, s’engager dans un sens qu’on estime le meilleur, et voter.

Rue89

En fait, tout le monde ne râle pas. Rue89, site d’information, a repris les critères des évêques pour deviner leurs intentions cachées*. C’est tout simple. Ils ont googleplusisé. attribué +1 au candidat qui remplissait l’exigence, – 1 à celui qui l’enfreignait. Et le score est tombé: il faudra voter Bayrou. Certains de mes contacts doivent se réjouir, et je n’en peux plus de m’atterrer d’une telle bêtise. Parce que tout n’est pas compris dans les critères, on peut aussi refuser/s’attacher à la figure personnelle plus qu’à la ligne de parti (certain-e-s en ont fait les frais il y a quelques années), choisir de voter pour un candidat pourrait présenter plus de chances de gagner (au nom de l’adage de Bellet: (« En politique, pour avoir raison, il faut deux choses : premièrement, avoir raison, deuxièmement, gagner. ») ou plus encore il ne faudrait pas croire que les évêques sont unanimes sur ce genre de choix. Loin de là.

Mais le plus agaçant n’est pas là. On n’est plus en cp. L’addition c’est sympa, mais faut additionner les choses qui peuvent l’être. On se croirait dans la fameuse recette du pâté d’alouette et de cheval, aux proportions simplissimes, pour ne pas dire rue89esques: elles sont équivalentes. Pour réaliser un délicieux pâté d’alouette et de cheval, la recette est donc: vous prenez une alouette, et un cheval, et avec cela vous avez toute la matière première. C’est presque aussi con que l’âge du capitaine.

la prochaine fois que tu veux la ramener sur les prises de parole un chouilla subtiles de l’Eglise catholique, chère rue89, t’es gentille, t’évite de mélanger les calices et les patènes.

merci

*un peu comme si on pouvait deviner l’idolatrie d’une famille pour Johnny en rassemblant les initiales des enfants

jeudi 17 novembre 2011

Saint Mattathias

Si j'étais civitassien et préconciliaire, je m’en voudrais de rater la première lecture de la messe d’aujourd’hui qui est un bonheur pour tout zélé de l’Evangile en mal d’actions symboliques, et un cauchemar pour le prédicateur étrillé par l’actualité. Y a pas, les macchabées, même avec un nom bègue, c’étaient pas des petits joueurs.

le sacrifice de Môdine doréDès qu'il eut fini de prononcer ces paroles, un Juif s'avança en présence de tout le monde pour offrir le sacrifice, selon l'ordre du roi, sur cet autel de Modine. A cette vue, Mattathias s'enflamma d'indignation et frémit jusqu'au fond de lui-même ; il laissa monter en lui une légitime colère, courut à l'homme, et l'égorgea sur l'autel. Quant à l'envoyé du roi, qui voulait contraindre à offrir le sacrifice, Mattathias le tua à l'instant même, et il renversa l'autel.
Il s'enflamma d'ardeur pour la Loi comme jadis Pinehas contre Zimri. Alors Mattathias se mit à crier d'une voix forte à travers la ville : « Ceux qui sont enflammés d'ardeur pour la Loi, et qui soutiennent l'Alliance, qu'ils sortent tous de la ville à ma suite. » (1er livre des martyrs d’Israël)

Donc, on a le droit ! Tremblez, blasphémateurs, ça va saigner ! parce que voyez vous…

Je suis resté un moment interdit devant la première lecture, parce qu’elle fait partie des Ecritures, parce qu’elle semble tellement une réponse adaptée aux questions de l’actualité, non sans me poser de bons vieux cas de conscience. Se sentir offensé dans sa foi, dans son plus intime, dans sa relation à son Christ et Sauveur, c’est légitime, le dire sans doute aussi… oui, mais au-delà ? peut-on être aujourd’hui Mattathiassien ? Comment faire pour ne pas en arriver, dans un même zèle pour la Loi, là :

"Il a blasphémé! qu'avons-nous encore besoin de témoins? Là, vous venez d'entendre le blasphème ! Qu'en pensez-vous?" Ils répondirent: "Il est passible de mort." Alors ils lui crachèrent au visage et le giflèrent; d'autres lui donnèrent des coups.

Ce serait grave. Et un lieu de discernement difficile.

Et c’est l’Evangile du jour, juste après, qui m’a aidé à trouver un équilibre. Jésus pleure sur Jérusalem, parce qu’elle a ignoré son Sauveur, elle va l’offenser, le blasphémer, le tuer, passer à côté, et rater le salut qui lui est proposé. Jésus ne s’indigne pas, il met sa vie en jeu, il consent à ce qu’elle soit vraiment prise et donnée. Le Christ refusera même le feu, la mort pour l’autre, acceptant la logique de mort qui s’abattra non sur l’autre mais sur lui. Il transforme la haine du Salut, qu’il est, en don de vie qui dépasse le Mal objectif auquel il est confronté. Il pleure sur la logique de mort, et consent à la dépasser.

Remettre l’offense, la mort, le blasphème dans la puissance du plan du Salut, c’est refuser la logique de celui qui détruit. C’est pleurer du mal à l’œuvre. C’est être prêt à être soi-même bafoué pour que l’autre, le petit, le violent, soit sauvé.

C’est peut-être aussi, alors que le violent le voit pas, prier et pleurer… Range ton poignard, et brûle de ce feu là !

lundi 7 novembre 2011

mon cher Ivan

Bonne nouvelle : Le Vatican en a marre des curés "sans saveur"

Par Ivan Rioufol le 7 novembre 2011 8h30, le figaro

Les curés sont majoritairement prévisibles, ennuyeux, transparents. Ils font fuir les fidèles. Cette constatation d'une évidence, c'est Le Vatican lui-même qui la dresse, c'est-à-dire Benoît XVI. C'est donc une bonne nouvelle. Les prêches des prêtres catholiques sont devenus souvent "incolores, inodores et sans saveur, au point d'être désormais tout à fait insignifiants", vient de dénoncer le cardinal Gianfranco Ravasi, responsable de la culture au Vatican. Selon l'AFP, le cardinal italien a invité les prédicateurs à prendre en compte les nouveaux langages pour capter l'attention des fidèles et aussi à ne pas craindre "le scandale" que crée la parole de la Bible. "Nous devons retrouver cette dimension de la parole qui offense, qui inquiète, qui juge", a-t-il affirmé. Il a aussi invité les prêtres à suivre "la révolution dans la communication". Il explique:"L'information télévisée et informatique demande à être incisif, de recourir à l'essentiel, à la couleur, à la narration".

Cet aveu d'un conformisme ecclésiastique est évidemment bien tardif, en regard des avancées de la déchristianisation et de la lassitude de nombreux catholiques (dont je suis) face à un clergé pusillanime et politiquement correct, même si je sais qu'il abrite de belles et courageuses personnalités qui œuvrent le plus souvent dans l'ombre. Cependant, le mea culpa est désormais assumé par l'Eglise et cette contrition est un pas important qui vient d'être franchi. Il est piquant de constater que c'est sous l'influence d'un pape plutôt malhabile dans la communication de masse que Le Vatican a décidé de moderniser sa manière de s'adresser aux gens. Reste que cet appel à rendre plus consistantes les prédications dans les églises n'est qu'un retour aux sources du catholicisme et aux méthodes employées par Jésus lui-même, souvent construites sur la provocation et l'exagération.

Dans un livre remarquablement documenté sur Jésus (1), l'historien Jean-Christian Petitfils rappelle notamment ce que fut l'intransigeance du Christ, sa violence verbale parfois, et son goût pour le style apocalyptique. "On se tromperait, écrit Petitfils, en en faisant un doux missionnaire ou un débonnaire professeur de morale (le Jésus sulpicien!). c'est un prophète authentique qui crie, invective, lance de cinglantes diatribes". Jésus ne craint pas le style provoquant, quand il dit ne pas apporter la paix mais "le glaive". Il jette l'anathème sur ceux qui ont refusé son message ou pour secouer les foules de leur torpeur spirituelle. Il prend à partie ses adversaires: "Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites (...), serpents, engeance de vipères!". C'est pourtant le même Jésus qui, "compatissant, empli d'une infinie miséricorde, appelle à lui toutes les victimes, tous les blessés de la vie", note l'historien. "Il ne cherche pas à instaurer son règne par la force".

Aux prêtres et aux évêques d'être à la hauteur de leur mission, en cessant d'être des robinets d'eau tiède et des enfonceurs de portes ouvertes. Il y a urgence.

(1) Jésus, de Jean-Christian Petifils, Fayard

mon cher Ivan,

je te remercie de soumettre à mon attention cette dépêche AFP, qui, je n’en doute pas, a su restituer la profondeur et la saveur des propos du cardinal Ravasi, qui, étant du Vatican, comme toi tu es du figaro, engage le propos du pape comme tu engages la position de Sarkozy. C’est vrai, quoi.

Soit dit en passant, tu as raison, et Ravasi aussi, on s’ennuie parfois en homélie. Pas tout le temps, mais parfois. Soit que le prédicateur n’était pas en verve ce jour là, ou pas en verve tout court, mais j’y reviendrai, soit que le texte, déjà, à la base, n’était pas facile facile, soit que j’étais pas super dispo pour écouter, agacé derechef par le tic verbal dudit prédicateur. Si ça peut te rassurer, je m’emmerde aussi souvent en écoutant la radio, lisant les journaux, mais jamais en regardant la télé, parce que je ne l’ai pas. Pire, non seulement je m’emmerde mais il m’arrive fréquemment de penser “ce type est un con, et il parle comme un con, et il ne pense pas”. Et autant je m’enquiquine ferme pendant certaines homélies, autant j’y ai plus rarement ce genre de pensées, même si ça finit par arriver.

L’homélie, c’est un truc récurrent, genre quotidien et hebdomadaire, format court, et où le sujet est imposé par la Parole qu’on sert, et le peuple auquel on s’adresse ((nous les cathos on dit peuple quand tu dis lectorat)). Parfois on est bons, on trouve le fil, l’intuition qui rend le propos intéressant, parfois, non. C’est con, j’ai oublié de prendre l’option “génie” au séminaire. Mais bon. Et puis, on est pas là pour qu’à la fin, on nous dise “chrysostome est de retour, mais pour aider les chrétiens à vivre.” Servir la Parole, le Christ, faire entrer dans la profondeur du propos, c’est pas toujours funky, et on n’y excelle pas tous et tout le temps. Mais bon. SI je faisais de la comm, je prendrais un micro HF, je me collerais en plein milieu du choeur, et je te parlerais au coeur, à toi, oui toi au 2e rang, qui veut être converti par Dieu, je serais enflammé, je serais drôle, je serais délicat, je serais… haï au bout de 3 fois du même numéro. Parce que la messe, c’est pas un numéro de charme, c’est l’espace de la rencontre avec le Christ. L’homélie y conduit, mais pas que. Le rite pose cet espace, les paroles du rite le permettent, et s’il est vrai que parfois la forme est franchement hyper ascétique voire repoussante, le fond n’est jamais dans la forme, que veux tu.

L’autre souci, mon cher Ivan, c’est que si on recrute un journaliste à sa plume, on ne recrute pas un curé à sa langue. On est divers, nous les prêtres, certains sont orateurs et bons orateurs, d’autres fédérateurs de communautés, tâcherons de l’unité, bosseurs en sous main, priants à l’extrême, accompagnateurs de génie… et on n’arrive pas à avoir toutes les qualités. C’est bien simple, il me semble bien souvent que toutes me manquent. On essaie d’être bons, mais bon, on fait c’qu’on peut et parfois c’est pas glorieux.

Alors certes, le coup du robinet d’eau tiède, c’est vrai que ça tue, le coup de la comm’ mal assumée, c’est redoutable, la parole qui manque de feu aussi, mais bon, tu vas pas arrêter d’aller voir ta mère parce qu’elle a un bouton sur le nez, voire une langue de vipère. C’est ta mère, t’y vas, et tu vas même t’arranger pour qu’elle ne tombe pas dans ses pires et détestables excès.

Si les curés te balancent de l’eau tiède, c’est peut être que l’Evangile a suffisamment marqué les esprits pour que ce qu’il dit te “tombe sous le sens” mais pas assez marqué les vies pour qu’on soit encore obligés de faire subtil et de le rappeler. Pire pour les portes ouvertes. OK, on les enfonce, mais toi, tu les franchis?

l’homélie est un art, et nous sommes de pauvres artisans. Je te promets qu’on bosse, certains plus que d’autres à ce genre de sujets, et qu’on brûle encore pas mal… mais ce n’est pas suffisant. J’accepte de me faire tancer, et qu’on me dise que j’ai tapé trop souvent à côté, mais je t’en prie, ne me fais pas le coup du “je suis pas venu à la messe, le curé est pire que la tourtel”, parce que c’est peut être ce dimanche là que la Parole que je sers, comme toi, t’aurait brûlé.

PS: si tu veux plus d’infos, pique à Jean Marie Le Guénois un bouquin auquel je viens de participer, “ils sont jeunes, ils sont prêtres, ils sont heureux” qu’on lui a envoyés en envoi presse, ça pourrait te réconcilier avec les curés tièdes comme moi, mais qui y croient encore.

PPS: je sais que ma petite réponse est méchante et beaucoup plus incisive que ton propos qui était bien quand même… mais bon, quand je suis agacé, je dis des gros mots, c’est comme ça. Et puis les gros mots c’est dans le langage informatique et télévisuel du temps, c’est “coloré”. Rouge, en fait. voire “exagéré”.

vendredi 22 juillet 2011

dis-moi ce que tu mets et je te dirai qui tu es

imageJe ne sais pas pourquoi je m’acharne à mettre des T-Shirts et des pantacourts dans ma valise chaque fois que je pars en Indonésie.

2 pantalons, des chemises et des maillots de corps suffisent amplement. Un sarong pour la détente et les cérémonies, mais il m’est quasiment impossible de mettre un short, car quoiqu’il arrive, au dehors, il s’agit toujours d’être décent. Habits traditionnels ou européens, il faut être “habillé”. A la maison, ou sous le sarong, on peut envisager le short mais c’est quasiment tout, surtout quand on est un minimum repérable. L’avantage, c’est qu’il n’y a pas de “costume cravate” contraignant mais des habits traditionnels agréables.

Même à la plage, on ne se déshabille pas. Vive les baignades en T-Shirt. En revanche, il n’est pas rare de voir, sur le côté de la route, des hommes ou des femmes se lavant ou lavant leur voiture, ou le linge quasiment ou complètement dévêtus. Jérôme avait théorisé ce rapport au vêtement ainsi : en Indonésie, il ne convient jamais d’être dévêtu “pour le plaisir” mais on peut le faire naturellement et sans aucune honte “quand c’est nécessaire”image.

Les musulmanes en Indonésie, à la différence des chrétiennes et des hindoues sont souvent (mais pas toujours) voilées, d’un élégant voile sur la tête… Mais au moins, quand les femmes le sont, les gars sont décents, et bien habillés, j’avoue avoir eu beaucoup de mal à l’aéroport avec le mec en bermuda polo cool en blanc, sandales comprises, mâchonnant du chewing-gum à l’aéroport quand sa minette est à 98% couverte de noir, tennis comprises.

Exiger la décence devrait présenter quelques exigences.

image

C’était donc le coup de gueule de l’aéroport.

mardi 31 mai 2011

le bonjour d'Emile #1000

jauk“J'ai dansé le Baris ce week end à Marseille........ !
Si tu as des restes de Jauk ce serait rigolo
que tu viennes danser à Marseille !”

si vous croyez avoir tout compris de la vie des prêtres que vous côtoyez à la lumière de leurs homélies, ou de la face sacerdotale qu’ils vous confient, donnée, il vous faudrait sans doute traverser en douceur leurs épaisseurs d’histoires en marées pour en découvrir les vrais courants…

l’unité d’une vie, traversée de lumière, s’irise en éclats
de rire ou de colère,
de beauté et d’enthousiasme
de peur brute ou de nuits
d’instants ou de temps étiré
de prières et de déserts
de fatigues ou de fougues
de vieilles passions ou nouveaux entrains

danseur balinais ? indonésianophone tenté si longtemps et si souvent d’y rester ?

guitariste ? photographe ?

billettiste ? en coups de sang, enthousiasmes, regards poétiques sur le quotidien, variations, coups d’œil, voyages, décalages, sourires ?

lecteur de Desproges ? Barbery, Audeguy, Cheng, Scholtus, Lépront, Fournier, Makine, Singer, Garcia Marquez, Thévenot, Gaudé Baricco, Gailly, Lecler, Hillesum, Boris, Balthasar, Rémond, Sepulveda, Claudel, Sijie, Cassingena, Radcliffe, Rimaud, … ;

voix virtuelle consonnant avec Emmanuel, Edmond, Koz, Zabou, Anne Claire, Véronique, Henri, Fredsab, FrEricOp, Marc, Natalia, Benoît, et autres blogueurs et twittos…

animateur de professions de foi, sweat à capuche et pantalon de rando, ou le même, costume sombre, cravate ou col, souliers cirés, ou encore randonnant, sac au dos, canon au poignet…

bdvore des tanigushi, Guibert, Boulet, Tan, Tardi, Diaz, Makyo, Schuiten, Larcenet, Rabate, Gorce, Davodeau, Ka, Chabouté, Pedrosa, Ileana, Sfar, Masbou, …

traversé par les sourires d’Anne, Fabien, Anne-Marie, Benoît, Sophie, Elodie, Michel, Anne-Claire, David, Marie-Pierre, Matthieu, Amandine, Romain, Amélie, Peggy, Made Bagus, Kati…

complètement influencé par deux maîtres Robert Scholtus et Patrick Prétot

et en chacun de ses instants, prêtre. Tout autant qu’en prêchant, présidant…

image

Tout pourrait n’être que lest
pensanteurs, épaisseurs de résistance à la grâce
ou constellation où la lumière scintille.

1000 billets pour le déposer, le partager, en faire une histoire
sans apesantir les relations du quotidien.

merci de votre fidélité, et de votre délicieuse mise en écho
vous les 200 000 à être passés par ici…

parce que la lumière qui traverse une vie a pour prétention de maculer le monde de ses taches de beauté.

Bonjour des Mille… et amitiés à vos zygomatiques.

mardi 17 mai 2011

Jésus est un facho, les cathos aussi

C’est triste de voir combien de comptes Facebook peuvent se faire hacker. non pas du grand hacking par des génies de l’informatique, ou par des liens cliqués qui polluent tous les murs d’amis ces jours-ci, non, le piratage local qui pend au nez de tout internaute qui se connecte chez des amis, et oublie de fermer sa session en partant. L’ami, ou le futur ex ami, se sent alors un devoir de vous faire une blague consistant à publier dans votre session des statuts, des messages et des liens ridicules, à base de fautes d’orthographe, d’homophobie pathétique, et d’amour immodéré pour les ph*llus. Je n’ose qualifier tant d’indigence par le terme d’humour, par respect pour ce dernier. Autrefois, ça donnait des conversations improbables sur MSN, dorénavant, de la misère intellectuelle déployée à pleines pages.

Si j’étais doté d’un inépuisable optimisme béat, j’aimerais croire que c’est ce qui est arrivé à Jésus. Non pas le Jésus de la Bible mais sur la page facebook d’un de ses nombreux avatars, avantageusement peuplée de statuts et de liens fort peu évangéliques [1]. J’ai tiqué sur un statut bardé de violence à l’encontre de DSK, et j’ai regardé l’ensemble de la littérature. Si j’en crois son profil, Jésus n’invente rien, il tient tout de Marine 

jésus via marine

On en voit beaucoup qui, par un désir d’évangélisation (dans le meilleur des cas), de potacherie (bien souvent), ou de faire passer des idées se sont créé un profil d’Esprit Saint, de Jésus Christ, de Dieu LePère ou encore ici de Jésus MonRédempteur. Faire passer le message du Christ, le recevoir pour soi pour désirer le passer est louable. S’accaparer son identité se révèle souvent dangereux tant on peut être tenté de réduire l’hôte à ses propres idées. C’est parfois anodin ou invisible. Là, c’est simplement insupportable.  

Fatalement, ça finit par déraper. La pseudépigraphie du temps de Paul avait ses adeptes, mais aussi ses contraintes et son devoir de ne pas penser plus loin que l’auteur légalement plagié. On préfèrerait qu’elle n’ait plus cours aujourd’hui, pour ne pas avoir encore à se défendre d’allégations à répétition, celles qui identifient foi catholique et discours réactionnaire, voire d’extrême droite, conservatisme ou moralisme culpabilisant. Non, les chrétiens ne sont pas tous ni de droite, ni d’extrême droite, non, jésus ne pense pas que tous les candidats du PS sont des ordures, ni ceux de l’UMP d’ailleurs, les chrétiens se gardent du péché, mais gardent les pécheurs, ils veulent une société meilleure et bonne, mais dans la vérité de l’Evangile. ils voient dans l’autre, le petit, le faible, l’exilé, le prisonnier : le Christ

La question n’est pas celle des identités numériques sous pseudo, car peu à peu, ces identités propres (même si différentes de l’état civil) révèlent leur cohérence, et on finit par savoir qui est Nitt, Tigreek, Edmond Prochain, Koz, Le Chafouin, Do, ou d’ailleurs pas mal de commentateurs ici. Non, le souci c’est de s’approprier et de réduire à soi ce qu’on a perçu du Christ ou d’un autre personnage d’importance, quitte à emmener le “masque”, l’”hôte” vers des idées finalement fort éloignées de l’original.

Jésus Monrédempteur a effacé son blog, mais garde son statut twitter et sa page FB. Je me suis désinscrit de ses liens… gardant mon énergie pour l’original, largement plus intéressant, et moins aigri par les aléas de la politique française. Edmond a parlé, il y a peu, de l’importance de la prise de parole des chrétiens en politique, que le Christ nous garde d’être de ceux qui Le défigurent.

Notes :

[1]  si on croit la surprenante habitude de Jésus de ne pas juger les pécheurs

mercredi 11 mai 2011

Raymond

2 952 baptêmes d’adultes en France le week-end de Pâques. (selon l’OiPC)
Vingt et un baptêmes dans la Manche. C’est France Inter qui l’a dit.
Deux dans ma paroisse durant la nuit de Samedi. 

Ces baptêmes sont la gloire de l’argumentaire catholique, passque voyez vous, on se convertit encore, c’est bien la preuve que c’est pas des carabistouilles toussa. Passque les gens qui se mettent à croire quand ils sont grands, eux ils se sont pas fait bourrer le mou par leur ascendance. Jésus, il l’ont vraiment entendu. Passque Jésus, c’est pas le père noël des catholiques qui restent enfermés dans le carcan d’une religion moribonde. Jésus, tu vois, y a des gens qui le choisissent et qui y croivent pour de vrai. Pas comme les vieux qu’ont juste peur de mourir. Pour de vrai. 

Cependant, il faudrait sûrement affiner les chiffres, comme pour les baptêmes d’enfants en âge scolaire. Si certains le font au nom d’une expérience brutale et inouïe de Dieu, d’autres parce que l’opportunité se présente enfin, lors d’un mariage, un baptême de bébé… opportunité d’un baptême qui n’avait pas pu avoir lieu avant, tout simplement.

Beau Nombre donc, mais autant de parcours et de réalités…

Quoiqu’il en soit, les nouveaux baptisés sont parfois une rude question au creux de nos assemblées. Brûle-pourpoint de nos habitudes, lassitudes, fidélitudes et compromissitudes. Ils en veulent plus, ils le veulent mieux, et même si ça gémit dans nos vieilles outres, on aime ce vin nouveau. Faites-moi sauter cet uniforme, Brûlons.

Bon, c’est vrai que c’est cool, les nouveaux baptisés, et tout, et tout, mais forcément, quand l’Evangile débarque dans une vie qui s’est construite sans lui, ça remue pas mal de l’intérieur, ça défrise les entrailles, ça carbonise au contact du Divin. Et le feu d’artifice, ça séduit. Surtout le “mat” de nos tiédeurs.

L’inscription dans le temps et les communautés se révèle parfois plus compliquée [1]. S’il est beau de (re-)commencer, il nous faut souvent simplement continuer. St Jean de la Croix avait d’ailleurs des mots durs pour les “commençants” qui étaient en danger dans l’euphorie des premiers moments. le Pouic pouic spirituel peut paraître parfois grisant, et la griserie n’est pas l’apanage du quotidien. Entre “nuit de la foi” et apprentissage de la fidélité, le chrétien passe peu à peu d’une foi de sensibilité à une foi de fidélité. Le feu ardent allume les braises, qui consumeront peu à peu, sans artifice.

Blogdavidlerouge-2-10

Mais au moment où je découvre chez mes parents cette photo datant du début du siècle (en gros) du baptême de mon grand-père, avant la guerre, j’ai envie de me réjouir aussi pas mal pour les chrétiens de longue haleine. C’est con, j’ai l’impression que ça court dans mes veines depuis pas mal longtemps, bien avant que je le choisisse, le vive, le déploie à ma manière, cette histoire de foi. ça me travaille en amont, ça m’a construit et structuré, déployé. La foi de mes parents et grands parents n’est pas la mienne, et je ne pourrais la choisir comme telle, nous sommes différents, mais elle est là, présente en avant de moi.

Un machin qui croît depuis si longtemps, même avant moi, ne pétille pas si souvent, mais on peut gager que le whisky ou le pif de bonne bouteille aura su progresser, vieillir et “goûter”.

Tout cela n’atténue pas la Nouvelle brillante mais lui donne des aspirations d'éternité... 

Notes :

[1]  La fausse note officielle au tableau, c’est le service après vente. Le catéchuménat bosse bien, l’année qui suit aussi, mais après un accompagnement aussi précis, le positionnement et la place dans la communauté n’est pas toujours aussi simple. Voire pire.

jeudi 14 avril 2011

y m'énervent

si les chants grinçants vous défrisent
si le bébé devant vous coupe de votre messe
si la mamie qui dit la messe en stéréo vous agace
si votre voisin pue
si vous ne supportez pas son hypocrisie de petit catho souriant bisounours  
mais surtout
si la paix du christ vous distrait dans votre prière
au point d’être tenté de rester yeux fermés pour ne pas voir la main ouverte
si vous vous barrez au plus vite une fois la prière dite
si la solidarité prônée en Eglise par le CCFD voire l’Acat vous les brise…

allez plus loin, n’hésitez pas
demandez à votre curé de racheter des bancs à la manière de ceux de la prison de Fresnes en 1913, et vous serez dégagé du poids des frères congénères.

mais j’arrive pas à me dire que vous allez aimer, quoique on s’en fout, on n’est pas là pour ça, non?

- page 1 de 4