Hardi, sabre au clair, à l'hallali. En ces temps de riposte, le pourfendeur catholique de désinformation, essuyant son estoc sur le cadavre de son ennemi estourbi par tant de fougue et d'habileté dans la joute, guette alentours le prochain malheureux qui subira son ire vengeresse. Pour l'instant, c'est bon, c'est fait, Pie XII n'est plus silencieux, la marche pour la vie a rassemblé 25 000 participants, chrétiens, ouverts, avec pour souci la femme et l'enfant, et le secours catholique fait des choses formidables pour Haïti... Donc un nouveau champ de bataille se devait de saigner. C'est chose faite.
Les médias belges (bouh) ont vilipendé (rebouh) le futur nouvel archevêque de Malines Bruxelles. J'ai pas lu , mais il me semble grosso modo qu'il semblait "raide" théologiquement, proche de la ligne romaine du très craint Benoît XVI, et féru d'une exigence évangélique. Alors, voir se raidir et s'ultramontaniser la crosse de Bruxelles a suscité une mini bronca médiatique sur le ressaisissement romain... Voyant le procès d'intention, les avocats du diable se sont levés comme un seul homme pour assumer avec Mgr Léonard (ce génie) ce qui, du point de vue médiatique était radicalisation et repli traditionnaliste et identitaire, et qui, pour les chrétiens, n'était qu'assumer son identité Bayardesque sans peur et sans reproches.
Les croisades s'organisent dans tout le continent virtuel et on rivalise d'esprit, de fougue et de bravoure pour combattre les géants de la communication et des médias, tout enduits d'erreur. Les lecteurs applaudissent, la hallebarde en équilibre sur l'épaule. Les autres s'en foutent autant que de la différence entre les chiffres de la police et des organisateurs dans les manifs de la CGT...
Sauf que...
Cette fois-ci, on a peut être un peu vite enfourché les Rossinantes pour attaquer les moulins. On a vu plus d'un paroissien, plus d'un diocésain trembler dans son slip avant la nomination du successeur d'un curé,évêque mal aimé, car on sait ce qu'on perd, on ne sait jamais ce qu'on gagne. Avec le nouveau, il faudra réapprendre à travailler, comprendre ses petits côtés, se faire éloigner, ou se retrouver enfin bien dans la communauté parce que "l'aut', voyez vous, ben il faisait pas ça...". et il y a bien souvent des translations dans les équipes, certains du cercle des happy few se faisant centrifuger par le nouveau. Y a pas, les nouveaux, ça vous colle le trouillomètre à zéro!
Je ne suis pas diocésain de Bruxelles, mais je ne connaissais l'ancien évêque pour ses écrits, sa justesse spirituelle, ses méditations et ses textes que je lisais. Et quelque part, il me touchait et me faisait, de loin, grandir sur ma foi... Alors même s'il n'était pas mon "pasteur", et que cette nomination ne change techniquement rien pour moi, ben j'y suis tout de même sensible, de loin.
Le grand truc, c'est que la nouvelle défrise surtout ceux qui s'en moquent comme de leur première barboteuse, ceux qui ne mettent les pieds dans les églises que pour les visiter, ou pisser à la moindre occasion dans les bénitiers et sur leurs grenouilles. Ceux là grognent. Ils rouspètent et vitupèrent, parlent de dictature, de vieux schnocks, de monde injuste, comme un ado fait un esclandre devant la nouvelle directive parentale qui interdit Internet depuis le coup du carnet de notes falsifié. "ça n'a rien à voir, c'est la dictature, c'est dégueulasse, même!" ils (l'ado et le média) crient d'autant plus fort qu'ils se sentent loin de ce rigorisme petit bourgeois de ces vieux qui n'ont rien compris. Je ne doute pas que les arguments invoqués sont bas, que le débat est des plus bas... Ils crient contre ce pouvoir qu'ils conspuent. ils crient aussi fort qu'ils attendent d'en être reconnus et estimés. Ce n'est pas l'indifférence qui est souhaitée, même dans la violence, c'est d'être reconnu, reconnu comme un fils, comme un membre "grand" de la famille... sans s'en donner les moyens.
Ce qui fait peur à la société belge dans la nomination de Mgr Léonard, c'est l'impression que le retour à l'exigence, la grandeur, la force du message évangélique et ecclésial dans sa radicalité morale ferme les portes à ceux qui s'en reconnaissent secrètement mais ne poussent pas souvent la porte. ils ont peur qu'elle se grippe pour eux, qu'il faille "en être" ou "rester dehors".
Techniquement, cette porte, ils ne la poussent jamais ; l'Eglise, ils ne l'entretiennent jamais ; le catéchisme, ils l'ont oublié et ne le lisent jamais, mais ils sont prêts à en accueillir pas mal d'aspects actualisés ; leur foi tient du cactus qui survit sans eau, mais fleurira aux temps opportuns. Mais, ils se sentent un peu du genre végétal et craignent qu'on leur ferme l'accès au puits.
Tout comme le chrétien pour qui l'évêque est si important, mais qui est rattaché à l'Eglise par un tel mystère qu'il saura se faire à la personnalité de son nouveau pasteur, ils auront à apprendre, avec beaucoup moins de soutien, à entendre ce que le Christ dit à l'Eglise dont ils font partie de loin au travers de ce nouveau pasteur. Pour l'instant, ils disent leur peur du cadenas. plus tard, ils découvriront le puits que cachait les planches mal équarries.
A celui qui a peur, qui bat des ailes tel un moulin avide de grain, il est inutile d'user de l'estoc, ou de la lance en pleine course de Rossinante, mais d'un geste apaisant, redire viens, n'aie pas peur, je chemine avec toi. Certes, c'est sans doute une nouvelle couleur dans l'Eglise de Belgique, mais le Père qui aime ses enfants est plus grand que les peurs de ses petits...
PS: je n'ai pas lu les termes du débat, je n'ai lu que les réactions, et je ne m'y suis pas reconnu. Je ne signerai pas la pétition pour Mgr léonard, mais diable, je vais prier pour qu'il soit un bon pasteur pour son peuple!
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